PAUSE CARDIO

101 sorties 2025–2026 · mis à jour le 29 août 2026
Chaque semaine, l’essentiel des publications qui comptent en cardiologie : essais pivots, recommandations et grandes méta-analyses.
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Rythmologie

18 sorties
2026
▲ À connaître Essai randomisé · LOSE-AF

Weight Loss in Older Patients With Persistent Atrial Fibrillation: The LOSE-AF Randomized Clinical Trial.

JAMA · 21 juillet 2026 · Essai randomisé ouvert, 118 patients de 60 à 85 ans, Royaume-Uni

Cet essai randomisé ouvert, mené dans deux hôpitaux du Royaume-Uni, a comparé un programme de huit mois associant régime hypocalorique et accompagnement comportemental à la prise en charge habituelle chez 118 patients de 60 à 85 ans, en surpoids (IMC d’au moins 27) et adressés pour une cardioversion électrique de fibrillation atriale persistante. Les patients du programme ont perdu 9,7 % de leur poids, contre 3,1 % dans le groupe témoin (différence de −6,9 kg ; IC95 % −9,2 à −4,5). Mais le score de sévérité des symptômes de FA à huit mois, critère principal, ne différait pas significativement entre les groupes (différence de −0,9 point ; IC95 % −3,3 à 1,4 ; p = 0,43), pas plus que la charge en FA, le remodelage cardiaque ou le recours à une nouvelle cardioversion ou à une ablation.

Score de sévérité des symptômes de FA à 8 mois : différence de −0,9 point (IC95 % −3,3 à 1,4 ; p = 0,43) malgré une perte de poids de 9,7 % contre 3,1 %
Article original ↗

Question clinique

Chez le patient âgé en surpoids porteur d’une fibrillation atriale persistante, la perte de poids est-elle sans danger et améliore-t-elle les symptômes et la charge en FA ? Les données favorables disponibles proviennent de patients plus jeunes, et un amaigrissement pourrait, à cet âge, favoriser la fragilité.

Méthode

Il s’agit d’un essai randomisé ouvert en groupes parallèles, conduit dans deux hôpitaux du Royaume-Uni de novembre 2018 à avril 2025. Environ 1 500 patients adressés pour une cardioversion électrique de FA ont été évalués ; environ 500, âgés de 60 à 85 ans avec un IMC d’au moins 27, ont été invités ; 119 ont consenti et 118 ont été randomisés entre un programme de huit mois de régime hypocalorique avec accompagnement comportemental (59 patients) et la prise en charge habituelle (59 patients). L’âge moyen était de 68 ans et 33 % des participants étaient des femmes. Le critère principal était la variation à huit mois du score de sévérité des symptômes de l’échelle AFSS (Atrial Fibrillation Severity Scale), analysée en intention de traiter.

Résultats clés

  • Poids à huit mois ajusté sur la valeur initiale : 92,6 kg dans le groupe programme contre 99,4 kg dans le groupe témoin (différence estimée de −6,9 kg ; IC95 % −9,2 à −4,5 ; p < 0,001), soit une perte de 9,7 % contre 3,1 %.
  • Critère principal : score de sévérité des symptômes de 7,9 contre 8,9 (différence de −0,9 ; IC95 % −3,3 à 1,4 ; p = 0,43).
  • Aucun effet significatif sur la performance physique, la charge en FA, les paramètres d’imagerie cardiaque, la pression artérielle, le bilan lipidique ni sur le recours à une nouvelle cardioversion ou à une ablation pendant le suivi.
  • Aucun événement indésirable grave lié à la participation dans l’un ou l’autre groupe.

Limites

  • L’essai est petit (118 patients), ouvert, limité à deux centres et à huit mois de suivi.
  • Seuls 119 des quelque 500 patients invités ont accepté de participer, ce qui limite la représentativité.
  • Le critère principal est un score de symptômes ; avec cet effectif, l’essai ne renseigne pas sur les événements cliniques majeurs, et l’intervalle de confiance (−3,3 à 1,4) n’exclut pas un effet modeste sur les symptômes.
  • Population âgée adressée pour cardioversion : les résultats ne remettent pas en cause les données obtenues chez des patients plus jeunes.
En pratique : chez le patient de 60 ans et plus, en surpoids et en FA persistante, une perte de poids de 9,7 % obtenue par régime et accompagnement n’a amélioré ni les symptômes ni la charge en FA à huit mois, sans effet indésirable grave lié au programme. Ces résultats ne permettent pas, à cet âge, de présenter la perte de poids comme un traitement de la FA : les recommandations l’encouragent chez tous les patients obèses en FA, mais les données disponibles jusqu’ici provenaient de sujets plus jeunes. L’essai, petit et court, ne permet pas non plus d’exclure un bénéfice modeste.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · CONDUCT-AF

Biventricular vs conduction system pacing after atrioventricular node ablation for heart failure with atrial fibrillation: the CONDUCT-AF trial.

European Heart Journal · 6 octobre 2026 · Essai randomisé de non-infériorité, 82 patients

Chez le patient en insuffisance cardiaque avec fibrillation atriale réfractaire, l’ablation du nœud auriculoventriculaire impose une stimulation définitive, classiquement biventriculaire. Dans cet essai mené dans dix centres européens, 82 patients à fraction d’éjection inférieure à 50 % et à QRS fins ont été randomisés entre stimulation du système de conduction (zone de la branche gauche) et stimulation biventriculaire. À 6 mois, la fraction d’éjection s’est améliorée de la même façon dans les deux groupes, de 36 % à 46 % avec la stimulation de conduction et de 34 % à 46 % avec la biventriculaire (différence 0,4 point ; IC95 % −3,1 à 3,8 ; p = 0,002 pour la non-infériorité). Avec la stimulation de conduction, le QRS stimulé était plus court, et les temps de procédure et de scopie plus brefs.

Variation de la FEVG à 6 mois : différence entre groupes de 0,4 point (IC95 % −3,1 à 3,8 ; p = 0,002 pour la non-infériorité) ; QRS stimulé plus court de 14 ms avec la stimulation de conduction (IC95 % −19 à −9)
Article original ↗

Question clinique

Chez le patient en insuffisance cardiaque avec fibrillation atriale réfractaire qui bénéficie d’une ablation du nœud auriculoventriculaire, la stimulation du système de conduction par la zone de la branche gauche est-elle non inférieure à la stimulation biventriculaire pour améliorer la fraction d’éjection ?

Méthode

Essai randomisé multicentrique à l’initiative des investigateurs, conduit dans dix centres européens. Les patients avaient une fibrillation atriale réfractaire, une insuffisance cardiaque avec fraction d’éjection inférieure à 50 %, un QRS d’au plus 120 ms et un NT-proBNP supérieur à 600 ng/L. Ils ont été randomisés 1:1 entre stimulation du système de conduction et stimulation biventriculaire. Critère principal : variation de la fraction d’éjection à 6 mois, mesurée par un laboratoire central indépendant ; critères secondaires échographiques, cliniques et procéduraux ; analyse en intention de traiter.

Résultats clés

  • 82 patients randomisés, âge moyen 72 ans, 46 % d’hommes.
  • À 6 mois, la fraction d’éjection est passée de 36 % (IC95 % 33–39) à 46 % (IC95 % 44–49) avec la stimulation de conduction, et de 34 % (IC95 % 31–36) à 46 % (IC95 % 43–49) avec la stimulation biventriculaire (p < 0,001 dans chaque groupe).
  • Différence entre groupes de 0,4 point (IC95 % −3,1 à 3,8 ; p = 0,002 pour la non-infériorité).
  • Les variations des volumes ventriculaires, les paramètres cliniques et le critère composite d’aggravation de l’insuffisance cardiaque ou de décès cardiovasculaire étaient comparables.
  • Le QRS stimulé était plus court avec la stimulation de conduction (différence moyenne −14 ms ; IC95 % −19 à −9 ; p < 0,001), de même que les temps de procédure et de scopie.

Limites

  • Effectif modeste et critère principal échographique à 6 mois : l’essai n’est pas dimensionné pour comparer les événements cliniques, et ne renseigne pas sur le long terme.
  • Les patients avaient tous un QRS fin ; le résultat ne se transpose pas d’emblée aux QRS larges, qui n’ont pas été étudiés ici.
En pratique : chez le patient en insuffisance cardiaque à QRS fins dont la fibrillation atriale réfractaire conduit à une ablation du nœud auriculoventriculaire, la stimulation du système de conduction par la zone de la branche gauche est non inférieure à la stimulation biventriculaire sur la récupération de la fraction d’éjection à 6 mois, avec un QRS stimulé plus fin et une procédure plus courte. Elle constitue une option raisonnable dans cette indication, en attendant des données cliniques à plus long terme.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Recommandations AHA (déclaration scientifique)

Impact of Undertreated Antithrombotic Therapy on Adverse Patient Outcomes: A Scientific Statement From the American Heart Association.

Circulation · 1er octobre 2026 · Déclaration scientifique de l’AHA

L’American Heart Association consacre une déclaration scientifique au sous-traitement antithrombotique, qui recouvre l’omission du traitement, la non-observance, le sous-dosage et les situations cliniques qui aboutissent à des taux infrathérapeutiques. De nombreux patients atteints de fibrillation atriale, de maladie thromboembolique veineuse ou d’artériopathie des membres inférieurs restent non traités ou reçoivent une dose d’anticoagulant insuffisante, par écart aux recommandations, par mauvaise perception du rapport entre risque hémorragique et risque thrombotique ou par inégalité d’accès aux soins. Ce sous-traitement augmente les AVC ischémiques, les embolies systémiques, les récidives thrombotiques et la mortalité. Le document propose une démarche structurée et interprofessionnelle de « stewardship » antithrombotique pour combler ces écarts.

Article original ↗

Question clinique

Quelles sont les formes et les causes du sous-traitement antithrombotique, quelles en sont les conséquences pour les patients, et comment les équipes de soins peuvent-elles réduire cet écart ?

Méthode

Cette déclaration scientifique de l’AHA s’appuie sur la littérature et sur les données de vie réelle concernant le sous-traitement antithrombotique dans la fibrillation atriale, la maladie thromboembolique veineuse et l’artériopathie des membres inférieurs. Le sous-traitement y est défini comme l’omission, la non-observance, le sous-dosage et toute situation clinique conduisant à des taux infrathérapeutiques.

Résultats clés

  • Les causes identifiées sont l’écart aux recommandations, la mauvaise perception du rapport entre risque hémorragique et risque thrombotique et les inégalités d’accès aux soins.
  • Le sous-traitement augmente les AVC ischémiques, les embolies systémiques, les récidives thrombotiques et la mortalité.
  • Les données de vie réelle montrent des lacunes importantes, amplifiées chez les patients défavorisés par les déterminants sociaux de la santé.
  • Le « stewardship » antithrombotique, démarche structurée, interprofessionnelle et fondée sur les preuves, est proposé pour réduire ces écarts.

Limites

  • Il s’agit d’une déclaration scientifique, sans classe de recommandation ni niveau de preuve : elle décrit un problème et une démarche d’équipe, sans conduite à tenir chiffrée.
  • Les inégalités d’accès aux soins décrites tiennent au système de santé où le document a été écrit ; leur ampleur ailleurs n’est pas établie par ce texte.
En pratique : le document rappelle que, dans la fibrillation atriale, la maladie thromboembolique veineuse et l’artériopathie des membres inférieurs, la crainte de l’hémorragie et l’écart aux recommandations conduisent encore à ne pas traiter ou à sous-doser, au prix d’AVC, d’embolies et de récidives évitables. Le premier geste de la démarche de « stewardship » que l’AHA invite à organiser en équipe consiste à vérifier, à chaque consultation, l’indication, la dose et l’observance de l’anticoagulant, le sous-dosage étant une forme de sous-traitement au même titre que l’omission.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations HRS/PACES

2026 HRS/PACES scientific statement on the use of antiarrhythmic drugs in understudied clinical scenarios.

Heart Rhythm · 4 septembre 2026 · Déclaration scientifique de la Heart Rhythm Society et de la Pediatric and Congenital Electrophysiology Society

Les essais sur les antiarythmiques ne couvrent pas toutes les situations rencontrées en consultation. Cette déclaration scientifique de la Heart Rhythm Society, rédigée avec la société d’électrophysiologie pédiatrique et congénitale (PACES), recense les scénarios cliniques fréquents pour lesquels il n’existe guère de repères, faute d’études. Pour chacun, elle propose des conseils pratiques fondés sur les données disponibles et l’expérience d’un groupe diversifié de cliniciens, en exposant la justification de chaque conseil.

Article original ↗

Question clinique

Que faire lorsqu’il faut prescrire, poursuivre ou arrêter un antiarythmique chez un patient que les essais n’ont pas étudié et pour lequel les recommandations classiques restent muettes ? Ce document cherche à combler l’écart entre les données disponibles et la pratique quotidienne.

Méthode

Déclaration scientifique rédigée par un groupe d’experts mandaté par la Heart Rhythm Society (HRS) et la Pediatric and Congenital Electrophysiology Society (PACES). Les auteurs identifient les scénarios cliniques courants mais peu étudiés, réunissent les données existantes, les complètent par l’expérience clinique d’un groupe diversifié de praticiens et exposent le raisonnement qui fonde chaque conseil. Il s’agit d’un document d’avis d’experts, et non d’une recommandation fondée sur des essais randomisés.

Résultats clés

  • Le document recense les situations où les antiarythmiques sont utilisés sans preuve solide et donne, pour chacune, un conseil pratique aussi précis que possible, accompagné de sa justification.
  • La liste détaillée des scénarios et le contenu des conseils ne figurent pas dans le résumé : le lecteur doit se reporter au texte intégral pour les situations qui concernent sa propre pratique.

Limites

  • Par construction, il s’agit d’avis d’experts sur des situations sans données robustes : le niveau de preuve est faible et les conseils pourront évoluer.
  • Document nord-américain : la disponibilité de certaines molécules et les habitudes de prescription diffèrent en Europe, où le compendium pratique des antiarythmiques de l’EHRA (consensus clinique publié dans Europace en 2025) fait référence.
En pratique : un document à garder sous la main pour les prescriptions d’antiarythmiques qui sortent du cadre des essais, lorsque ni l’AMM ni les recommandations n’apportent de réponse. Il se lit en complément du compendium de l’EHRA, en gardant à l’esprit qu’il s’agit d’avis d’experts, à adapter au patient et aux molécules disponibles.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé

Targeted left ventricular lead placement in biventricular pacing for heart failure: a national, multicentre, double-blind, randomised controlled trial in Denmark.

The Lancet · 31 août 2026 · Essai randomisé en double aveugle, 1 001 patients, Danemark

Chez 1 001 patients en insuffisance cardiaque avec QRS large, candidats à la resynchronisation, la sonde ventriculaire gauche a été placée soit au site d’activation électrique le plus tardif, soit en position postérolatérale non apicale habituelle. Après un suivi médian de 45,8 mois, le critère composite décès ou première hospitalisation non programmée pour insuffisance cardiaque est survenu chez 28 % des patients du bras ciblé contre 26 % dans le bras conventionnel, sans différence significative. Les complications liées à la sonde ont été plus fréquentes dans le bras ciblé.

Décès ou hospitalisation pour insuffisance cardiaque : 28 % avec sonde ciblée contre 26 % avec position conventionnelle — HR 1,10 (IC95 % 0,86–1,39 ; p = 0,45)
Article original ↗

Question clinique

Les données observationnelles suggèrent que la resynchronisation donne de meilleurs résultats lorsque la sonde gauche stimule une zone d’activation myocardique tardive. Cibler délibérément ce site, en mesurant le délai électrique dans les branches du sinus coronaire, améliore-t-il le pronostic par rapport à la position postérolatérale non apicale habituelle ?

Méthode

Essai national de supériorité, randomisé 1:1 en double aveugle (patients et personnel de l’étude masqués, à l’exception de l’équipe du bloc), mené dans les cinq centres universitaires danois implanteurs. 1 001 patients (255 femmes, 746 hommes) en insuffisance cardiaque avec QRS large sous traitement médical recommandé ont été inclus de mars 2018 à juin 2024 : 499 dans le bras sonde ciblée sur le site d’activation électrique le plus tardif, 502 dans le bras position postérolatérale non apicale. Critère principal : délai jusqu’au décès ou à la première hospitalisation non programmée pour insuffisance cardiaque, analysé en intention de traiter modifiée (1 000 patients). Suivi médian de 45,8 mois (IQR 28,5–65,7).

Résultats clés

  • L’activation électrique au site de la sonde n’était en moyenne que 9 ms plus tardive dans le bras ciblé (IC95 % 5–13).
  • Critère principal : 139 patients sur 499 (28 %) dans le bras ciblé contre 128 sur 501 (26 %) dans le bras conventionnel — HR 1,10 (IC95 % 0,86–1,39 ; p = 0,45), sans différence significative.
  • Complications globales comparables (71 patients, 14 % contre 64, 13 %), mais complications liées à la sonde plus fréquentes dans le bras ciblé ; un décès lié à la procédure est survenu dans ce bras.

Limites

  • Le gain de délai électrique obtenu (9 ms) est faible : la stratégie ciblée n’a peut-être pas créé un contraste suffisant entre les deux bras pour mettre en évidence un effet.
  • Essai mené dans un seul pays, avec un recrutement étalé sur six ans.
  • Seul le ciblage électrique a été testé ; l’essai ne renseigne pas sur le ciblage guidé par l’imagerie (cicatrice, dernier segment contracté).
En pratique : chez le patient candidat à la resynchronisation, rechercher systématiquement la branche du sinus coronaire la plus tardivement activée n’a réduit ni les décès ni les hospitalisations pour insuffisance cardiaque, et a exposé à davantage de complications de sonde. Ces résultats confortent la position postérolatérale non apicale comme référence. Ils ne disent rien du ciblage guidé par l’imagerie, qui n’a pas été évalué ici.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · ABLATE versus PACE

Pacemaker-implantation and atrioventricular-node ablation vs pulmonary vein isolation for elderly patients with persistent atrial fibrillation: the ABLATE versus PACE trial.

European Heart Journal · 31 août 2026 · Essai randomisé ouvert, 196 patients, Allemagne et Autriche

Chez 196 patients de 75 ans et plus (âge médian 82 ans) en fibrillation atriale persistante symptomatique avec FEVG normale, la stratégie stimulateur puis ablation du nœud atrioventriculaire a été comparée à l’isolation des veines pulmonaires. À 12 mois, le critère composite (hospitalisation pour arythmie atriale ou insuffisance cardiaque, cardioversion électrique ambulatoire ou passage à la resynchronisation) est survenu chez 24 % des patients après stimulateur et ablation du nœud contre 46 % après isolation des veines pulmonaires. La mortalité, les complications cardiovasculaires et la qualité de vie n’ont pas différé de façon significative.

Critère principal à 12 mois : 24 % après stimulateur et ablation du nœud contre 46 % après isolation des veines pulmonaires — HR 0,45 (IC95 % 0,27–0,74 ; p = 0,002)
Article original ↗

Question clinique

Chez le patient très âgé en fibrillation atriale persistante symptomatique, l’isolation des veines pulmonaires est largement pratiquée malgré un taux de succès limité. La stratégie « pace and ablate » (implantation d’un stimulateur puis ablation du nœud atrioventriculaire) contrôle efficacement les symptômes, mais son effet sur les hospitalisations et les autres événements n’avait jamais été comparé à celui de l’isolation des veines pulmonaires dans cette population.

Méthode

Essai multicentrique ouvert, à l’initiative des investigateurs, mené dans 12 centres en Allemagne et en Autriche. 196 patients de 75 ans et plus (âge médian 82 ans), en FA persistante symptomatique avec FEVG normale, ont été randomisés entre la stratégie stimulateur puis ablation du nœud atrioventriculaire (n = 98) et l’isolation des veines pulmonaires (n = 98). Critère principal composite à 12 mois : hospitalisation pour arythmie atriale ou pour insuffisance cardiaque, cardioversion électrique ambulatoire, ou passage à la resynchronisation pour dysfonction ventriculaire gauche. Critères secondaires : mortalité toutes causes, AVC, complications liées au traitement, qualité de vie.

Résultats clés

  • Premier événement du critère principal : 24 patients sur 98 (24 %) après stimulateur et ablation du nœud contre 45 sur 98 (46 %) après isolation des veines pulmonaires — HR 0,45 (IC95 % 0,27–0,74 ; p = 0,002), soit un NNT d’environ 5 à un an, calculé à partir de ces taux.
  • Au total, 29 événements sont survenus contre 84. Dans le bras isolation, il s’agissait surtout d’hospitalisations pour FA (54 contre 3) et de cardioversions (19 contre 1) ; dans le bras stimulateur et ablation du nœud, il s’agissait surtout d’hospitalisations pour insuffisance cardiaque (23 contre 11).
  • Complications cardiovasculaires, mortalité et qualité de vie : pas de différence statistiquement significative entre les deux stratégies.

Limites

  • Essai ouvert, de taille modeste (196 patients), avec un suivi limité à 12 mois.
  • Le critère composite réunit des événements de gravité inégale : une cardioversion ambulatoire y compte autant qu’une hospitalisation pour insuffisance cardiaque.
  • Les hospitalisations pour insuffisance cardiaque ont été deux fois plus nombreuses après ablation du nœud (23 contre 11) : ce signal demande un suivi au-delà d’un an chez des patients devenus dépendants de la stimulation.
  • Seuls des patients à FEVG normale ont été inclus : les résultats ne se transposent pas au patient en insuffisance cardiaque à FEVG altérée.
En pratique : chez le patient de 75 ans et plus en FA persistante symptomatique à FEVG normale, la stratégie stimulateur puis ablation du nœud atrioventriculaire a entraîné, à un an, moins d’hospitalisations pour arythmie et moins de cardioversions que l’isolation des veines pulmonaires, sans différence significative de mortalité ni de complications. Elle mérite d’être discutée avec le patient au même titre que l’ablation de la FA, en tenant compte de son caractère irréversible : dépendance définitive au stimulateur et davantage d’hospitalisations pour insuffisance cardiaque dans ce bras, ce qui invite à surveiller la fonction ventriculaire au-delà de la première année.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · ASPIRED

Immediate Ambulatory Electrocardiographic Monitoring in Syncope.

NEJM · 31 août 2026 · Essai randomisé ouvert, 2 234 patients, 45 hôpitaux britanniques · ESC 2026

Chez 2 234 adultes dont la syncope restait inexpliquée après le passage aux urgences, la pose immédiate d’un enregistreur ECG ambulatoire de 14 jours a été comparée à la prise en charge habituelle de chaque centre. À un an, le nombre moyen de syncopes rapportées par les patients n’a pas différé de façon significative (1,37 contre 1,58). D’après le communiqué du congrès, la surveillance immédiate a plus que doublé la proportion de patients chez qui une arythmie cliniquement significative a été diagnostiquée et a raccourci le délai de ce diagnostic. L’intérêt de cette stratégie est donc diagnostique ; le bénéfice sur les récidives n’est pas démontré.

Syncopes rapportées à un an : 1,37 par patient avec enregistrement immédiat contre 1,58 avec la prise en charge habituelle — rapport de taux d’incidence 0,89 (IC95 % 0,68–1,18 ; p = 0,42)

Question clinique

Après une syncope évaluée aux urgences et restée inexpliquée, une arythmie sous-jacente est difficile à documenter, et ne l’est souvent que tardivement. Poser d’emblée un enregistreur ECG ambulatoire de 14 jours change-t-il le diagnostic, le traitement et, surtout, le devenir des patients, à commencer par les récidives de syncope ?

Méthode

Essai randomisé contrôlé ouvert mené dans 45 hôpitaux du Royaume-Uni. Des adultes dont la syncope restait inexpliquée après évaluation aux urgences ont été répartis par tirage au sort, à parts égales, entre un enregistrement ECG ambulatoire de 14 jours débuté immédiatement et la prise en charge habituelle de chaque centre. Les 2 234 patients randomisés (1 123 et 1 111) avaient en moyenne 58,3 ans et 52,1 % d’entre eux étaient des hommes. Le critère de jugement principal était le nombre moyen d’épisodes de syncope rapportés par le patient à un an. L’analyse principale a porté sur les 1 970 patients ayant eu au moins une évaluation de suivi (1 004 et 966).

Résultats clés

  • Critère principal : 1,37 ± 5,10 syncope par patient à un an avec l’enregistreur contre 1,58 ± 8,56 avec la prise en charge habituelle, soit un rapport de taux d’incidence de 0,89 (IC95 % 0,68–1,18 ; p = 0,42). La différence n’est pas significative.
  • Le résumé publié ne rapporte pas les critères secondaires. D’après le communiqué du congrès, une arythmie cliniquement significative a été diagnostiquée chez 22 % des patients du groupe enregistreur contre 9 % du groupe habituel, avec un délai médian au diagnostic de 22 jours contre 55 jours.
  • Toujours d’après ce communiqué, un stimulateur cardiaque a été implanté chez 6,8 % des patients du groupe enregistreur contre 4,6 %, et un traitement antiarythmique instauré chez 10,8 % contre 7,3 %.
  • Le même communiqué fait état d’une mortalité toutes causes à un an de 1,5 % contre 2,9 %, sans intervalle de confiance ni valeur de p : il s’agit d’une association observée sur un critère secondaire.
  • Quarante-neuf événements indésirables ont été rapportés dans le groupe enregistreur contre huit dans le groupe habituel, dont un événement grave dans chaque groupe.

Limites

  • L’essai est ouvert et son critère principal est déclaratif : les syncopes sont comptées par les patients eux-mêmes, avec une dispersion très large (écarts-types supérieurs aux moyennes).
  • Environ un patient randomisé sur huit n’a eu aucune évaluation de suivi et n’entre pas dans l’analyse principale.
  • Le gain diagnostique, les traitements instaurés et la moindre mortalité sont des critères secondaires connus par le seul communiqué du congrès, sans mesure d’incertitude publiée : ils ne permettent pas d’établir un lien de cause à effet entre l’enregistrement précoce et la survie.
  • Le contenu de la prise en charge habituelle variait d’un centre à l’autre, et les délais d’accès à l’enregistrement prolongé et à l’avis spécialisé ne sont pas les mêmes dans tous les systèmes de santé.
En pratique : après une syncope restée inexpliquée aux urgences, l’enregistreur ECG de 14 jours posé d’emblée n’a pas réduit le nombre de récidives rapportées par les patients, qui était le critère principal. D’après les critères secondaires communiqués au congrès, il a permis de diagnostiquer davantage d’arythmies et plus tôt, et a conduit à davantage de stimulateurs et d’antiarythmiques. L’intérêt de cette stratégie est donc diagnostique ; le bénéfice sur les récidives n’est pas démontré, et l’écart de mortalité observé demande confirmation avant d’être invoqué.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Essai randomisé · HALO-SCE

Half-dose rivaroxaban vs antiplatelet therapy for preventing silent cerebral embolism after left atrial appendage occlusion: the HALO-SCE trial.

European Heart Journal · 31 août 2026 · Essai randomisé multicentrique, 164 patients, Chine

Chez 164 patients dont le succès de la fermeture percutanée de l’auricule gauche était confirmé à 45 jours, le rivaroxaban 10 mg par jour a été comparé à un traitement antiagrégant. Sur un an, une nouvelle embolie cérébrale silencieuse à l’IRM de diffusion a été détectée chez 12,2 % des patients sous rivaroxaban demi-dose contre 31,7 % sous antiagrégant, et les scores cognitifs à 12 mois étaient meilleurs sous rivaroxaban. Le critère clinique composite (décès, événement thromboembolique, saignement majeur) a été moins fréquent sous rivaroxaban, sans que la différence atteigne le seuil de signification.

Nouvelles embolies cérébrales silencieuses sur un an : 12,2 % (10/82) sous rivaroxaban demi-dose contre 31,7 % (26/82) sous antiagrégant (p = 0,005) · critère clinique composite 2,4 % contre 11,0 % (p = 0,057)
Article original ↗

Question clinique

Le traitement antithrombotique à long terme après fermeture percutanée de l’auricule gauche n’est pas codifié. Chez les patients qui restent candidats à une anticoagulation orale, une demi-dose de rivaroxaban prévient-elle mieux les embolies cérébrales silencieuses — et le déclin cognitif qui leur est attribué — qu’un traitement antiagrégant ?

Méthode

Essai prospectif multicentrique randomisé, à l’initiative des investigateurs, mené en Chine. Les patients dont le succès de la fermeture d’auricule était confirmé à 45 jours ont été randomisés 1:1 entre rivaroxaban 10 mg par jour et traitement antiagrégant, de décembre 2022 à février 2025 (164 patients, 82 par bras). IRM de diffusion et évaluation cognitive ont été répétées à 90, 180 et 365 jours. Critère principal : proportion de patients présentant au moins une nouvelle embolie cérébrale silencieuse au cours du suivi. Critères secondaires : évolution cognitive (MMSE, MoCA), charge lésionnelle, et un critère composite associant décès toutes causes, événements thromboemboliques cliniques et saignements majeurs.

Résultats clés

  • Nouvelles embolies cérébrales silencieuses : 10 patients sur 82 (12,2 %) sous rivaroxaban demi-dose contre 26 sur 82 (31,7 %) sous antiagrégant (p = 0,005), soit un NNT d’environ 5 sur un an pour éviter une lésion IRM, calculé à partir de ces taux.
  • Cognition à 365 jours, différences modélisées en faveur du rivaroxaban : MMSE +2,56 points (IC95 % 1,11–4,01 ; p < 0,001), MoCA +2,67 points (IC95 % 1,07–4,26 ; p = 0,001).
  • Composite clinique (décès, thromboembolie, saignement majeur) : 2,4 % contre 11,0 % (p = 0,057), différence non significative.

Limites

  • Critère principal de substitution (lésions IRM asymptomatiques) : cet essai n’établit pas le lien avec les AVC cliniques ni avec la démence.
  • 164 patients, un seul pays, un an de suivi : les événements cliniques sont trop rares pour conclure.
  • Le détail du traitement antiagrégant du bras témoin et les saignements majeurs par bras ne figurent pas dans le résumé.
  • Rivaroxaban 10 mg par jour : posologie hors AMM dans la fibrillation atriale.
En pratique : ce petit essai ne permet pas de prescrire un AOD à demi-dose au long cours après fermeture d’auricule : son critère principal est une lésion IRM asymptomatique et les événements cliniques sont trop rares pour conclure. Il montre toutefois qu’environ un tiers des patients sous traitement antiagrégant ont développé de nouvelles embolies cérébrales silencieuses dans l’année, contre 12,2 % sous rivaroxaban 10 mg. Chez les patients qui restent candidats à une anticoagulation après une fermeture réussie, cette piste devra être confirmée par des essais sur critères cliniques.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · PVI-SHAM-AF

Catheter ablation for symptomatic atrial fibrillation (PVI-SHAM-AF): a randomised, double-blind, sham-controlled, multicentre trial.

Lancet · 30 août 2026 · Essai randomisé en double aveugle contre simulacre, 262 patients, Allemagne et Pologne · ESC 2026

C’est le premier essai en double aveugle qui compare l’ablation par cathéter de la fibrillation atriale à une procédure simulée — même sédation, même abord vasculaire, sans cathéter — chez 262 patients symptomatiques, en fibrillation atriale paroxystique ou persistante. À six mois, le score de qualité de vie AFEQT avait nettement progressé dans les deux bras, de 61,3 à 81,1 après ablation et de 59,2 à 74,9 après simulacre, la différence entre les groupes n’étant pas significative (2,6 points ; IC95 % −2,7 à 8,0 ; p = 0,36). Selon le communiqué du congrès, l’ablation a en revanche réduit les récidives de fibrillation atriale. Une grande part de l’amélioration ressentie par les patients a donc été observée aussi après le simulacre.

Score AFEQT à 6 mois : de 61,3 à 81,1 après ablation, de 59,2 à 74,9 après simulacre — différence entre les groupes (estimateur de Hodges-Lehmann) 2,6 points (IC95 % −2,7 à 8,0 ; p = 0,36) · patients sans récidive de FA : 73 % contre 52 %

Question clinique

Les recommandations proposent l’ablation par cathéter pour soulager les symptômes de la fibrillation atriale, mais aucun essai n’avait jusqu’ici mesuré ce bénéfice contre une procédure simulée. Quelle part de l’amélioration de la qualité de vie revient à l’isolation des veines pulmonaires, et quelle part au geste lui-même et à la prise en charge qui l’entoure ?

Méthode

Essai multicentrique randomisé en double aveugle, mené dans neuf centres en Allemagne et en Pologne. Des patients d’au moins 18 ans, en fibrillation atriale symptomatique paroxystique ou persistante, ont été répartis par tirage au sort selon un rapport 2:1 entre ablation par cathéter et procédure simulée : dans ce dernier groupe, la sédation consciente durait aussi longtemps et se déroulait dans le même cadre, l’abord vasculaire était réalisé, mais aucun cathéter n’était monté. Sur 1 199 patients sollicités, 262 ont accepté : 173 dans le bras ablation, 89 dans le bras simulacre ; l’âge médian était de 67 ans et 51 % des participants étaient des femmes. Le critère principal était la différence entre les groupes de la variation, entre l’inclusion et six mois, du score résumé AFEQT qui mesure la qualité de vie liée à la fibrillation atriale ; l’analyse principale était faite en intention de traiter, avec imputation multiple des données manquantes. Le suivi médian a été de 184 jours et le suivi à 12 mois est en cours.

Résultats clés

  • Score AFEQT : de 61,3 à 81,1 après ablation, de 59,2 à 74,9 après simulacre. La différence entre les groupes, estimée par la méthode de Hodges-Lehmann, est de 2,6 points (IC95 % −2,7 à 8,0 ; p = 0,36) : la supériorité de l’ablation n’est pas démontrée.
  • Selon le communiqué du congrès, 73 % des patients du bras ablation étaient indemnes de fibrillation atriale à six mois contre 52 % dans le bras simulacre : le geste a bien agi sur le rythme.
  • Sécurité : un décès dans chaque groupe, aucun rattaché à la procédure. Des événements indésirables graves liés ou possiblement liés à la procédure sont survenus chez dix patients, six après ablation et quatre après simulacre ; l’un d’eux était un AVC ischémique, survenu dans le bras simulacre.

Limites

  • Effectif modeste et taux de refus élevé : moins d’un patient sollicité sur quatre a accepté d’être randomisé contre un simulacre, si bien que la population incluse n’est peut-être pas celle des patients les plus symptomatiques.
  • Critère de jugement mesuré à six mois seulement ; le suivi à 12 mois, en cours, dira si l’écart se creuse avec le temps.
  • La borne haute de l’intervalle de confiance, à 8 points, n’exclut pas un bénéfice modéré de l’ablation sur la qualité de vie.
  • Le résumé ne précise pas si les patients étaient en échec d’un traitement antiarythmique, situation où l’indication d’ablation est la plus habituelle.
En pratique : l’ablation a bien agi sur le rythme, mais l’amélioration de la qualité de vie rapportée par les patients à six mois a été, pour l’essentiel, obtenue aussi après une procédure simulée. Lorsqu’une ablation est proposée pour les symptômes, ces résultats invitent à ne pas promettre au patient davantage que ce que l’essai montre, et à fonder l’indication aussi sur l’intérêt clinique d’une réduction des récidives. L’essai ne dit rien au-delà de six mois ; les résultats à 12 mois sont attendus.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · IDEAL-AF

Low-Voltage Ablation in Persistent Atrial Fibrillation: The IDEAL-AF Randomized Clinical Trial.

JAMA · 30 août 2026 · Essai randomisé, 209 patients, 5 centres suédois · ESC 2026

Chez des patients en fibrillation atriale persistante dont la cartographie montrait des zones de bas voltage étendues (au moins 3 cm²), l’ablation individualisée de ces zones en complément de l’isolation des veines pulmonaires a été comparée à l’isolation seule. À 12 mois, 67,6 % des patients du groupe ablation complémentaire étaient sans arythmie atriale documentée et sans antiarythmique, contre 37,4 % du groupe isolation seule. La qualité de vie s’est davantage améliorée avec l’ablation complémentaire, sans excès d’événements indésirables graves. Le résultat ne concerne que les patients porteurs d’un substrat étendu, soit moins d’un patient cartographié sur quatre.

Sans arythmie ni antiarythmique à 12 mois : 67,6 % avec ablation des zones de bas voltage contre 37,4 % avec isolation des veines pulmonaires seule — différence 30,3 points (IC95 % 17,4–43,2), rapport de cotes 3,5 (IC95 % 2,0–6,2)

Question clinique

L’isolation des veines pulmonaires reste le socle de l’ablation de fibrillation atriale, mais ses résultats demeurent insuffisants dans la forme persistante. Ablater en complément les zones de bas voltage, témoins du substrat fibrotique repéré par la cartographie électroanatomique, améliore-t-il le maintien du rythme sinusal et la qualité de vie ?

Méthode

Essai randomisé multicentrique mené dans cinq centres d’ablation suédois entre mai 2020 et avril 2026. Parmi 936 adultes adressés pour une première ablation de fibrillation atriale persistante avec cartographie du voltage, 209 présentaient des zones de bas voltage, définies par un voltage bipolaire inférieur à 0,5 mV sur une surface d’au moins 3,0 cm², et ont été répartis par tirage au sort après l’isolation des veines pulmonaires : ablation complémentaire individualisée de ces zones (102 patients) ou aucune ablation supplémentaire (107 patients). L’âge médian était de 72 ans et 52,2 % des patients étaient des femmes. Le critère de jugement principal était l’absence d’arythmie atriale documentée, sans antiarythmique, à 12 mois, après une ou deux procédures réalisées dans les six mois. Les critères secondaires étaient le délai de première récidive après une seule procédure, la qualité de vie et la sécurité.

Résultats clés

  • Le critère principal a été atteint chez 69 patients (67,6 %) du groupe ablation des zones de bas voltage contre 40 (37,4 %) du groupe isolation des veines pulmonaires seule, soit une différence non ajustée de 30,3 points (IC95 % 17,4–43,2) et un rapport de cotes de 3,5 (IC95 % 2,0–6,2 ; p < 0,001). Environ trois patients doivent être traités ainsi pour un succès supplémentaire.
  • Délai de première récidive après une procédure unique et sans antiarythmique : rapport de risque 0,4 (IC95 % 0,3–0,6 ; p < 0,001), en faveur de l’ablation complémentaire.
  • L’amélioration de la qualité de vie liée à la santé a été plus importante dans le groupe ablation des zones de bas voltage.
  • Les événements indésirables graves ont été de fréquence comparable dans les deux groupes.

Limites

  • L’effectif est limité (209 patients randomisés), dans cinq centres d’un seul pays, rompus à la cartographie : la reproductibilité d’une ablation dite individualisée ailleurs reste à démontrer. L’essai est en simple aveugle : les patients ignoraient la stratégie employée, mais les opérateurs la connaissaient.
  • Moins d’un patient cartographié sur quatre (209 sur 936) avait des zones de bas voltage suffisamment étendues : le résultat ne vaut que pour ce sous-groupe et ne dit rien de la stratégie en l’absence de substrat étendu.
  • Le suivi s’arrête à 12 mois et la détection des arythmies reposait sur un ECG monopiste transmis depuis un boîtier portatif et sur un holter de 24 heures, sans moniteur implantable : des récidives asymptomatiques ont pu passer inaperçues, et la durée du bénéfice n’est pas connue.
En pratique : chez les patients en fibrillation atriale persistante dont la cartographie révèle des zones de bas voltage d’au moins 3 cm², ablater ces zones en complément de l’isolation des veines pulmonaires augmente nettement la proportion de patients sans arythmie ni antiarythmique à un an, avec une meilleure qualité de vie et sans excès d’événements graves. Ces résultats soutiennent la cartographie du voltage lors d’une première ablation de forme persistante, puis le traitement des zones étendues. Ils ne s’appliquent pas aux patients sans bas voltage significatif, les plus nombreux dans cet essai, et demandent à être reproduits hors des centres experts.
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▲ À connaître Méta-analyse

Antithrombotic therapy after percutaneous coronary intervention in patients with atrial fibrillation: an individual patient data network meta-analysis.

European Heart Journal · 30 août 2026 · Méta-analyse en réseau sur données individuelles, 6 essais randomisés, 10 634 patients

Cette méta-analyse sur données individuelles réunit six essais randomisés et 10 634 patients en fibrillation atriale traités par angioplastie, répartis en quatre stratégies antithrombotiques. À un an, le risque de décès cardiovasculaire, d’infarctus ou d’AVC n’a pas différé selon que le patient recevait un AOD ou un AVK, tandis que l’AOD associé à un seul inhibiteur P2Y12 a divisé par deux les saignements majeurs TIMI par rapport à l’AVK en trithérapie. En revanche, l’analyse à 14 jours a montré un excès précoce d’infarctus et de thromboses de stent lorsque le second antiagrégant était omis, si bien qu’un surrisque ischémique modeste de la simple antiagrégation ne peut être exclu.

Saignements majeurs TIMI à un an, AOD + inhibiteur P2Y12 contre AVK + double antiagrégation : HR 0,48 (IC95 % 0,38–0,65) · hémorragie intracrânienne HR 0,21 (IC95 % 0,07–0,64) · événements ischémiques HR 1,16 (IC95 % 0,97–1,41)
Article original ↗

Question clinique

Les essais randomisés ont montré qu’après angioplastie chez un patient en fibrillation atriale, l’association AOD + inhibiteur P2Y12 provoque moins de saignements que la trithérapie AVK + double antiagrégation, sans excès ischémique apparent. Mais chaque essai pris isolément manquait de puissance pour les événements ischémiques et les sous-groupes : la question d’un surrisque coronaire précoce lorsque l’aspirine est retirée restait ouverte.

Méthode

Méta-analyse en réseau sur données individuelles (PROSPERO CRD420251130025) de six essais randomisés, soit 10 634 patients en FA traités par angioplastie, répartis en quatre stratégies : AOD + inhibiteur P2Y12 (n = 4 083), AVK + simple antiagrégation (n = 1 247), AVK + double antiagrégation (n = 3 715, groupe de référence) et AOD + double antiagrégation (n = 1 589). Les analyses reposaient sur des modèles de Cox stratifiés par essai. Critère d’efficacité : décès cardiovasculaire, infarctus ou AVC à un an ; critère de sécurité : saignement majeur TIMI. Le passage de la double à la simple antiagrégation était recommandé à 1 jour (1–3) dans le groupe AOD + inhibiteur P2Y12 et à 3 jours (1–7) dans le groupe AVK + simple antiagrégation.

Résultats clés

  • Critère d’efficacité à un an, par rapport à AVK + double antiagrégation : AOD + inhibiteur P2Y12 HR 1,16 (IC95 % 0,97–1,41) ; AVK + simple antiagrégation HR 1,14 (0,85–1,54) ; AOD + double antiagrégation HR 0,99 (0,75–1,30). Aucune interaction significative selon l’âge, le sexe, le risque hémorragique ou le risque thrombotique.
  • Dans l’analyse par point de repère à 14 jours, un excès d’infarctus et de thromboses de stent certaines ou probables est apparu dans la phase précoce chez les patients sous AOD + inhibiteur P2Y12 ou AVK + simple antiagrégation.
  • Saignements majeurs TIMI : l’association AOD + inhibiteur P2Y12 a réduit le risque par rapport à AVK + double antiagrégation (HR 0,48, IC95 % 0,38–0,65) et à AVK + simple antiagrégation (HR 0,62, 0,40–0,97) ; la réduction restait à la limite de la significativité par rapport à AOD + double antiagrégation (HR 0,66, 0,44–1,01).
  • Hémorragies intracrâniennes : HR 0,21 (IC95 % 0,07–0,64) pour AOD + inhibiteur P2Y12 par rapport à AVK + double antiagrégation.
  • Au total, l’AOD a réduit les saignements de tous grades par rapport à l’AVK ; l’omission du second antiagrégant a réduit les saignements TIMI majeurs ou mineurs, mais un surrisque ischémique modeste ne peut être exclu.

Limites

  • Comparaisons en réseau : certaines stratégies n’ont jamais été confrontées directement dans un même essai.
  • La borne haute de l’intervalle de confiance du critère ischémique pour AOD + inhibiteur P2Y12 (1,41) laisse place à un excès cliniquement pertinent.
  • La double antiagrégation n’a duré que quelques jours dans ces essais (arrêt recommandé à 1 à 3 jours) : la question d’une semaine ou d’un mois d’aspirine n’est pas tranchée par ces données.
En pratique : après angioplastie chez un patient en fibrillation atriale, ces données confortent le choix d’un AOD plutôt que d’un AVK, quelle que soit la stratégie antiagrégante, en raison d’un risque hémorragique plus faible — y compris intracrânien — sans différence d’événements ischémiques. L’association AOD + inhibiteur P2Y12 est la stratégie la moins hémorragique, mais l’excès d’infarctus et de thromboses de stent dans les deux premières semaines ne permet pas d’exclure un surrisque ischémique modeste de la simple antiagrégation. Ces essais ayant arrêté l’aspirine dès les premiers jours, ils ne permettent pas de dire si la prolonger quelques semaines chez les patients à haut risque thrombotique serait bénéfique.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · POTCAST (analyse prédéfinie)

Increasing plasma potassium and risk of atrial fibrillation: the POTCAST trial.

European Heart Journal · 30 août 2026 · Analyse prédéfinie de l’essai randomisé POTCAST, 1 200 porteurs de DAI ou CRT-D

Cette analyse prédéfinie de l’essai randomisé POTCAST a porté sur 1 200 porteurs de défibrillateur (DAI ou CRT-D) dont la kaliémie était inférieure ou égale à 4,3 mmol/L. Ajoutée aux soins habituels, une stratégie visant le haut de la normale — conseils alimentaires, antagoniste des récepteurs minéralocorticoïdes, supplémentation potassique — a réduit les événements cliniques liés à la fibrillation atriale sur un suivi médian de 3,3 ans : 8,0 % contre 12,2 %, soit un rapport de risque de sous-distribution de 0,65. L’effet paraît comparable chez les patients avec et sans antécédent de fibrillation atriale.

Événements liés à la FA sur un suivi médian de 3,3 ans : 8,0 % dans le groupe kaliémie haute-normale contre 12,2 % chez les témoins (2,80 contre 4,30 pour 100 patients-années) — rapport de risque de sous-distribution 0,65 (IC95 % 0,45–0,93 ; p = 0,02)
Article original ↗

Question clinique

L’hypokaliémie et les kaliémies basses-normales sont associées à un risque accru de fibrillation atriale. L’essai POTCAST avait montré que relever la kaliémie dans le haut de la normale réduisait, chez des porteurs de défibrillateur, un critère composite associant tachycardie ventriculaire soutenue, thérapie appropriée du défibrillateur, hospitalisation non programmée pour arythmie ou insuffisance cardiaque et décès toutes causes. Cette analyse prédéfinie examine si la même stratégie réduit aussi les événements cliniques liés à la fibrillation atriale.

Méthode

Analyse prédéfinie de l’essai randomisé ouvert POTCAST. Les participants étaient des adultes porteurs d’un défibrillateur automatique implantable (DAI) ou d’un défibrillateur avec resynchronisation (CRT-D), dont la kaliémie était inférieure ou égale à 4,3 mmol/L. Ils ont été répartis par tirage au sort entre un traitement visant une kaliémie haute-normale ajouté aux soins habituels et les soins habituels seuls. L’intervention associait des conseils diététiques et, selon les cas, un antagoniste des récepteurs minéralocorticoïdes (spironolactone ou éplérénone), une supplémentation en chlorure de potassium, ou les deux, pour une cible de 4,5 à 5,0 mmol/L. Le critère de jugement de cette analyse était un composite : hospitalisation aiguë pour fibrillation atriale conduisant à modifier le traitement ou pour choc inapproprié, hospitalisation pour cardioversion électrique ou ablation de fibrillation atriale, et dose de charge d’amiodarone pour fibrillation atriale. L’analyse portait sur le délai jusqu’au premier événement, le décès étant traité comme risque compétitif.

Résultats clés

  • 1 200 participants ont été inclus (600 par groupe), d’âge médian 64 ans, dont 80,3 % d’hommes ; 390 (32,5 %) avaient un antécédent de fibrillation atriale. Après titration, la kaliémie du groupe traité dépassait de 0,3 mmol/L celle des témoins.
  • Après un suivi médian de 3,3 ans, le critère composite est survenu chez 48 participants du groupe kaliémie haute-normale (8,0 %, soit 2,80 événements pour 100 patients-années) contre 73 témoins (12,2 %, soit 4,30 pour 100 patients-années), soit un rapport de risque de sous-distribution de 0,65 (IC95 % 0,45–0,93 ; p = 0,02).
  • L’écart absolu entre 8,0 % et 12,2 % correspond à environ 24 patients à traiter pendant la durée de l’essai pour éviter un événement.
  • L’effet du traitement paraît comparable dans les sous-groupes, notamment chez les patients avec et sans antécédent de fibrillation atriale.

Limites

  • Il s’agit d’une analyse prédéfinie d’un essai conçu pour les arythmies ventriculaires, et non d’un essai dédié à la fibrillation atriale : les événements sont peu nombreux (48 et 73), ce qui explique l’intervalle de confiance large ; le résultat demande confirmation dans un essai conçu pour cette question.
  • L’essai est ouvert et la population, très majoritairement masculine, est celle des porteurs de défibrillateur : la transposition aux patients sans dispositif n’est pas établie.
  • L’intervention est combinée (régime, antagoniste des récepteurs minéralocorticoïdes, potassium) : la part de chaque composante dans l’effet observé ne peut pas être établie. Le résumé ne rapporte ni la tolérance rénale ni la fréquence des hyperkaliémies dans cette analyse.
En pratique : chez un porteur de DAI ou de CRT-D dont la kaliémie reste à 4,3 mmol/L ou moins, viser 4,5 à 5,0 mmol/L par des conseils alimentaires, un antagoniste des récepteurs minéralocorticoïdes et un apport potassique semble réduire, en plus du critère principal de l’essai, les événements cliniques liés à la fibrillation atriale. Une telle stratégie suppose une surveillance régulière de la kaliémie et de la fonction rénale. Chez les patients sans défibrillateur, le bénéfice reste à démontrer.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · EPIDAURUS

Dual antithrombotic therapy using potent antiplatelet inhibitors in atrial fibrillation and acute coronary syndrome: a randomized controlled trial.

Nature Medicine · 29 août 2026 · Essai randomisé ouvert, 602 patients, Allemagne et Autriche, arrêté prématurément

Chez des patients en fibrillation atriale hospitalisés pour un syndrome coronarien aigu et traités par angioplastie, l’essai ouvert EPIDAURUS a comparé un mois d’anticoagulant oral direct associé à un inhibiteur P2Y12 puissant (prasugrel ou ticagrelor) au même anticoagulant associé au clopidogrel, avec de l’aspirine pendant l’hospitalisation. L’essai a été interrompu après l’inclusion de 602 des 1 474 patients prévus, sur recommandation du comité indépendant de surveillance. Aucun des deux critères principaux, jugés à six semaines, n’a été atteint ; en analyses secondaires, les inhibiteurs P2Y12 puissants ont été associés à davantage de saignements sans réduction des complications ischémiques.

À six semaines, AOD + inhibiteur P2Y12 puissant contre AOD + clopidogrel : win ratio d’efficacité 1,19 (IC95 % 0,61–2,32 ; p = 0,61), win ratio de sécurité 0,66 (IC95 % 0,39–1,11 ; p = 0,115) — essai arrêté après 602 des 1 474 patients prévus
Article original ↗

Question clinique

Après un syndrome coronarien aigu chez un patient en fibrillation atriale, la bithérapie associant un anticoagulant oral direct (AOD) et un inhibiteur P2Y12 fait moins saigner que la trithérapie fondée sur un antivitamine K, mais des méta-analyses ont suggéré un excès d’événements ischémiques, surtout pendant le premier mois. Le clopidogrel, utilisé dans la plupart de ces essais, expose à une réactivité plaquettaire résiduelle élevée. Un inhibiteur P2Y12 puissant pendant ce premier mois ferait-il mieux ?

Méthode

Essai randomisé en ouvert, mené dans 37 centres tertiaires d’Allemagne et d’Autriche. Les patients en fibrillation atriale, traités par angioplastie coronaire réussie dans les cinq jours précédant la randomisation pour un infarctus avec ou sans sus-décalage du segment ST, ont reçu par tirage au sort soit un AOD (inhibiteur du facteur Xa : edoxaban, apixaban ou rivaroxaban) associé au prasugrel ou au ticagrelor pendant quatre semaines, avec relais ensuite par le clopidogrel (n = 302), soit un AOD associé au clopidogrel, avec de l’aspirine pendant l’hospitalisation (n = 300). Les deux critères de jugement principaux, évalués six semaines après la randomisation par des analyses séparées en « win ratio » — rapport des comparaisons par paires gagnées et perdues —, étaient un critère d’efficacité (décès, thrombose de stent, infarctus, AVC ischémique, embolie systémique, revascularisation urgente) et un critère de sécurité (décès et saignements majeurs). L’essai a été arrêté prématurément après l’inclusion de 602 patients sur 1 474 prévus, sur recommandation du comité indépendant de surveillance. L’âge médian était de 78 ans et 154 participants (26 %) étaient des femmes.

Résultats clés

  • Critère principal d’efficacité à six semaines : win ratio 1,19 (IC95 % 0,61–2,32 ; p = 0,61) : les inhibiteurs puissants n’ont pas réduit significativement les événements ischémiques.
  • Critère principal de sécurité à six semaines : win ratio 0,66 (IC95 % 0,39–1,11 ; p = 0,115), en défaveur des inhibiteurs puissants, sans atteindre le seuil de signification.
  • Critères secondaires de sécurité : les saignements BARC ≥ 1, ≥ 2 et ≥ 3 à six semaines ont été plus fréquents sous inhibiteur P2Y12 puissant. L’écart s’est effacé après le retour au clopidogrel et n’était plus significatif à six mois.
  • Quel que soit le bras, un saignement BARC ≥ 2 était associé à une augmentation des événements ischémiques ultérieurs : HR 2,18 (IC95 % 1,16–4,11 ; p = 0,016).

Limites

  • Essai arrêté à 41 % de l’effectif prévu (602 des 1 474 patients) : aucun des deux critères principaux n’atteint la significativité et la puissance est insuffisante.
  • Les différences de saignement viennent de critères secondaires, sans ajustement pour les comparaisons multiples ; leur signification n’est que nominale.
  • Essai ouvert ; le bras comparateur recevait de l’aspirine pendant l’hospitalisation, si bien que deux différences se cumulent entre les bras : la puissance de l’inhibiteur P2Y12 et la présence d’aspirine.
  • Le lien entre saignement BARC ≥ 2 et événements ischémiques ultérieurs est une association observée dans l’essai, non un effet du traitement.
En pratique : chez le patient en fibrillation atriale anticoagulé par AOD après un syndrome coronarien aigu, ces résultats ne soutiennent pas le remplacement du clopidogrel par le ticagrelor ou le prasugrel, même pour un mois : les inhibiteurs puissants ont été associés à davantage de saignements sans réduction des complications ischémiques, et l’essai a été interrompu pour cette raison. Le clopidogrel, utilisé dans les essais qui ont validé la bithérapie, reste l’inhibiteur P2Y12 de référence dans cette situation. L’arrêt prématuré limite toutefois la force de cette conclusion, qui repose sur des analyses secondaires.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · PIFPAF-PFA

Pulmonary Vein Isolation Using Pulsed Field Ablation With vs Without Posterior Wall Isolation in Patients With Symptomatic Persistent Atrial Fibrillation: The PIFPAF-PFA Randomized Clinical Trial.

JAMA · 29 août 2026 · Essai randomisé, 206 patients, 6 centres suisses, moniteur implantable chez tous · ESC 2026

Chez 206 patients en fibrillation atriale persistante symptomatique traités par ablation par champ pulsé, l’ajout de l’isolation de la paroi postérieure de l’oreillette gauche à l’isolation des veines pulmonaires n’a pas réduit de façon significative les récidives de tachyarythmie atriale détectées par moniteur implantable entre le troisième mois et la fin de la première année : 50,6 % contre 60,6 %. La charge en arythmie et les récidives d’épisodes longs étaient plus faibles avec l’isolation de la paroi postérieure, mais ces critères figurent parmi les 29 critères secondaires de l’essai et ne font que suggérer une piste. Un essai de plus grande taille est nécessaire pour trancher.

Récidive de tachyarythmie atriale entre le jour 91 et le jour 365 : 50,6 % avec isolation de la paroi postérieure contre 60,6 % sans — rapport de taux 0,75 (IC95 % 0,51–1,09 ; p = 0,13)
Article original ↗

Question clinique

L’isolation des veines pulmonaires est moins efficace dans la fibrillation atriale persistante que dans la forme paroxystique. L’ablation par champ pulsé facilite l’isolation de la paroi postérieure de l’oreillette gauche : l’ajouter systématiquement à l’isolation des veines pulmonaires réduit-il les récidives de tachyarythmie atriale ?

Méthode

Essai de supériorité randomisé multicentrique, conduit à l’initiative des investigateurs dans six centres suisses, avec adjudication des événements par un comité indépendant en aveugle. Des patients en fibrillation atriale persistante symptomatique ont été inclus de novembre 2023 à février 2025 et répartis à parts égales entre isolation des veines pulmonaires par champ pulsé avec isolation de la paroi postérieure (102 patients) et isolation des veines pulmonaires seule (104 patients). L’âge moyen était de 65,8 ans et 80,1 % des patients étaient des hommes. Tous ont reçu un moniteur cardiaque implantable après l’ablation. Le critère de jugement principal était la première récidive de tachyarythmie atriale, définie par un épisode d’au moins 30 secondes, entre le jour 91 et le jour 365. Les 29 critères secondaires comprenaient la charge en arythmie atriale, les récidives selon la durée minimale des épisodes et un composite de sécurité (tamponnade drainée, paralysie phrénique persistant plus de 24 heures, complication vasculaire grave nécessitant une intervention, AVC ou accident ischémique transitoire, fistule atrio-œsophagienne, décès jusqu’au jour 90).

Résultats clés

  • Critère principal : une récidive est survenue chez 51 des 102 patients avec isolation de la paroi postérieure (50,6 %) et chez 63 des 104 patients sans (60,6 %), soit un rapport de taux de 0,75 (IC95 % 0,51–1,09 ; p = 0,13). La différence n’est pas significative.
  • Sur les 29 critères secondaires prédéfinis, 22 ne diffèrent pas entre les groupes. La charge moyenne en arythmie atriale a été de 6,9 % avec isolation de la paroi postérieure contre 11,0 % sans (différence −4,1 points ; IC95 % −8,0 à −0,2 ; p = 0,04).
  • Selon la durée minimale retenue pour définir un épisode, les rapports de taux étaient de 0,64 (IC95 % 0,41–0,99) pour les épisodes d’au moins une heure, 0,62 (0,38–1,03) à six heures, 0,37 (0,18–0,78) à un jour, 0,40 (0,18–0,88) à deux jours et 0,51 (0,22–1,23) à sept jours.
  • Sécurité : le critère composite est survenu chez 2 patients, tous deux dans le groupe avec isolation de la paroi postérieure ; le résumé n’en rapporte aucun dans l’autre groupe.

Limites

  • Avec 206 patients, l’essai n’a pas la puissance nécessaire pour établir ni pour exclure un effet de l’ampleur observée : l’intervalle de confiance du rapport de taux reste compatible avec un bénéfice réel comme avec une absence d’effet.
  • Les résultats favorables sur la charge en arythmie et sur les épisodes longs portent sur des critères secondaires, au nombre de 29 et analysés sans ajustement pour la multiplicité : les auteurs eux-mêmes n’y voient que des hypothèses à vérifier.
  • Le critère principal est très sensible : tout épisode d’au moins 30 secondes détecté par le moniteur implantable est compté, sans préjuger de son retentissement clinique. La population est très majoritairement masculine, issue d’un seul pays, et le suivi s’arrête à un an.
En pratique : dans la fibrillation atriale persistante traitée par champ pulsé, ajouter systématiquement l’isolation de la paroi postérieure n’a pas réduit de façon significative les récidives de tachyarythmie atriale. L’isolation des veines pulmonaires reste donc le geste de référence, l’extension à la paroi postérieure se discutant au cas par cas. Le signal observé sur la charge en arythmie et sur les épisodes de plus d’un jour mérite un essai de plus grande taille avant toute modification de stratégie.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · SINGLE-AF

Anticoagulation for Atrial Fibrillation with Intermediate Stroke Risk

NEJM · 28 août 2026 · ESC 2026

C’est le premier essai randomisé consacré à la fibrillation atriale à risque intermédiaire d’AVC (score CHA₂DS₂-VASc de 1 chez l’homme ou de 2 chez la femme) ; il a été mené en Corée du Sud chez 1 803 patients. À 24 mois, un AVC, une embolie systémique, une hémorragie majeure ou un décès cardiovasculaire est survenu chez 0,5 % des patients sous anticoagulant oral direct contre 1,5 % sans anticoagulant (HR 0,31). La différence tient surtout aux AVC, sans excès d’hémorragies majeures. Les réserves tiennent au faible nombre d’événements (17 au total) et au caractère ouvert de l’essai.

Critère principal à 24 mois : 0,5 % sous AOD contre 1,5 % sans anticoagulant — HR 0,31 (IC95 % 0,10–0,94)

Question clinique

Les recommandations européennes et américaines proposent l’anticoagulation en classe IIa lorsque la fibrillation atriale s’accompagne d’un risque embolique intermédiaire, c’est-à-dire un score CHA₂DS₂-VASc de 1 chez l’homme ou de 2 chez la femme (un seul facteur de risque en dehors du sexe). Aucun essai randomisé n’avait jusqu’ici comparé l’anticoagulation à l’abstention dans cette situation.

Méthode

Essai multicentrique ouvert de supériorité, avec adjudication des événements en aveugle, mené dans 18 centres de Corée du Sud. Au total, 1 803 patients en fibrillation atriale avec un score CHA₂DS₂-VASc de 1 (hommes) ou de 2 (femmes) ont été randomisés 1:1 entre un anticoagulant oral direct (apixaban 5 mg deux fois par jour ou rivaroxaban 20 mg une fois par jour ; n = 902) et l’absence d’anticoagulation (n = 901). L’âge moyen était de 60,4 ans et 23,7 % des participants étaient des femmes. Le critère de jugement principal était un composite, à 24 mois, d’AVC, d’embolie systémique, d’hémorragie majeure et de décès cardiovasculaire.

Résultats clés

  • Critère principal à 24 mois : 4 patients (0,5 %) sous anticoagulant oral direct contre 13 (1,5 %) sans anticoagulant, soit une différence absolue de −1,0 point (IC95 % −2,0 à −0,1 ; p = 0,03) et un HR de 0,31 (IC95 % 0,10–0,94).
  • La différence tient surtout aux AVC : 3 patients (0,3 %) sous anticoagulant contre 10 (1,1 %) sans.
  • Les embolies systémiques et les hémorragies majeures ont paru comparables dans les deux groupes ; aucun décès cardiovasculaire n’est survenu.
  • Événements indésirables graves : 8,9 % sous anticoagulant contre 9,3 % sans.
  • La différence absolue de 1 point correspond à environ 100 patients à traiter pendant deux ans pour éviter un événement du critère principal.

Limites

  • Seulement 17 événements au total : l’estimation de l’effet est imprécise et la borne supérieure de l’intervalle de confiance du HR est proche de 1.
  • Essai ouvert, mené dans une population exclusivement coréenne et relativement jeune (60 ans en moyenne) : le risque hémorragique de patients plus âgés ou d’autres origines n’a pas été évalué.
  • Suivi limité à deux ans, sans donnée sur l’observance à plus long terme.
En pratique : chez un patient en fibrillation atriale qui n’a qu’un seul facteur de risque embolique en dehors du sexe, par exemple un hypertendu ou un diabétique de 60 ans, cet essai apporte le premier argument randomisé en faveur d’un anticoagulant oral direct plutôt que de l’abstention, sans excès d’hémorragies majeures observé. Le faible nombre d’événements et la population étudiée invitent toutefois à la prudence chez les patients à risque hémorragique élevé, pour lesquels la décision reste à discuter au cas par cas.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · CMR GUIDE

Cardiovascular Magnetic Resonance to Guide Defibrillator Implantation for LVEF of 36% to 50%: The CMR GUIDE Randomized Clinical Trial

JAMA · 28 août 2026 · ESC 2026

Chez 353 patients ayant une FEVG entre 36 et 50 % et une fibrose myocardique à l’IRM, un défibrillateur implantable a été comparé à un holter implantable sur un suivi médian de 6,3 ans. Le critère principal, mort subite ou arythmie ventriculaire mal tolérée sur le plan hémodynamique, est survenu chez 7,8 % des patients avec défibrillateur contre 9,2 % avec holter (HR 0,76 ; IC95 % 0,37–1,58) : la différence n’est pas significative. La mort subite seule, critère secondaire, a été moins fréquente avec le défibrillateur (1,7 % contre 5,8 %), et une analyse de sous-groupe suggère un effet avant 70 ans, ce qui ne vaut pas démonstration.

Critère principal : 7,8 % contre 9,2 % (HR 0,76 ; IC95 % 0,37–1,58) — mort subite seule : 1,7 % contre 5,8 % (HR 0,26 ; 0,07–0,95)
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Le défibrillateur implantable n’est recommandé en prévention primaire qu’en dessous de 35 % de FEVG, alors qu’une part importante des morts subites survient entre 36 et 50 %. La fibrose myocardique, visible sous forme de rehaussement tardif à l’IRM cardiaque, permet-elle de sélectionner dans cette tranche les patients qui tireraient bénéfice d’un défibrillateur ?

Méthode

Essai randomisé ouvert mené dans 18 centres en Australie, en Allemagne et au Royaume-Uni, inclusions de 2015 à 2022, suivi médian de 6,3 ans. Au total, 353 adultes ayant une cardiomyopathie ischémique ou non ischémique, une FEVG entre 36 et 50 % sous traitement médical optimal et une fibrose myocardique définie à l’IRM ont été randomisés entre défibrillateur implantable en prévention primaire (n = 180) et holter implantable (n = 173). L’âge médian était de 65 ans ; 18 % des participants étaient des femmes, 72 % avaient une cardiopathie d’origine ischémique et 70 % une FEVG d’au moins 40 %. Le critère principal était un composite de mort subite et d’arythmie ventriculaire mal tolérée sur le plan hémodynamique.

Résultats clés

  • Critère principal : 14 patients (7,8 %) dans le groupe défibrillateur contre 16 (9,2 %) dans le groupe holter — HR 0,76 (IC95 % 0,37–1,58), différence non significative.
  • Les deux composantes évoluent en sens inverse : la mort subite est survenue chez 3 patients (1,7 %) avec défibrillateur contre 10 (5,8 %) avec holter (HR 0,26 ; IC95 % 0,07–0,95), tandis que les arythmies ventriculaires mal tolérées ont été plus fréquentes avec le défibrillateur, 12 (6,7 %) contre 6 (3,5 %) (HR 1,77 ; IC95 % 0,65–4,81).
  • La mortalité totale, la mortalité cardiovasculaire et les hospitalisations pour insuffisance cardiaque étaient comparables entre les groupes.
  • Dans une analyse préspécifiée de six sous-groupes, le critère principal a été moins fréquent avec le défibrillateur chez les patients de moins de 70 ans (3,3 % contre 10,0 % ; HR 0,28 ; IC95 % 0,09–0,89), mais pas à partir de 70 ans (16,9 % contre 7,5 % ; HR 2,33 ; IC95 % 0,75–7,26) ; p = 0,01 pour l’interaction.

Limites

  • Avec 30 événements pour 353 patients, l’essai a compté moins d’événements que prévu et n’a pas atteint la puissance visée : il montre une absence de preuve d’effet, non une preuve d’absence d’effet.
  • Essai ouvert, avec 11 % de changements de groupe dans le bras défibrillateur, et population mixte de cardiomyopathies ischémiques et non ischémiques.
  • La mort subite est une composante secondaire, et l’analyse par âge n’est que l’un des six sous-groupes préspécifiés : ces résultats génèrent une hypothèse, ils ne la démontrent pas.
En pratique : chez un patient à FEVG modérément altérée, la présence d’une fibrose à l’IRM ne suffit pas, au vu de cet essai, à justifier un défibrillateur en prévention primaire : le critère principal n’est pas réduit. La réduction de la mort subite, critère secondaire, et le signal observé avant 70 ans peuvent justifier une discussion en centre expert chez un patient jeune porteur d’une fibrose étendue, en lui expliquant que le bénéfice reste à démontrer.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille — à suivre Registre prospectif · 4 221 ablations

Risk of Stroke and TIA With Pulsed Field Compared With Radiofrequency Ablation for Atrial Fibrillation

Circulation · 25 août 2026 · centre universitaire américain à haut volume

Ce registre prospectif d’un seul centre à haut volume a porté sur 4 221 ablations consécutives de fibrillation atriale, dont 2 144 par champ pulsé et 2 077 par radiofréquence, avec adjudication des événements neurologiques par des neurologues en aveugle. À 30 jours, un AVC ou un accident ischémique transitoire est survenu après 0,47 % des procédures par champ pulsé contre 0,10 % après radiofréquence (différence pondérée 0,36 point ; IC95 % 0,03–0,70 ; p = 0,03). Les autres complications restaient inférieures à 1 % et comparables. Il s’agit d’une association observée dans un seul centre, que les auteurs appellent à confirmer par une surveillance renforcée et des études prospectives dédiées.

AVC ou AIT à 30 jours : 0,47 % après champ pulsé contre 0,10 % après radiofréquence — différence pondérée +0,36 point (IC95 % 0,03–0,70)

Question clinique

L’ablation par champ pulsé s’est diffusée rapidement, en partie parce qu’on en attendait une meilleure sécurité que l’ablation thermique. Les données comparatives restent limitées : le risque d’AVC ou d’accident ischémique transitoire (AIT) est-il le même qu’avec la radiofréquence ?

Méthode

Registre prospectif des ablations consécutives de fibrillation atriale réalisées entre 2022 et 2026 dans un centre universitaire américain à haut volume, par 12 opérateurs : 4 221 procédures, dont 2 144 par champ pulsé (Farawave 68,7 %, Sphere-9 23,3 %, Varipulse 6,9 %, PulseSelect 0,7 %) et 2 077 par radiofréquence. Le critère de jugement principal était la survenue d’un AVC ou d’un AIT dans les 30 jours, adjudiquée par des neurologues indépendants en aveugle ; les critères secondaires comprenaient le décès et les autres complications de la procédure. Les différences de caractéristiques entre les groupes ont été équilibrées par pondération sur score de propension, et des analyses de médiation exploratoires ont étudié le rôle des différences de déroulement des procédures.

Résultats clés

  • Les patients des deux groupes étaient comparables : âge moyen 67 ans, 31 % de femmes, 47 % de fibrillation atriale persistante, 7 % d’antécédent d’AVC ou d’AIT.
  • AVC ou AIT à 30 jours : 10 événements (0,47 %) après champ pulsé contre 2 (0,10 %) après radiofréquence, en analyse brute comme en analyse pondérée — différence pondérée +0,36 point (IC95 % 0,03–0,70 ; p = 0,03).
  • Les procédures par champ pulsé étaient plus courtes (108 contre 144 minutes) et comportaient plus souvent une isolation de la paroi postérieure (57 % contre 31 %) ; les analyses de médiation, limitées par le petit nombre d’événements, n’ont pas identifié une ablation plus étendue comme facteur de risque indépendant d’AVC.
  • Les événements se sont répartis sur toute la période, sans regroupement au moment de l’adoption du champ pulsé ni autour d’un opérateur (aucun opérateur n’a eu deux événements ou plus). Les autres complications, après pondération, restaient inférieures à 1 % et comparables entre les deux techniques.

Limites

  • Étude observationnelle dans un seul centre : malgré la pondération, un facteur de confusion résiduel ne peut être exclu, et l’association observée ne démontre pas un lien de causalité.
  • Douze événements au total : l’estimation est imprécise, comme le montre la largeur de l’intervalle de confiance.
  • Un seul centre à très haut volume, avec ses cathéters et ses opérateurs : la transposition à d’autres pratiques demande de la prudence.
En pratique : ces données ne remettent pas en cause l’ablation par champ pulsé, mais elles indiquent que sa sécurité neurologique par rapport à la radiofréquence n’est pas acquise. Elles justifient d’en informer le patient avant la procédure et d’explorer sans tarder tout signe neurologique survenant après l’ablation. Une surveillance renforcée après commercialisation et des études prospectives dédiées, réclamées par les auteurs, restent nécessaires avant de conclure.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Point de vue · European Heart Journal

CHAMPION-AF and CLOSURE-AF: reconciling contrasting results

European Heart Journal · 20 août 2026 · Viewpoint (Omerovic & Redfors)

Ce point de vue met en perspective les deux grands essais randomisés de 2026 sur la fermeture percutanée de l’auricule gauche, CHAMPION-AF et CLOSURE-AF, déjà signalés ici et dont les conclusions semblent opposées. Les auteurs montrent que les distributions d’effet des deux essais se recouvrent largement, que la fourchette des effets réellement plausibles reste large et que l’étiquette « essai positif » ou « essai négatif » relève surtout d’une convention statistique, qui gouverne ensuite l’adoption clinique. Ils plaident pour des essais randomisés adossés aux registres après commercialisation, sous une gouvernance publique indépendante.

Question clinique

Comment concilier les conclusions apparemment opposées des deux grands essais randomisés de 2026 sur la fermeture percutanée de l’auricule gauche dans la fibrillation atriale, CHAMPION-AF et CLOSURE-AF, déjà signalés ici ?

Méthode

Article de point de vue publié dans l’European Heart Journal le 20 août 2026 : relecture méthodologique et statistique des deux essais, sans donnée nouvelle. La notice PubMed ne comporte pas de résumé ; la fiche s’appuie sur les éléments accessibles de la page de l’article.

Résultats clés

  • Les distributions d’effet des deux essais se recouvrent largement : leurs résultats sont plus concordants que leurs conclusions affichées ne le laissent penser.
  • L’étiquette « essai positif » ou « essai négatif » relève surtout d’une convention statistique, le franchissement ou non d’un seuil, qui gouverne ensuite l’adoption clinique de la technique.
  • Les auteurs avancent trois raisons de ne pas s’en tenir à cette opposition : l’imprécision statistique, qui laisse une fourchette d’effets plausibles encore large ; la dépendance des résultats au contexte (expérience des opérateurs, patients inclus, dispositifs utilisés, intensité du suivi), qui limite leur transposition à la pratique courante ; et le poids institutionnel de l’étiquette elle-même.
  • Les auteurs plaident pour des essais randomisés adossés aux registres après commercialisation, sous une gouvernance publique indépendante, afin de poursuivre l’évaluation des dispositifs en conditions réelles.

Limites

  • Article d’opinion sans donnée nouvelle ni méta-analyse formelle : il éclaire l’interprétation des deux essais, il ne la tranche pas.
  • Fiche établie à partir des éléments disponibles, en l’absence de résumé indexé : se reporter à l’article original.
En pratique : il n’y a pas lieu de réduire CHAMPION-AF et CLOSURE-AF à un duel « positif contre négatif » : leurs résultats se recouvrent largement. La décision de fermer l’auricule reste une discussion au cas par cas, selon le risque hémorragique, l’observance et la préférence du patient. Pour les auteurs, la fermeture garde sa place lorsque l’anticoagulation pose réellement problème, mais les données disponibles ne soutiennent pas encore un usage large en première intention à la place d’un anticoagulant oral direct.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Mesures de qualité AHA/ACC

2026 AHA/ACC Clinical Performance and Quality Measures for Patients With Atrial Fibrillation

JACC · 18 août 2026 · document AHA/ACC (remplace 2016 et 2020)

Ce nouveau référentiel américain de qualité des soins dans la fibrillation atriale est dérivé des recommandations de classe 1 et 3 du texte ACC/AHA/ACCP/HRS de 2023. Il comprend 5 mesures de performance, destinées à la publication des résultats, et 16 mesures de qualité, destinées à l’amélioration des pratiques ; parmi elles, 3 des 5 mesures de performance et 14 des 16 mesures de qualité sont nouvelles. La principale nouveauté est une mesure de performance consacrée à la prise en charge globale (mode de vie, facteurs de risque, comorbidités), à côté du bilan initial standardisé, de la documentation du risque embolique et de la prescription d’un anticoagulant oral direct lorsqu’il est indiqué.

Question clinique

Que doit comporter, au minimum, la prise en charge d’un patient en fibrillation atriale pour être conforme aux recommandations les mieux établies, et comment en mesurer la qualité ?

Méthode

Document de l’ACC et de l’AHA qui actualise les mesures de 2016 et de 2020. Le comité de rédaction a retenu les mesures à partir des recommandations les plus fortes (classe 1 ou 3) du texte ACC/AHA/ACCP/HRS de 2023 sur la fibrillation atriale. Les 5 mesures de performance sont conçues pour la publication des résultats ou la rémunération à la performance ; les 16 mesures de qualité servent aux cliniciens et aux établissements pour l’amélioration interne des pratiques.

Résultats clés

  • Bilan initial de toute fibrillation atriale nouvellement diagnostiquée : échocardiographie transthoracique, numération formule sanguine, bilan métabolique et bilan thyroïdien.
  • Documentation du risque d’AVC par un score validé (CHA₂DS₂-VASc, ATRIA ou GARFIELD-AF) : c’est la traçabilité de l’évaluation qui est exigée, non un score en particulier.
  • Anticoagulant oral direct prescrit lorsqu’il est indiqué, y compris dans le cadre d’une bithérapie antithrombotique après angioplastie coronaire.
  • Prise en charge globale et prévention secondaire, mesure nouvelle : perte de poids, activité physique, arrêt du tabac, modération de l’alcool, contrôle de la pression artérielle et prise en charge des comorbidités.
  • Parmi les mesures de qualité : équité de la prise en charge, décision partagée entre contrôle du rythme et contrôle de la fréquence, contrôle du rythme ou ablation par cathéter dans l’insuffisance cardiaque à FEVG réduite, ablation de la fibrillation atriale symptomatique lorsque les antiarythmiques ne conviennent pas, exclusion de l’auricule gauche au cours d’une chirurgie cardiaque, anticoagulation péri-procédurale lors de l’ablation.

Limites

  • Document américain, conçu pour un système de soins et de rémunération différent : il n’est pas transposable tel quel.
  • Les auteurs relèvent eux-mêmes le besoin de meilleurs outils de stratification du risque embolique.
  • Utilisées comme indicateurs de rémunération à la performance, des mesures de ce type pourraient inciter à anticoaguler pour satisfaire l’indicateur plutôt qu’au terme d’une évaluation individuelle.
En pratique : ce référentiel offre une grille d’auto-évaluation utile pour la consultation de fibrillation atriale. Il invite à vérifier que chaque fibrillation atriale nouvellement diagnostiquée a bénéficié d’une échocardiographie, d’une biologie et d’un bilan thyroïdien, et que le score de risque embolique figure dans le courrier. Il rappelle aussi de ne pas s’arrêter à l’anticoagulation : la prise en charge complète inclut le poids, l’activité physique, le tabac, l’alcool et la pression artérielle.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Cohorte prospective IRM · 550 patients

Impact of Myocardial Fibrosis and Female Sex on Life-Threatening Arrhythmias and Sudden Cardiac Death in Mitral Valve Prolapse

Circulation: Cardiovascular Imaging · août 2026

Dans une cohorte prospective de 550 patients porteurs d’un prolapsus mitral et explorés par IRM cardiaque, 8,7 % ont présenté un événement rythmique grave au cours d’un suivi médian de 4,4 ans. Le sexe féminin (HR 3,33) et la fibrose myocardique visible en rehaussement tardif (HR 3,17) étaient chacun associés à ces événements, indépendamment l’un de l’autre. Leur cumul désigne le sous-groupe le plus exposé : la survie sans événement à 5 ans était de 76,5 % chez les femmes avec fibrose, contre 98,5 % chez les hommes sans fibrose.

Survie sans événement rythmique à 5 ans : 76,5 % chez les femmes avec fibrose contre 98,5 % chez les hommes sans fibrose
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Chez les patients porteurs d’un prolapsus mitral, affection fréquente et le plus souvent bénigne, le sexe féminin et la fibrose myocardique détectée à l’IRM sont-ils associés, indépendamment l’un de l’autre, aux arythmies ventriculaires graves et à la mort subite ?

Méthode

Cohorte prospective de 550 patients consécutifs porteurs d’un prolapsus mitral, adressés pour IRM cardiaque dans un centre universitaire de référence entre 2008 et 2021 (âge médian 62 ans, 50 % de femmes). Les patients atteints de coronaropathie, de cardiomyopathie, de maladie infiltrative ou déjà opérés du cœur étaient exclus. La fibrose était définie par la présence d’un rehaussement tardif au gadolinium (LGE). Critère de jugement principal composite : mort subite, arrêt cardiaque récupéré, tachycardie ou fibrillation ventriculaire soutenue symptomatique ou inductible ayant conduit à l’implantation d’un défibrillateur ou à une ablation sur une cicatrice liée au prolapsus. Suivi médian de 4,4 ans (2 700 patients-années).

Résultats clés

  • Un rehaussement tardif était présent chez 210 patients (38 %).
  • 48 patients (8,7 %) ont atteint le critère principal au cours du suivi.
  • Sexe féminin : HR 3,33 (IC95 % 1,72–6,44 ; p < 0,001) en analyse univariée ; l’association persiste en analyse multivariée.
  • Fibrose myocardique (LGE) : HR 3,17 (IC95 % 1,74–5,77 ; p < 0,001) en analyse univariée ; l’association persiste en analyse multivariée.
  • Femmes avec fibrose : survie sans événement à 5 ans de 76,5 %, contre 98,5 % chez les hommes sans fibrose (p < 0,001). Cette comparaison oppose deux sous-groupes extrêmes et n’est pas une mesure d’effet ajustée.

Limites

  • Étude observationnelle : les associations décrites ne démontrent pas de causalité.
  • Recrutement dans un centre de référence, parmi des patients adressés pour IRM : biais de sélection probable, qui limite l’extrapolation à l’ensemble des prolapsus vus en consultation.
  • 48 événements au total, sans validation externe ; le critère composite inclut des arythmies inductibles, et non seulement des événements spontanés.
  • Aucune donnée sur l’effet d’une prise en charge modifiée par ces marqueurs.
En pratique : Chez un patient porteur d’un prolapsus mitral, l’évaluation de la fuite ne suffit pas à apprécier le risque rythmique. Ces données plaident pour intégrer le sexe et la recherche de fibrose à l’IRM cardiaque dans la stratification, en particulier chez la femme, chez qui la présence d’une fibrose définit le sous-groupe le plus exposé. Elles ne permettent pas, en revanche, de fixer une conduite thérapeutique (défibrillateur, ablation) à partir de ces seuls marqueurs.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · CORNERSTONE AF

Adjunctive posterior wall isolation for persistent and long-standing persistent atrial fibrillation: the CORNERSTONE AF trial

European Heart Journal · juin 2026 · présenté à l’EHRA 2026

Dans cet essai randomisé mené dans 16 centres japonais, 517 patients en FA persistante ou persistante de longue date, adressés pour une première ablation, ont reçu soit l’isolation des veines pulmonaires seule, soit cette isolation complétée par celle de la paroi postérieure de l’oreillette gauche. À 18 mois, 80,9 % des patients du groupe paroi postérieure et 76,8 % de ceux du groupe veines pulmonaires seules étaient indemnes d’arythmie atriale après une seule procédure (HR 0,76 ; IC95 % 0,53–1,09 ; p = 0,11). L’ajout de la paroi postérieure n’a donc pas apporté de bénéfice démontré, dans la ligne de l’essai CAPLA.

Absence d’arythmie atriale à 18 mois : 80,9 % avec isolation de la paroi postérieure contre 76,8 % sans (HR 0,76 ; IC95 % 0,53–1,09 ; p = 0,11)
Article original ↗

Question clinique

Lors d’une première ablation de FA persistante, l’isolation de la paroi postérieure de l’oreillette gauche, ajoutée à l’isolation des veines pulmonaires, réduit-elle les récidives d’arythmie atriale ?

Méthode

Essai randomisé ouvert, mené dans 16 centres japonais. Les 517 patients inclus, âgés d’au moins 20 ans, présentaient une FA continue depuis plus de sept jours et moins de trois ans et étaient adressés pour une première ablation. Ils ont été répartis 1:1 entre isolation des veines pulmonaires seule (n = 259) et isolation des veines pulmonaires complétée par l’isolation de la paroi postérieure (n = 258), avec stratification sur le centre, le type de FA et le type de cathéter utilisé (radiofréquence ou cryoballon). Critère de jugement principal : absence de toute arythmie atriale de plus de 30 secondes, avec ou sans antiarythmique, après une seule procédure et une période d’exclusion de 90 jours. Suivi de 18 mois.

Résultats clés

  • Absence d’arythmie atriale à 18 mois : 80,9 % avec isolation de la paroi postérieure contre 76,8 % sans ; HR 0,76 (IC95 % 0,53–1,09), p = 0,11, différence non significative.
  • Différence absolue de 4,1 points en faveur de l’isolation postérieure, non significative.
  • Événements indésirables liés à la procédure comparables : 3,1 % avec isolation postérieure contre 4,2 % sans ; trois gastroparésies symptomatiques (1,2 %), toutes dans le groupe paroi postérieure, résolutives en quelques semaines.

Limites

  • La différence numérique observée reste compatible aussi bien avec un effet modeste qu’avec une absence d’effet : l’essai ne démontre pas de bénéfice, mais ne démontre pas non plus l’équivalence des deux stratégies.
  • Essai ouvert, mené dans un seul pays : la transposition à d’autres populations et à d’autres pratiques d’ablation demande de la prudence.
  • Une isolation incomplète ou non durable de la paroi postérieure pourrait conduire à sous-estimer le bénéfice d’une isolation réellement durable ; ce point n’est pas documenté par le résumé de l’article.
En pratique : pour une première ablation de FA persistante, l’isolation des veines pulmonaires seule reste la stratégie de référence : l’ajout systématique de l’isolation de la paroi postérieure n’a pas démontré de bénéfice dans cet essai, après CAPLA, et expose à un risque propre de gastroparésie. Ces résultats ne concernent ni les reprises d’ablation ni les stratégies d’isolation postérieure guidées par le substrat.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · AVANT-GUARD

Pulsed Field Ablation as Initial Therapy for Persistent Atrial Fibrillation

NEJM · mai 2026 · présenté à l’ACC.26

Cet essai international a réparti des patients en FA persistante n’ayant reçu aucun traitement rythmique entre une ablation par champ pulsé d’emblée et un traitement anti-arythmique, selon un rapport 2:1 ; tous ont reçu un moniteur cardiaque implantable. À 12 mois, le traitement était un succès chez 56 % des patients ablatés contre 30 % des patients traités par anti-arythmique (HR d’échec du traitement 0,46 ; IC95 % 0,33–0,65 ; p < 0,001). Un événement grave lié au dispositif ou à la procédure est survenu chez 5,1 % des patients ablatés.

Succès du traitement à 12 mois : 56 % après ablation par champ pulsé contre 30 % sous anti-arythmique (HR d’échec 0,46 ; IC95 % 0,33–0,65)
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Chez les patients en FA persistante n’ayant encore reçu aucun traitement rythmique, l’ablation par champ pulsé proposée d’emblée fait-elle mieux que le traitement anti-arythmique que les recommandations placent en première ligne ?

Méthode

Essai international randomisé, financé par le fabricant du cathéter. Des patients en FA persistante non traitée ont été répartis 2:1 entre ablation par champ pulsé (cathéter pentaspline) et traitement anti-arythmique ; un groupe supplémentaire de patients ablatés hors randomisation n’a servi qu’à l’analyse de sécurité. Tous les patients ont reçu un moniteur cardiaque implantable. Critère principal d’efficacité : succès du traitement à 12 mois, qui associe un succès à court terme (procédure réussie dans le groupe ablation ; absence d’ablation pendant les 90 jours d’exclusion dans le groupe médicamenteux) et un succès à long terme (absence de récidive d’arythmie atriale, de nouvelle ablation et de recours à un anti-arythmique entre le 3e et le 12e mois dans le groupe ablation, et absence de recours à l’amiodarone à tout moment). Critère principal de sécurité : événements indésirables graves liés au dispositif ou à la procédure.

Résultats clés

  • Succès du traitement à 12 mois : 128 patients sur 207 (estimation Kaplan-Meier 56 % ; IC95 % 48–63) dans le groupe ablation, contre 40 sur 103 (30 % ; IC95 % 21–40) dans le groupe anti-arythmique.
  • Échec composite du traitement : HR 0,46 (IC95 % 0,33–0,65 ; p < 0,001) en faveur de l’ablation.
  • Événements graves liés au dispositif ou à la procédure : 13 patients sur 257 ablatés (5,1 %), groupes randomisé et non randomisé confondus.
  • Événements indésirables graves à 12 mois, toutes causes : 25 % dans le groupe ablation, 21 % dans le groupe anti-arythmique.

Limites

  • Le succès n’est pas défini de la même façon dans les deux groupes (procédure réussie d’un côté, absence d’ablation précoce de l’autre), et l’échec sous anti-arythmique inclut tout recours à l’amiodarone.
  • La comparaison ne pouvait pas être menée en aveugle, le suivi s’arrête à 12 mois et l’essai est financé par l’industriel.
  • Le bénéfice s’apprécie face aux 5,1 % d’événements graves liés à la procédure.
En pratique : Chez un patient symptomatique en FA persistante jamais traitée, l’ablation par champ pulsé proposée d’emblée obtient à un an un succès du traitement nettement plus fréquent que l’anti-arythmique, dans le prolongement de ce qui avait été montré en FA paroxystique avec la cryoablation (EARLY-AF). Orienter tôt vers le rythmologue peut donc se discuter, sans passage obligé par l’anti-arythmique, chez des patients comparables à ceux de l’essai et en pesant les 5,1 % d’événements graves liés à la procédure.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · PRAETORIAN-DFT

Subcutaneous Defibrillator Implantation With or Without Defibrillation Test: The Primary Results of the Randomized PRAETORIAN-DFT Trial

Circulation · avril 2026 · présenté à HRS 2026

Dans 37 centres, cet essai multinational a réparti par tirage au sort 965 patients implantés d’un défibrillateur sous-cutané entre un test de défibrillation en fin d’implantation et l’absence de test, la position du dispositif étant alors contrôlée sur la radiographie thoracique par le score PRAETORIAN. Après un suivi médian de 41 mois, le premier choc a échoué sur une arythmie ventriculaire spontanée chez 1,7 % des patients sans test contre 2,3 % avec test, ce qui établit la non-infériorité (marge absolue de 3 points). La mortalité était comparable entre les deux groupes, et 1,7 % des patients testés ont présenté une complication potentiellement liée au test.

Échec du premier choc sur arythmie ventriculaire spontanée : 1,7 % sans test contre 2,3 % avec test (différence −0,6 point ; IC95 % −2,6 à 1,4)
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Après implantation d’un défibrillateur sous-cutané, peut-on renoncer au test de défibrillation, recommandé mais non dénué de risque, en s’appuyant sur le score PRAETORIAN, qui prédit l’efficacité des chocs à partir de la radiographie thoracique ?

Méthode

Essai randomisé multinational dans 37 centres. 965 patients implantés d’un défibrillateur sous-cutané ont été randomisés entre test de défibrillation (n = 482) et absence de test (n = 483) ; dans ce dernier groupe, le score PRAETORIAN était évalué avant la sortie. Critère de jugement principal : échec du premier choc délivré sur une arythmie ventriculaire spontanée, retenu comme substitut de l’efficacité de défibrillation, testé en non-infériorité avec une marge absolue de 3 points. Critères secondaires : mortalité, complications potentiellement liées au test, révisions du dispositif. Suivi médian de 41 mois.

Résultats clés

  • Échec du premier choc : 1,7 % sans test contre 2,3 % avec test ; différence −0,6 point (IC95 % −2,6 à 1,4), p < 0,001 pour la non-infériorité.
  • Mortalité toutes causes : HR 0,9 (IC95 % 0,6–1,4) ; décès rythmique : HR 0,4 (IC95 % 0,04–3,4), sans différence significative.
  • Complications potentiellement liées au test : 1,7 % des patients du groupe testé.
  • Révisions postopératoires pour position inadéquate : 2 dans chaque groupe.

Limites

  • Le critère principal est un substitut (échec du premier choc sur arythmie spontanée) et le nombre d’échecs est faible dans les deux groupes.
  • Le résultat vaut pour une implantation contrôlée par le score PRAETORIAN ; il ne s’extrapole pas aux positions d’implantation jugées défavorables, et le résumé ne précise pas la conduite tenue dans ce cas.
  • L’intervalle de confiance du décès rythmique reste large.
En pratique : Chez le candidat à un défibrillateur sous-cutané, lorsque la position du boîtier et de la sonde est jugée satisfaisante sur la radiographie par le score PRAETORIAN, omettre le test de défibrillation n’augmente pas les échecs du premier choc et évite les complications propres au test. Cette stratégie peut donc être proposée, en réservant le test aux implantations dont le score n’est pas favorable, situation que l’essai ne documente pas.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Essai randomisé · CAAD-VT

Catheter Ablation Versus Anti-Arrhythmic Drugs for Ventricular Tachycardia in Ischaemic and Non-Ischaemic Cardiomyopathy: the CAAD-VT Trial

Heart Rhythm (late-breaking) · avril 2026 · présenté à HRS 2026

Cet essai australien ouvert a réparti par tirage au sort 100 patients présentant une tachycardie ventriculaire sur cardiopathie ischémique ou non ischémique, entre une ablation par cathéter précoce et un traitement antiarythmique seul. Après un suivi médian de 35,7 mois, un événement du critère principal composite (récidive de TV, orage rythmique ou décès) est survenu chez 51 % des patients ablatés contre 71 % des patients traités médicalement, sans que la différence atteigne le seuil de signification (HR 0,61 ; IC95 % 0,37–1,01 ; p = 0,053). Le risque de récidive de TV ou d’orage rythmique, critère secondaire, était en revanche plus faible après ablation (HR 0,50 ; p = 0,013), sans différence de mortalité entre les deux stratégies.

Critère principal composite (récidive de TV, orage rythmique ou décès) : 51 % après ablation contre 71 % sous antiarythmiques (HR 0,61 ; IC95 % 0,37–1,01 ; p = 0,053, non significatif)

Question clinique

Chez les patients présentant une tachycardie ventriculaire sur cardiopathie structurelle, ischémique ou non ischémique, l’ablation par cathéter précoce contrôle-t-elle mieux la TV qu’un traitement antiarythmique seul ?

Méthode

Essai randomisé multicentrique australien, ouvert, avec vérification des événements en aveugle (protocole publié dans Heart, Lung and Circulation). Répartition 1:1 stratifiée sur la FEVG : ablation dans les 30 jours suivant la randomisation, ou traitement antiarythmique en première intention. Critère de jugement principal composite : récidive de TV, orage rythmique (au moins 3 épisodes en 24 heures ou TV incessante) ou décès. L’essai a inclus 100 patients, avec un suivi médian de 35,7 mois ; les résultats ont été présentés en communication tardive à HRS 2026 et publiés sous forme de résumé dans Heart Rhythm.

Résultats clés

  • Critère principal composite : 51 % des patients du groupe ablation contre 71 % du groupe antiarythmiques ; HR 0,61 (IC95 % 0,37–1,01), p = 0,053 : la différence n’atteint pas le seuil de signification retenu.
  • Récidive de TV et orage rythmique, critère secondaire : risque plus faible après ablation, HR 0,50 (p = 0,013).
  • Mortalité toutes causes (HR 1,12 ; IC95 % 0,41–3,09) et mortalité cardiaque (HR 1,72 ; IC95 % 0,52–5,76) comparables entre les deux groupes.
  • La population incluait une proportion importante de cardiomyopathies non ischémiques, sous-représentées dans les essais antérieurs d’ablation de TV.

Limites

  • Effectif modeste (100 patients inclus, pour 162 prévus au registre de l’essai) : l’essai est sous-dimensionné, en particulier pour la mortalité, dont les intervalles de confiance sont très larges.
  • Le critère de jugement principal n’est pas atteint : la réduction observée des récidives repose sur un critère secondaire, qui ne peut pas être interprété comme une démonstration à part entière.
  • Essai ouvert, sans insu possible sur l’intervention.
  • Résultats connus par la communication tardive à HRS 2026 et son résumé ; la publication complète, seule à même de préciser les analyses, n’était pas accessible.
En pratique : Cet essai de petite taille ne démontre pas de bénéfice de l’ablation précoce sur son critère principal, qui associait récidive de TV, orage rythmique et décès. Il montre en revanche, sur un critère secondaire, moins de récidives de TV et d’orages rythmiques après ablation, sans effet sur la mortalité : un argument de plus, mais non une preuve, pour envisager l’ablation tôt sans la réserver aux cardiopathies ischémiques. La décision reste individuelle, et l’ampleur réelle du bénéfice attend la publication complète.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · CHAMPION-AF

Left Atrial Appendage Closure or Anticoagulation for Atrial Fibrillation

NEJM · mars 2026 · présenté à l’ACC.26

Cet essai international a réparti par tirage au sort 3 000 patients en fibrillation atriale, tous candidats à un anticoagulant oral direct, entre fermeture percutanée de l’auricule gauche et traitement anticoagulant, avec un suivi de trois ans. Sur le critère principal composite associant décès cardiovasculaire, AVC et embolie systémique, la fermeture s’est révélée non inférieure à l’anticoagulant (5,7 % contre 4,8 % ; différence 0,9 point, IC95 % −0,8 à 2,6) et elle a réduit les hémorragies non liées à la procédure (10,9 % contre 19,0 % ; rapport de risque 0,55). Les AVC ischémiques et embolies systémiques ont en revanche été plus fréquents dans le groupe dispositif (3,2 % contre 2,2 %), sur un critère secondaire qui ne permet pas de conclure.

À trois ans, décès cardiovasculaire, AVC ou embolie : 5,7 % contre 4,8 % (non-infériorité) · hémorragies hors procédure : 10,9 % contre 19,0 % · AVC ischémiques ou embolies : 3,2 % contre 2,2 %
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Chez les patients en fibrillation atriale qui peuvent recevoir un anticoagulant oral direct, la fermeture percutanée de l’auricule gauche prévient-elle aussi bien les événements thromboemboliques, avec moins d’hémorragies ?

Méthode

Essai international randomisé, prospectif, encore en cours, financé par le fabricant du dispositif. 3 000 patients en fibrillation atriale, tous candidats à une anticoagulation au long cours (âge moyen 71,7 ans ; 31,9 % de femmes ; score CHA2DS2-VASc moyen 3,5), ont été répartis à parts égales entre fermeture de l’auricule par dispositif (1 499 patients) et anticoagulant oral direct (1 501 patients). Le critère principal d’efficacité était un composite de décès cardiovasculaire, d’AVC et d’embolie systémique à trois ans, testé en non-infériorité avec une marge de 4,8 points. Le critère principal de sécurité était la survenue d’une hémorragie non liée à la procédure, testée en supériorité.

Résultats clés

  • Critère principal d’efficacité à trois ans : 81 patients du groupe dispositif ont présenté un événement (estimation de Kaplan-Meier 5,7 %) contre 65 sous anticoagulant (4,8 %), soit une différence de 0,9 point (IC95 % −0,8 à 2,6 ; p < 0,001 pour la non-infériorité).
  • Hémorragies non liées à la procédure : 154 patients (10,9 %) dans le groupe dispositif contre 260 (19,0 %) sous anticoagulant, soit un rapport de risque de 0,55 (IC95 % 0,45–0,67 ; p < 0,001 pour la supériorité).
  • Les AVC ischémiques et les embolies systémiques, critère secondaire, ont été plus fréquents dans le groupe dispositif : 3,2 % contre 2,2 %. Les 81 événements du critère principal survenus sous dispositif comprenaient 45 AVC ischémiques, contre 27 parmi les 65 événements du groupe anticoagulant, d’après le compte rendu de la présentation au congrès. Le résumé publié n’en donne ni mesure d’incertitude ni valeur de p.

Limites

  • La marge de non-infériorité de 4,8 points est large et les événements ont été moins nombreux qu’attendu : la non-infériorité en est plus facile à atteindre.
  • Le critère de sécurité exclut les hémorragies liées à la procédure, ce qui joue en faveur du dispositif.
  • L’excès d’AVC ischémiques et d’embolies systémiques porte sur un critère secondaire, sans mesure d’incertitude publiée : il ne peut pas être tenu pour démontré, et un suivi plus long est nécessaire pour le trancher.
  • Essai financé par l’industriel, dans une population sélectionnée de patients sans contre-indication à l’anticoagulation.
En pratique : chez un patient en fibrillation atriale qui tolère un anticoagulant oral direct, la fermeture d’auricule n’a pas fait moins bien que l’anticoagulant sur le critère composite et a presque divisé par deux les hémorragies survenues hors procédure. En contrepartie, les AVC ischémiques et les embolies systémiques ont été plus nombreux sous dispositif, sur un critère secondaire non conclusif. Ces résultats ne suffisent pas à proposer la fermeture en première intention : lorsqu’un patient souhaite une fermeture pour arrêter son anticoagulant, ce compromis mérite d’être exposé, l’indication de référence restant la contre-indication avérée aux anticoagulants.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations

2026 HRS/EHRA scientific statement on pulsed field ablation for cardiac arrhythmias

Heart Rhythm · février 2026

La Heart Rhythm Society et l’EHRA publient un document scientifique commun consacré à l’ablation par champ pulsé, énergie non thermique adoptée très rapidement en ablation de la FA. Il fait le point sur les mécanismes, sur l’efficacité et la sécurité comparées à celles des énergies thermiques, sur les applications envisagées au-delà de la FA, sur la formation des opérateurs et sur les questions qui restent sans réponse.

Article original ↗ Analyse ↗

Question clinique

Que sait-on aujourd’hui de l’ablation par champ pulsé (mécanisme, résultats, risques propres, place face à la radiofréquence et à la cryothérapie), et que reste-t-il à établir ?

Méthode

Document scientifique (« scientific statement ») rédigé par un groupe d’experts mandaté par la Heart Rhythm Society et l’European Heart Rhythm Association, publié dans Heart Rhythm en février 2026. Il s’agit d’une synthèse des données disponibles et d’un état des lieux, et non de recommandations gradées.

Résultats clés

  • Le document décrit les mécanismes de l’ablation par champ pulsé, énergie non thermique, et compare son efficacité et sa sécurité à celles de la radiofréquence et de la cryothérapie.
  • Il examine les applications envisagées au-delà de la FA, dont le niveau de preuve reste limité.
  • Il traite enfin de la formation des opérateurs et des lacunes de connaissances à combler — résultats à long terme, extension à d’autres arythmies, comparaisons directes avec les énergies établies — au moment où cette technique connaît une diffusion très rapide.

Limites

  • Document d’experts fondé sur des données encore récentes, sans recul à long terme, et qui ne formule pas de recommandations gradées.
En pratique : ce document est une référence utile pour répondre aux questions d’un patient adressé en ablation par champ pulsé : bénéfices attendus, risques spécifiques de cette énergie et place par rapport aux techniques thermiques. Il ne crée pas de nouvelle indication d’ablation, qui reste celle des recommandations en vigueur.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
2025
▲ À connaître Essai randomisé · OCEAN

Antithrombotic Therapy after Successful Catheter Ablation for Atrial Fibrillation

NEJM · novembre 2025 · présenté à l’AHA 2025

Cet essai a comparé par tirage au sort le rivaroxaban 15 mg et l’aspirine pendant 3 ans chez 1 284 patients qui gardaient des facteurs de risque d’AVC après une ablation de fibrillation atriale réussie au moins un an auparavant, avec un risque thromboembolique modéré (score CHA2DS2-VASc moyen 2,2). Le critère principal — AVC, embolie systémique ou infarctus cérébral embolique silencieux d’au moins 15 mm à l’IRM — est survenu chez 5 patients sous rivaroxaban contre 9 sous aspirine (risque relatif 0,56 ; IC95 % 0,19–1,65 ; différence absolue −0,6 point, IC95 % −1,8 à 0,5). Les hémorragies fatales ou majeures ont été plus fréquentes sous rivaroxaban (1,6 % contre 0,6 % ; HR 2,51 ; IC95 % 0,79–7,95), sans que cette différence atteigne le seuil de signification. Les événements ayant été très rares, l’essai ne démontre ni supériorité ni équivalence.

Critère principal à 3 ans : 5 patients sur 641 sous rivaroxaban contre 9 sur 643 sous aspirine (RR 0,56 ; IC95 % 0,19–1,65 ; différence absolue −0,6 point, IC95 % −1,8 à 0,5)
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Chez un patient qui garde des facteurs de risque d’AVC et dont l’ablation de fibrillation atriale a été un succès au moins un an auparavant, faut-il poursuivre un anticoagulant oral direct, ou l’aspirine suffit-elle ?

Méthode

Essai international randomisé en ouvert, avec évaluation des événements en insu. Au total, 1 284 patients ayant eu une ablation par cathéter réussie au moins un an auparavant et dont le score CHA2DS2-VASc était d’au moins 1 (ou d’au moins 2 chez la femme et chez les patients dont le facteur de risque était une maladie vasculaire) ont reçu par tirage au sort soit du rivaroxaban 15 mg par jour (641 patients), soit de l’aspirine 70 à 120 mg par jour (643), pendant 3 ans. Une IRM cérébrale a été réalisée après l’inclusion puis à 3 ans. Le critère de jugement principal associait AVC, embolie systémique et infarctus cérébral embolique silencieux, défini par au moins un nouvel infarctus d’au moins 15 mm à l’IRM. À l’inclusion, l’âge moyen était de 66 ans, le score CHA2DS2-VASc moyen de 2,2 et le délai médian depuis l’ablation de 16,4 mois ; deux tiers des patients avaient une fibrillation atriale paroxystique.

Résultats clés

  • Critère principal à 3 ans : 5 patients sous rivaroxaban (0,31 événement pour 100 patients-années) contre 9 sous aspirine (0,66) ; risque relatif 0,56 (IC95 % 0,19–1,65), différence absolue −0,6 point (IC95 % −1,8 à 0,5 ; p = 0,28).
  • Nouveaux infarctus cérébraux de moins de 15 mm : 22 patients sur 568 (3,9 %) sous rivaroxaban contre 26 sur 590 (4,4 %) sous aspirine ; risque relatif 0,89 (IC95 % 0,51–1,55).
  • Hémorragies fatales ou majeures, critère de sécurité principal : 10 patients (1,6 %) sous rivaroxaban contre 4 (0,6 %) sous aspirine ; HR 2,51 (IC95 % 0,79–7,95).

Limites

  • Les événements du critère principal ont été très rares, moins d’un pour 100 patients-années dans les deux groupes : les intervalles de confiance sont larges et l’essai ne démontre ni supériorité du rivaroxaban, ni équivalence des deux stratégies.
  • Le comparateur est l’aspirine et non un placebo : l’essai ne dit pas ce qu’aurait donné l’arrêt de tout traitement antithrombotique.
  • Essai ouvert ; seule l’évaluation des événements était faite en insu.
  • Population à risque thromboembolique modéré (score CHA2DS2-VASc moyen 2,2) : les résultats ne s’étendent pas aux patients à risque élevé.
En pratique : chez un patient dont l’ablation a été un succès au moins un an auparavant et qui garde des facteurs de risque d’AVC, le rivaroxaban n’a pas réduit les événements emboliques par rapport à l’aspirine, et les hémorragies fatales ou majeures ont été plus nombreuses sous rivaroxaban sans que la différence soit significative. Les événements ont été trop rares pour conclure. Rapprochés de l’essai ALONE-AF, où l’arrêt de l’anticoagulant un an après une ablation sans récidive s’est accompagné de moins d’hémorragies majeures, ces résultats alimentent la discussion sur la poursuite systématique de l’anticoagulation dans cette situation, sans autoriser pour autant à l’interrompre sur la foi de ce seul essai. Ils ne s’appliquent pas aux patients à risque thromboembolique élevé, chez qui l’anticoagulation reste recommandée indépendamment de l’ablation.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · CLOSURE-AF

Left Atrial Appendage Closure or Medical Therapy in Atrial Fibrillation

NEJM · novembre 2025 · présenté à l’AHA 2025

Chez 912 patients en fibrillation atriale cumulant un haut risque d’AVC et un haut risque hémorragique (âge moyen 77,9 ans, CHA2DS2-VASc moyen 5,2, HAS-BLED moyen 3,0), cet essai randomisé allemand a comparé la fermeture percutanée de l’auricule gauche au meilleur traitement médical choisi par le médecin, le plus souvent un anticoagulant oral direct. Après un suivi médian de trois ans, le critère composite associant AVC, embolie systémique, hémorragie majeure et décès cardiovasculaire ou inexpliqué est survenu à un taux de 16,8 pour 100 patients-années après fermeture, contre 13,3 sous traitement médical. La non-infériorité de la fermeture n’est pas établie (p = 0,44) et l’ensemble des résultats penche en faveur du traitement médical.

Critère composite : 16,8 contre 13,3 événements pour 100 patients-années — non-infériorité de la fermeture non établie (p = 0,44), rapport de risque ajusté 1,28 (IC95 % 1,01–1,62)
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Chez les patients en fibrillation atriale qui cumulent un haut risque d’AVC et un haut risque hémorragique, la fermeture percutanée de l’auricule gauche fait-elle au moins aussi bien que le meilleur traitement médical choisi par le médecin, anticoagulant oral direct compris lorsqu’il est possible ?

Méthode

Essai randomisé multicentrique allemand de non-infériorité. 912 patients ont été répartis par tirage au sort ; l’analyse du critère principal porte sur 446 patients affectés à la fermeture d’auricule et 442 au traitement médical laissé au choix du médecin. L’âge moyen était de 77,9 ans, 38,6 % des patients étaient des femmes, le score CHA2DS2-VASc moyen de 5,2 et le score HAS-BLED moyen de 3,0. Le critère de jugement principal associait AVC ischémique ou hémorragique, embolie systémique, hémorragie majeure et décès cardiovasculaire ou inexpliqué, analysé en délai de survenue, avec une marge de non-infériorité fixée à un rapport de risque de 1,3. Le suivi médian a été de 3 ans (intervalle interquartile 1,7–4,7).

Résultats clés

  • Un premier événement du critère principal est survenu chez 155 patients du groupe fermeture, soit 16,8 pour 100 patients-années, et chez 127 patients du groupe traitement médical, soit 13,3 pour 100 patients-années.
  • La non-infériorité de la fermeture n’est pas établie (p = 0,44) : la différence de temps de survie moyen restreint est de −0,36 an en défaveur du dispositif (IC95 % −0,70 à −0,01).
  • Le rapport de risque ajusté donné par les investigateurs est de 1,28 (IC95 % 1,01–1,62) : la borne haute de l’intervalle dépasse la marge de non-infériorité de 1,3 et l’ensemble penche en faveur du traitement médical.
  • Des événements indésirables graves, toutes causes confondues, sont survenus chez 368 patients du groupe fermeture (82,5 %) contre 342 du groupe traitement médical (77,4 %).

Limites

  • Le bras médical est hétérogène puisque laissé au choix du médecin ; la plupart des patients y recevaient un anticoagulant oral direct, ce qui ne renseigne pas sur ceux chez qui toute anticoagulation est impossible.
  • La population est très âgée et à très haut risque, ce qui limite l’extrapolation aux patients plus jeunes ou à risque hémorragique modéré.
  • Le critère composite mêle événements ischémiques, hémorragiques et décès ; l’essai n’avait pas la puissance nécessaire pour conclure sur chacune de ses composantes, qui sont survenues à des fréquences voisines dans les deux groupes.
En pratique : chez le patient âgé en fibrillation atriale à la fois à haut risque d’AVC et à haut risque hémorragique, cet essai ne montre pas que la fermeture de l’auricule vaut un traitement médical bien conduit ; sur le critère composite, le résultat penche même en faveur du traitement médical. Il invite à ne pas faire du seul risque hémorragique élevé une indication de fermeture : tant qu’un anticoagulant oral direct reste possible, il garde sa place au premier plan. L’essai ne tranche pas le cas des patients chez qui toute anticoagulation est formellement contre-indiquée.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · ALONE-AF

Long-Term Anticoagulation Discontinuation After Catheter Ablation for Atrial Fibrillation: The ALONE-AF Randomized Clinical Trial

JAMA · août 2025 · présenté à l’ESC 2025

Premier essai randomisé consacré à l’arrêt de l’anticoagulation après ablation de fibrillation atriale, ALONE-AF a porté sur 840 patients suivis dans 18 hôpitaux sud-coréens (âge moyen 64 ans, score CHA2DS2-VASc moyen 2,1), qui avaient tous au moins un facteur de risque d’AVC et aucune récidive documentée depuis au moins un an. Ils ont été répartis par tirage au sort entre l’arrêt de l’anticoagulant oral et la poursuite d’un anticoagulant oral direct. À 2 ans, le critère composite (AVC, embolie systémique, hémorragie majeure) est survenu chez 0,3 % des patients du groupe arrêt contre 2,2 % du groupe poursuite (différence absolue −1,9 point ; IC95 % −3,5 à −0,3 ; p = 0,02). L’écart tient surtout aux hémorragies majeures, absentes dans le groupe arrêt (0 contre 1,4 %), le nombre d’AVC ischémiques restant très faible dans les deux groupes.

Critère composite à 2 ans : 0,3 % (arrêt) contre 2,2 % (poursuite), différence −1,9 point (IC95 % −3,5 à −0,3)
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Chez un patient sans récidive documentée d’arythmie atriale au moins un an après une ablation de fibrillation atriale, arrêter l’anticoagulant oral donne-t-il de meilleurs résultats cliniques que le poursuivre ?

Méthode

Essai randomisé de supériorité (ALONE-AF) mené dans 18 hôpitaux de Corée du Sud entre juillet 2020 et mars 2023. 840 adultes de 19 à 80 ans, porteurs d’au moins un facteur de risque d’AVC non lié au sexe (score CHA2DS2-VASc) et sans récidive documentée d’arythmie atriale depuis au moins un an après ablation, ont été randomisés 1:1 entre arrêt de l’anticoagulant oral (417) et poursuite d’un anticoagulant oral direct (423). L’âge moyen était de 64 ans, 24,9 % des patients étaient des femmes, le score CHA2DS2-VASc moyen était de 2,1 et la fibrillation atriale était paroxystique chez 67,6 % d’entre eux. Critère de jugement principal : première survenue à 2 ans d’un AVC, d’une embolie systémique ou d’une hémorragie majeure ; les composantes ont été analysées comme critères secondaires.

Résultats clés

  • Critère principal à 2 ans : 1 patient (0,3 %) dans le groupe arrêt contre 8 (2,2 %) dans le groupe poursuite ; différence absolue −1,9 point (IC95 % −3,5 à −0,3 ; p = 0,02).
  • AVC ischémique à 2 ans (critère secondaire) : 0,3 % après arrêt contre 0,8 % sous poursuite (différence −0,5 point ; IC95 % −1,6 à 0,6), sans différence significative.
  • Hémorragie majeure (critère secondaire) : 0 patient après arrêt contre 5 (1,4 %) sous poursuite (différence −1,4 point ; IC95 % −2,6 à −0,2).

Limites

  • Très faible nombre d’événements ischémiques : l’essai n’a pas la puissance nécessaire pour exclure un surcroît d’AVC après l’arrêt, et le résultat sur le critère composite est porté par les hémorragies.
  • Population exclusivement sud-coréenne, d’âge moyen 64 ans et à risque thromboembolique modéré (CHA2DS2-VASc moyen 2,1), avec une majorité de fibrillation atriale paroxystique : les patients à plus haut risque sont peu représentés.
  • Suivi limité à 2 ans ; le résumé ne précise pas les modalités de surveillance rythmique ayant permis d’affirmer l’absence de récidive.
En pratique : Chez un patient à risque thromboembolique modéré, sans récidive documentée depuis au moins un an après une ablation, l’arrêt de l’anticoagulant oral s’accompagne dans cet essai de moins d’événements que sa poursuite, avant tout grâce à la disparition des hémorragies majeures. L’arrêt devient une option documentée à discuter avec le patient, en gardant une surveillance rythmique. L’essai ne renseigne pas sur les patients à risque élevé d’AVC ni sur les récidives tardives au-delà de 2 ans.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · BEAT PAROX-AF

Pulsed field vs radiofrequency ablation for paroxysmal atrial fibrillation: the BEAT PAROX-AF trial

European Heart Journal · août 2025 · présenté à l’ESC 2025

Cet essai européen ouvert de supériorité a comparé, chez 289 patients en fibrillation atriale paroxystique symptomatique résistante aux antiarythmiques, l’ablation par champ pulsé (cathéter pentaspline) à l’ablation par radiofréquence point par point conduite selon le protocole CLOSE. À 12 mois, le succès après une seule procédure était de 77,2 % avec le champ pulsé et de 77,6 % avec la radiofréquence (différence ajustée 0,9 % ; IC95 % −8,2 à 10,1 ; p = 0,84) : la supériorité attendue n’est pas démontrée. Les événements indésirables graves liés à la procédure ont été moins nombreux avec le champ pulsé (3,4 % contre 7,6 %), mais l’intervalle de confiance de cette différence inclut zéro. La procédure était en revanche nettement plus courte avec le champ pulsé : 59 minutes en moyenne contre 98.

Succès à 12 mois après une seule procédure : 77,2 % avec le champ pulsé contre 77,6 % avec la radiofréquence (différence ajustée 0,9 % ; IC95 % −8,2 à 10,1 ; p = 0,84)
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Dans la fibrillation atriale paroxystique résistante aux antiarythmiques, l’ablation par champ pulsé est-elle plus efficace, après une seule procédure, que l’ablation par radiofréquence point par point réalisée selon un protocole optimisé ?

Méthode

Essai européen multicentrique, ouvert, randomisé, de supériorité (BEAT PAROX-AF), conduit dans 9 centres. Des patients de 18 à 80 ans en fibrillation atriale paroxystique symptomatique et résistante aux antiarythmiques ont été randomisés selon un rapport 1:1 entre ablation par champ pulsé (cathéter pentaspline) et radiofréquence selon le protocole CLOSE, qui associe un cathéter à mesure de force de contact et une cartographie électro-anatomique. 292 patients ont été randomisés et 289 analysés (âge médian 63,5 ans, 58 % d’hommes ; 145 dans le groupe champ pulsé, 144 dans le groupe radiofréquence). Le critère de jugement principal était le succès à 12 mois après une seule procédure, défini par l’absence de récidive d’arythmie atriale de 30 secondes ou plus, de cardioversion, de reprise d’un antiarythmique de classe I ou III après une période d’exclusion de 2 mois, et de toute nouvelle ablation.

Résultats clés

  • Le succès après une seule procédure a été atteint à 12 mois chez 112/145 patients (77,2 %) dans le groupe champ pulsé et chez 111/143 (77,6 %) dans le groupe radiofréquence : différence ajustée 0,9 % (IC95 % −8,2 à 10,1 ; p = 0,84). La supériorité du champ pulsé n’est pas démontrée.
  • Un événement indésirable grave lié à la procédure est survenu chez 5 patients (3,4 %) sous champ pulsé et chez 11 (7,6 %) sous radiofréquence : différence −3,3 % (IC95 % −8,4 à 1,8), intervalle qui inclut zéro.
  • Aucun décès, aucune paralysie phrénique persistante et aucun accident vasculaire cérébral n’est survenu. Dans le groupe radiofréquence, 2 patients ont eu une sténose de veine pulmonaire supérieure à 70 % et 12 une sténose supérieure à 50 %, avec 2 tamponnades et 1 hémorragie œsophagienne.
  • La durée moyenne de la procédure était de 59 minutes (écart-type 22) avec le champ pulsé contre 98 minutes (écart-type 33) avec la radiofréquence, soit une différence ajustée de −39 minutes (IC95 % −44 à −34). Le temps de scopie était à l’inverse plus long avec le champ pulsé : 12 minutes en moyenne contre 7.

Limites

  • L’essai est ouvert et d’effectif modeste : l’intervalle de confiance de la différence d’efficacité va de −8,2 à +10,1 points, et cette absence de supériorité ne vaut pas démonstration d’équivalence.
  • La différence d’événements indésirables graves n’est pas concluante, son intervalle de confiance incluant zéro ; l’essai n’était pas dimensionné pour la sécurité.
  • Les neuf centres européens participants sont expérimentés et le bras radiofréquence suivait un protocole optimisé : ces résultats ne préjugent pas de ceux obtenus dans des centres moins rompus à l’une ou l’autre technique.
En pratique : Pour le patient adressé à l’ablation d’une fibrillation atriale paroxystique, le champ pulsé n’a pas fait mieux qu’une radiofréquence bien conduite après une seule procédure, avec un taux de succès voisin de 77 % dans les deux bras. Il a pour lui une procédure nettement plus courte et des complications graves moins nombreuses, sans que l’essai permette d’affirmer qu’elles sont réellement plus rares. Le choix entre les deux techniques dépend donc surtout de l’expérience du centre et de l’organisation du plateau technique.
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▲ À connaître Registre majeur · I-CLAS

Left bundle branch area pacing compared with biventricular pacing for cardiac resynchronization therapy in patients with left ventricular ejection fraction ≤50%: Results from the I-CLAS Study

Heart Rhythm · avril 2025 · présenté à HRS 2025

Ce registre observationnel international a comparé, dans 18 centres, la stimulation de la branche gauche à la stimulation biventriculaire classique chez 2 579 patients dont la FEVG était inférieure ou égale à 50 % et qui relevaient d’une resynchronisation. Dans la cohorte appariée sur score de propension (780 patients par groupe), un décès ou une hospitalisation pour insuffisance cardiaque est survenu, après un suivi moyen de 34 mois, chez 22,2 % des patients stimulés sur la branche gauche, contre 30,8 % en stimulation biventriculaire (rapport de risque 0,81 ; IC95 % 0,66–0,98). La différence tient aux hospitalisations pour insuffisance cardiaque, la mortalité ne différant pas significativement. L’étude n’étant pas randomisée, cette association demande confirmation par des essais.

Décès ou hospitalisation pour insuffisance cardiaque : 22,2 % avec la stimulation de la branche gauche contre 30,8 % en biventriculaire — rapport de risque 0,81 (IC95 % 0,66–0,98 ; p = 0,048)
Article original ↗ Analyse ↗

Question clinique

Chez les patients dont la FEVG est inférieure ou égale à 50 % et qui relèvent d’une resynchronisation cardiaque, la stimulation de la région de la branche gauche, qui recrute directement le réseau de His-Purkinje, est-elle associée à de meilleurs résultats cliniques que la stimulation biventriculaire classique ?

Méthode

Étude observationnelle multicentrique (I-CLAS) portant sur les patients dont la FEVG était inférieure ou égale à 50 % et qui ont reçu une resynchronisation, soit par stimulation de la branche gauche, soit par stimulation biventriculaire, dans 18 centres entre janvier 2018 et juin 2023. 2 579 patients ont été inclus (1 118 en biventriculaire, 1 461 en branche gauche), dont 780 par groupe après appariement sur score de propension. Dans cette cohorte appariée, la FEVG moyenne était de 29 % et la durée du QRS de base de 159 ms, sans différence entre les groupes. Le critère de jugement principal associait le décès toutes causes et la première hospitalisation pour insuffisance cardiaque ; les critères secondaires reprenaient chacune de ces composantes. Les analyses ont fait appel aux courbes de Kaplan-Meier, à des modèles de Cox et à des méthodes de risques compétitifs. Le suivi moyen de l’ensemble de la cohorte a été de 34 mois.

Résultats clés

  • Le QRS stimulé était plus étroit avec la stimulation de la branche gauche : 129 ± 19 ms contre 143 ± 22 ms (p < 0,001).
  • Critère principal dans la cohorte appariée : 22,2 % des patients stimulés sur la branche gauche ont présenté un décès ou une hospitalisation pour insuffisance cardiaque, contre 30,8 % des patients en stimulation biventriculaire, soit un rapport de risque de 0,81 (IC95 % 0,66–0,98 ; p = 0,048).
  • Hospitalisations pour insuffisance cardiaque : 13,6 % contre 21,8 %, soit un rapport de risque de 0,63 (IC95 % 0,49–0,82 ; p < 0,001).
  • Mortalité toutes causes : 12,4 % contre 18,2 %, soit un rapport de risque de 0,82 (IC95 % 0,63–1,07 ; p = 0,156) : la différence n’est pas significative.
  • Complications de la procédure : 3,5 % avec la stimulation de la branche gauche contre 6,5 % en biventriculaire (p = 0,004).
  • Dans les analyses par sous-groupe, le critère principal et les hospitalisations pour insuffisance cardiaque étaient moins fréquents avec la stimulation de la branche gauche chez les patients dont la FEVG était inférieure ou égale à 30 % et chez ceux dont la FEVG se situait entre 31 et 40 % ; aucune différence n’a été observée lorsque la FEVG se situait entre 41 et 50 %.

Limites

  • L’étude n’est pas randomisée : l’appariement sur score de propension ne corrige pas les facteurs de confusion non mesurés, et le choix de la technique a pu dépendre du profil du patient comme de l’expérience du centre. Il s’agit donc d’associations, non d’un effet démontré.
  • La différence sur le critère principal est à la limite de la signification (p = 0,048) et la mortalité seule ne diffère pas : le résultat repose sur les hospitalisations pour insuffisance cardiaque.
  • Les auteurs eux-mêmes appellent des essais randomisés pour confirmer un bénéfice à long terme.
En pratique : dans ce large registre, la stimulation de la branche gauche est associée à une meilleure resynchronisation électrique, à moins d’hospitalisations pour insuffisance cardiaque et à moins de complications que la stimulation biventriculaire, sans différence de mortalité démontrée. C’est un argument de plus pour discuter la stimulation physiologique comme alternative à la resynchronisation classique, en particulier lorsque la FEVG est nettement abaissée. Une étude observationnelle ne suffit toutefois pas à en faire la technique de référence : les essais randomisés restent attendus.
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▲ À connaître Essai randomisé · SINGLE SHOT CHAMPION

Pulsed Field or Cryoballoon Ablation for Paroxysmal Atrial Fibrillation

NEJM · 2025 · présenté à l’EHRA 2025

Cet essai suisse de non-infériorité a assigné 105 patients en fibrillation atriale paroxystique symptomatique à l’ablation par champ pulsé et 105 autres à la cryoablation par ballon, tous équipés d’un moniteur cardiaque implantable. Entre le 91e et le 365e jour, une récidive de tachyarythmie atriale est survenue chez 37,1 % des patients après champ pulsé et chez 50,7 % après cryoablation (différence −13,6 points ; IC95 % −26,9 à −0,3). La non-infériorité est démontrée (p < 0,001) et la supériorité n’est atteinte que de justesse (p = 0,046). Les complications liées à la procédure ont été rares dans les deux groupes.

Récidive de tachyarythmie atriale entre J91 et J365 : 37,1 % après champ pulsé contre 50,7 % après cryoablation (différence −13,6 points, IC95 % −26,9 à −0,3)

Question clinique

Dans la fibrillation atriale paroxystique symptomatique, l’ablation par champ pulsé fait-elle au moins aussi bien que la cryoablation par ballon lorsque la récidive est mesurée par une surveillance rythmique continue ?

Méthode

Essai randomisé de non-infériorité conduit en Suisse (SINGLE SHOT CHAMPION). Des patients en fibrillation atriale paroxystique symptomatique ont été assignés selon un rapport 1:1 à l’ablation par champ pulsé (105 patients) ou à la cryoablation par ballon (105 patients). Tous ont reçu un moniteur cardiaque implantable destiné à détecter les tachyarythmies atriales. Le critère de jugement principal était la première récidive de tachyarythmie atriale entre le 91e et le 365e jour après l’ablation, avec une marge de non-infériorité de 20 points sur la différence d’incidence cumulée. Le critère de sécurité était un composite des complications liées à la procédure.

Résultats clés

  • Une récidive est survenue entre J91 et J365 chez 39 patients du groupe champ pulsé et chez 53 patients du groupe cryoablation, soit une incidence cumulée de 37,1 % contre 50,7 % ; la différence entre les groupes est de −13,6 points (IC95 % −26,9 à −0,3), avec p < 0,001 pour la non-infériorité et p = 0,046 pour la supériorité.
  • Le critère de sécurité est survenu chez 1 patient (1,0 %) après champ pulsé et chez 2 patients (1,9 %) après cryoablation.

Limites

  • L’effectif est modeste et la marge de non-infériorité large (20 points) ; la borne supérieure de l’intervalle de confiance frôle zéro, si bien que la supériorité, atteinte de justesse, demande confirmation.
  • Le suivi s’arrête à un an, et les résultats disponibles ne renseignent ni la charge d’arythmie ni l’évolution des symptômes.
En pratique : Chez des patients en fibrillation atriale paroxystique symptomatique, l’ablation par champ pulsé n’expose pas à plus de récidives que la cryoablation par ballon lorsque le rythme est surveillé en continu. L’avantage observé en sa faveur est trop fragile pour trancher entre les deux techniques : elles restent l’une et l’autre des options d’isolation des veines pulmonaires, le choix dépendant du plateau technique et de l’expérience de l’opérateur.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.

Interventionnel & structurel

16 sorties
2026
▲ À connaître Méta-analyse en réseau

Coronary artery disease management in patients with severe aortic stenosis undergoing transcatheter aortic valve implantation: a systematic review and meta-analysis of randomised controlled trials.

EuroIntervention · 19 octobre 2026 · Méta-analyse de 5 essais randomisés, 1 644 patients

Cette méta-analyse a regroupé cinq essais randomisés (1 644 patients) qui comparaient la revascularisation coronaire systématique au traitement conservateur chez des patients atteints de sténose aortique serrée adressés pour un TAVI. Dans l’analyse principale, qui portait sur quatre essais et 1 476 patients, l’angioplastie systématique a été associée à moins d’événements cardiovasculaires majeurs (RR 0,80 ; IC95 % 0,65–0,98) et à moins de revascularisations non programmées, au prix d’un excès de saignements majeurs (RR 1,57 ; IC95 % 1,07–2,32). Dans la comparaison en réseau, l’angioplastie guidée par la physiologie s’est classée première sur l’ensemble des critères ischémiques parmi les stratégies de revascularisation.

Événements cardiovasculaires majeurs : RR 0,80 (IC95 % 0,65–0,98) avec l’angioplastie systématique contre le traitement conservateur · saignements majeurs RR 1,57 (IC95 % 1,07–2,32)
Article original ↗

Question clinique

Chez le patient atteint de sténose aortique serrée et de coronaropathie adressé pour un TAVI, faut-il revasculariser systématiquement les coronaires, et quelle stratégie de revascularisation donne les meilleurs résultats ?

Méthode

Il s’agit d’une revue systématique des essais randomisés, assortie d’une méta-analyse directe comparant l’angioplastie au traitement conservateur et d’une méta-analyse en réseau comparant les stratégies entre elles, dont l’angioplastie guidée par l’angiographie et l’angioplastie guidée par la physiologie. Le critère principal était un critère composite d’événements cardiovasculaires majeurs, selon la définition de chaque essai. Les critères secondaires étaient la mortalité toutes causes, la mortalité cardiovasculaire, l’infarctus, l’AVC, la revascularisation non programmée et les saignements majeurs. Cinq essais totalisant 1 644 patients ont été inclus dans la revue, et quatre (1 476 patients) dans la synthèse quantitative principale. Le protocole était enregistré sur PROSPERO.

Résultats clés

  • Par rapport au traitement conservateur, l’angioplastie systématique a été associée à moins d’événements cardiovasculaires majeurs (RR 0,80 ; IC95 % 0,65–0,98) et à moins de revascularisations non programmées (RR 0,30 ; IC95 % 0,11–0,83).
  • Elle a été associée à plus de saignements majeurs (RR 1,57 ; IC95 % 1,07–2,32).
  • Dans la méta-analyse en réseau, l’angioplastie guidée par la physiologie a été associée à une baisse significative des événements cardiovasculaires majeurs, des AVC et des revascularisations non programmées par rapport au traitement conservateur, et s’est classée première sur tous les critères ischémiques parmi les stratégies de revascularisation.

Limites

  • Le critère principal est un composite dont la définition variait d’un essai à l’autre.
  • Le nombre d’essais est petit, et le classement des stratégies entre elles repose en partie sur les comparaisons indirectes du réseau, moins solides qu’une comparaison randomisée directe.
En pratique : chez le patient adressé pour un TAVI qui présente une coronaropathie, ces essais randomisés plaident pour la revascularisation plutôt que pour l’abstention, au prix d’un surcroît de saignements majeurs à mettre en balance avec le risque hémorragique de chaque patient. L’angioplastie guidée par la physiologie semble la stratégie la plus favorable, mais ce classement repose en partie sur des comparaisons indirectes et demande confirmation.
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◎ Veille Essai randomisé en grappes · ICare-FASTER

ICare-FASTER (Improving Care by Faster Risk Stratification Through Use of High-Sensitivity Point-of-Care Troponin in Patients Presenting With Possible Acute Coronary Syndrome in the Emergency Department): A Stepped-Wedge Cluster-Randomized Trial.

Circulation · 19 octobre 2026 · Essai pragmatique randomisé en grappes, 6 services d’urgences, 59 980 passages

Cet essai pragmatique randomisé en grappes a comparé le dosage délocalisé de la troponine I hypersensible sur sang total et le dosage au laboratoire central, au sein du même parcours diagnostique accéléré à prélèvement unique, dans six services d’urgences. Sur 59 980 passages pour suspicion d’infarctus, le dosage délocalisé a réduit la durée de passage de 13 % (IC95 % 9–16 %), soit 47 minutes de moins (IC95 % 33–61) pour une durée moyenne de 376 minutes dans le bras témoin. Le taux d’infarctus ou de décès cardiaque à 30 jours était comparable dans les deux bras, 0,39 % dans chacun.

Durée de passage aux urgences : −13 % (IC95 % 9–16 %), soit 47 minutes de moins (IC95 % 33–61) · infarctus ou décès cardiaque à 30 jours 0,39 % dans les deux bras
Article original ↗

Question clinique

Dans un parcours diagnostique accéléré de la suspicion d’infarctus, le dosage délocalisé de la troponine hypersensible raccourcit-il le passage aux urgences par rapport au dosage au laboratoire, sans perte de sécurité ?

Méthode

Il s’agissait d’un essai pragmatique randomisé en grappes de type « stepped-wedge » : chaque service d’urgences commençait dans le bras témoin puis basculait vers l’intervention à une date tirée au sort. Six sites ont participé, avec 59 980 passages (44 747 personnes, âge moyen 61 ans, 49,5 % de femmes) de février 2023 à janvier 2025, dont 31 392 passages pendant la période d’intervention. Le bras témoin appliquait un parcours diagnostique accéléré avec exclusion de l’infarctus sur un prélèvement unique dosé au laboratoire central ; le bras intervention appliquait le même parcours avec un dosage délocalisé de troponine I hypersensible. Le critère principal d’efficacité était la durée de passage aux urgences, et le critère de sécurité, l’infarctus ou le décès cardiaque à 30 jours.

Résultats clés

  • Après ajustement, la durée de passage a été réduite de 13 % (IC95 % 9–16 % ; p < 0,001), soit 47 minutes de moins (IC95 % 33–61 minutes) pour une durée moyenne de 376 minutes dans le bras témoin.
  • Infarctus ou décès cardiaque à 30 jours : 0,39 % dans le bras témoin et 0,39 % dans le bras intervention (p = 0,54).

Limites

  • Essai d’organisation des soins : le gain dépend du parcours diagnostique déjà en place et des délais du laboratoire local, et ne se transpose pas à l’identique partout.
  • Les événements de sécurité sont rares (0,39 %), ce qui ne permet pas d’exclure de petites différences entre les bras.
  • L’essai était nécessairement conduit sans insu et limité à six sites ; dans un schéma « stepped-wedge », les périodes témoin et intervention ne sont pas simultanées ; le résultat principal est donc ajusté sur les covariables liées à la durée de passage.
En pratique : le bénéfice ne vient pas d’un nouveau marqueur mais de la disponibilité immédiate du résultat dans un parcours déjà accéléré : 47 minutes gagnées en moyenne par passage, sans signal de sécurité à 30 jours. Pour un service d’urgences qui applique déjà un parcours accéléré à prélèvement unique, c’est un argument en faveur de la troponine I hypersensible délocalisée ; le gain dépendra toutefois des délais du laboratoire de chaque établissement et ne se retrouvera pas partout à l’identique.
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▲ À connaître Méta-analyse

Immediate Versus Staged Complete Revascularization in Multivessel Disease and STEMI: A Meta-Analysis of Randomized Trials.

JACC Cardiovascular Interventions · 12 octobre 2026 · Méta-analyse de 4 essais randomisés, 2 651 patients

Cette méta-analyse a regroupé quatre essais randomisés multicentriques (2 651 patients) qui comparaient la revascularisation complète immédiate, pendant la procédure initiale, et la revascularisation différée des lésions non coupables chez des patients pris en charge pour un STEMI avec atteinte pluritronculaire. À un an, la stratégie immédiate était associée à une mortalité toutes causes plus élevée (HR 1,50 ; IC95 % 1,02–2,21 ; p = 0,04), tandis que la mortalité cardiaque et les revascularisations non programmées étaient comparables entre les deux stratégies. Elle était aussi associée à moins d’infarctus au sens des définitions des protocoles, qui incluent les infarctus périprocéduraux ; la fréquence des infarctus spontanés, elle, ne différait pas. Le résultat sur la mortalité repose sur un petit nombre de décès et reste statistiquement fragile.

Mortalité toutes causes à un an : HR 1,50 (IC95 % 1,02–2,21 ; p = 0,04) avec la revascularisation complète immédiate contre différée · infarctus spontané HR 0,91 (IC95 % 0,55–1,48)
Article original ↗

Question clinique

Chez le patient pris en charge pour un STEMI avec atteinte pluritronculaire, faut-il traiter les lésions non coupables dans le même temps que la lésion coupable, ou en un second temps ?

Méthode

Les auteurs ont mené une méta-analyse fréquentiste par paires des essais randomisés multicentriques qui comparaient la revascularisation immédiate et la revascularisation différée des lésions non coupables dans le STEMI. N’ont été retenus que les essais ayant utilisé exclusivement des stents actifs de deuxième génération ou plus récents, avec un suivi d’au moins un an et une publication dans une revue à comité de lecture. Le critère principal était la mortalité toutes causes ; les critères secondaires étaient l’infarctus, le décès cardiaque et la revascularisation non programmée. Les estimations ont été obtenues par un modèle à effets aléatoires à partir des HR de chaque essai. Quatre essais totalisant 2 651 patients ont été inclus ; le protocole avait été enregistré sur PROSPERO.

Résultats clés

  • La mortalité toutes causes à un an était plus élevée avec la revascularisation complète immédiate : HR 1,50 (IC95 % 1,02–2,21 ; p = 0,04), sans hétérogénéité entre essais, mais avec un intervalle de prédiction qui englobe l’absence d’effet (0,80–2,81).
  • Les infarctus au sens des définitions des protocoles, infarctus périprocéduraux compris, étaient moins fréquents avec la stratégie immédiate (HR 0,58 ; IC95 % 0,36–0,94 ; p = 0,02), là aussi avec un intervalle de prédiction qui englobe l’absence d’effet (0,22–1,54).
  • Les infarctus spontanés ne différaient pas (HR 0,91 ; IC95 % 0,55–1,48 ; p = 0,90).
  • Les décès cardiaques et les revascularisations non programmées étaient comparables entre les deux stratégies.

Limites

  • Quatre essais seulement et un faible nombre de décès : l’excès de mortalité est statistiquement fragile et son intervalle de prédiction inclut l’absence d’effet.
  • La réduction des infarctus n’apparaît qu’avec les définitions des protocoles, qui incluent les infarctus périprocéduraux, et ne se retrouve pas sur les infarctus spontanés.
  • L’analyse repose sur les données agrégées de chaque essai, sans données individuelles de patients.
En pratique : chez le patient pluritronculaire pris en charge pour un STEMI, ces données ne plaident pas pour traiter les lésions non coupables dans le même temps que la lésion coupable. La revascularisation complète reste recommandée, et rien ici ne désavantage la stratégie différée, qui servait de comparateur. Le signal de surmortalité est fragile — peu de décès, intervalle de prédiction qui englobe l’absence d’effet — et demande confirmation.
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◎ Veille Recommandations AHA · déclaration scientifique

Multidisciplinary Approach to Antiplatelet Management in Coronary Syndromes: A Scientific Statement From the American Heart Association.

Circulation · 13 octobre 2026 · Déclaration scientifique de l’American Heart Association

Cette déclaration scientifique de l’American Heart Association fait le point sur les stratégies antiplaquettaires dans le syndrome coronarien aigu et la maladie coronarienne chronique. Les recommandations actuelles privilégient une adaptation de la molécule, de l’intensité et de la durée du traitement aux caractéristiques du patient, de la procédure et de la maladie, plutôt qu’une stratégie uniforme. Cette complexité croissante, les transitions de soins fréquentes et les déterminants sociaux de la santé augmentent le risque de prescription inappropriée, de non-observance et d’événements indésirables. Le document souligne le rôle d’une équipe pluridisciplinaire dans le bon usage des antithrombotiques, équipe qui réunit cardiologues, interventionnels ou non, pharmaciens et infirmiers de pratique avancée.

Article original ↗

Question clinique

Comment sécuriser le choix, l’intensité et la durée du traitement antiplaquettaire tout au long du parcours de soins, à une époque où les schémas sont de plus en plus individualisés ?

Méthode

Déclaration scientifique de l’American Heart Association. Elle passe en revue les données contemporaines qui fondent les stratégies antiplaquettaires après syndrome coronarien aigu et dans la maladie coronarienne chronique. Elle rappelle les progrès accomplis depuis le milieu des années 2000, qu’il s’agisse des stents, des molécules, de la technique procédurale ou des outils de stratification du risque, puis décrit l’organisation en équipe qui doit en garantir le bon usage.

Résultats clés

  • Le traitement antiplaquettaire reste la pierre angulaire de la prise en charge du syndrome coronarien aigu et de la maladie coronarienne chronique ; son usage optimal exige de mettre en balance, en permanence, la réduction du risque thrombotique et les complications hémorragiques.
  • Les recommandations et les données actuelles conduisent à adapter la molécule, l’intensité et la durée selon le patient, la procédure et la maladie plutôt qu’à appliquer une stratégie uniforme. Les schémas de bithérapie raccourcie peuvent réduire les saignements chez certains patients, mais les limites des données imposent la prudence chez les patients à haut risque thrombotique.
  • La complexité des preuves, les transitions de soins fréquentes, les déterminants sociaux de la santé et la variabilité des patients augmentent le risque de prescription inappropriée, de non-observance et d’événements indésirables.
  • Le document souligne le rôle d’une équipe cardiovasculaire pluridisciplinaire, qui réunit cardiologues interventionnels, cardiologues non interventionnels, pharmaciens et infirmiers de pratique avancée, et dont l’expertise collective doit assurer le bon usage des antithrombotiques : parcours standardisés, aide à la décision clinique, revue active des traitements et suivi au long cours.

Limites

  • Déclaration scientifique sans nouvelle donnée d’essai ni recommandation graduée : elle ne modifie pas les schémas antiplaquettaires en vigueur.
  • L’organisation décrite, avec pharmaciens cliniciens et infirmiers de pratique avancée, correspond au système de soins nord-américain et ne se transpose pas partout à l’identique.
En pratique : ce document ne change pas les schémas antiplaquettaires, mais il rappelle que leur individualisation croissante expose à des prescriptions inappropriées et à la non-observance, en particulier aux transitions de soins. À l’échelle d’un service ou d’un cabinet de groupe, l’organisation en équipe qu’il décrit, parcours standardisés, aide à la décision, revue des traitements et suivi au long cours, peut inspirer une façon commune de choisir le traitement antiplaquettaire, d’en fixer la durée et de la réévaluer.
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▲ À connaître Recommandations ACC 2026 · déclaration scientifique

Antiplatelet Therapy in the Management of Atherosclerotic Cardiovascular Disease: 2026 ACC Scientific Statement: A Report of the American College of Cardiology.

JACC · 30 juin 2026 · Déclaration scientifique de l’American College of Cardiology

Cette déclaration scientifique de l’American College of Cardiology fait le point sur dix ans d’évolution de l’usage des antiplaquettaires dans la maladie cardiovasculaire athéroscléreuse. L’aspirine reste la molécule la plus utilisée, mais les données récentes ne plaident pas pour son usage systématique en prévention primaire dans une population non sélectionnée : elle ne se discute que chez les sujets au risque ischémique le plus élevé. Les progrès des stents actifs et des molécules, ainsi que les essais sur le schéma et la durée de la bithérapie antiplaquettaire, ont fait évoluer les recommandations chez les patients athéroscléreux ; chez eux, les antiplaquettaires restent des outils puissants contre les événements ischémiques, surtout après un syndrome coronarien aigu, au prix d’un arbitrage permanent avec le risque hémorragique. Le document compare les recommandations en vigueur, résume les essais pivots et traite des patients à risque hémorragique élevé, de la chirurgie, des différents phénotypes d’athérosclérose, de l’association à un autre antithrombotique, du suivi et de l’observance.

Article original ↗

Question clinique

Quelle est aujourd’hui la place de l’aspirine et des autres antiplaquettaires dans la maladie cardiovasculaire athéroscléreuse, de la prévention primaire au traitement au long cours après un événement, et comment arbitrer entre risque ischémique et risque hémorragique ?

Méthode

Déclaration scientifique de l’American College of Cardiology. Elle dresse une vue d’ensemble des données actuelles sur les antiplaquettaires dans la maladie athéroscléreuse, compare les référentiels en vigueur, résume les essais pivots et consacre des sections aux patients à risque hémorragique élevé, à la période chirurgicale, aux phénotypes d’athérosclérose, aux indications d’un autre antithrombotique associé, ainsi qu’au suivi et à l’observance au long cours.

Résultats clés

  • Aspirine en prévention primaire : les données récentes ne montrent pas de bénéfice d’un usage systématique dans une population non sélectionnée ; elle ne se discute que chez les sujets au risque ischémique le plus élevé.
  • Bithérapie antiplaquettaire : les progrès des stents actifs et des molécules, et les essais sur le schéma et la durée du traitement, ont modifié les recommandations chez les patients athéroscléreux, au profit d’un traitement individualisé selon l’équilibre entre risque ischémique et risque hémorragique.
  • Les antiplaquettaires restent des outils puissants de prévention des événements ischémiques, en particulier après un syndrome coronarien aigu.
  • Situations particulières traitées : risque hémorragique élevé, chirurgie, phénotypes d’athérosclérose, indication concomitante d’un autre antithrombotique, surveillance et observance au long cours.

Limites

  • Déclaration scientifique sans recommandations graduées par classe et niveau de preuve, et sans nouvelle donnée d’essai.
  • Document d’une société nord-américaine : ses positions sont à lire au regard des recommandations ESC en vigueur sur les syndromes coronariens aigus et chroniques.
  • Le détail des schémas par situation clinique n’est pas repris ici et relève du texte intégral.
En pratique : le document consolide ce que les essais des dernières années ont installé : pas d’aspirine systématique en prévention primaire hors sujets au risque ischémique le plus élevé, une bithérapie dont la durée se décide au cas par cas selon le risque ischémique et hémorragique, et une attention particulière aux patients sous anticoagulant ou candidats à une chirurgie. Il sert de référence synthétique pour vérifier qu’une ordonnance d’antiplaquettaire au long cours reste justifiée.
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◎ Veille Essai randomisé · PREVENT (analyse post hoc)

Lipid Burden and Efficacy of Preventive PCI of Vulnerable Atherosclerotic Coronary Plaques: Post Hoc Analysis From the PREVENT Trial.

Circulation · 6 octobre 2026 · Analyse post hoc, 598 patients

L’essai PREVENT a montré qu’une angioplastie préventive des plaques vulnérables non significatives sur le plan fonctionnel réduisait les événements cardiaques, sans préciser quelles lésions en tirent le plus de bénéfice. Cette analyse post hoc porte sur les 598 patients qui avaient eu, en plus de l’échographie endocoronaire, une spectroscopie proche infrarouge mesurant la charge lipidique de la plaque. Une plaque riche en lipides était présente chez 37,3 % d’entre eux. Dans ce sous-groupe, l’angioplastie préventive a été associée à moins d’événements que le traitement médical seul (7,3 % contre 17,6 % ; HR ajusté 0,23 ; IC95 % 0,13–0,41), alors qu’aucun bénéfice n’apparaissait pour les plaques pauvres en lipides (5,5 % contre 4,2 % ; HR ajusté 1,00 ; IC95 % 0,54–1,86), avec une interaction significative (p < 0,001).

Critère composite selon la composition de la plaque : plaques riches en lipides, 7,3 % avec angioplastie préventive contre 17,6 % sous traitement médical seul (HR ajusté 0,23 ; IC95 % 0,13–0,41) ; plaques pauvres en lipides, HR ajusté 1,00 (IC95 % 0,54–1,86) ; p d’interaction < 0,001
Article original ↗

Question clinique

Parmi les plaques coronaires vulnérables mais non significatives sur le plan fonctionnel, lesquelles bénéficient le plus d’une angioplastie préventive par rapport au traitement médical optimal seul ? La composition lipidique de la plaque, mesurée par spectroscopie proche infrarouge, permet-elle de les repérer ?

Méthode

Analyse post hoc de l’essai randomisé multicentrique ouvert PREVENT (1 606 patients inclus de septembre 2015 à septembre 2021). Elle retient les 598 patients, soit 632 lésions, chez qui une spectroscopie proche infrarouge avait aussi été réalisée ; ces lésions présentaient, en échographie endocoronaire, une charge de plaque supérieure à 70 % et une surface luminale minimale inférieure à 4 mm². Une plaque riche en lipides était définie à l’avance par un indice de charge lipidique maximal sur 4 mm supérieur à 315. Critère principal : décès cardiaque, infarctus du vaisseau cible, revascularisation du vaisseau cible pour ischémie ou hospitalisation pour angor instable ou progressif.

Résultats clés

  • L’âge moyen était de 64,1 ans et 27,9 % des patients étaient des femmes ; une plaque riche en lipides a été trouvée chez 223 patients (37,3 %), soit 234 lésions ; le suivi médian a été de 5,6 ans.
  • Dans l’ensemble de la population, les événements étaient plus fréquents en présence d’une plaque riche en lipides : 12,5 % contre 4,7 % (HR non ajusté 2,08 ; IC95 % 1,03–4,19 ; p = 0,039).
  • Plaques riches en lipides : 7,3 % d’événements avec angioplastie préventive contre 17,6 % sous traitement médical seul (HR ajusté 0,23 ; IC95 % 0,13–0,41 ; p < 0,001).
  • Plaques pauvres en lipides : 5,5 % contre 4,2 % (HR ajusté 1,00 ; IC95 % 0,54–1,86 ; p = 0,97) ; interaction significative entre stratégie et composition de la plaque (p < 0,001).

Limites

  • Analyse post hoc sur 598 des 1 606 patients de l’essai, avec un nombre d’événements limité : elle génère une hypothèse, elle ne la démontre pas.
  • La spectroscopie proche infrarouge reste peu répandue, et le seuil de 315, fixé à l’avance, demande une validation prospective.
En pratique : cette analyse suggère que le bénéfice de l’angioplastie préventive observé dans PREVENT tient surtout aux plaques riches en lipides, sans bénéfice démontré pour les plaques volumineuses mais pauvres en lipides. Elle ne change pas la pratique courante, où l’angioplastie préventive reste une stratégie en cours d’évaluation, mais elle indique que la composition de la plaque, et pas seulement sa taille, pourrait guider la sélection des lésions dans les futurs essais.
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◎ Veille Essai randomisé · SELUTION DeNovo (sous-groupe préspécifié)

Percutaneous coronary intervention using sirolimus-eluting balloons in patients at high bleeding risk: the SELUTION DeNovo HBR substudy.

EuroIntervention · 5 octobre 2026 · Sous-groupe préspécifié, 522 patients

L’essai SELUTION DeNovo a randomisé 3 323 patients entre une stratégie de ballon actif au sirolimus avec stent seulement en cas de besoin et la pose systématique d’un stent actif. Cette sous-étude préspécifiée porte sur les 522 patients à haut risque hémorragique selon les critères ARC-HBR, dont 67 % sont sortis sous anticoagulant oral. À 1 an, la défaillance du vaisseau cible est survenue chez 4,9 % des patients du groupe ballon et 7,9 % du groupe stent (différence absolue −3,05 % ; IC95 % −7,27 à 1,17), les saignements BARC 3 à 5 chez 2,3 % et 3,2 %, et le critère clinique net chez 6,8 % et 10,7 %. Aucune de ces différences n’est statistiquement significative, mais l’arrêt de tout antiagrégant a été plus fréquent dans le groupe ballon, à 30 jours comme à 6 mois.

Défaillance du vaisseau cible à 1 an : 4,9 % avec le ballon au sirolimus contre 7,9 % avec le stent actif (différence absolue −3,05 % ; IC95 % −7,27 à 1,17)
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Question clinique

Chez le patient à haut risque hémorragique, pour qui une bithérapie antiplaquettaire prolongée pose problème, une angioplastie par ballon actif au sirolimus avec stent seulement en cas de nécessité est-elle une alternative sûre et efficace à la pose systématique d’un stent actif ?

Méthode

Sous-groupe préspécifié de l’essai randomisé SELUTION DeNovo. Parmi les 3 323 patients randomisés 1:1 entre ballon actif au sirolimus avec stent de sauvetage et stent actif systématique, 522 répondaient aux critères ARC-HBR de haut risque hémorragique, 269 dans le groupe ballon et 253 dans le groupe stent. Critères à 1 an : défaillance du vaisseau cible (décès cardiaque, infarctus du vaisseau cible ou revascularisation du vaisseau cible cliniquement justifiée), saignements majeurs BARC 3 à 5, et critère clinique net associant les deux. Le traitement antithrombotique suivait les recommandations en vigueur et les pratiques locales.

Résultats clés

  • Dans le groupe ballon, 17,1 % des patients ont eu besoin d’un stent de sauvetage ; 67 % des patients de la sous-étude sont sortis sous anticoagulant oral.
  • Défaillance du vaisseau cible à 1 an : 4,9 % contre 7,9 % (différence absolue −3,05 % ; IC95 % −7,27 à 1,17).
  • Saignements BARC 3 à 5 : 2,3 % contre 3,2 % (différence −0,91 % ; IC95 % −3,71 à 1,89) ; critère clinique net : 6,8 % contre 10,7 % (différence −3,94 % ; IC95 % −8,80 à 0,92).
  • À 30 jours, 7,7 % des patients du groupe ballon ne prenaient plus aucun antiagrégant, contre 2,5 % dans le groupe stent (p = 0,005) ; à 6 mois, 27,8 % contre 14,9 % (p < 0,001). Les proportions de patients sous bithérapie ou sous monothérapie antiplaquettaire ne différaient pas.

Limites

  • Analyse de sous-groupe sans puissance pour conclure : tous les intervalles de confiance incluent l’absence de différence, et les résultats ne font que suggérer une sécurité et une efficacité comparables.
  • Le traitement antithrombotique n’était pas protocolisé, ce qui limite l’interprétation des arrêts d’antiagrégants.
En pratique : chez le patient à haut risque hémorragique, souvent sous anticoagulant, la stratégie « ballon actif d’abord, stent seulement si nécessaire » n’a pas montré d’excès d’événements ischémiques à 1 an et s’est accompagnée d’arrêts plus fréquents de tout antiagrégant, sans que le traitement antithrombotique ait été protocolisé. C’est un argument de plus en faveur de cette approche chez ces patients, à confirmer par un essai dédié avant d’en faire une règle.
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▲ À connaître Essai randomisé · SWEDEGRAFT

No-Touch vs Conventional Vein Grafts in Coronary Surgery: Seven-Year Clinical Outcomes of the SWEDEGRAFT Randomized Clinical Trial.

JAMA Cardiology · 30 septembre 2026 · Suivi à 7 ans d’un essai randomisé, 900 patients

Le prélèvement « no-touch » de la veine saphène, qui conserve le tissu périvasculaire autour du greffon, pourrait améliorer la perméabilité des pontages, mais son effet sur les événements cliniques à long terme restait incertain. Dans ce suivi préspécifié à 7 ans de l’essai randomisé SWEDEGRAFT (900 patients opérés d’un pontage isolé, hors urgence vitale), le critère principal associant décès toutes causes, infarctus du myocarde et nouvelle revascularisation est survenu chez 19,8 % des patients du groupe no-touch et chez 20,4 % de ceux du groupe conventionnel (HR 0,98 ; IC95 % 0,73–1,31). Aucun des critères secondaires ne différait significativement. Compte tenu de l’excès de complications de cicatrice de jambe déjà rapporté, le bénéfice clinique net du no-touch en routine n’est pas établi.

Décès, infarctus ou nouvelle revascularisation à 7 ans : 19,8 % avec le prélèvement no-touch contre 20,4 % avec le prélèvement conventionnel (HR 0,98 ; IC95 % 0,73–1,31)
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Question clinique

Après un pontage aortocoronarien, le prélèvement no-touch de la veine saphène, qui préserve le tissu périvasculaire, réduit-il à long terme les décès, les infarctus et les nouvelles revascularisations par rapport au prélèvement conventionnel ?

Méthode

Il s’agit du suivi prolongé, préspécifié, de l’essai randomisé multicentrique SWEDEGRAFT, conduit dans huit centres de chirurgie cardiaque en Suède et un au Danemark. Les patients opérés d’un premier pontage isolé, hors urgence vitale, ont été randomisés entre prélèvement no-touch et prélèvement conventionnel de la veine saphène. Sur 902 patients randomisés, 900 forment la population d’analyse en intention de traiter modifiée (454 no-touch, 446 conventionnel) ; l’âge moyen était de 67,0 ans, avec 12,0 % de femmes et 46,6 % de chirurgies non programmées. Le critère principal était un composite de décès toutes causes, d’infarctus du myocarde ou de nouvelle revascularisation, recueilli dans les registres nationaux ; le suivi médian a été de 6,46 ans.

Résultats clés

  • Le critère principal est survenu chez 90 patients du groupe no-touch et 91 du groupe conventionnel (19,8 % contre 20,4 % ; HR 0,98 ; IC95 % 0,73–1,31 ; p = 0,90) ; la différence de risque ajustée à 7 ans est de −0,8 % (IC95 % −6,6 à 4,6 %).
  • Aucune des composantes ne diffère significativement : décès (HR 0,84 ; IC95 % 0,53–1,35), infarctus (HR 0,74 ; IC95 % 0,44–1,24), nouvelle revascularisation (HR 1,07 ; IC95 % 0,73–1,56).
  • Les analyses en sous-groupes préspécifiées ne montrent pas d’hétérogénéité de l’effet.

Limites

  • Les événements proviennent des registres nationaux, et non d’un recueil clinique propre à l’essai.
  • L’intervalle de confiance du critère principal reste large : l’essai n’exclut ni un petit bénéfice ni un petit excès de risque, il montre seulement qu’aucune réduction significative n’a été observée.
En pratique : à 7 ans, le prélèvement no-touch de la veine saphène n’a pas réduit les décès, les infarctus ni les nouvelles revascularisations par rapport au prélèvement conventionnel. Avec l’excès de complications de cicatrice de jambe déjà rapporté, ces données ne justifient pas d’en faire la technique de routine.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Essai randomisé · OCTOBER (analyse post hoc)

Stenting Technique and Clinical Outcome in True Bifurcation PCI: Insights From the OCTOBER Trial.

JACC: Cardiovascular Interventions · 28 septembre 2026 · Analyse post hoc, 1 201 patients

Cette analyse post hoc de l’essai OCTOBER porte sur 1 201 patients traités par angioplastie d’une bifurcation coronaire vraie, avec ou sans guidage par tomographie par cohérence optique (OCT). La présentation clinique aiguë, l’atteinte du tronc commun et la sévérité de la lésion de la branche latérale sont les principaux facteurs qui conduisent à poser deux stents plutôt qu’un. Selon la technique réellement appliquée, un seul stent s’accompagne de moins d’événements cardiaques majeurs à 2 ans que deux stents (9,0 % contre 13,9 % ; HR ajusté 1,53 ; IC95 % 1,04–2,27 pour deux stents), sans interaction avec le guidage OCT. Selon la stratégie planifiée, en revanche, il n’y a pas de différence significative. Les taux d’événements les plus bas sont observés avec un stent unique posé sous OCT.

Événements cardiaques majeurs à 2 ans selon la technique appliquée : 9,0 % avec un stent contre 13,9 % avec deux stents (HR ajusté 1,53 ; IC95 % 1,04–2,27)
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Question clinique

Dans l’angioplastie d’une bifurcation coronaire vraie, qu’est-ce qui conduit à poser deux stents plutôt qu’un, quel est le pronostic associé à chaque technique, et le guidage par OCT modifie-t-il ce pronostic ?

Méthode

Il s’agit d’une analyse post hoc de l’essai randomisé européen OCTOBER, qui comparait un guidage par OCT et un guidage angiographique dans l’angioplastie des bifurcations. Les 1 201 patients porteurs d’une bifurcation vraie ont été analysés. Les facteurs prédictifs d’une technique à deux stents ont été identifiés par régression logistique multivariée, et les événements cliniques ont été analysés par régression de Cox multivariée, selon la technique réellement appliquée et selon la stratégie planifiée.

Résultats clés

  • Facteurs prédictifs d’une technique à deux stents : présentation clinique aiguë (OR ajusté 1,73 ; IC95 % 1,33–2,25), bifurcation du tronc commun (OR ajusté 2,04 ; IC95 % 1,38–3,03), longueur de la lésion de la branche latérale (OR ajusté 1,06 par mm ; IC95 % 1,03–1,09) et degré de sténose de cette branche (OR ajusté 1,04 par 1 % ; IC95 % 1,03–1,05).
  • Selon la technique appliquée, un stent unique s’accompagne de moins d’événements cardiaques majeurs à 2 ans que deux stents : 9,0 % contre 13,9 % (HR ajusté 1,53 ; IC95 % 1,04–2,27), sans interaction avec le guidage OCT (p d’interaction = 0,24).
  • Selon la stratégie planifiée, les événements ne diffèrent pas significativement entre un et deux stents.
  • Parmi les patients traités par DK-crush (double kissing crush), le guidage angiographique s’accompagne de plus d’événements que le guidage OCT (HR 2,42 ; IC95 % 1,12–5,24).

Limites

  • L’analyse est post hoc et la technique n’était pas randomisée : le surcroît d’événements avec deux stents reflète vraisemblablement la complexité des lésions qui imposent cette technique, et non un effet propre de la technique.
  • Les comparaisons par sous-groupe, en particulier dans le DK-crush, reposent sur des effectifs réduits et de larges intervalles de confiance.
En pratique : ces données ne remettent pas en cause le choix d’un stent unique quand la bifurcation le permet, et elles plaident pour le guidage OCT, en particulier quand une technique à deux stents comme le DK-crush s’impose, sous la réserve d’un sous-groupe de petite taille. Elles ne démontrent pas qu’un stent vaut mieux que deux à lésion égale : c’est la complexité de la lésion qui dicte la technique et porte le risque.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Sous-étude d’essai randomisé · SMART-CHOICE 3

Clopidogrel monotherapy versus aspirin monotherapy in females and males after percutaneous coronary intervention: a sex-stratified analysis of the SMART-CHOICE 3 trial.

EuroIntervention · 21 septembre 2026 · Sous-étude préspécifiée, 5 506 patients

Cette sous-étude préspécifiée de l’essai SMART-CHOICE 3 porte sur 5 506 patients à haut risque de récidive ischémique qui, après la durée standard de bithérapie antiplaquettaire suivant une angioplastie, ont été randomisés entre clopidogrel seul et aspirine seule. Les 1 002 femmes avaient un profil de risque plus élevé que les hommes, mais l’incidence du critère principal, qui associe décès toutes causes, infarctus du myocarde et AVC, ne différait pas significativement entre les sexes. Le clopidogrel a réduit ce critère chez les femmes (4,3 % contre 9,4 % ; HR ajusté 0,45 ; IC95 % 0,24–0,85), alors que la réduction n’atteignait pas la significativité chez les hommes (4,4 % contre 6,0 % ; HR ajusté 0,77 ; IC95 % 0,56–1,07). L’interaction entre le sexe et le traitement n’est pas significative (p = 0,288).

Décès, infarctus ou AVC sous clopidogrel plutôt qu’aspirine : HR ajusté 0,45 (IC95 % 0,24–0,85) chez les femmes, 0,77 (IC95 % 0,56–1,07) chez les hommes ; p d’interaction = 0,288
Article original ↗

Question clinique

Après une angioplastie et une bithérapie antiplaquettaire de durée standard, le clopidogrel seul est apparu comme une alternative à l’aspirine seule chez les patients à haut risque de récidive ischémique. Le bénéfice du clopidogrel est-il le même chez les femmes et chez les hommes ?

Méthode

Il s’agit d’une sous-étude préspécifiée de l’essai randomisé SMART-CHOICE 3, conduit en Corée du Sud. Les patients à haut risque de récidive ischémique qui avaient terminé la durée standard de bithérapie après angioplastie ont été randomisés entre clopidogrel seul et aspirine seule. Le critère principal associe décès toutes causes, infarctus du myocarde et AVC. Les résultats ont été analysés séparément chez 1 002 femmes et 4 504 hommes, avec un test d’interaction entre le sexe et le traitement.

Résultats clés

  • Les femmes avaient un profil de risque plus élevé, mais l’incidence du critère principal ne différait pas significativement de celle des hommes : 6,7 % contre 5,2 % (HR ajusté 0,89 ; IC95 % 0,62–1,28 ; p = 0,537).
  • Chez les femmes, le clopidogrel a réduit le critère principal par rapport à l’aspirine : 4,3 % contre 9,4 % (HR ajusté 0,45 ; IC95 % 0,24–0,85 ; p = 0,014).
  • Chez les hommes, la réduction n’a pas atteint la significativité : 4,4 % contre 6,0 % (HR ajusté 0,77 ; IC95 % 0,56–1,07 ; p = 0,116).
  • L’interaction entre le sexe et le traitement n’est pas significative (p = 0,288) : l’effet du clopidogrel va dans le même sens dans les deux sexes.

Limites

  • Les femmes sont peu nombreuses (1 002 patientes sur 5 506), ce qui limite la puissance des comparaisons par sexe ; la différence apparente d’ampleur de l’effet entre les sexes relève d’une analyse en sous-groupes et n’est pas confirmée par le test d’interaction.
  • L’essai a été conduit dans un seul pays, ce qui limite la transposition de ses résultats à d’autres populations.
En pratique : chez un patient à haut risque ischémique qui a terminé sa bithérapie après angioplastie, le choix du clopidogrel seul plutôt que de l’aspirine seule ne dépend pas du sexe : l’effet va dans le même sens chez la femme et chez l’homme, et cette analyse ne donne pas d’argument pour traiter les femmes autrement. La réduction plus marquée observée chez les femmes reste un résultat de sous-groupe, sans interaction significative, et ne justifie pas à elle seule une stratégie différenciée.
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▲ À connaître Méta-analyse

Ultrashort vs Standard-Duration Dual Antiplatelet Therapy in Acute Coronary Syndrome Patients Undergoing PCI: A Meta-Analysis.

JACC: Cardiovascular Interventions · 14 septembre 2026 · Méta-analyse de 10 essais randomisés, 29 232 patients

Cette méta-analyse de 10 essais randomisés, soit 29 232 patients traités par angioplastie pour un syndrome coronarien aigu, compare une bithérapie antiplaquettaire ultracourte (un mois ou moins) relayée par une monothérapie et une bithérapie de durée standard. La bithérapie ultracourte n’a pas augmenté, dans l’ensemble, les événements cardiaques et cérébrovasculaires majeurs (HR 1,06 ; IC95 % 0,93–1,20) ; elle a réduit les saignements majeurs (HR 0,47 ; IC95 % 0,35–0,64) et a apporté un bénéfice clinique net (HR 0,83 ; IC95 % 0,72–0,97). Deux réserves cependant : un signal d’excès d’événements ischémiques dans le STEMI, absent dans le SCA sans sus-décalage, et un surcroît d’événements cardiaques et cérébrovasculaires quand le raccourcissement est le plus intensif (bithérapie d’une semaine ou moins, ou monothérapie par clopidogrel ou aspirine).

Saignements majeurs : HR 0,47 (IC95 % 0,35–0,64) ; événements cardiaques et cérébrovasculaires majeurs : HR 1,06 (IC95 % 0,93–1,20) ; bénéfice clinique net : HR 0,83 (IC95 % 0,72–0,97) avec la bithérapie ultracourte
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Question clinique

Après une angioplastie pour syndrome coronarien aigu, une bithérapie antiplaquettaire limitée à un mois ou moins, relayée par une monothérapie, est-elle aussi sûre sur le plan ischémique que la durée standard, et fait-elle moins saigner ? L’efficacité et la sécurité de cette stratégie ultracourte restaient incertaines dans cette population.

Méthode

Les auteurs ont réuni les essais randomisés publiés jusqu’au 15 février 2026 qui comparaient une bithérapie ultracourte (un mois ou moins) suivie d’une monothérapie antiplaquettaire et une bithérapie de durée standard, chez des patients traités par angioplastie pour un syndrome coronarien aigu. Critères principaux : événements cardiaques et cérébrovasculaires majeurs (MACCE), saignements majeurs et bénéfice clinique net (NACE). Des analyses en sous-groupes préspécifiées ont distingué les patients selon l’origine (Asie de l’Est ou non) et selon le type de raccourcissement : intensif (bithérapie d’une semaine ou moins, ou monothérapie par clopidogrel ou aspirine) ou modéré (bithérapie d’au moins deux semaines, puis monothérapie par ticagrelor ou prasugrel). Au total, 10 essais et 29 232 patients ont été inclus.

Résultats clés

  • MACCE : HR 1,06 (IC95 % 0,93–1,20 ; p = 0,38 ; I² = 24 %), sans augmentation globale ; un risque plus élevé est observé dans le STEMI, mais pas dans le SCA sans sus-décalage.
  • Saignements majeurs : HR 0,47 (IC95 % 0,35–0,64 ; p < 0,00001 ; I² = 44 %) ; bénéfice clinique net : HR 0,83 (IC95 % 0,72–0,97 ; p = 0,02 ; I² = 61 %).
  • La réduction des saignements est plus marquée chez les patients d’Asie de l’Est (HR 0,35 ; IC95 % 0,25–0,49) que chez les autres (HR 0,63 ; IC95 % 0,43–0,93), avec une interaction significative (p = 0,02).
  • Le type de raccourcissement modifie le résultat (p d’interaction = 0,003) : le raccourcissement intensif augmente les MACCE (HR 1,37 ; IC95 % 1,11–1,69 ; p = 0,003), tandis que le raccourcissement modéré ne les modifie pas de façon significative (HR 0,96 ; IC95 % 0,85–1,08 ; p = 0,47).

Limites

  • Il s’agit d’une méta-analyse sur données agrégées, à partir d’essais dont les stratégies de raccourcissement, les monothérapies de relais et les populations diffèrent ; l’hétérogénéité est notable pour le bénéfice clinique net (I² = 61 %).
  • Le signal ischémique dans le STEMI, les différences selon l’origine et l’effet du type de raccourcissement viennent d’analyses en sous-groupes : ils appellent une confirmation.
En pratique : après angioplastie pour un syndrome coronarien aigu, ces données vont dans le sens d’une bithérapie raccourcie à un mois, qui fait moins saigner sans excès d’événements ischémiques dans l’ensemble. Les analyses en sous-groupes suggèrent de réserver ce raccourcissement aux schémas d’au moins deux semaines de bithérapie relayée par ticagrelor ou prasugrel : une bithérapie d’une semaine ou moins, ou un relais par clopidogrel ou aspirine, pourrait augmenter le risque ischémique. Le signal d’excès d’événements ischémiques dans le STEMI invite à la prudence chez ces patients, et la réduction des saignements, plus marquée chez les patients d’Asie de l’Est, rappelle que l’ampleur du bénéfice peut différer d’une population à l’autre.
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▲ À connaître Méta-analyse

Intracoronary Imaging-Guided Percutaneous Coronary Intervention: An Updated Meta-Analysis of Randomized Trials.

JACC · 10 septembre 2026 · Méta-analyse de 28 essais randomisés, 24 634 patients

Cette méta-analyse actualisée réunit 28 essais randomisés, soit 24 634 patients suivis 22 mois en moyenne. Ces essais comparent l’angioplastie guidée par imagerie intracoronaire (échographie endocoronaire ou tomographie par cohérence optique) et l’angioplastie guidée par la seule angiographie, à l’ère des stents actifs. Le guidage par imagerie réduit l’échec de la lésion cible (RR 0,72 ; IC95 % 0,61–0,85), la mortalité cardiaque (RR 0,73 ; IC95 % 0,58–0,91) et la mortalité totale (RR 0,82 ; IC95 % 0,70–0,96), ainsi que l’infarctus, la revascularisation du vaisseau cible et la thrombose de stent. Les différences entre essais s’expliquent surtout par la région géographique et les caractéristiques des lésions traitées.

Échec de la lésion cible : RR 0,72 (IC95 % 0,61–0,85) ; mortalité cardiaque : RR 0,73 (IC95 % 0,58–0,91) ; mortalité totale : RR 0,82 (IC95 % 0,70–0,96) avec le guidage par imagerie intracoronaire
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Question clinique

Les dernières recommandations font du guidage de l’angioplastie par imagerie intracoronaire une indication de classe I pour les lésions complexes et le tronc commun, mais des essais récents n’ont pas montré de bénéfice. L’ensemble des essais randomisés confirme-t-il l’intérêt de ce guidage, et d’où viennent les divergences entre études ?

Méthode

Les auteurs ont interrogé PubMed, Embase, Cochrane Central et ClinicalTrials.gov jusqu’au 3 juin 2026 et retenu les essais randomisés comparant l’angioplastie guidée par imagerie intracoronaire et l’angioplastie guidée par angiographie, à l’ère des stents actifs. L’analyse associe des méta-analyses en comparaison directe et en réseau, une analyse séquentielle des essais, un indice de fragilité et une méta-analyse bayésienne. Une méta-régression a exploré l’hétérogénéité selon la longueur des stents (reflet de la longueur des lésions), leur diamètre, la différence de post-dilatation entre les groupes, l’année de publication et la région géographique. Au total, 28 essais et 24 634 patients (âge moyen 64,8 ans, 75,9 % d’hommes) ont été inclus, avec un suivi moyen de 22 mois.

Résultats clés

  • Échec de la lésion cible : RR 0,72 (IC95 % 0,61–0,85 ; I² = 61 %) en faveur du guidage par imagerie.
  • Mortalité cardiaque : RR 0,73 (IC95 % 0,58–0,91 ; I² = 5 %) ; mortalité totale : RR 0,82 (IC95 % 0,70–0,96 ; I² = 0 %).
  • Infarctus : RR 0,86 (IC95 % 0,75–0,97) ; revascularisation du vaisseau cible : RR 0,69 (IC95 % 0,57–0,83 ; I² = 41 %) ; thrombose de stent : RR 0,55 (IC95 % 0,40–0,76).
  • L’analyse séquentielle confirme une réduction d’au moins 20 % pour tous les critères ; l’indice de fragilité va de 9 à 50 et la probabilité a posteriori de bénéfice dépasse 99 % pour chaque critère.
  • La région géographique et les caractéristiques des lésions expliquent l’essentiel de la variance entre essais (tau résiduel nul) ; l’hétérogénéité géographique porte surtout sur la revascularisation du vaisseau cible, et tient en grande partie aux lésions traitées et à la technique.

Limites

  • Il s’agit d’une méta-analyse sur données agrégées, non sur données individuelles : les essais diffèrent par les lésions incluses, la technique et la région, et l’hétérogénéité reste notable pour l’échec de la lésion cible.
  • Les essais récents sans bénéfice sont pris en compte au moyen d’analyses de facteurs modificateurs, dont le choix revient aux auteurs ; la méta-analyse ne dit pas, à elle seule, quels patients tirent le plus grand bénéfice du guidage.
En pratique : malgré quelques essais récents sans bénéfice, l’ensemble des données randomisées reste en faveur du guidage par imagerie intracoronaire, avec une réduction des événements, y compris de la mortalité. Ce résultat va dans le sens de l’indication de classe I des recommandations pour les lésions complexes et le tronc commun. Pour le cardiologue qui adresse un patient, c’est un argument pour demander si le centre d’angioplastie dispose de l’imagerie intracoronaire, en particulier devant une lésion complexe.
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▲ À connaître Essai randomisé en grappes · BRIDGE

Protocol-Based Implementation of Early Intensive Lipid Management After Acute Coronary Syndrome: The BRIDGE Trial.

JACC · 31 août 2026 · 329 patients, 10 centres, Japon, randomisation par centre · ESC 2026

Dans dix centres japonais tirés au sort, un protocole d’intensification du traitement hypolipémiant dès l’hospitalisation pour syndrome coronarien aigu (statine de forte intensité, ézétimibe et anti-PCSK9 selon un algorithme, LDL recontrôlé à 4 semaines) a été comparé à la prise en charge habituelle. À six mois, 86,4 % des patients du groupe protocole avaient un LDL inférieur à 70 mg/dL, contre 73,7 % dans le groupe habituel ; ils étaient 60,8 % sous 55 mg/dL, contre 34,5 %. Le critère est biologique et le suivi court, mais l’essai montre qu’un parcours écrit augmente nettement la proportion de patients à la cible.

LDL < 70 mg/dL à 6 mois : 86,4 % avec le protocole contre 73,7 % (différence 12,6 points ; IC95 % 3,8–21,5 ; p = 0,005) · LDL < 55 mg/dL : 60,8 % contre 34,5 % (différence 26,3 points ; IC95 % 18,5–34,0)
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Question clinique

Après un syndrome coronarien aigu, les recommandations demandent un traitement hypolipémiant intensif, mais son instauration tarde souvent et une part importante des patients n’atteint pas la cible de LDL. Un protocole d’intensification précoce, appliqué dès l’hospitalisation, augmente-t-il la proportion de patients à la cible à six mois ?

Méthode

Essai randomisé en grappes : dix centres japonais ont été tirés au sort 1:1 entre une gestion lipidique protocolisée et une gestion habituelle. Dans le groupe protocole, le traitement hypolipémiant était instauré ou intensifié pendant l’hospitalisation selon un algorithme préspécifié, fondé sur le traitement en cours et le LDL initial (statine de forte intensité, ézétimibe, anti-PCSK9). Le LDL était recontrôlé à 4 semaines, avec escalade si nécessaire ; dans ce groupe, un LDL d’environ 55 mg/dL servait de seuil opérationnel d’intensification, la cible thérapeutique restant un LDL inférieur à 70 mg/dL dans les deux groupes. Entre novembre 2024 et juillet 2025, 330 patients ont été inclus ; 329 forment la population d’étude après un retrait de consentement, et 315 disposaient d’un dosage de LDL à 6 mois pour l’analyse principale. L’âge moyen était de 69 ans, 18 % des patients étaient des femmes et le LDL médian initial de 110 mg/dL. Critère de jugement principal : LDL inférieur à 70 mg/dL à 6 mois ; critère secondaire clé : LDL inférieur à 55 mg/dL.

Résultats clés

  • LDL inférieur à 70 mg/dL à 6 mois : 86,4 % dans le groupe protocole contre 73,7 % dans le groupe habituel (différence 12,6 points ; IC95 % 3,8–21,5 ; p = 0,005). Dans l’analyse de sensibilité conduite à l’échelle des hôpitaux, la différence est de 12,8 points (IC95 % −2,0 à 27,6 ; p = 0,08).
  • LDL inférieur à 55 mg/dL : 60,8 % contre 34,5 % (différence 26,3 points ; IC95 % 18,5–34,0 ; p < 0,001).
  • À 6 mois, les statines de forte intensité, l’ézétimibe et les anti-PCSK9 étaient plus souvent prescrits dans le groupe protocole.

Limites

  • Essai de petite taille (329 patients, dix centres) randomisé par centre : l’analyse de sensibilité à l’échelle des hôpitaux n’atteint pas la significativité statistique.
  • Critère de jugement biologique, sans événements cliniques ; suivi limité à six mois.
  • La cible du protocole (70 mg/dL) est moins exigeante que la cible européenne de 55 mg/dL, et le contexte japonais (posologies, accès aux anti-PCSK9) diffère de celui d’autres systèmes de soins.
En pratique : cet essai ne teste pas une molécule mais une organisation des soins : un algorithme écrit, appliqué avant la sortie, avec un contrôle du LDL à 4 semaines et une escalade prévue d’avance, augmente nettement la proportion de patients sous 70 et sous 55 mg/dL à six mois. Le résultat porte sur le LDL et non sur les événements cliniques, dans un contexte japonais et sur un petit nombre de centres ; il conforte néanmoins l’intérêt d’un parcours lipidique formalisé après syndrome coronarien aigu, avec un contrôle biologique précoce.
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★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · TAVI PCI

Timing of PCI in Patients Undergoing Transcatheter Aortic-Valve Implantation.

NEJM · 30 août 2026 · 986 patients, 48 centres européens, essai ouvert de non-infériorité · ESC 2026

Chez 986 patients porteurs d’un rétrécissement aortique serré et d’une maladie coronaire, traiter la valve avant les coronaires a été comparé à la séquence habituelle, angioplastie puis TAVI. À un an, le critère principal — décès toutes causes, infarctus non fatal, revascularisation guidée par l’ischémie, réhospitalisation ou saignement grave — est survenu chez 22,2 % des patients traités par TAVI d’abord contre 24,2 % avec l’angioplastie d’abord (différence −2,0 points ; IC95 % −7,4 à 3,4), ce qui établit la non-infériorité au regard de la marge prédéfinie de 6,6 points. L’ordre des deux gestes peut donc se décider au cas par cas.

Décès, infarctus, revascularisation, réhospitalisation ou saignement grave à 1 an : 22,2 % avec le TAVI d’abord contre 24,2 % avec l’angioplastie d’abord (différence −2,0 points ; IC95 % −7,4 à 3,4 ; non-infériorité démontrée)
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Question clinique

Environ la moitié des patients candidats au TAVI ont une maladie coronaire associée. L’angioplastie est souvent réalisée avant la valve, par crainte d’un accès coronaire plus difficile ensuite et d’une ischémie pendant la procédure, mais la meilleure séquence n’avait jamais été établie. Traiter la valve en premier fait-il aussi bien que traiter les coronaires en premier ?

Méthode

Essai international, ouvert, randomisé, de non-infériorité, mené dans 48 centres d’Autriche, de France, d’Allemagne, d’Italie, des Pays-Bas et de Suisse. Les patients présentant un rétrécissement aortique serré et une maladie coronaire ont été randomisés 1:1 entre TAVI puis angioplastie (498 patients) et angioplastie puis TAVI (488 patients), soit 986 patients ; l’âge moyen était de 82 ans et 34 % des patients étaient des femmes. Critère principal à un an : composite de décès toutes causes, infarctus non fatal, revascularisation guidée par l’ischémie, réhospitalisation liée à la valve, à la procédure ou à l’insuffisance cardiaque, ou saignement menaçant le pronostic vital, invalidant ou majeur. Marge de non-infériorité de 6,6 points.

Résultats clés

  • Critère principal : 105 patients (22,2 %) dans le groupe TAVI d’abord contre 112 (24,2 %) dans le groupe angioplastie d’abord (différence −2,0 points ; IC95 % −7,4 à 3,4 ; p < 0,001 pour la non-infériorité).
  • Saignements menaçant le pronostic vital, invalidants ou majeurs : 6,6 % avec le TAVI d’abord contre 9,7 % avec l’angioplastie d’abord. Ce résultat secondaire n’a pas fait l’objet d’un test formel et doit être interprété avec prudence ; selon les investigateurs, le traitement antiplaquettaire et le délai entre les deux gestes pourraient y contribuer, ce qui reste à étudier.
  • Événements indésirables graves : 264 patients dans le groupe TAVI d’abord contre 273 dans le groupe angioplastie d’abord.
  • Moins de patients du groupe TAVI d’abord ont finalement eu une angioplastie : une fois la valve traitée, l’indication coronaire était parfois reconsidérée. Les investigateurs ne rattachent pas cette différence à une difficulté d’accès coronaire après la valve.

Limites

  • Essai ouvert, avec une marge de non-infériorité large (6,6 points) au regard d’un critère survenant chez près d’un quart des patients ; l’intervalle de confiance ne permet pas de conclure à une supériorité du TAVI d’abord.
  • Suivi limité à un an : le devenir des lésions coronaires non traitées après TAVI reste à documenter à plus long terme.
  • La différence de saignements porte sur un critère secondaire, sans test formel : elle ne suffit pas à préférer une séquence à l’autre.
  • La complexité des lésions coronaires et la part exacte des patients finalement non dilatés doivent être recherchées dans l’article avant de transposer ces résultats.
En pratique : chez un patient présentant un rétrécissement aortique serré et une maladie coronaire, traiter la valve avant les coronaires n’expose pas à plus d’événements à un an que la séquence inverse. L’ordre des gestes peut donc se décider en équipe selon l’anatomie coronaire et les symptômes, en sachant qu’une partie des patients traités par la valve en premier n’a finalement pas eu d’angioplastie. Le moindre taux de saignements observé avec le TAVI d’abord demande confirmation avant d’en faire un argument de décision.
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▲ À connaître Essai randomisé · TARGET-CTCA

Targeted Use of Computed Tomographic Coronary Angiography in Acute Chest Pain.

NEJM · 29 août 2026 · 3 170 patients, 14 hôpitaux du Royaume-Uni, suivi médian 3 ans · ESC 2026

Chez 3 170 patients venus aux urgences pour suspicion de syndrome coronarien aigu, l’infarctus avait été écarté mais la troponine ultrasensible dépassait 5 ng/L : une prise en charge guidée par un coroscanner ambulatoire a été comparée à la prise en charge habituelle. Après un suivi médian de trois ans, un infarctus ou un décès de cause cardiaque est survenu chez 7,1 % des patients du groupe coroscanner contre 7,3 % de ceux du groupe habituel (HR ajusté 0,95). Le coroscanner systématique n’a donc pas amélioré le pronostic de ces patients à risque intermédiaire.

Infarctus ou décès cardiaque à 3 ans : 7,1 % avec coroscanner systématique contre 7,3 % avec la prise en charge habituelle (HR ajusté 0,95 ; IC95 % 0,73–1,23 ; p = 0,71)
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Question clinique

De nombreux patients renvoyés des urgences après exclusion d’un infarctus gardent un risque d’événement cardiovasculaire, en particulier lorsque la troponine ultrasensible est détectable sans atteindre le seuil d’infarctus. Une exploration coronaire par coroscanner, ciblée sur ce groupe à risque intermédiaire, réduit-elle les infarctus et les décès cardiaques ultérieurs ?

Méthode

Essai multicentrique randomisé contrôlé mené dans 14 hôpitaux du Royaume-Uni. Étaient inclus les patients des urgences chez qui l’infarctus avait été exclu mais dont la concentration maximale de troponine ultrasensible (I ou T) dépassait 5 ng/L, ce qui définissait un risque intermédiaire. Randomisation 1:1 entre prise en charge guidée par un coroscanner ambulatoire et prise en charge habituelle. De septembre 2019 à mai 2023, 3 170 participants ont été inclus (1 587 dans le groupe coroscanner, 1 583 dans le groupe habituel) ; l’âge médian était de 61 ans et 30,2 % des participants étaient des femmes. Critère de jugement principal : composite d’infarctus ou de décès de cause cardiaque, le suivi se poursuivant jusqu’à un minimum préspécifié de 97 événements dans le groupe habituel.

Résultats clés

  • À 90 jours, le coroscanner avait été réalisé chez 1 462 participants (92,1 %) du groupe coroscanner et chez 35 (2,2 %) du groupe habituel ; 7 participants (0,4 %) ont présenté un événement indésirable lié à l’examen.
  • Critère principal après un suivi médian de 3,0 ans : 112 événements (7,1 %) dans le groupe coroscanner contre 116 (7,3 %) dans le groupe habituel (HR ajusté 0,95 ; IC95 % 0,73–1,23 ; p = 0,71).

Limites

  • Essai sans insu, par nature : la prise en charge « habituelle » dépendait de chaque centre et pouvait déjà comporter un traitement préventif.
  • Les résultats rapportés ne renseignent ni sur l’effet du coroscanner sur les prescriptions de prévention, ni sur les revascularisations, ni sur la qualité de vie.
  • Avec un taux d’événements d’environ 7 % à trois ans, un bénéfice plus modeste ou plus tardif ne peut être exclu.
En pratique : une troponine ultrasensible détectable sans infarctus signale un risque, mais proposer un coroscanner à tous ces patients n’a réduit ni les infarctus ni les décès cardiaques à trois ans. L’essai ne soutient donc pas un coroscanner systématique à la sortie des urgences dans cette situation ; l’examen garde ses indications habituelles, fondées sur les symptômes et la probabilité clinique. Il ne renseigne pas, en revanche, sur la place du traitement préventif chez ces patients.
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★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · SWITCH-SWEDEHEART

Prasugrel versus Ticagrelor in Acute Coronary Syndromes.

NEJM · 29 août 2026 · 17 095 patients, Suède, essai randomisé en grappes sur registre · ESC 2026

Sept régions suédoises sont passées, dans un ordre tiré au sort, du ticagrelor au prasugrel comme inhibiteur P2Y12 par défaut après angioplastie pour syndrome coronarien aigu ; 17 095 patients ont été suivis un an. Le critère principal — décès toutes causes, infarctus ou AVC — est survenu chez 11,1 % des patients pris en charge sous politique prasugrel contre 11,8 % sous politique ticagrelor, sans différence démontrée (OR ajusté 0,90 ; IC95 % 0,77–1,06). Les saignements majeurs, critère secondaire, ont été rapportés chez 4,2 % des patients sous politique prasugrel et 4,4 % sous politique ticagrelor, l’analyse ajustée étant en faveur du prasugrel (OR 0,80 ; IC95 % 0,64–0,99). Dans cette population non sélectionnée, adopter le prasugrel par défaut ne diminue donc pas les événements ischémiques.

Décès, infarctus ou AVC à 1 an : 11,1 % sous politique prasugrel contre 11,8 % sous politique ticagrelor (OR ajusté 0,90 ; IC95 % 0,77–1,06) · saignements majeurs 4,2 % contre 4,4 % (OR ajusté 0,80 ; IC95 % 0,64–0,99)
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Question clinique

Après une angioplastie pour syndrome coronarien aigu, faut-il préférer le prasugrel ou le ticagrelor comme inhibiteur P2Y12 ? Les deux molécules sont recommandées et le choix entre elles reste incertain en pratique courante.

Méthode

Essai randomisé en grappes, ouvert, adossé au registre national SWEDEHEART, selon un schéma en bascule échelonnée (« stepped-wedge ») : sept régions suédoises, regroupées en trois grappes, sont passées dans un ordre tiré au sort d’une politique « ticagrelor par défaut » (90 mg deux fois par jour) à une politique « prasugrel par défaut » (10 mg par jour, réduits à 5 mg à partir de 75 ans ou en dessous de 60 kg, conformément au résumé des caractéristiques du produit), sur quatre périodes de neuf mois entre 2021 et 2024. Population : adultes traités par angioplastie pour syndrome coronarien aigu, soit 17 095 patients, 9 444 pris en charge sous politique ticagrelor et 7 651 sous politique prasugrel. L’âge moyen était de 69,8 ans, 36,8 % des patients avaient 75 ans ou plus et 27,8 % étaient des femmes ; 39,4 % présentaient un infarctus avec sus-décalage du segment ST, 43,7 % un infarctus sans sus-décalage et 16,8 % un angor instable. Critère principal à un an, recueilli dans les registres nationaux : décès toutes causes, infarctus fatal ou non, ou AVC fatal ou non. Analyse en intention de traiter par modèle mixte ajusté sur la grappe et le temps calendaire, qui estime l’effet de la politique de prescription et non celui du médicament effectivement reçu par chaque patient.

Résultats clés

  • Critère principal à un an : 11,1 % sous politique prasugrel contre 11,8 % sous politique ticagrelor (OR ajusté prasugrel contre ticagrelor 0,90 ; IC95 % 0,77–1,06) : aucune différence n’est démontrée.
  • Saignements majeurs, critère secondaire : 4,2 % sous politique prasugrel contre 4,4 % sous politique ticagrelor (OR ajusté 0,80 ; IC95 % 0,64–0,99), en faveur du prasugrel.

Limites

  • Essai ouvert, randomisé par région et non par patient : la comparaison porte sur des politiques de prescription, et tous les patients d’une période n’ont pas reçu la molécule par défaut.
  • La différence de saignements majeurs est faible en valeur absolue (0,2 point) et la borne haute de l’intervalle de confiance est proche de 1 ; elle porte sur un critère secondaire.
  • L’essai n’était pas construit pour démontrer l’équivalence des deux molécules sur les événements ischémiques ; l’intervalle de confiance reste compatible avec une différence modeste dans les deux sens.
  • Résultats obtenus dans un système de soins où la posologie du prasugrel est adaptée à l’âge et au poids ; leur transposition ailleurs reste à apprécier.
En pratique : dans cette large population non sélectionnée, adopter le prasugrel comme inhibiteur P2Y12 par défaut après angioplastie pour syndrome coronarien aigu n’a pas réduit les décès, infarctus ou AVC par rapport au ticagrelor, et s’est accompagné d’un peu moins de saignements majeurs, avec un intervalle de confiance dont la borne haute approche 1. Ces résultats n’établissent pas la supériorité d’une molécule sur l’autre : ils indiquent que les deux stratégies donnent des résultats voisins en pratique courante, le prasugrel à posologie adaptée (5 mg à partir de 75 ans ou en dessous de 60 kg) restant un choix par défaut acceptable. La décision peut tenir compte de la tolérance, du coût et des habitudes locales.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · LIBREXIA ACS

Milvexian with Antiplatelet Therapy after Acute Coronary Syndrome Event.

NEJM · 29 août 2026 · 14 194 patients, essai de phase 3 contre placebo, arrêté pour futilité · ESC 2026

Chez 14 194 patients inclus dans les sept jours suivant un syndrome coronarien aigu, le milvexian, anticoagulant oral inhibiteur du facteur XIa, a été ajouté au traitement antiplaquettaire et comparé à un placebo. Après un suivi médian de 12,2 mois, le critère composite de décès cardiovasculaire, d’infarctus ou d’AVC ischémique est survenu chez 5,4 % des patients sous milvexian contre 5,1 % sous placebo, et l’essai a été arrêté pour futilité après une analyse intermédiaire prévue. Les saignements intracrâniens ou mortels n’ont pas augmenté (0,3 % dans chaque groupe), mais l’ajout de cet anticoagulant n’a pas apporté de protection supplémentaire dans cet essai.

Décès cardiovasculaire, infarctus ou AVC ischémique : 5,4 % sous milvexian contre 5,1 % sous placebo (HR 1,05 ; IC95 % 0,91–1,21 ; p = 0,50) · saignements BARC 3c ou 5 : 0,3 % dans chaque groupe
Article original ↗

Question clinique

Après un syndrome coronarien aigu, le risque de récidive ischémique reste élevé malgré le traitement antiplaquettaire. Les inhibiteurs du facteur XIa pourraient réduire les événements thrombotiques avec un risque hémorragique minime. Le milvexian, ajouté au traitement antiplaquettaire standard, réduit-il les événements ischémiques après un syndrome coronarien aigu ?

Méthode

Essai de phase 3, randomisé, contrôlé contre placebo. Les patients ont été inclus dans les 7 jours suivant un syndrome coronarien aigu, puis répartis 1:1, en plus du traitement antiplaquettaire standard, entre milvexian 25 mg deux fois par jour (7 094 patients) et placebo (7 100 patients), soit 14 194 patients au total. Critère principal d’efficacité : composite de décès cardiovasculaire, d’infarctus ou d’AVC ischémique, analysé sur le délai de survenue. Critère principal de sécurité : saignement BARC de type 3c ou 5, c’est-à-dire intracrânien, intraoculaire avec atteinte de la vision, ou mortel. Suivi médian de 12,2 mois. L’essai a été interrompu pour futilité après une analyse intermédiaire prévue au protocole, fondée sur 556 événements d’efficacité adjudiqués.

Résultats clés

  • Critère principal d’efficacité : 384 patients (5,4 %) sous milvexian contre 365 (5,1 %) sous placebo (HR 1,05 ; IC95 % 0,91–1,21 ; p = 0,50).
  • Saignements BARC 3c ou 5 : 23 patients (0,3 %) contre 22 (0,3 %) (p = 0,88) : pas d’excès d’hémorragies intracrâniennes ou mortelles.

Limites

  • En raison de l’arrêt anticipé pour futilité, la puissance prévue n’a pas été atteinte ; l’estimation (HR 1,05) ne suggère toutefois aucun bénéfice.
  • Le critère de sécurité ne porte que sur les saignements les plus graves ; les saignements de moindre gravité ne figurent pas dans le résumé.
  • Une seule posologie a été testée (25 mg deux fois par jour), et le résultat ne préjuge pas des autres indications étudiées pour cette classe.
En pratique : ajouter le milvexian au traitement antiplaquettaire après un syndrome coronarien aigu n’a pas réduit les décès cardiovasculaires, les infarctus ni les AVC ischémiques ; les hémorragies intracrâniennes ou mortelles n’ont pas augmenté pour autant. Rien ne change donc dans la prévention secondaire après syndrome coronarien aigu, qui reste fondée sur le traitement antiplaquettaire adapté au risque hémorragique et sur le contrôle des facteurs de risque. Ce résultat concerne le milvexian après syndrome coronarien aigu ; il ne renseigne pas sur l’efficacité des inhibiteurs du facteur XIa dans d’autres indications.
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★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · A-CLOSE

Clopidogrel or Dual Antiplatelet Therapy in High-Ischemic-Risk Patients.

NEJM · 29 août 2026 · 3 203 patients, Corée du Sud, essai ouvert de non-infériorité · ESC 2026

Un an après la pose d’un stent actif chez 3 203 patients à haut risque ischémique, le clopidogrel seul a été comparé à la poursuite de la bithérapie clopidogrel + aspirine. À 24 mois, le critère composite net (décès, infarctus, thrombose de stent, AVC ou saignement BARC 2, 3 ou 5) est survenu chez 5,0 % des patients sous monothérapie contre 5,1 % sous bithérapie, ce qui établit la non-infériorité. Ce résultat global recouvre deux effets opposés, mesurés sur des critères secondaires clés : les événements ischémiques ont été plus de deux fois plus fréquents sous monothérapie (3,7 % contre 1,6 %), les saignements deux fois moins fréquents (1,8 % contre 4,1 %). Chez ces patients, la poursuite de la bithérapie au-delà d’un an garde un intérêt, à mettre en balance avec le risque hémorragique.

Événements cliniques nets à 24 mois : 5,0 % sous clopidogrel seul contre 5,1 % sous bithérapie (non-infériorité démontrée) · événements ischémiques 3,7 % contre 1,6 % (HR 2,33 ; IC95 % 1,47–3,69) · saignements BARC 2, 3 ou 5 1,8 % contre 4,1 % (HR 0,43 ; IC95 % 0,27–0,67)
Article original ↗

Question clinique

Chez un patient à haut risque de récidive ischémique, un an après la pose d’un stent actif, vaut-il mieux poursuivre la bithérapie clopidogrel + aspirine ou passer au clopidogrel seul ? La tendance générale est au raccourcissement de la bithérapie, mais l’effet de la monothérapie par clopidogrel restait incertain dans cette population.

Méthode

Essai randomisé ouvert de non-infériorité, mené dans 19 centres de Corée du Sud. Étaient inclus les patients porteurs d’un stent actif implanté 12 mois plus tôt et présentant au moins une caractéristique clinique à haut risque (syndrome coronarien aigu, diabète, insuffisance rénale chronique, insuffisance cardiaque, antécédent d’AVC ou d’intervention artérielle périphérique) ou lésionnelle (tronc commun, bifurcation, occlusion chronique, atteinte pluritronculaire, lésions longues et diffuses). 3 203 patients ont été répartis par tirage au sort, 1 601 sous clopidogrel seul et 1 602 sous bithérapie prolongée ; l’âge moyen était de 62,6 ans et les femmes représentaient 18,4 % des participants. Le critère de jugement principal à 24 mois était un composite d’événements cliniques nets : décès toutes causes, infarctus, thrombose de stent, AVC ou saignement BARC de type 2, 3 ou 5, avec une marge de non-infériorité de 2,3 points. Les critères secondaires clés, ischémique et hémorragique, ont été testés dans un ordre hiérarchique préspécifié.

Résultats clés

  • Critère principal : 80 patients (5,0 %) sous monothérapie contre 81 (5,1 %) sous bithérapie (différence de risque −0,1 point ; IC90 % −1,3 à 1,2 ; p = 0,001 pour la non-infériorité).
  • Critère secondaire ischémique clé (décès toutes causes, infarctus, thrombose de stent ou AVC) : 60 patients (3,7 %) sous monothérapie contre 26 (1,6 %) sous bithérapie (HR 2,33 ; IC95 % 1,47–3,69 ; p < 0,001). La mortalité toutes causes, composante de ce critère, a été de 1,3 % sous monothérapie contre 0,4 % sous bithérapie.
  • Critère secondaire hémorragique clé (BARC 2, 3 ou 5) : 28 patients (1,8 %) sous monothérapie contre 65 (4,1 %) sous bithérapie (HR 0,43 ; IC95 % 0,27–0,67 ; p < 0,001).
  • L’incidence des événements indésirables graves a été comparable dans les deux groupes.

Limites

  • Le critère composite « net » place sur le même plan un décès et un saignement BARC 2 : la non-infériorité globale masque un excès d’événements ischémiques graves sous monothérapie.
  • Essai ouvert, mené exclusivement en Corée du Sud : la transposition à des populations européennes (poids, génotype CYP2C19, risque hémorragique) n’est pas acquise. Les femmes y sont peu représentées.
  • Le comparateur est la bithérapie clopidogrel + aspirine ; l’essai ne renseigne pas sur une monothérapie par ticagrelor ou prasugrel, et la répartition des saignements selon leur gravité n’est pas détaillée dans le résumé.
En pratique : ce résultat de non-infériorité ne doit pas se lire comme une autorisation de simplifier le traitement. Chez le patient à haut risque ischémique (tronc commun, bifurcation, atteinte pluritronculaire, diabète, insuffisance rénale…) sans risque hémorragique élevé, la poursuite de la bithérapie clopidogrel + aspirine au-delà d’un an s’est accompagnée de deux fois moins d’événements ischémiques (1,6 % contre 3,7 %, critère secondaire clé), au prix de plus de saignements BARC 2, 3 ou 5 (4,1 % contre 1,8 %). La décision reste individuelle et se discute avec le patient en mettant en balance son risque ischémique et son risque hémorragique.
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★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · PREMIUM

Aspirin Omission at the Time of Primary Percutaneous Coronary Intervention in STEMI.

NEJM · 29 août 2026 · 2 216 patients, Japon, essai ouvert de non-infériorité · ESC 2026

Chez 2 216 patients japonais traités par angioplastie primaire pour un infarctus avec sus-décalage de ST, le prasugrel à faible dose en monothérapie, débuté avant la procédure sans aspirine, a été comparé à la bithérapie aspirine + prasugrel pendant 12 mois. À un an, le critère composite de décès, d’AVC ou d’infarctus est survenu chez 11,0 % des patients sous monothérapie contre 8,5 % sous bithérapie : la non-infériorité n’est pas démontrée et la borne basse de l’intervalle de confiance du HR (1,02–1,75) dépasse 1. Les saignements majeurs ont été moins fréquents sans aspirine (5,6 % contre 8,4 %), mais au prix d’un excès d’événements ischémiques. L’aspirine garde sa place à la phase aiguë de l’infarctus.

Décès, AVC ou infarctus à 12 mois : 11,0 % sous prasugrel seul contre 8,5 % sous bithérapie (HR 1,34 ; IC95 % 1,02–1,75 ; non-infériorité non démontrée) · saignements majeurs 5,6 % contre 8,4 % (HR 0,66 ; IC95 % 0,47–0,91)
Article original ↗

Question clinique

Les stratégies sans aspirine après angioplastie se développent, mais toujours après une période initiale de bithérapie. La sécurité de cette omission dès l’angioplastie primaire d’un infarctus avec sus-décalage de ST, au moment où le risque thrombotique est le plus élevé, n’était pas établie.

Méthode

Essai multicentrique randomisé ouvert de non-infériorité mené dans 69 centres au Japon chez des patients présentant un infarctus avec sus-décalage de ST traité par angioplastie primaire. Avant la procédure, les patients ont été répartis par tirage au sort 1:1 entre une monothérapie par prasugrel à faible dose (dose de charge de 20 mg puis 3,75 mg par jour, posologie en usage au Japon) et une bithérapie associant aspirine et prasugrel à faible dose pendant 12 mois. La population d’analyse comptait 2 216 patients, 1 109 en monothérapie et 1 107 en bithérapie. Le critère de jugement principal était un composite de décès toutes causes, d’AVC ou d’infarctus à 12 mois, testé en non-infériorité avec une marge préspécifiée de 1,50 pour la borne supérieure de l’IC95 % du hazard ratio. Le principal critère secondaire était un saignement majeur BARC de type 3 (majeur non fatal) ou 5 (fatal) à 12 mois, testé en supériorité seulement si la non-infériorité était établie.

Résultats clés

  • Critère principal : 124 patients (estimation de Kaplan-Meier 11,0 %) sous monothérapie contre 94 (8,5 %) sous bithérapie (HR 1,34 ; IC95 % 1,02–1,75 ; p = 0,40 pour la non-infériorité) : la non-infériorité n’est pas démontrée et la borne basse de l’intervalle de confiance dépasse 1, ce qui traduit un excès d’événements sous monothérapie.
  • Saignements majeurs BARC 3 ou 5 : 61 patients (5,6 %) sous monothérapie contre 92 (8,4 %) sous bithérapie (HR 0,66 ; IC95 % 0,47–0,91). Ce critère étant conditionné à la non-infériorité sur le critère principal, la supériorité n’a pas été testée formellement.
  • Les thromboses de stent certaines ou probables et les événements indésirables graves paraissent de fréquence voisine dans les deux groupes.

Limites

  • Le prasugrel a été utilisé à la posologie japonaise (3,75 mg par jour), très inférieure aux 10 mg utilisés en Europe : la monothérapie testée est donc moins puissante que celle qui serait pratiquée ailleurs, ce qui limite la transposition.
  • L’essai était ouvert et n’a porté que sur une seule population ; le taux de saignements majeurs sous bithérapie (8,4 %) y est élevé et pourrait ne pas se retrouver dans d’autres contextes.
  • Le résumé ne détaille pas quelle composante du critère principal — décès, AVC ou infarctus — porte l’excès d’événements.
En pratique : cet essai n’autorise pas à omettre l’aspirine dès l’angioplastie primaire d’un infarctus avec sus-décalage de ST : la monothérapie par prasugrel à faible dose, débutée avant la procédure, s’est accompagnée de plus d’événements du critère composite (décès, AVC ou infarctus) à un an, malgré moins de saignements majeurs. La bithérapie reste donc la règle à la phase aiguë. La durée optimale de bithérapie avant un éventuel arrêt de l’aspirine n’est pas tranchée par cet essai, et le résultat obtenu avec la posologie japonaise ne se transpose pas directement au prasugrel 10 mg.
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▲ À connaître Essai randomisé · FUSION

Addition of Computed Tomography-derived Fractional Flow Reserve in the diagnostic pathway of patients with stable coronary artery disease: the FUSION randomized controlled trial.

JACC · 28 août 2026 · 528 patients, Pays-Bas, essai académique multicentrique · ESC 2026

Chez 528 patients dont le coroscanner montrait une sténose de 50 à 90 %, un parcours diagnostique guidé par la FFR scanner a été comparé à la prise en charge habituelle. À 90 jours, une coronarographie sans lésion obstructive a été réalisée chez 18 % des patients du groupe FFR scanner contre 33 % dans le groupe pris en charge habituellement, et le recours global à la coronarographie (analyse exploratoire) a été de 39 % contre 51 %. Le taux de revascularisation à un an est resté identique (20 % dans chaque groupe), sans différence d’événements cliniques, de qualité de vie ni de coûts.

Coronarographie sans lésion obstructive à 90 jours : 18 % (48/263) avec FFR scanner contre 33 % (87/265) en prise en charge habituelle (OR 0,46 ; IC95 % 0,31–0,69 ; p < 0,001) · revascularisation à 1 an 20 % contre 20 %
Article original ↗

Question clinique

Le coroscanner est devenu l’examen de première intention dans la maladie coronaire stable, mais une sténose intermédiaire ou serrée à l’image conduit souvent à une coronarographie qui ne retrouve pas de lésion obstructive. La FFR scanner, qui ajoute une information fonctionnelle à l’anatomie, réduit-elle ces coronarographies sans priver les patients d’une revascularisation ?

Méthode

Essai randomisé contrôlé multicentrique à l’initiative des investigateurs, mené aux Pays-Bas chez des patients présentant une sténose de 50 à 90 % sur au moins une artère coronaire au coroscanner. Les patients ont été randomisés entre un parcours guidé par la FFR scanner (263 patients) et la prise en charge habituelle (265 patients), soit 528 patients au total ; âge médian 63 ans (57–69), 59 % d’hommes. Critère de jugement principal : coronarographie invasive sans lésion obstructive à 90 jours. Critères secondaires : même critère à un an, événements cardiaques majeurs et coûts à un an, revascularisations et qualité de vie à 90 jours et à un an. Le recours global à la coronarographie a été analysé comme critère exploratoire post hoc.

Résultats clés

  • Coronarographie sans lésion obstructive à 90 jours : 18 % (48/263) avec la FFR scanner contre 33 % (87/265) en prise en charge habituelle (OR 0,46 ; IC95 % 0,31–0,69 ; p < 0,001) ; la différence persiste à un an.
  • Recours global à la coronarographie (critère exploratoire post hoc) : 39 % (102/263) contre 51 % (136/265) (p = 0,004), différence également maintenue à un an.
  • Revascularisation à un an : 20 % (52/263) contre 20 % (53/265) (p = 0,948).
  • Qualité de vie, coûts et événements cardiaques majeurs sans différence entre les groupes, avec des taux d’événements faibles.

Limites

  • Effectif modeste et faible taux d’événements : l’essai n’a pas la puissance nécessaire pour conclure sur la sécurité clinique.
  • Critère principal de processus (coronarographie sans lésion obstructive) et non de pronostic ; la réduction du recours global à la coronarographie est une analyse post hoc.
  • Disponibilité de la FFR scanner variable selon les pays et les centres ; aucune économie n’a été démontrée sur les coûts.
En pratique : devant une sténose de 50 à 90 % au coroscanner d’un patient stable, ajouter une FFR scanner avant d’adresser en coronarographie a réduit presque de moitié les coronarographies sans lésion obstructive, sans modifier le taux de revascularisation à un an. Là où l’examen est accessible, il constitue un filtre raisonnable entre l’imagerie et la salle de cathétérisme. L’essai ne permet pas de conclure sur les événements cliniques, trop rares, et ne compare pas la FFR scanner aux tests fonctionnels non invasifs classiques.
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▲ À connaître Essai randomisé · NOTION-4

Short-Term Anticoagulant Therapy and Subclinical Leaflet Thickening in Transcatheter Aortic Valves: The NOTION-4 Trial.

Journal of the American College of Cardiology · 30 août 2026 · Essai randomisé, 347 patients analysés

Après un TAVI réussi et sans indication d’anticoagulation orale, 352 patients ont été randomisés entre un antiagrégant simple à vie (176) et trois mois d’anticoagulant oral direct suivis du même antiagrégant à vie (171). À trois mois, l’épaississement hypo-atténuant des feuillets (HALT) était nettement moins fréquent sous AOD : 12,1 % contre 31,8 %. À un an, en revanche, la différence n’était plus retrouvée (28,3 % contre 32,2 %) et le critère principal n’a pas été atteint ; le critère composite de décès, AVC ou saignement majeur a été plus fréquent dans le groupe AOD (8,2 % contre 2,3 %).

HALT à 3 mois : 12,1 % sous AOD contre 31,8 % sous antiagrégant seul · à 1 an : 28,3 % contre 32,2 % (différence −3,9 points ; IC95 % −14,4 à 6,6 ; p = 0,54) · décès, AVC ou saignement majeur à 12 mois : 8,2 % contre 2,3 %
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Question clinique

Après un TAVI, la thrombose infraclinique des feuillets — visible au scanner sous la forme d’un épaississement hypo-atténuant des feuillets (HALT) — est fréquente et pourrait favoriser les événements thromboemboliques. Une anticoagulation limitée aux trois premiers mois suffit-elle à prévenir durablement ce HALT, sans exposer le patient au risque hémorragique d’un traitement prolongé ?

Méthode

L’essai randomisé NOTION-4 a inclus des patients sans indication d’anticoagulation orale, peu après un TAVI réussi. La randomisation, 1:1, opposait un antiagrégant simple à vie à trois mois d’anticoagulant oral direct (AOD) suivis de ce même antiagrégant à vie. Le protocole n’imposait pas de molécule : l’AOD était choisi par le médecin parmi ceux autorisés (apixaban, dabigatran, édoxaban ou rivaroxaban), à posologie adaptée à la fonction rénale ; l’antiagrégant de référence était l’aspirine 75 mg par jour, remplacée par le clopidogrel en cas d’allergie. Sur 352 patients randomisés, 5 ont été exclus (échec de sélection ou retrait du consentement) : 176 patients dans le groupe antiagrégant et 171 dans le groupe AOD. Critère principal : prévalence du HALT au scanner à 12 mois ; l’essai était dimensionné pour démontrer la supériorité de la stratégie AOD.

Résultats clés

  • À 3 mois, un HALT était présent chez 31,8 % des patients sous antiagrégant seul contre 12,1 % sous AOD.
  • Critère principal, à 1 an et chez les patients disposant d’un scanner : 32,2 % sous antiagrégant seul contre 28,3 % sous AOD, soit une différence de risque de −3,9 points (IC95 % −14,4 à 6,6 ; p = 0,54). La supériorité n’est pas démontrée.
  • Critère de sécurité, à 12 mois : décès toutes causes, AVC ou saignement majeur ou menaçant le pronostic vital chez 2,3 % des patients sous antiagrégant seul contre 8,2 % sous AOD, soit une différence de 5,9 points (IC95 % 1,2–10,6).

Limites

  • Le critère principal est un critère d’imagerie : le lien entre HALT et devenir clinique n’est pas établi, et l’essai n’était pas dimensionné pour les événements cliniques.
  • Effectif modeste (176 et 171 patients) ; l’analyse à un an est limitée aux patients ayant eu un scanner exploitable, ce qui peut peser sur la comparaison.
  • Résultats obtenus chez des patients sans indication d’anticoagulation orale : ils ne concernent pas ceux qui en ont une par ailleurs.
  • Plusieurs anticoagulants oraux directs ont pu être utilisés, à des posologies adaptées à la fonction rénale : le résultat porte sur une stratégie, non sur une molécule donnée.
En pratique : chez le patient sans indication d’anticoagulation, trois mois d’AOD après TAVI font reculer le HALT tant que le traitement est pris, mais la différence a disparu neuf mois après son arrêt, et le composite décès, AVC ou saignement majeur a été plus fréquent dans ce groupe. Ces résultats ne soutiennent pas une anticoagulation courte systématique après TAVI ; l’antiagrégant simple reste la référence dans cette population. Rapprochés de l’essai ACASA-TAVI, où douze mois d’AOD réduisent le HALT à un an avec une sécurité non inférieure, ces résultats suggèrent que la durée de l’anticoagulation compte, sans que ces essais permettent de conclure sur un bénéfice clinique.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · ACASA-TAVI

Anticoagulation Monotherapy vs Antiplatelet Monotherapy After Transcatheter Aortic Valve Implant: The ACASA-TAVI Randomized Clinical Trial.

JAMA · 30 août 2026 · Essai randomisé ouvert à évaluation en aveugle, 360 patients, Norvège · ESC 2026

Chez 360 patients de 65 à 80 ans traités par TAVI pour rétrécissement aortique serré, douze mois d’AOD anti-Xa en monothérapie ont réduit, par rapport à l’aspirine seule, la fréquence de l’épaississement hypo-atténuant des feuillets (HALT) observé au scanner à un an : 16,2 % contre 28,6 %. Sur le critère composite associant saignements, événements thrombo-emboliques et décès, l’AOD s’est montré non inférieur à l’aspirine (7,5 % contre 10,6 %). Le critère d’efficacité reste un marqueur d’imagerie, mais ces résultats rouvrent la question de l’anticoagulation après TAVI chez des patients sélectionnés sans autre indication d’AOD.

Épaississement des feuillets (HALT) à 12 mois : 16,2 % sous AOD contre 28,6 % sous aspirine — risque relatif 0,55 (IC95 % 0,37–0,82 ; p = 0,004) · composite de sécurité 7,5 % contre 10,6 % (non-infériorité, p < 0,001)
Article original ↗

Question clinique

Le TAVI est proposé à des patients de plus en plus jeunes et en meilleure santé, pour qui la durabilité de la prothèse devient déterminante. La thrombose infraclinique des feuillets, visible au scanner sous la forme d’un épaississement hypo-atténuant des feuillets (HALT), est fréquente sous antiagrégant. Une monothérapie par anticoagulant oral direct (AOD) anti-Xa pendant douze mois réduit-elle ce HALT par rapport à l’aspirine seule, sans excès d’événements ?

Méthode

Essai prospectif randomisé, ouvert, à évaluation des critères en insu (schéma PROBE), mené dans les 3 centres norvégiens qui réalisent la majorité des TAVI du pays. De décembre 2021 à juin 2025, 360 patients de 65 à 80 ans (âge moyen 74,5 ans, 37 % de femmes) traités par TAVI pour rétrécissement aortique serré ont été randomisés 1:1 entre douze mois d’AOD anti-Xa en monothérapie (apixaban 5 mg deux fois par jour, edoxaban 60 mg ou rivaroxaban 20 mg une fois par jour) et douze mois d’aspirine seule. Deux critères principaux étaient prévus. L’efficacité reposait sur la présence d’un HALT au scanner cardiaque 4D à 12 mois, lu en insu par un laboratoire central. La sécurité reposait sur un composite adjudiqué de saignements selon la classification VARC-3, d’événements thrombo-emboliques et de décès toutes causes à 12 mois, testé en non-infériorité. Au total, 336 patients ont achevé l’essai, 168 par groupe.

Résultats clés

  • HALT à 12 mois : 27 patients (16,2 %) sous AOD contre 48 (28,6 %) sous aspirine — risque relatif 0,55 (IC95 % 0,37–0,82 ; p = 0,004), soit un nombre de patients à traiter d’environ 8 pour éviter un HALT, calculé à partir de ces taux.
  • Les formes les plus étendues de HALT, de grade 3 ou 4, ont été nettement plus fréquentes sous aspirine que sous AOD.
  • Composite de sécurité à 12 mois : 13 patients (7,5 %) sous AOD contre 19 (10,6 %) sous aspirine — différence de risque −3,3 points (IC95 % −9,5 à +2,8 ; p de non-infériorité < 0,001).

Limites

  • Le critère d’efficacité est un marqueur d’imagerie : l’essai ne démontre pas que moins de HALT signifie moins d’AVC ni une prothèse plus durable.
  • Avec 360 patients répartis dans trois centres d’un seul pays, un essai ouvert et un an de suivi, la sécurité repose sur un petit nombre d’événements ; la marge de non-infériorité préspécifiée a été jugée large lors de la discussion de l’essai, mais la non-infériorité reste acquise avec une marge plus stricte appliquée a posteriori.
  • Population sélectionnée de 65 à 80 ans : le patient très âgé ou à haut risque hémorragique n’est pas représenté.
  • Le contraste est net avec NOTION-4, présenté la même semaine : une anticoagulation limitée aux trois premiers mois, relayée ensuite par l’aspirine, n’y réduit plus le HALT à un an et s’accompagne de davantage de décès, d’AVC et de saignements graves. La durée du traitement semble compter, sans que la comparaison indirecte de ces deux essais permette de l’affirmer.
En pratique : chez le patient de 65 à 80 ans sans autre indication d’anticoagulation, un an d’AOD anti-Xa seul après TAVI réduit de près de moitié la thrombose infraclinique des feuillets par rapport à l’aspirine, sans excès sur le composite saignements, événements thrombo-emboliques et décès. Le bénéfice porte sur un critère scanner et l’essai est de taille modeste : ce n’est pas encore un standard, et l’effet sur les AVC ou sur la durabilité de la valve reste à démontrer. Ces résultats rendent l’anticoagulation défendable, au cas par cas, chez un patient sélectionné pour qui la durabilité de la prothèse compte, en attendant des données cliniques à plus long terme.
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▲ À connaître Essai randomisé en grappes · PRESC1SE-MI

Safety and efficacy of the 0/1 h pathway for myocardial infarction in the emergency department: an international, pragmatic, stepped-wedge, cluster-randomised, controlled trial.

Lancet · 29 août 2026 · Essai pragmatique en grappes, 67 624 passages aux urgences, 19 hôpitaux, 10 pays · ESC 2026

Dans 19 hôpitaux de 10 pays qui utilisaient encore le parcours troponine 0/3 h, l’adoption du parcours 0/1 h recommandé par l’ESC a été évaluée sur 67 624 passages aux urgences pour douleur thoracique. À 30 jours, un décès ou un infarctus de type 1 est survenu dans 1,1 % des passages pris en charge en 0/1 h contre 1,2 % en 0/3 h, ce qui établit la non-infériorité. En revanche, la durée médiane de passage aux urgences est restée de 309 minutes dans les deux groupes. À lui seul, le changement de parcours ne suffit donc pas à raccourcir le passage aux urgences.

Décès ou infarctus de type 1 à 30 jours : 1,1 % en 0/1 h contre 1,2 % en 0/3 h (OR ajusté 0,93 ; IC95 % 0,77–1,13, non-infériorité démontrée) · durée médiane aux urgences 309 min dans les deux groupes (ratio 1,00 ; IC95 % 0,97–1,02)
Article original ↗

Question clinique

Le parcours troponine ultrasensible 0/1 h recommandé par l’ESC a été validé sur des cohortes diagnostiques. Dans des hôpitaux qui travaillent encore avec le parcours 0/3 h, son adoption est-elle aussi sûre, et raccourcit-elle réellement le passage aux urgences des patients suspects d’infarctus ?

Méthode

Essai PRESC1SE-MI, international, pragmatique, randomisé en grappes selon un schéma en bascule échelonnée (stepped-wedge : chaque hôpital passe à son tour du parcours de référence au nouveau, à une date tirée au sort), avec adjudication des critères en insu, dans 19 hôpitaux de 10 pays. Ont été inclus tous les adultes consécutifs consultant aux urgences pour douleur thoracique aiguë non traumatique avec suspicion d’infarctus. Les hôpitaux, tous en parcours 0/3 h au départ (prélèvements à 0 et 3 heures), ont été tirés au sort pour passer au parcours 0/1 h (prélèvements à 0 et 1 heure) après 6 mois (implantation précoce) ou 12 mois (implantation tardive). Deux critères principaux : la sécurité — décès toutes causes ou nouvel infarctus de type 1 à 30 jours, testé en non-infériorité avec une marge fixée à un odds ratio de 1,3 — et l’efficacité — durée de séjour aux urgences, testée en supériorité. Entre décembre 2020 et décembre 2024, 71 983 passages ont été examinés et 67 624 (93,9 %) analysés : l’âge médian était de 59 ans, 44,3 % des patients étaient des femmes, une coronaropathie était connue dans 22,2 % des cas et le diagnostic final d’infarctus retenu dans 8,7 %. 36 464 passages ont été pris en charge en 0/3 h et 31 160 en 0/1 h.

Résultats clés

  • Sécurité (critère principal) : décès ou infarctus de type 1 à 30 jours dans 454 passages (1,2 %) en 0/3 h contre 341 (1,1 %) en 0/1 h ; OR ajusté 0,93 (IC95 % 0,77–1,13) ; p de non-infériorité = 0,0004. La non-infériorité est démontrée.
  • Efficacité (critère principal) : durée médiane de séjour aux urgences de 309 min (IQR 203–470) en 0/3 h contre 309 min (207–474) en 0/1 h ; ratio des médianes ajustées 1,00 (IC95 % 0,97–1,02) ; p = 0,65. Aucun temps n’est gagné.
  • Une méta-analyse sur données individuelles regroupant cinq essais randomisés et 110 933 passages, présentée avec l’essai à l’ESC 2026, va dans le même sens : sécurité comparable à celle de la prise en charge habituelle, sans réduction de la durée de séjour ni augmentation des sorties directes depuis les urgences.

Limites

  • Essai d’implantation et non d’évaluation diagnostique : il mesure ce que produit le passage au 0/1 h dans les conditions réelles — délai de rendu du résultat, avis spécialisé, disponibilité des lits — et non la valeur intrinsèque de l’algorithme.
  • Les bascules se sont étalées entre 2020 et 2024, en partie pendant la pandémie : les effets de période sont pris en compte dans le modèle, mais pas supprimés.
  • Le taux d’événements est faible (environ 1 %) et la marge de non-infériorité relativement large (odds ratio de 1,3).
  • Les deux critères principaux portent sur la sécurité à 30 jours et la durée de séjour ; les autres effets possibles du parcours, comme le taux de sortie directe ou le recours aux examens complémentaires, sont à chercher dans l’article.
En pratique : le parcours 0/1 h s’est montré aussi sûr que le parcours 0/3 h à grande échelle, ce qui rassure les services qui l’adoptent. Sa seule mise en place ne raccourcit pas pour autant le passage aux urgences : le dosage plus précoce ne se traduit pas en temps gagné si le reste du parcours — rendu du résultat, avis cardiologique, décision de sortie — n’est pas réorganisé. L’essai ne dit pas quelle organisation permettrait ce gain ; il montre seulement que le changement d’algorithme n’y suffit pas.
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▲ À connaître Essai randomisé · AMUNDSEN

LDL Cholesterol Lowering With Evolocumab Before Percutaneous Coronary Intervention for Acute Myocardial Infarction: The AMUNDSEN Randomized Clinical Trial.

JAMA · 29 août 2026 · 2 161 patients, 48 centres dans 6 pays, essai ouvert de phase 4 · ESC 2026

Chez 2 161 patients traités par angioplastie pour un infarctus à haut risque, l’évolocumab débuté avant la procédure puis poursuivi toutes les deux semaines pendant un an a permis d’atteindre la cible lipidique — LDL inférieur à 55 mg/dL et baisse d’au moins 50 % — chez 82 % des patients évalués à 12 mois, contre 40 % sous traitement standard. Les décès et les hospitalisations cardiovasculaires non programmées, critère clinique principal, n’ont pas différé à un an : 14,6 % contre 15,4 %. Ces résultats ne plaident pas pour un effet protecteur précoce des anti-PCSK9 qui serait indépendant de la baisse du LDL, mais l’essai n’était pas dimensionné pour un critère clinique.

Cible LDL atteinte à 12 mois : 82 % sous évolocumab contre 40 % sous traitement standard (OR ajusté 5,54 ; IC95 % 4,50–6,82) · décès ou hospitalisation cardiovasculaire non programmée 14,6 % contre 15,4 % (OR ajusté 0,94 ; IC95 % 0,73–1,19 ; p = 0,59)
Article original ↗

Question clinique

Les anti-PCSK9 sont recommandés en deuxième ou troisième ligne après un infarctus, ce qui laisse de longs mois de LDL mal contrôlé. Instaurer l’évolocumab dès la salle de cathétérisme, avant la reperfusion, améliore-t-il le contrôle lipidique et le devenir clinique à un an ?

Méthode

Essai international de phase 4, randomisé, ouvert, avec adjudication des événements en insu (schéma PROBE), dans 48 centres de 6 pays. Ont été inclus, de septembre 2021 à mai 2025, des adultes présentant un infarctus avec sus-décalage du segment ST (STEMI) à haut risque, âgés de plus de 55 ans, ou un infarctus sans sus-décalage (NSTEMI) avec au moins un critère de haut risque supplémentaire. Les patients ont été répartis par tirage au sort 1:1 entre l’évolocumab 140 mg par voie sous-cutanée toutes les deux semaines pendant un an, première injection avant l’angioplastie, en plus du traitement standard (n = 1 087), et le traitement standard seul (n = 1 074). Ce traitement standard associait des hypolipémiants oraux de forte intensité, un anti-PCSK9 restant possible selon les recommandations. L’âge moyen était de 67 ans, 79 % des patients étaient des hommes et 58 % avaient un STEMI. Critère principal : LDL inférieur à 55 mg/dL (1,4 mmol/L) avec baisse d’au moins 50 % à 12 mois. Critère clinique principal : décès toutes causes ou hospitalisation cardiovasculaire non programmée à 12 mois.

Résultats clés

  • Cible LDL atteinte à 12 mois : 792/970 patients (82 %) sous évolocumab contre 370/934 (40 %) sous traitement standard (OR ajusté 5,54 ; IC95 % 4,50–6,82 ; p < 0,001).
  • LDL médian à 6 semaines : 16 mg/dL sous évolocumab contre 56 mg/dL sous traitement standard.
  • Décès ou hospitalisation cardiovasculaire non programmée à 12 mois : 159/1 087 (14,6 %) contre 165/1 074 (15,4 %) (OR ajusté 0,94 ; IC95 % 0,73–1,19 ; p = 0,59).
  • Dans le groupe traitement standard, 3,8 % des patients ont reçu un anti-PCSK9 au cours du suivi, selon les indications des recommandations.

Limites

  • L’essai était ouvert et dimensionné sur un critère biologique : il n’avait pas la puissance nécessaire pour mettre en évidence une différence clinique, et l’absence de bénéfice observée à 12 mois ne préjuge pas du devenir à plus long terme.
  • Le critère clinique retient toute hospitalisation cardiovasculaire non programmée, événement moins spécifique que le décès ou l’infarctus.
  • Le groupe traitement standard a peu recouru aux anti-PCSK9, ce qui reflète la pratique courante mais accentue l’écart lipidique entre les groupes.
  • La population est sélectionnée sur des critères de haut risque et essentiellement masculine.
En pratique : l’évolocumab instauré dès la salle de cathétérisme et poursuivi un an amène quatre patients sur cinq à la cible lipidique, contre deux sur cinq avec le traitement standard, sans différence clinique décelable à un an. L’essai ne remet pas en cause l’intérêt d’atteindre rapidement la cible, dont le bénéfice s’apprécie sur plusieurs années ; il indique seulement qu’un anti-PCSK9 débuté avant la reperfusion n’apporte pas de protection immédiate. Il ne permet pas de trancher entre une prescription d’emblée et une intensification rapide par paliers selon les recommandations.
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★ À la une ● Changement de pratique Définition internationale · ESC/ACC/AHA/WHF

Fifth Universal Definition of Myocardial Infarction (2026)

European Heart Journal · 28 août 2026 · publication simultanée dans Circulation et JACC · ESC 2026

La cinquième définition universelle de l’infarctus, publiée conjointement par l’ESC, l’ACC, l’AHA et la World Heart Federation, remplace les types numérotés (type 1, type 2, type 4c…) par trois catégories descriptives. L’infarctus est dit primaire lorsqu’il résulte d’une atteinte de l’artère coronaire elle-même, secondaire lorsqu’il découle d’un déséquilibre entre apports et besoins en oxygène du myocarde, et lié à un geste lorsqu’il survient dans les 30 jours d’une procédure ou d’une chirurgie. La distinction entre infarctus et lésion myocardique est maintenue.

Question clinique

La quatrième définition universelle (2018) classait les infarctus par types numérotés, dont l’application variait d’un service à l’autre : un même patient pouvait repartir avec un diagnostic d’infarctus de « type 2 » ici et de « lésion myocardique » là, avec des conséquences thérapeutiques et administratives différentes. Comment rendre ce diagnostic plus reproductible et plus compréhensible ?

Méthode

Document de consensus rédigé par un groupe de travail conjoint de l’ESC, de l’American College of Cardiology, de l’American Heart Association et de la World Heart Federation. Il a été publié le 28 août 2026 simultanément dans l’European Heart Journal, Circulation et le JACC, et présenté au congrès de l’ESC 2026.

Résultats clés

  • Trois catégories descriptives remplacent les types numérotés : l’infarctus primaire (rupture ou érosion de plaque, dissection, spasme, thrombose coronaire), l’infarctus secondaire (déséquilibre entre apports et besoins en oxygène : anémie, tachyarythmie, poussée hypertensive, état de choc…) et l’infarctus lié à un geste (dans les 30 jours d’une angioplastie, d’un pontage ou d’une chirurgie).
  • Le vocabulaire est aligné sur la classification internationale des maladies (CIM-11), ce qui doit rendre comparables les données de santé publique d’un pays à l’autre.
  • La dissection coronaire spontanée, qui touche surtout des femmes et reste sous-diagnostiquée, figure explicitement parmi les causes d’infarctus primaire, à côté de l’athérothrombose.
  • La distinction entre infarctus (nécrose d’origine ischémique) et lésion myocardique (élévation de la troponine sans ischémie) est maintenue et précisée.

Limites

  • Un changement de nomenclature n’est pas un essai clinique : le bénéfice attendu porte sur la cohérence des diagnostics, non sur le pronostic des patients.
  • Une période de transition est à prévoir : courriers, comptes rendus et registres continueront quelque temps de parler d’infarctus de « type 2 ».
En pratique : les comptes rendus d’hospitalisation parleront désormais d’infarctus « primaire », « secondaire » ou « lié à un geste ». Cette terminologie facilite l’explication au patient : un infarctus secondaire n’est pas un accident de plaque, mais la conséquence d’une autre affection aiguë qui déséquilibre les apports et les besoins en oxygène, ce qui place au premier plan le traitement de cette cause. Le texte est une définition diagnostique : il ne fixe pas la stratégie thérapeutique propre à chaque catégorie. Devant un infarctus chez une femme sans facteur de risque, la dissection coronaire spontanée est à évoquer.
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▲ À connaître Essai randomisé · REBOOT-PARADOX

Transcatheter Aortic Valve Replacement or Medical Treatment for Paradoxical Low-Flow, Low-Gradient Aortic Valve Stenosis: REBOOT-PARADOX

JACC · 28 août 2026 · ESC 2026

Chez 120 patients symptomatiques porteurs d’un rétrécissement aortique à bas débit et bas gradient paradoxal (surface ≤ 1,0 cm², gradient moyen < 40 mmHg, FEVG ≥ 50 %), REBOOT-PARADOX a comparé le TAVI associé au traitement médical optimal au traitement médical seul. Arrêté prématurément faute de recrutement (783 patients prévus), l’essai ne permet pas de conclure sur la mortalité, qui a atteint 29,0 % après TAVI contre 37,1 % sous traitement médical seul (HR 0,83 ; IC95 % 0,41–1,66). Le TAVI a été associé à une amélioration des symptômes, avec 83,0 % de patients en classe NYHA I ou II à un an, contre 59,0 % sous traitement médical seul.

Mortalité toutes causes (critère principal) : 29,0 % après TAVI contre 37,1 % sous traitement médical (HR 0,83 ; IC95 % 0,41–1,66 ; p = 0,60) — NYHA I/II à 1 an : 83,0 % contre 59,0 %
Article original ↗

Question clinique

Le rétrécissement aortique à bas débit et bas gradient paradoxal — surface aortique ≤ 1,0 cm², gradient moyen < 40 mmHg, FEVG conservée — a un pronostic plus défavorable que les autres formes de rétrécissement aortique, et le TAVI n’y avait jamais été comparé au traitement médical seul dans un essai randomisé dédié. Chez un patient symptomatique, le TAVI réduit-il la mortalité par rapport au traitement médical optimal ?

Méthode

Essai multicentrique, randomisé, en ouvert. Critères d’inclusion : symptômes, surface aortique ≤ 1,0 cm², gradient moyen < 40 mmHg, volume d’éjection indexé < 35 mL/m², FEVG ≥ 50 %. Randomisation 2:1 entre TAVI plus traitement médical optimal et traitement médical optimal seul. Critère de jugement principal : mortalité toutes causes, évaluée deux ans après l’inclusion du dernier patient. 783 patients étaient prévus ; 120 seulement ont été randomisés (80 dans le groupe TAVI, 40 dans le groupe traitement médical) avant l’arrêt de l’essai pour recrutement insuffisant. L’âge médian était de 82 ans et 53,3 % des patients étaient des femmes.

Résultats clés

  • Critère principal : 29,0 % de décès après TAVI contre 37,1 % sous traitement médical (HR 0,83 ; IC95 % 0,41–1,66 ; p = 0,60). Mortalité à 5 ans : 44,9 % contre 56,6 % (HR 0,76 ; IC95 % 0,43–1,35 ; p = 0,35). Aucune de ces différences n’est statistiquement significative.
  • Symptômes : à un an, 83,0 % des patients du groupe TAVI étaient en classe NYHA I ou II, contre 59,0 % dans le groupe médical.
  • Le TAVI a été associé à une incidence cumulée plus faible de première réhospitalisation liée aux critères de jugement.
  • Aucune différence n’a été observée sur la capacité fonctionnelle ni sur la qualité de vie.
  • 19 des 40 patients du groupe médical ont finalement bénéficié d’un TAVI, le plus souvent pour aggravation des symptômes.

Limites

  • L’essai a inclus environ six fois moins de patients que prévu : il n’a pas la puissance nécessaire pour conclure sur la mortalité, dans un sens comme dans l’autre.
  • Près d’un patient sur deux du groupe médical a finalement reçu un TAVI, ce qui réduit mécaniquement l’écart entre les deux groupes en intention de traiter.
  • Essai en ouvert, mené sous promotion académique avec le soutien d’un industriel (Boston Scientific, cofinanceur déclaré au registre).
En pratique : devant un rétrécissement aortique à bas débit paradoxal symptomatique, cet essai ne démontre pas de bénéfice du TAVI sur la survie, mais il ne l’exclut pas non plus, faute de puissance. Il montre en revanche une amélioration des symptômes, et près de la moitié des patients traités médicalement ont fini par être implantés. Les auteurs proposent une stratégie individualisée : surveillance rapprochée et TAVI sans retard dès l’aggravation clinique, en attendant un essai de puissance suffisante sur le TAVI précoce. Avant de retenir ce diagnostic, il reste utile de s’assurer que le bas gradient ne tient pas à un défaut de mesure (volume d’éjection indexé, alignement Doppler, pression artérielle au moment de l’examen).
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▲ À connaître Essai randomisé · MIST

Multivessel coronary artery bypass grafting via small thoracotomy versus sternotomy (MIST): an investigator-initiated, international, open-label, randomised controlled trial

The Lancet · 22 août 2026 · 408:711–720

Chez 170 patients coronariens multitronculaires jugés opérables par les deux voies, l’essai randomisé MIST a comparé le pontage coronarien par mini-thoracotomie (MICS CABG) au pontage par sternotomie médiane. À un mois, le score physique du questionnaire SF-36 rapporté par les patients était plus élevé après mini-thoracotomie : 45,1 contre 42,2, soit une différence moyenne de 2,9 points (IC95 % 0,3–5,5 ; p = 0,031). Aucun décès ni AVC n’est survenu dans l’un ou l’autre groupe jusqu’à douze mois ; l’effectif reste toutefois modeste et les équipes chirurgicales étaient très expérimentées.

Score physique SF-36 à 1 mois : 45,1 après mini-thoracotomie contre 42,2 après sternotomie, soit +2,9 points (IC95 % 0,3–5,5 ; p = 0,031) — aucun décès ni AVC à 12 mois dans l’un ou l’autre groupe

Question clinique

Le pontage coronarien se pratique classiquement par sternotomie médiane. Chez un patient multitronculaire adressé en chirurgie, l’abord par mini-thoracotomie améliore-t-il la récupération physique ressentie par le patient, sans compromettre la sécurité ?

Méthode

Essai randomisé international, en ouvert, à l’initiative des investigateurs, mené dans 7 centres (Canada, Inde, Chine, Allemagne, États-Unis, Japon) d’août 2018 à novembre 2024. Les patients présentaient des sténoses ≥ 70 % sur au moins deux artères épicardiques majeures et deux territoires distincts, ou une sténose du tronc commun ≥ 50 %, et étaient jugés opérables par les deux voies. Sur 176 patients inclus, 170 ont été randomisés : 86 vers le pontage par mini-thoracotomie (MICS CABG) et 84 vers la sternotomie. L’âge médian était de 67 ans et 91 % des patients étaient des hommes. Critère de jugement principal : score physique du questionnaire SF-36 (SF-36 PCS) à un mois, analysé en intention de traiter ; analyses de sécurité selon le traitement reçu.

Résultats clés

  • SF-36 PCS à 1 mois : 45,1 (écart-type 8,0) après mini-thoracotomie contre 42,2 (9,1) après sternotomie, soit une différence moyenne de +2,9 points (IC95 % 0,3–5,5 ; p = 0,031).
  • Aucun décès ni AVC dans l’un ou l’autre groupe jusqu’à 12 mois.
  • Un seul événement cardiaque ou cérébrovasculaire majeur, survenu avant un mois dans le groupe mini-thoracotomie, aucun dans le groupe sternotomie.
  • Suivi clinique complet à un mois chez tous les patients, et à douze mois chez tous sauf trois patients du groupe sternotomie.

Limites

  • Seuls 170 patients ont été recrutés en un peu plus de six ans dans sept centres : la sélection a été forte, et les femmes ne représentent que 9 % de l’effectif.
  • Essai en ouvert avec un critère principal rapporté par le patient, donc exposé à un biais de perception ; la portée clinique d’un écart de 2,9 points sur le SF-36 PCS reste à préciser.
  • Les chirurgiens étaient très expérimentés dans la technique ; le suivi ne dépasse pas douze mois et la perméabilité des greffons n’est pas rapportée. Essai financé par Medtronic.
En pratique : chez un patient multitronculaire sélectionné et adressé à une équipe rompue à la technique, le pontage par mini-thoracotomie apporte une récupération physique un peu meilleure à un mois, sans signal de surrisque à douze mois. Cet essai ne modifie ni l’indication de revascularisation ni le choix entre pontage et angioplastie, et il ne justifie pas d’orienter un patient vers une équipe qui ne maîtrise pas cet abord. Le bénéfice à plus long terme et la perméabilité des greffons restent à documenter.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Essai clinique · ALL-RISE

Angiography-Derived Fractional Flow Reserve to Guide PCI

NEJM · juillet 2026 · présenté à l’ACC.26 · évaluation physiologique sans guide de pression

Chez 1 930 patients présentant au moins une sténose coronaire intermédiaire lors d’une coronarographie, l’essai ALL-RISE a comparé une évaluation physiologique fondée sur la FFR calculée à partir des seules images d’angiographie (FFRangio) à la FFR mesurée au guide de pression. À un an, le critère composite décès, infarctus ou revascularisation non programmée est survenu chez 6,9 % des patients du groupe FFRangio contre 7,1 % dans le groupe guide de pression (HR 0,98 ; IC95 % 0,70–1,39), ce qui établit la non-infériorité avec la marge retenue de 3,5 points. Aucune différence n’est apparue sur les saignements, l’insuffisance rénale aiguë ou les complications de la procédure.

Décès, infarctus ou revascularisation non programmée à 1 an : 6,9 % avec la FFR angiographique contre 7,1 % avec le guide de pression (HR 0,98 ; IC95 % 0,70–1,39 ; différence −0,2 point ; non-infériorité p < 0,001)

Question clinique

L’évaluation physiologique des sténoses coronaires intermédiaires au guide de pression améliore les résultats cliniques, mais elle reste peu utilisée en pratique. La FFR calculée à partir des seules images d’angiographie (FFRangio) est bien corrélée à la FFR mesurée au guide de pression et pourrait simplifier la procédure ; son effet sur les événements cliniques n’était pas connu. Chez les patients porteurs d’au moins une sténose intermédiaire, une stratégie guidée par la FFRangio fait-elle aussi bien qu’une stratégie guidée par le guide de pression ?

Méthode

Essai international randomisé de non-infériorité (ALL-RISE). 1 930 patients ayant au moins une sténose coronaire intermédiaire à la coronarographie ont été répartis entre une évaluation par FFRangio (965) et une évaluation au guide de pression (965). Âge moyen 68,4 ans, 25,0 % de femmes. Critère de jugement principal : critère composite à un an associant décès, infarctus du myocarde et revascularisation coronaire non programmée cliniquement justifiée. Marge de non-infériorité : 3,5 points de pourcentage. Financement CathWorks.

Résultats clés

  • Critère principal à un an : 64 événements dans le groupe FFRangio (estimation de Kaplan-Meier 6,9 %) contre 65 dans le groupe guide de pression (7,1 %) ; HR 0,98 (IC95 % 0,70–1,39) ; différence de −0,2 point, borne supérieure de l’intervalle de confiance unilatéral à 97,5 % de 2,1 points, inférieure à la marge de 3,5 points : non-infériorité démontrée (p < 0,001).
  • Aucune différence n’est apparue entre les groupes sur les saignements, l’insuffisance rénale aiguë ou les événements indésirables liés à la procédure.

Limites

  • La marge de non-infériorité de 3,5 points de pourcentage est à rapporter à un taux d’événements voisin de 7 % dans les deux groupes ; le suivi est limité à un an.
  • Essai financé par le fabricant du logiciel. Les données disponibles ne précisent ni la proportion de patients finalement revascularisés dans chaque groupe, ni la concordance des décisions entre les deux méthodes.
  • Résultats applicables aux sténoses intermédiaires évaluées en salle de cathétérisme, non à l’ensemble des situations cliniques.
En pratique : chez les patients porteurs de sténoses intermédiaires, guider la revascularisation par la FFR dérivée de l’angiographie n’a pas fait moins bien que le guide de pression sur les événements cliniques à un an. Cette méthode, qui ne demande aucun matériel intracoronaire dédié, pourrait lever un frein à l’évaluation physiologique, aujourd’hui sous-utilisée. La marge de non-infériorité retenue et le suivi d’un an invitent toutefois à attendre des données à plus long terme avant d’y voir un équivalent strict du guide de pression.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Méta-analyse

Coronary revascularisation in patients undergoing TAVI: individual patient data meta-analysis (ACTIVATION, FAITAVI, NOTION-3, TCW)

EuroPCR 2026 (late-breaking) · mai 2026

Méta-analyse sur données individuelles de quatre essais randomisés (1 050 patients, âge moyen d’environ 83 ans) comparant l’angioplastie au traitement médical seul chez des coronariens adressés pour TAVI. À un an, l’angioplastie est associée à une réduction modeste des événements cardiovasculaires majeurs (HR 0,70 ; IC95 % 0,49–0,99), portée par les revascularisations non programmées. Ce bénéfice n’est retrouvé qu’avec l’angioplastie guidée par la FFR (HR 0,58 ; IC95 % 0,37–0,91), pas avec celle guidée par la seule angiographie.

Événements cardiovasculaires majeurs (MACE) à 1 an, angioplastie contre traitement médical : HR 0,70 (IC95 % 0,49–0,99) ; angioplastie guidée par FFR : HR 0,58 (IC95 % 0,37–0,91) ; aucun bénéfice avec le guidage angiographique seul

Question clinique

Chez les patients coronariens adressés pour TAVI, l’angioplastie apporte-t-elle un bénéfice par rapport au traitement médical optimal seul, et le mode de guidage — physiologique (FFR) ou angiographique — change-t-il le résultat ?

Méthode

Méta-analyse sur données individuelles (ARTICA) des quatre essais randomisés ACTIVATION, FAITAVI, NOTION-3 et TCW, présentée en session late-breaking à l’EuroPCR 2026. Elle regroupe 1 050 patients : 439 traités par angioplastie guidée par la FFR, 255 par angioplastie guidée par l’angiographie et 356 par traitement médical optimal seul. Critère principal : événements cardiovasculaires majeurs (MACE) à 1 an — décès toutes causes, infarctus, toute revascularisation, AVC. Co-critère : événements cliniques nets (NACE), c’est-à-dire les MACE augmentés des saignements majeurs.

Résultats clés

  • Angioplastie contre traitement médical : à 1 an, les MACE sont réduits (HR 0,70 ; IC95 % 0,49–0,99, soit une réduction relative de 30 %). La différence est portée par les revascularisations non programmées (HR 0,34 ; IC95 % 0,14–0,80) ; les NACE sont comparables.
  • Angioplastie guidée par la FFR contre traitement médical : réduction des MACE (HR 0,58 ; IC95 % 0,37–0,91) et des NACE (HR 0,68 ; IC95 % 0,51–0,90).
  • Angioplastie guidée par la seule angiographie contre traitement médical : aucune réduction des MACE (HR 1,14 ; IC95 % 0,69–1,91) ni des NACE.
  • Saignements majeurs : 8,2 % après angioplastie guidée par la FFR, 13,7 % après angioplastie guidée par l’angiographie, 12,6 % sous traitement médical.

Limites

  • Les essais sont de conception hétérogène (TCW comportait un comparateur chirurgical) et leurs critères principaux diffèrent d’un essai à l’autre ; la comparaison entre guidage FFR et guidage angiographique n’est pas randomisée.
  • Le suivi est limité à 1 an ; les résultats ont été présentés en congrès (communiqué EuroPCR) et la publication dans une revue à comité de lecture reste à venir.
En pratique : Ces données ne justifient pas une angioplastie systématique avant TAVI : le bénéfice global est modeste et repose surtout sur des revascularisations évitées, sans effet démontré sur la mortalité. Quand une revascularisation se discute chez ces patients âgés, le guidage physiologique par la FFR est la seule stratégie associée à un bénéfice clinique dans cette analyse ; cette comparaison n’étant pas randomisée, elle reste une hypothèse à confirmer.
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▲ À connaître Essai randomisé · HOST-EXAM, suivi à 10 ans

Aspirin versus clopidogrel for chronic maintenance monotherapy after percutaneous coronary intervention: 10-year follow-up of the HOST-EXAM trial

The Lancet · 11 avril 2026 · 407:1439–1447 · présenté à l’ACC.26

Dans le suivi prolongé de l’essai randomisé HOST-EXAM, 5 438 patients ayant terminé sans événement 6 à 18 mois de bithérapie antiplaquettaire après angioplastie avaient été répartis par tirage au sort entre clopidogrel 75 mg et aspirine 100 mg en monothérapie. Après un suivi médian de 10,5 ans, le critère composite (décès toutes causes, infarctus non fatal, AVC, réadmission pour syndrome coronarien aigu, hémorragie BARC de type 3 ou plus) est survenu chez 25,4 % des patients sous clopidogrel contre 28,5 % sous aspirine (HR 0,86 ; IC95 % 0,77–0,96), avec à la fois moins d’événements thrombotiques et moins d’hémorragies. La mortalité toutes causes ne diffère pas entre les deux groupes.

Critère composite à 10,5 ans : 25,4 % sous clopidogrel contre 28,5 % sous aspirine — HR 0,86 (IC95 % 0,77–0,96) · événements thrombotiques 17,3 % contre 20,0 % · hémorragies 9,1 % contre 10,8 %
Article original ↗ Analyse ACC ↗

Question clinique

Après une angioplastie, une fois la bithérapie antiplaquettaire terminée, vaut-il mieux poursuivre au long cours par aspirine ou par clopidogrel en monothérapie ?

Méthode

Les investigateurs ont prolongé à 10 ans le suivi de l’essai randomisé HOST-EXAM, mené en Corée du Sud. Entre mars 2014 et mai 2018, 5 438 patients ayant terminé sans événement clinique 6 à 18 mois de bithérapie antiplaquettaire après angioplastie ont été répartis par tirage au sort entre clopidogrel 75 mg par jour (n = 2 710) et aspirine 100 mg par jour (n = 2 728). Le statut clinique a été recueilli au 1er mai 2025 : suivi médian de 10,5 ans (IQR 9,4–11,4), exhaustivité du suivi de 92,8 %. Le critère principal était un composite de décès toutes causes, d’infarctus non fatal, d’AVC, de réadmission pour syndrome coronarien aigu et d’hémorragie BARC de type 3 ou plus. Analyse principale en intention de traiter.

Résultats clés

  • Critère composite (estimation de Kaplan-Meier) : 25,4 % sous clopidogrel contre 28,5 % sous aspirine (HR 0,86 ; IC95 % 0,77–0,96 ; p du test du log-rank 0,0050), soit environ trois points de différence absolue.
  • Les deux versants vont dans le même sens : sous clopidogrel, les événements thrombotiques sont moins fréquents (17,3 % contre 20,0 % ; p = 0,0024) et les hémorragies aussi (9,1 % contre 10,8 % ; p = 0,020).
  • La mortalité toutes causes est comparable dans les deux groupes.

Limites

  • La population est coréenne ; la réponse au clopidogrel et le risque hémorragique peuvent y différer de ceux des patients européens, ce qui invite à extrapoler avec prudence.
  • L’analyse en intention de traiter porte sur une période très éloignée de la randomisation : le traitement réellement pris pendant dix ans n’est pas connu, et les auteurs eux-mêmes parlent d’association plutôt que d’effet sur cette période prolongée.
  • Aucun gain de survie : le bénéfice porte sur des événements non mortels.
En pratique : chez le coronarien stable après angioplastie, une fois la bithérapie terminée, le clopidogrel en monothérapie apparaît comme une alternative à l’aspirine, désormais documentée sur le très long terme, avec moins d’événements ischémiques et moins d’hémorragies, mais sans gain de survie. Rien n’impose de modifier le traitement d’un patient stable qui tolère bien l’aspirine ; la question se pose plutôt lors d’un renouvellement, d’une intolérance ou d’un saignement mineur, en gardant à l’esprit que la population étudiée est asiatique.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · PRO-TAVI

Deferral of percutaneous coronary intervention in patients undergoing transcatheter aortic valve implantation (PRO-TAVI): a randomised controlled trial

The Lancet · mars 2026 · présenté à l’ACC.26

Essai randomisé ouvert de non-infériorité mené dans 12 centres néerlandais : 466 patients coronariens (âge médian 81 ans) adressés pour TAVI ont été répartis entre angioplastie avant la procédure valvulaire et angioplastie différée, réalisée ensuite en cas de besoin clinique. À un an, le critère principal — décès toutes causes, infarctus, AVC ou hémorragie majeure — est survenu chez 24 % des patients du groupe différé contre 26 % du groupe angioplastie première (différence −1,7 point ; IC95 % −9,5 à 6,2), ce qui établit la non-infériorité au regard de la marge prédéfinie de 11 points. Les hémorragies majeures, composante du critère principal, ont été moins fréquentes avec la stratégie différée (6 % contre 15 %), et 11 % seulement des patients de ce groupe ont eu une angioplastie au cours de l’année.

Décès, infarctus, AVC ou hémorragie majeure à 1 an : 24 % avec l’angioplastie différée contre 26 % avec l’angioplastie avant TAVI — différence −1,7 point (IC95 % −9,5 à 6,2), non-infériorité établie
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Chez un patient coronarien adressé pour TAVI, peut-on différer l’angioplastie après la procédure valvulaire, en ne la réalisant qu’en cas de besoin clinique, sans faire moins bien qu’une angioplastie systématique avant le TAVI ?

Méthode

Essai randomisé ouvert de non-infériorité, à l’initiative des investigateurs, mené dans 12 hôpitaux des Pays-Bas d’octobre 2021 à novembre 2024. 466 patients coronariens candidats à un TAVI ont été randomisés 1:1 (233 par groupe) entre angioplastie différée et angioplastie avant le TAVI, avec stratification sur l’atteinte de l’artère interventriculaire antérieure (IVA) proximale. L’âge médian était de 81 ans (IQR 78–84) et les femmes représentaient 36 % des patients. Critère principal : composite de décès toutes causes, infarctus, AVC et hémorragie majeure à 1 an, testé en non-infériorité en intention de traiter avec une marge prédéfinie de 11 points.

Résultats clés

  • Critère principal à 1 an : 56 patients (24 %) dans le groupe différé contre 60 (26 %) dans le groupe angioplastie avant TAVI ; différence −1,7 point (IC95 % −9,5 à 6,2), HR 0,89 (IC95 % 0,62–1,28) ; p = 0,0008 pour la non-infériorité, p = 0,68 pour la supériorité.
  • Parmi les composantes du critère principal, les hémorragies majeures ont été moins fréquentes avec la stratégie différée : 6 % contre 15 % (HR 0,39 ; IC95 % 0,21–0,73). Il s’agit d’une composante, non d’un critère testé pour lui-même.
  • Dans le groupe différé, 11 % des patients ont finalement eu une angioplastie au cours de la première année, dans un délai médian de 87 jours après le TAVI.

Limites

  • L’essai est ouvert, d’effectif modeste, et porte sur des patients âgés à coronaropathie stable ; la marge de non-infériorité de 11 points est large au regard d’un critère qui survient chez un quart des patients.
  • Les résultats sur les hémorragies portent sur une composante du critère principal et ne sont pas protégés contre la multiplicité des comparaisons.
  • Le suivi à long terme est en cours ; ces résultats restent à confronter à ceux de NOTION-3.
En pratique : Chez le patient âgé à coronaropathie stable adressé pour TAVI, l’angioplastie systématique avant la procédure n’apparaît plus comme un passage obligé : la différer, et ne la réaliser qu’en cas de besoin clinique après le TAVI, ne fait pas moins bien à un an sur un critère qui associe décès, infarctus, AVC et hémorragie majeure. La plupart des patients du groupe différé n’ont finalement pas eu d’angioplastie dans l’année. La décision reste individuelle, notamment en cas de lésion proximale de l’IVA ou de symptômes d’origine coronaire, et l’essai ne renseigne ni sur les patients instables ni sur le devenir au-delà d’un an.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · IVUS-CHIP

Intravascular Ultrasound–Guided or Angiography-Guided Complex High-Risk PCI

NEJM · mars 2026 · présenté à l’ACC.26

Dans cet essai randomisé ouvert international, à l’initiative des investigateurs, 2 020 patients traités par angioplastie complexe à haut risque ont été répartis par tirage au sort entre un guidage par échographie endocoronaire (IVUS), assorti de critères prédéfinis d’optimisation du stent, et un guidage angiographique seul. Après un suivi médian de 19 mois, la défaillance du vaisseau cible (décès cardiaque, infarctus du vaisseau cible ou revascularisation cliniquement justifiée) est survenue chez 13,9 % des patients du groupe IVUS contre 11,1 % du groupe angiographie (HR 1,25 ; IC95 % 0,97–1,60 ; p = 0,08). Au même congrès, l’essai OPTIMAL (tronc commun) était lui aussi neutre, alors que DKCRUSH VIII (bifurcations) restait nettement favorable à l’IVUS.

Défaillance du vaisseau cible à 19 mois : 13,9 % (IVUS) contre 11,1 % (angiographie) — HR 1,25 (IC95 % 0,97–1,60 ; p = 0,08)
Article original ↗ Analyse ACC ↗

Question clinique

Dans l’angioplastie complexe à haut risque, le guidage systématique par échographie endocoronaire (IVUS), avec des critères d’optimisation du stent prédéfinis, réduit-il les événements par rapport au guidage angiographique seul ?

Méthode

Essai randomisé ouvert, international, à l’initiative des investigateurs et financé par Boston Scientific (IVUS-CHIP). 2 020 patients traités par angioplastie complexe ont été randomisés entre guidage IVUS et guidage angiographique ; l’analyse principale a porté sur 1 010 et 1 009 patients respectivement. L’âge moyen était de 69 ans, 79,4 % des patients étaient des hommes et 27,4 % présentaient un syndrome coronarien aigu. Critère principal : défaillance du vaisseau cible — décès cardiaque, infarctus du vaisseau cible ou revascularisation du vaisseau cible cliniquement justifiée.

Résultats clés

  • Après un suivi médian de 19,0 mois (IQR 15,2–23,4), défaillance du vaisseau cible chez 140 patients (13,9 %) du groupe IVUS contre 112 (11,1 %) du groupe angiographie : HR 1,25 (IC95 % 0,97–1,60 ; p = 0,08). Aucune réduction des événements avec l’IVUS ; la tendance va dans le sens inverse, sans atteindre la significativité.
  • Durée moyenne de procédure : 88,8 minutes avec IVUS contre 66,2 minutes avec angiographie. Post-dilatation au ballon après pose du stent : 91,3 % contre 84,5 %.
  • Complications procédurales : 11,3 % contre 10,2 % ; fréquence des événements indésirables comparable.

Limites

  • L’essai est ouvert et ses résultats contredisent les études antérieures et les méta-analyses favorables à l’imagerie endocoronaire dans les lésions complexes.
  • Un effet d’apprentissage des opérateurs et des passages d’un bras à l’autre ont été évoqués comme explications possibles, sans que le résumé permette de les documenter.
  • Les essais OPTIMAL et DKCRUSH VIII, présentés au même congrès, portent sur des situations différentes — tronc commun non protégé pour l’un, bifurcations complexes traitées par la technique du double-kissing crush pour l’autre — et ne se comparent pas directement à celui-ci.
En pratique : Dans cet essai européen, l’IVUS systématique avec critères d’optimisation n’a pas réduit les événements de l’angioplastie complexe, et la tendance allait même dans l’autre sens. Ces résultats tempèrent l’idée d’une imagerie endocoronaire obligatoire pour toute angioplastie complexe, sans remettre en cause son intérêt là où d’autres essais l’ont montré, en particulier les bifurcations complexes traitées par la technique du double-kissing crush (DKCRUSH VIII). Un essai neutre ne démontre pas l’inutilité de l’IVUS : il invite à en cibler l’usage plutôt qu’à le généraliser.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · SURViV

Redo-surgery versus transcatheter valve-in-valve for mitral bioprosthetic dysfunction: The SURVIV trial

ACC.26 (publication en attente) · mars 2026

Ce premier essai randomisé a comparé, chez 150 patients porteurs d’une bioprothèse mitrale dégénérée, l’implantation percutanée d’une valve dans la bioprothèse (valve-in-valve) à la réintervention chirurgicale. À un an, le critère composite de décès ou d’AVC invalidant est survenu chez 5,3 % des patients du groupe percutané contre 20,8 % de ceux du groupe chirurgical (HR 0,23 ; IC95 % 0,07–0,68). Les hémorragies graves ont été plus rares après valve-in-valve (1,3 % contre 11,1 %) et l’hospitalisation plus courte (médiane de 4 jours contre 14). Les réhospitalisations d’origine cardiaque ont en revanche été plus fréquentes après valve-in-valve (16 % contre 2,8 %).

Décès ou AVC invalidant à 1 an : 5,3 % (valve-in-valve percutané) contre 20,8 % (réintervention chirurgicale) — HR 0,23 (IC95 % 0,07–0,68) ; hospitalisation 4 contre 14 jours
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Chez un patient dont la bioprothèse mitrale se dégrade, l’implantation percutanée d’une valve dans la bioprothèse (valve-in-valve) fait-elle aussi bien, ou mieux, que la réintervention chirurgicale ?

Méthode

L’essai randomisé SURViV a été présenté à l’ACC.26 et sa publication est attendue. 150 patients présentant une dysfonction de bioprothèse mitrale ont été randomisés entre valve-in-valve percutané et réintervention chirurgicale, dans sept centres brésiliens de référence. L’âge moyen était de 57,9 ans et 72 % des patients étaient des femmes. Critère principal : composite de décès toutes causes et d’AVC invalidant à 1 an.

Résultats clés

  • Décès ou AVC invalidant à 1 an : 5,3 % dans le groupe percutané contre 20,8 % dans le groupe chirurgical (HR 0,23 ; IC95 % 0,07–0,68 ; p = 0,005).
  • Hémorragies graves ou menaçant le pronostic vital : 1,3 % après valve-in-valve contre 11,1 % après chirurgie (p = 0,016).
  • Réhospitalisations d’origine cardiaque : 16 % après valve-in-valve contre 2,8 % après chirurgie (p = 0,02), résultat en faveur de la chirurgie.
  • Durée d’hospitalisation médiane : 4 jours après valve-in-valve contre 14 jours après chirurgie.

Limites

  • L’effectif est réduit et le recrutement limité à sept centres brésiliens de référence ; la population, jeune (âge moyen de 57,9 ans) et très majoritairement féminine, est peu représentative des patients âgés habituellement opérés.
  • Durabilité de la valve percutanée inconnue au-delà de 1 an ; résultats présentés en congrès, non encore publiés.
En pratique : Chez un patient dont la bioprothèse mitrale dégénère, le valve-in-valve percutané apparaît comme une option de premier plan face à la réopération, avec nettement moins de décès et d’AVC invalidants à un an dans cet essai. L’effectif réduit, l’expertise des centres et une population jeune, très majoritairement féminine, recrutée au Brésil, limitent la généralisation aux patients plus âgés ; la durabilité au-delà d’un an reste à établir. L’excès de réhospitalisations d’origine cardiaque après valve-in-valve invite en outre à la prudence sur la tenue du résultat dans le temps. Ces données justifient d’adresser d’emblée ces patients à une équipe capable de proposer les deux techniques.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
2025
◎ Veille Essai randomisé · SELUTION DeNovo

One-year results of the SELUTION DeNovo trial comparing a strategy of PCI with a sirolimus-eluting balloon and provisional stenting versus systematic DES implantation

TCT 2025 (late-breaking) · octobre 2025

Le plus grand essai randomisé comparant un ballon actif à un stent a inclus 3 341 patients porteurs de lésions coronaires de novo, répartis entre une stratégie fondée sur un ballon à élution de sirolimus, le stent étant réservé au sauvetage, et l’implantation systématique d’un stent actif. À un an, la défaillance du vaisseau cible est survenue chez 5,3 % des patients du groupe ballon contre 4,4 % de ceux du groupe stent : la non-infériorité est établie en intention de traiter, au prix d’un peu plus de revascularisations du vaisseau cible. Un patient sur cinq du groupe ballon a tout de même reçu un stent.

Défaillance du vaisseau cible à 1 an : 5,3 % (ballon au sirolimus + stent provisionnel) contre 4,4 % (stent actif systématique) ; non-infériorité établie en intention de traiter (différence 0,91 point ; IC95 % −0,55 à 2,38)

Question clinique

Pour les lésions coronaires de novo, une stratégie « ne rien laisser en place » — ballon à élution de sirolimus, avec stent uniquement en sauvetage — fait-elle aussi bien que l’implantation systématique d’un stent actif ?

Méthode

Essai randomisé multicentrique ouvert de non-infériorité (SELUTION DeNovo), présenté en late-breaking au TCT 2025. Dans 62 centres, 3 341 patients porteurs de lésions de novo sur des vaisseaux de 2 à 5 mm ont été répartis 1:1 entre un ballon au sirolimus (libération prolongée sur 90 jours) avec stent provisionnel (1 671 patients) et un stent actif systématique (1 670 patients). Critère principal : défaillance du vaisseau cible à 1 an — décès cardiaque, infarctus du vaisseau cible, revascularisation du vaisseau cible cliniquement justifiée.

Résultats clés

  • Défaillance du vaisseau cible : 5,3 % avec le ballon contre 4,4 % avec le stent ; différence 0,91 point (IC95 % −0,55 à 2,38), non-infériorité établie en intention de traiter (p = 0,02).
  • Un stent de sauvetage a été nécessaire chez 20,7 % des patients du groupe ballon.
  • Revascularisations du vaisseau cible cliniquement justifiées plus fréquentes avec le ballon : 3,3 % contre 2,1 %.
  • Événements de sécurité, thromboses de lésion comprises, rares et comparables dans les deux groupes.

Limites

  • L’analyse per protocole ne confirme pas la non-infériorité, même si ses résultats vont dans le même sens et sont de même ampleur que ceux de l’analyse en intention de traiter.
  • L’essai est ouvert et le suivi se limite à 1 an ; le critère sera testé de nouveau à 5 ans, en non-infériorité puis, le cas échéant, en supériorité.
En pratique : Le stent actif reste la référence pour les lésions de novo. Le ballon au sirolimus s’en approche à un an, au prix d’un peu plus de revascularisations, et un patient sur cinq reçoit finalement un stent de sauvetage. La stratégie est crédible chez des patients sélectionnés pour lesquels on souhaite éviter l’implantation d’un stent ; le recul à cinq ans dira si la non-infériorité se maintient.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · REBOOT

Beta-Blockers after Myocardial Infarction without Reduced Ejection Fraction

NEJM · août 2025 · présenté à l’ESC 2025

Dans cet essai randomisé ouvert mené en Espagne et en Italie, 8 438 patients hospitalisés pour un infarctus avec ou sans sus-décalage de ST, et dont la FEVG dépassait 40 %, ont été tirés au sort entre bêtabloquant et absence de bêtabloquant après prise en charge invasive. Après un suivi médian de 3,7 ans, le critère composite de décès toutes causes, réinfarctus ou hospitalisation pour insuffisance cardiaque est survenu à une fréquence comparable dans les deux groupes (22,5 contre 21,7 événements pour 1 000 patients-années ; HR 1,04 ; IC95 % 0,89–1,22). Présenté au même congrès, le programme BETAMI-DANBLOCK (FEVG d’au moins 40 %) retrouvait au contraire un bénéfice modeste sur un critère composite plus large (HR 0,85), un bénéfice qui semblait un peu plus marqué chez les patients dont la FEVG se situait entre 40 et 49 %.

Décès, réinfarctus ou hospitalisation pour insuffisance cardiaque à 3,7 ans : HR 1,04 (IC95 % 0,89–1,22) · BETAMI-DANBLOCK : HR 0,85, bénéfice qui semble plus marqué si FEVG entre 40 et 49 %
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Après un infarctus pris en charge par voie invasive, avec une FEVG supérieure à 40 %, le bêtabloquant réduit-il encore la mortalité, les réinfarctus et les hospitalisations pour insuffisance cardiaque ?

Méthode

Essai randomisé ouvert (REBOOT) mené en Espagne et en Italie chez des patients hospitalisés pour un infarctus avec ou sans sus-décalage de ST et une FEVG supérieure à 40 %. 4 243 patients ont été tirés au sort pour recevoir un bêtabloquant et 4 262 pour n’en recevoir aucun ; après exclusions, 8 438 patients ont été retenus dans l’analyse principale. Le critère principal était un composite de décès toutes causes, de réinfarctus ou d’hospitalisation pour insuffisance cardiaque. Suivi médian de 3,7 ans.

Résultats clés

  • Critère principal : 316 événements sous bêtabloquant (22,5 pour 1 000 patients-années) contre 307 sans bêtabloquant (21,7 pour 1 000 patients-années) ; HR 1,04 (IC95 % 0,89–1,22 ; p = 0,63).
  • Chaque composante va dans le même sens : décès toutes causes 161 contre 153 (HR 1,06 ; IC95 % 0,85–1,33), réinfarctus 143 contre 143 (HR 1,01 ; IC95 % 0,80–1,27), hospitalisation pour insuffisance cardiaque 39 contre 44 (HR 0,89 ; IC95 % 0,58–1,38).
  • Aucune différence apparente entre les groupes sur les critères de sécurité.

Limites

  • L’essai était ouvert, sans placebo.
  • Résultats discordants avec ceux du programme BETAMI-DANBLOCK, mené au Danemark et en Norvège chez des patients à FEVG d’au moins 40 %, où le bêtabloquant réduisait le risque de décès ou d’événement cardiovasculaire majeur (HR 0,85). La comparaison entre les deux essais reste indirecte : le critère composite de BETAMI-DANBLOCK est plus large, puisqu’il compte aussi les revascularisations non programmées, les AVC ischémiques et les arythmies ventriculaires graves.
  • Les données restent limitées pour la tranche de FEVG de 40 à 49 % : BETAMI-DANBLOCK y fait état d’un bénéfice un peu plus marqué, et REBOOT d’une tendance favorable en dessous de 50 % de FEVG, sans signification statistique. Il s’agit d’analyses de sous-groupe, qui ne suffisent pas à trancher.
En pratique : chez le patient revascularisé après un infarctus, avec une FEVG supérieure à 40 % et sans autre indication au bêtabloquant, REBOOT ne montre aucun bénéfice sur la mortalité, le réinfarctus ni l’hospitalisation pour insuffisance cardiaque : ne pas le prescrire, ou l’arrêter, devient une option défendable. Les résultats de BETAMI-DANBLOCK, et le bénéfice qui semble plus marqué entre 40 et 49 % de FEVG, invitent en revanche à la prudence avant d’arrêter le bêtabloquant dans cette tranche : ces observations reposent sur des analyses de sous-groupe et ne permettent pas de trancher.
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★ À la une ● Changement de pratique Recommandations

2025 ESC/EACTS Guidelines for the management of valvular heart disease

European Heart Journal · août 2025 · présenté à l’ESC 2025

Les recommandations européennes sur les valvulopathies connaissent une mise à jour majeure. Les indications du TAVI sont élargies et le choix entre TAVI et chirurgie s’organise désormais selon l’âge. Dans le rétrécissement aortique serré asymptomatique, l’intervention est proposée plus tôt, en intégrant les essais EARLY TAVR et AVATAR. Les traitements percutanés de la mitrale (réparation bord à bord) et de la tricuspide prennent une place croissante.

Article original ↗ Analyse ↗

Question clinique

Comment intégrer dans la prise en charge des valvulopathies les essais randomisés récents sur le TAVI, sur l’intervention précoce dans le rétrécissement aortique serré asymptomatique et sur les traitements percutanés de la mitrale et de la tricuspide ?

Méthode

Recommandations conjointes de la Société européenne de cardiologie (ESC) et de l’Association européenne de chirurgie cardio-thoracique (EACTS), publiées dans l’European Heart Journal en août 2025 et présentées au congrès de l’ESC 2025.

Résultats clés

  • Les indications du TAVI sont élargies et le choix entre TAVI et chirurgie s’organise selon l’âge : chez les patients dont la valve aortique est tricuspide, le TAVI est retenu à partir de 70 ans, contre 75 ans dans les recommandations précédentes, la chirurgie restant la référence avant cet âge lorsque le risque opératoire est faible.
  • L’intervention est proposée plus tôt dans le rétrécissement aortique serré asymptomatique, en intégrant les résultats des essais EARLY TAVR et AVATAR.
  • Les traitements percutanés de la mitrale (réparation bord à bord) et de la tricuspide prennent une place croissante.

Limites

  • Le niveau de preuve reste inégal d’une valve à l’autre : les indications tricuspides sont les plus récentes et le recul y est le plus court, le bénéfice des traitements percutanés y ayant surtout été démontré sur les symptômes et la qualité de vie.
En pratique : les patients porteurs d’un rétrécissement aortique serré, même asymptomatique, ou d’une fuite mitrale ou tricuspide significative méritent d’être adressés plus tôt à l’équipe médico-chirurgicale (Heart Team). L’échocardiographie de dépistage et de suivi occupe ainsi une place centrale dans le repérage de ces patients.
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▲ À connaître Méta-analyse

Clopidogrel versus aspirin for secondary prevention of coronary artery disease: a systematic review and individual patient data meta-analysis

The Lancet · août 2025 · présenté à l’ESC 2025

Méta-analyse sur données individuelles de 7 essais randomisés qui ont comparé une monothérapie par clopidogrel à une monothérapie par aspirine chez 28 982 coronariens, le plus souvent après angioplastie ou syndrome coronarien aigu. Avec un suivi médian de 2,3 ans, le critère composite de décès cardiovasculaire, d’infarctus ou d’AVC est moins fréquent sous clopidogrel (2,61 contre 2,99 pour 100 patients-années ; HR 0,86 ; IC95 % 0,77–0,96 ; p = 0,0082). Les saignements majeurs et la mortalité ne diffèrent pas entre les deux groupes.

Décès cardiovasculaire, infarctus ou AVC : 2,61 pour 100 patients-années sous clopidogrel contre 2,99 sous aspirine (HR 0,86 ; IC95 % 0,77–0,96) ; saignements majeurs sans différence (HR 0,94)
Article original ↗ Analyse ACC ↗

Question clinique

Chez le coronarien qui a terminé (ou n’a jamais commencé) sa bithérapie antiplaquettaire, une monothérapie par clopidogrel prévient-elle mieux les événements ischémiques qu’une monothérapie par aspirine, sans majorer les saignements ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse sur données individuelles des essais randomisés publiés jusqu’en avril 2025 comparant clopidogrel seul et aspirine seule chez des patients à coronaropathie établie, la plupart traités par angioplastie ou ayant présenté un syndrome coronarien aigu. Sept essais ont été retenus (28 982 patients : 14 507 sous clopidogrel, 14 475 sous aspirine), avec un suivi médian de 2,3 ans (intervalle interquartile 1,1–4,0). Critère principal d’efficacité : composite de décès cardiovasculaire, infarctus ou AVC (MACCE) ; critère principal de sécurité : saignements majeurs. L’analyse en une étape reposait sur un modèle à fragilité partagée, qui tient compte des différences de risque de base et d’effet du traitement entre les essais.

Résultats clés

  • Critère principal, estimé à 5,5 ans : 929 MACCE sous clopidogrel (2,61 pour 100 patients-années) contre 1 062 sous aspirine (2,99 pour 100 patients-années), soit une réduction relative d’environ 14 % (HR 0,86 ; IC95 % 0,77–0,96 ; p = 0,0082).
  • Infarctus et AVC, analysés séparément : la réduction relative est d’environ 20 % sous clopidogrel, ce qui explique l’essentiel du résultat sur le critère composite.
  • Saignements majeurs : 256 événements sous clopidogrel (0,71 pour 100 patients-années) contre 279 sous aspirine (0,77) ; HR 0,94 ; IC95 % 0,74–1,21 ; p = 0,64.
  • Mortalité totale et mortalité cardiovasculaire : pas de différence entre les deux groupes.
  • Les auteurs rapportent un effet homogène dans les sous-groupes, y compris chez les patients dont la réponse au clopidogrel est diminuée pour des raisons génétiques ou cliniques.

Limites

  • Les essais sont hétérogènes par leur population, la durée de bithérapie préalable et la durée de suivi ; le suivi médian n’est que de 2,3 ans alors que le critère principal est rapporté à 5,5 ans, horizon auquel peu de patients ont été suivis.
  • L’homogénéité de l’effet chez les patients à réponse diminuée au clopidogrel (dont les métaboliseurs lents du CYP2C19) repose sur des analyses de sous-groupes, qui ne peuvent pas exclure une moindre efficacité chez certains d’entre eux.
  • Les infarctus et les AVC sont des composantes du critère composite : leurs résultats séparés ne valent pas démonstration indépendante.
En pratique : Chez le coronarien stable, en particulier après angioplastie, cette méta-analyse sur données individuelles étaye le choix du clopidogrel plutôt que de l’aspirine pour la monothérapie antiplaquettaire au long cours : moins d’événements ischémiques, sans surcroît de saignements majeurs. Le bénéfice porte sur les infarctus et les AVC, pas sur la mortalité. Les recommandations en vigueur maintiennent l’aspirine en premier choix ; ce résultat alimente leur révision plus qu’il n’impose un changement immédiat.
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▲ À connaître Essai randomisé · DapaTAVI

Dapagliflozin in Patients Undergoing Transcatheter Aortic-Valve Implantation

NEJM · mars 2025 · présenté à l’ACC.25

Cet essai randomisé espagnol a porté sur des patients âgés (âge moyen 82 ans) traités par TAVI pour rétrécissement aortique, tous porteurs d’un antécédent d’insuffisance cardiaque et d’au moins un facteur de risque (insuffisance rénale, diabète ou dysfonction systolique). Au total, 620 patients ont été assignés à la dapagliflozine 10 mg et 637 au traitement standard seul, et 1 222 ont été analysés. À un an, le critère principal — décès toutes causes ou aggravation de l’insuffisance cardiaque — survient chez 15,0 % des patients sous dapagliflozine contre 20,1 % sous traitement standard (HR 0,72 ; IC95 % 0,55–0,95). Le bénéfice porte sur les aggravations d’insuffisance cardiaque : la mortalité ne diffère pas entre les deux groupes.

Décès ou aggravation de l’insuffisance cardiaque à un an : 15,0 % sous dapagliflozine contre 20,1 % sous traitement standard (HR 0,72 ; IC95 % 0,55–0,95)
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Chez le patient âgé traité par TAVI pour rétrécissement aortique et à haut risque d’événement d’insuffisance cardiaque, l’ajout de dapagliflozine au traitement standard après la procédure réduit-il les décès et les aggravations d’insuffisance cardiaque ? Les patients porteurs d’une valvulopathie ont été largement exclus des essais sur les inhibiteurs de SGLT2.

Méthode

Essai randomisé contrôlé mené en Espagne, comparant la dapagliflozine 10 mg une fois par jour au traitement standard seul, chez des patients traités par TAVI ayant tous un antécédent d’insuffisance cardiaque et au moins un des critères suivants : insuffisance rénale, diabète ou dysfonction systolique ventriculaire gauche. 620 patients ont été assignés à la dapagliflozine et 637 au traitement standard ; après exclusions, 1 222 patients ont été inclus dans l’analyse principale. L’âge moyen était de 82 ans. Critère principal : composite de décès toutes causes ou d’aggravation de l’insuffisance cardiaque (hospitalisation ou consultation urgente) à un an.

Résultats clés

  • Critère principal à un an : 91 patients (15,0 %) sous dapagliflozine contre 124 (20,1 %) sous traitement standard (HR 0,72 ; IC95 % 0,55–0,95 ; p = 0,02).
  • Décès toutes causes : 47 patients (7,8 %) contre 55 (8,9 %) (HR 0,87 ; IC95 % 0,59–1,28) : pas de différence démontrée.
  • Aggravation de l’insuffisance cardiaque : 9,4 % contre 14,4 % (sous-hazard ratio 0,63 ; IC95 % 0,45–0,88) : c’est cette composante qui porte le résultat.
  • Effets indésirables : les infections génitales et l’hypotension ont été significativement plus fréquentes sous dapagliflozine.

Limites

  • Le comparateur était le traitement standard seul, sans placebo : ni les patients ni les médecins n’étaient en aveugle, ce qui peut peser sur un critère qui compte les hospitalisations et les consultations urgentes.
  • L’essai a été mené dans un seul pays, chez une population sélectionnée (antécédent d’insuffisance cardiaque et facteur de risque associé) : ses résultats ne s’étendent pas à l’ensemble des patients traités par TAVI.
  • Environ un patient sur cinq avait interrompu la dapagliflozine à un an.
  • Aucun effet n’est démontré sur la mortalité, et le suivi est limité à un an.
En pratique : Chez le patient traité par TAVI qui a un antécédent d’insuffisance cardiaque et un facteur de risque associé (insuffisance rénale, diabète ou dysfonction systolique), la dapagliflozine instaurée après la procédure réduit les aggravations d’insuffisance cardiaque à un an, sans effet démontré sur la mortalité. Elle a sa place dans l’ordonnance de sortie ou en consultation de suivi, sous réserve de surveiller la pression artérielle et le risque d’infection génitale. L’essai ne renseigne pas sur les patients traités par TAVI sans antécédent d’insuffisance cardiaque.
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▲ À connaître Recommandations

2025 ACC/AHA/ACEP/NAEMSP/SCAI Guideline for the Management of Patients With Acute Coronary Syndromes

Circulation / JACC · février 2025

Ces recommandations américaines réunissent en un seul document la prise en charge du STEMI et du syndrome coronarien aigu sans sus-décalage du segment ST, en remplacement des textes de 2013, 2014, 2015 et 2016. Après angioplastie, elles privilégient le ticagrelor ou le prasugrel plutôt que le clopidogrel et recommandent, chez les patients qui ont toléré la bithérapie, le passage à une monothérapie par ticagrelor à partir d’un mois. Elles retiennent aussi la voie radiale en première intention, la revascularisation complète en cas d’atteinte multitronculaire et une statine de forte intensité pour tous, complétée d’un traitement non statinique si le LDL-cholestérol reste à 70 mg/dL ou plus. La colchicine à faible dose n’y figure qu’en option de faible niveau de preuve (classe 2b).

Article original ↗ Analyse ACC ↗

Question clinique

Quelle est la prise en charge recommandée en 2025 des patients présentant un syndrome coronarien aigu (SCA), avec ou sans sus-décalage du segment ST, de la phase préhospitalière à la prévention secondaire ?

Méthode

Recommandations conjointes de l’American College of Cardiology, de l’American Heart Association et de trois sociétés partenaires (urgences, médecine préhospitalière, cardiologie interventionnelle), fondées sur une revue systématique de la littérature menée de juillet 2023 à avril 2024. Le document actualise et remplace les recommandations STEMI de 2013, celles de 2014 sur les SCA sans sus-décalage et l’actualisation ciblée de 2015 sur l’angioplastie primaire ; avec le texte de revascularisation de 2021, il remplace également l’actualisation de 2016 sur la durée de la bithérapie antiplaquettaire.

Résultats clés

  • Antiagrégants : après angioplastie, le ticagrelor ou le prasugrel sont recommandés de préférence au clopidogrel (classe 1) ; la bithérapie est poursuivie au moins 12 mois en l’absence de haut risque hémorragique. Chez les patients qui ont toléré une bithérapie comportant du ticagrelor, le passage à une monothérapie par ticagrelor est recommandé à partir d’un mois après l’angioplastie, afin de réduire les saignements (classe 1).
  • Voie d’abord : la voie radiale est préférée à la voie fémorale, avec moins de saignements, moins de complications vasculaires et une mortalité plus basse.
  • Revascularisation : une stratégie de revascularisation complète est recommandée en cas d’atteinte multitronculaire, dans le STEMI comme dans le SCA sans sus-décalage (classe 1), les lésions non coupables pouvant être traitées pendant la procédure initiale ou lors d’une procédure différée ; en revanche, l’angioplastie systématique des lésions non coupables n’est pas recommandée en cas de choc cardiogénique. L’imagerie endocoronaire (échographie endocoronaire ou tomographie par cohérence optique) passe en classe 1 pour guider l’angioplastie des lésions complexes.
  • Choc cardiogénique : la pompe à flux micro-axial passe en classe 2a chez des patients sélectionnés dont le choc complique un infarctus, avec transfert vers un centre expert ; l’usage systématique du ballon de contre-pulsion ou de l’assistance extracorporelle veino-artérielle (ECMO) n’est pas recommandé (classe 3, absence de bénéfice).
  • Lipides : une statine de forte intensité est recommandée pour tous ; un traitement non statinique est ajouté (ézétimibe, évolocumab, alirocumab, inclisiran, acide bempédoïque) si le LDL-cholestérol reste ≥ 70 mg/dL (environ 1,8 mmol/L) sous statine à la dose maximale tolérée (classe 1) ; une intensification supplémentaire est jugée raisonnable lorsque le LDL-cholestérol se situe entre 55 mg/dL et moins de 70 mg/dL (classe 2a).
  • Colchicine à faible dose : option anti-inflammatoire en prévention secondaire, de faible niveau (classe 2b).
  • Transfusion : viser une hémoglobine d’au moins 10 g/dL peut être raisonnable en cas d’anémie (classe 2b). La réadaptation cardiaque est recommandée pour tous (classe 1), y compris à domicile (classe 2a).

Limites

  • Recommandations américaines : en Europe, ce sont les recommandations ESC 2023 sur le SCA qui font référence, avec des messages pour l’essentiel convergents.
  • La recherche bibliographique s’arrête en avril 2024 : les essais parus ensuite, dont ceux sur la colchicine après infarctus, ne sont pas couverts par cette revue de la littérature.
En pratique : pour le cardiologue qui suit un patient après un SCA, ces recommandations confortent deux orientations déjà présentes dans les textes européens : une bithérapie antiplaquettaire adaptée au risque hémorragique, avec passage à une monothérapie par ticagrelor à partir d’un mois chez ceux qui l’ont tolérée, et une intensification hypolipémiante sans attendre, avec ajout d’un traitement non statinique dès que le LDL-cholestérol reste ≥ 70 mg/dL sous statine maximale tolérée. La colchicine reste une option de faible niveau de preuve, à discuter au cas par cas. Il s’agit d’un texte américain : il ne se substitue pas aux recommandations européennes en vigueur.
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▲ À connaître Essai randomisé · BHF PROTECT-TAVI

Routine Cerebral Embolic Protection during Transcatheter Aortic-Valve Implantation

NEJM · 2025 · présenté à l’ACC.25 · >7 600 patients

Cet essai randomisé britannique, le plus grand mené sur le sujet, a comparé le TAVI réalisé avec ou sans dispositif de protection embolique cérébrale chez 7 635 patients porteurs d’un rétrécissement aortique. Dans les 72 heures suivant la procédure, un AVC est survenu chez 2,1 % des patients avec protection contre 2,2 % de ceux traités sans dispositif (p = 0,94). L’utilisation systématique du dispositif ne réduit donc pas les AVC péri-procéduraux.

AVC à 72 h : 2,1 % avec protection cérébrale contre 2,2 % sans (p = 0,94)

Question clinique

Chez les patients traités par TAVI pour rétrécissement aortique, l’utilisation systématique d’un dispositif de protection embolique cérébrale réduit-elle les AVC péri-procéduraux ?

Méthode

Essai randomisé contrôlé mené dans 33 centres britanniques : 7 635 patients porteurs d’un rétrécissement aortique ont été répartis 1:1 entre TAVI avec dispositif de protection embolique cérébrale (n = 3 815) et TAVI sans dispositif (n = 3 820). Critère principal : AVC dans les 72 heures suivant le TAVI, ou avant la sortie si elle survenait plus tôt.

Résultats clés

  • Critère principal : AVC chez 81 des 3 795 patients avec protection (2,1 %) contre 82 des 3 799 sans (2,2 %) ; différence −0,02 point de pourcentage ; IC95 % −0,68 à 0,63 ; p = 0,94.
  • AVC invalidant : 47 patients (1,2 %) avec protection contre 53 (1,4 %) sans ; décès : 29 (0,8 %) contre 26 (0,7 %).
  • Événements indésirables graves : 24 événements chez 22 patients (0,6 %) dans le groupe protection contre 13 événements chez 13 patients (0,3 %) dans le groupe témoin. Les complications du site d’abord paraissent comparables (8,1 % contre 7,7 %).

Limites

  • Essai en ouvert, le geste ne pouvant pas être masqué.
  • Taux d’AVC faible dans les deux groupes, ce qui limite la puissance pour détecter un petit bénéfice ou pour analyser les sous-groupes.
En pratique : Le plus grand essai randomisé sur la question ne montre aucune réduction des AVC avec la protection embolique cérébrale utilisée de façon systématique au cours du TAVI : rien ne justifie son emploi en routine. Ces résultats ne permettent pas d’identifier un sous-groupe qui en tirerait bénéfice ; un usage sélectif reste possible au cas par cas, sans argument solide à ce jour.
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Imagerie cardiaque

7 sorties
2026
▲ À connaître Recommandations EACVI / ESC (consensus clinique)

Implementation of cardiac magnetic resonance imaging in everyday cardiology practice.

European Heart Journal · 30 septembre 2026 · Consensus clinique de l’EACVI et du Conseil ESC de cardiologie pratique

L’Association européenne d’imagerie cardiovasculaire (EACVI) et le Conseil ESC de cardiologie pratique publient un document destiné au cardiologue qui n’est pas expert en IRM cardiaque. Il précise la place de l’examen dans la prise en charge des cardiopathies au quotidien : indications, valeur pronostique et limites dans le diagnostic et le suivi de la cardiopathie ischémique, de l’insuffisance cardiaque, des cardiomyopathies, des valvulopathies, des aortopathies, des masses cardiaques, des atteintes péricardiques et des cardiopathies congénitales de l’adulte. Il explique les principales séquences et la mesure de la fonction cardiaque, et donne des conseils pour les patients porteurs d’un dispositif implantable, de plus en plus nombreux à avoir besoin d’une IRM au cours de leur vie.

Article original ↗

Question clinique

Quand demander une IRM cardiaque, qu’en attendre et quelles en sont les limites, pour un cardiologue qui prescrit l’examen sans le pratiquer lui-même ?

Méthode

Ce consensus clinique de l’EACVI et du Conseil ESC de cardiologie pratique est écrit pour le cardiologue qui n’est pas spécialisé en imagerie. Le document passe en revue, pathologie par pathologie, les indications, la valeur pronostique et les limites de l’IRM cardiaque, décrit les séquences utilisées et la façon dont la fonction cardiaque est mesurée, et consacre une partie aux patients porteurs d’un dispositif électronique implantable.

Résultats clés

  • Le document couvre la cardiopathie ischémique, l’insuffisance cardiaque, les cardiomyopathies, les valvulopathies, les aortopathies, les masses cardiaques, les atteintes péricardiques et les cardiopathies congénitales de l’adulte.
  • Pour chaque situation, le document précise ce que l’IRM apporte au diagnostic et au suivi, et ce qu’elle ne permet pas.
  • Il explique les bases des différentes séquences et de la mesure de la fonction cardiaque.
  • Il donne des conseils pour les porteurs de stimulateur ou de défibrillateur, une population en augmentation.

Limites

  • Il s’agit d’un document de consensus à visée pédagogique, sans recommandation nouvelle chiffrée ; il ne remplace pas les recommandations ESC de chaque pathologie.
  • Le document porte sur les indications et l’interprétation de l’examen, non sur l’accès à l’IRM ni sur les délais d’obtention, qui varient d’un centre à l’autre.
En pratique : c’est le document à garder sous la main pour savoir quand demander une IRM cardiaque, ce qu’elle apporte au diagnostic et au pronostic, ce qu’elle ne montre pas, et pour comprendre les séquences citées dans le compte rendu. Il aide aussi à répondre à la question, de plus en plus fréquente, du patient porteur d’un stimulateur ou d’un défibrillateur qui a besoin d’une IRM.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Étude diagnostique multicentrique

Exercise stress echocardiography for diagnosis of heart failure with preserved ejection fraction: a multicentre study.

European Heart Journal · 10 septembre 2026 · Étude diagnostique, 482 patients, avec cohorte de validation internationale

Chez 482 patients explorés pour une dyspnée chronique inexpliquée, tous soumis à un cathétérisme d’effort avec échocardiographie simultanée (386 avec insuffisance cardiaque à FEVG préservée, 96 avec dyspnée non cardiaque), les scores diagnostiques actuels combinés à l’écho d’effort n’ont détecté la maladie qu’avec une sensibilité de 55 à 60 %. L’ajout de la compliance atriale gauche de repos (strain réservoir divisé par E/e’), avec des seuils distincts pour affirmer et pour écarter le diagnostic, porte la sensibilité à 95–99 % chez les patients classés. La part des patients à qui un cathétérisme d’effort reste nécessaire passe ainsi d’environ 60 % à environ 30 %. Ces résultats ont été reproduits dans une cohorte de validation internationale.

Sensibilité de 55–60 % avec l’écho d’effort seule, de 95–99 % chez les patients classés après ajout de la compliance atriale ; cathétérisme d’effort encore nécessaire chez environ 30 % des patients, contre environ 60 %
Article original ↗

Question clinique

L’échocardiographie d’effort est recommandée comme alternative au cathétérisme d’effort pour diagnostiquer l’insuffisance cardiaque à FEVG préservée, mais sans modalités d’utilisation validées. Les algorithmes actuels (scores H2FPEF, HFA-PEFF et HFpEF-ABA) gagnent-ils à être combinés à l’écho d’effort, et la compliance atriale gauche de repos améliore-t-elle le tri des patients ?

Méthode

Étude diagnostique chez des patients adressés pour dyspnée chronique inexpliquée, tous explorés par cathétérisme d’effort avec échocardiographie simultanée, la mesure hémodynamique invasive servant de référence. Dérivation chez 482 patients (386 avec insuffisance cardiaque à FEVG préservée, 96 avec dyspnée non cardiaque), puis validation dans une cohorte multicentrique internationale de patients ayant eu une échocardiographie de repos et d’effort et un cathétérisme d’effort. La compliance atriale gauche est définie par le strain réservoir de l’oreillette gauche divisé par le rapport E/e’.

Résultats clés

  • Avec les scores diagnostiques pris un à un et l’écho d’effort telle qu’elle est aujourd’hui recommandée, la sensibilité n’était que de 55 à 60 % et l’exactitude de 61 à 67 %.
  • L’ajout d’une compliance atriale de repos anormale portait la sensibilité à 84–85 %, au prix d’un taux de faux positifs de 31 à 43 %.
  • Deux seuils distincts ont ensuite été appliqués, l’un pour affirmer le diagnostic (E/e’ à l’effort ≥ 13,8 ou compliance atriale de repos ≤ 1,6 %), l’autre pour l’écarter (E/e’ à l’effort < 7,2 et compliance atriale > 4,4 %), les patients situés entre les deux restant indéterminés et adressés au cathétérisme. La sensibilité atteignait alors 95 à 99 % parmi les patients classés, et la part de ceux qui nécessitaient l’exploration invasive passait d’environ 60 % à environ 30 %.
  • Les résultats ont été reproduits dans la cohorte de validation internationale.

Limites

  • Population adressée à des centres experts pour cathétérisme d’effort, avec une prévalence élevée de la maladie (386 patients sur 482 dans la cohorte de dérivation) : les performances peuvent différer en consultation courante.
  • Le strain atrial et le E/e’ à l’effort exigent une acquisition de qualité, qui n’est pas toujours obtenue en pratique courante.
  • Étude diagnostique : elle ne montre pas que ce tri améliore le devenir des patients.
En pratique : devant une dyspnée inexpliquée à FEVG préservée, l’écho d’effort telle qu’elle est utilisée aujourd’hui laisse passer environ quatre cas sur dix : un résultat normal n’écarte pas la maladie. Mesurer le strain de l’oreillette gauche au repos et appliquer des seuils séparés pour affirmer et pour écarter le diagnostic permettrait de conclure sans cathétérisme chez plus de patients, en réservant l’exploration invasive aux cas indéterminés. Ces seuils devront toutefois être repris par les recommandations avant de devenir la règle.
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◎ Veille — à suivre Étude diagnostique prospective · Mayo Clinic

Artificial Intelligence-Enabled Acquisition and Interpretation for Screening Aortic Stenosis

JAMA Cardiology · 28 août 2026

Un algorithme d’apprentissage profond guide l’acquisition d’une échographie cardiaque focalisée, puis l’interprète pour détecter un rétrécissement aortique au moins modéré. Dans l’évaluation prospective, 1 302 examens ont été acquis par des opérateurs novices : 96,6 % étaient exploitables, la sensibilité était de 93 % et la spécificité de 96 % (aire sous la courbe ROC 0,99 dans les cohortes de validation). La valeur prédictive positive brute n’est que de 49,4 % et atteint 91,1 % après relecture experte des examens positifs ou ininterprétables : l’outil sert au dépistage, la confirmation revient à l’échocardiographie complète.

Opérateurs novices : sensibilité 93 % (IC95 % 82–99), spécificité 96 % (95–97) ; AUROC 0,99 en validation

Question clinique

Une échographie cardiaque focalisée, guidée par un algorithme et réalisée par un opérateur novice, permet-elle de dépister un rétrécissement aortique au moins modéré ?

Méthode

Étude diagnostique menée dans les sites de la Mayo Clinic (Midwest, Arizona, Floride). Le modèle a été développé sur 6 753 patients (examens réalisés de 2005 à 2022), puis évalué dans des cohortes de validation interne (852 patients), de test interne (844) et de validation (1 912). Ses performances ont ensuite été mesurées sur 602 échographies focalisées réalisées par des échographistes expérimentés, puis, de façon prospective, sur 1 302 examens acquis par des opérateurs novices guidés par l’IA (deux périodes d’inclusion, en 2024 et en 2025). Cible : le rétrécissement aortique au moins modéré, les performances étant jugées sur l’aire sous la courbe ROC (AUROC), la sensibilité, la spécificité et la valeur prédictive positive.

Résultats clés

  • AUROC 0,99 (IC95 % 0,98–1,00) dans la cohorte de test interne, retrouvée dans les cohortes de l’Arizona (0,99 ; 0,97–1,00) et de Floride (0,99 ; 0,96–1,00).
  • Examens réalisés par des échographistes expérimentés : sensibilité 95 % (IC95 % 82–99), spécificité 97 % (95–98).
  • Examens acquis par des opérateurs novices : 1 258 sur 1 302 (96,6 %) analysables automatiquement ; sensibilité 93 % (82–99), spécificité 96 % (95–97).
  • La relecture experte des examens positifs ou ininterprétables fait passer la valeur prédictive positive de 49,4 % à 91,1 %, au prix d’une sensibilité ramenée à 85,4 %.

Limites

  • Un seul système de santé, même réparti sur trois régions : performances à confirmer dans d’autres organisations de soins.
  • Valeur prédictive positive brute basse (49,4 %) : sans relecture experte, environ un examen positif sur deux est une fausse alerte.
  • L’étude mesure une précision diagnostique ; elle ne montre pas qu’un dépistage ainsi organisé améliore le devenir des patients.
En pratique : l’acquisition guidée par l’IA permet à un opérateur sans formation échographique d’obtenir un examen exploitable dans la grande majorité des cas, avec une sensibilité élevée pour un rétrécissement aortique au moins modéré. Cela ouvre la voie à un dépistage là où l’échocardiographie est peu accessible, à condition qu’un expert relise les examens positifs ou ininterprétables. Le diagnostic et la quantification restent du ressort de l’échocardiographie complète, et le bénéfice clinique d’une telle stratégie reste à démontrer.
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◎ Veille — à suivre Étude diagnostique · validation multinationale

Electrocardiogram-Based Deep Learning to Prioritize Testing for Transthyretin Amyloid Cardiomyopathy

JAMA · 28 août 2026 · 5 cohortes multinationales et 3 cohortes de dépistage

L’amylose cardiaque à transthyrétine se traite désormais, mais son diagnostic reste souvent tardif. Un modèle d’apprentissage profond, développé à partir d’images d’ECG de routine et utilisable sur place, a été conçu pour repérer les patients chez qui il faut poursuivre les explorations jusqu’à la scintigraphie ou la biopsie. En validation interne sur 44 123 patients, l’aire sous la courbe ROC est de 0,84 (IC95 % 0,79–0,89) ; elle va de 0,78 à 0,89 dans cinq cohortes externes multinationales et de 0,76 à 0,91 dans trois cohortes de dépistage, dont des patients opérés du canal carpien. L’intérêt clinique d’un tel tri reste à évaluer de façon prospective.

AUROC 0,84 (IC95 % 0,79–0,89) en validation interne ; sensibilité 72 %, spécificité 86 % au seuil préspécifié

Question clinique

Un ECG de routine, lu sous forme d’image par un modèle d’apprentissage profond, peut-il repérer les patients à adresser pour confirmer une amylose cardiaque à transthyrétine ?

Méthode

Étude de performance diagnostique. Le modèle a été développé au sein du réseau Yale New Haven Health sur 28 174 ECG de 11 291 patients (tracés de 2015 à 2023), dont 293 atteints d’amylose cardiaque à transthyrétine, puis validé temporellement sur 44 123 patients (2023–2025 ; âge moyen 68,5 ans, 49,7 % de femmes). La validation externe a porté sur cinq cohortes multinationales et trois cohortes de dépistage (adultes âgés noirs et hispaniques atteints d’insuffisance cardiaque ; adultes opérés du canal carpien ; de 99 à 3 902 personnes par cohorte). Diagnostic de référence : scintigraphie cardiaque aux traceurs osseux ou biopsie. Une analyse exploratoire a testé un dépistage en deux temps : ECG lu par le modèle, puis échocardiographie assistée par l’IA.

Résultats clés

  • Validation interne : aire sous la courbe ROC (AUROC) 0,84 (IC95 % 0,79–0,89) ; au seuil préspécifié, sensibilité 72 % et spécificité 86 %.
  • La discrimination se maintient chez les patients dont le tableau imite l’amylose — hypertrophie ventriculaire gauche ou rétrécissement aortique serré sans amylose (AUROC 0,81 ; 0,75–0,86) — et chez ceux adressés en scintigraphie (0,78 ; 0,73–0,84).
  • Cohortes externes : AUROC de 0,78 à 0,89. Cohortes de dépistage : 0,76 (0,68–0,83) dans SCAN-MP (645 personnes), 0,79 (0,65–0,93) et 0,91 (0,82–0,97) dans les deux cohortes CACTUS (251 et 121 personnes).
  • Dépistage séquentiel ECG puis échocardiographie (analyse exploratoire) : la valeur prédictive positive passe de 24 % à 66 %, mais la sensibilité recule de 84 % à 68 %.

Limites

  • Cohortes rétrospectives et de dépistage : l’effet sur le délai diagnostique ou le devenir des patients n’a pas été étudié.
  • Les conditions d’emploi et la calibration du seuil demandent une évaluation prospective ; la valeur prédictive positive dépend de la prévalence de l’amylose dans la population testée.
  • Sensibilité de 72 % au seuil retenu : un ECG jugé négatif par le modèle n’écarte pas le diagnostic.
En pratique : appliqué à l’image d’un ECG ordinaire, ce modèle distingue les patients atteints d’amylose à transthyrétine avec une discrimination correcte et reproductible d’une cohorte à l’autre. Il se conçoit comme une première étape de tri, pour orienter vers l’échocardiographie puis l’imagerie de confirmation les patients qui le justifient, et non comme un test diagnostique. Son usage en routine et sa calibration restent à évaluer de façon prospective avant d’en tirer une conduite à tenir.
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▲ À connaître Cohorte MESA · 6 098 participants

Predictive Utility of Coronary Artery Calcium Score Added to the PREVENT Atherosclerotic Cardiovascular Disease Equations

JAMA · 26 août 2026

Les recommandations américaines 2026 sur les dyslipidémies réservent le score calcique aux patients dont le risque à 10 ans, estimé par les équations PREVENT, se situe entre 3 et moins de 10 %. Dans la cohorte MESA (6 098 adultes de 45 à 79 ans sans maladie athéromateuse, 366 événements en 10 ans), l’ajout du score calcique à PREVENT n’améliore que modestement la discrimination (statistique C de 0,73 pour PREVENT seul, variation de 0,02 après ajout du score) et la reclassification. Chez les patients à risque limite (3 à moins de 5 %), la fréquence des événements à 10 ans s’échelonne en revanche de 1,9 % en l’absence de calcification à 14,3 % lorsque le score atteint 300 ou plus, ce qui étaye un usage sélectif de l’examen.

Statistique C : 0,73 avec PREVENT seul, variation de +0,02 (IC95 % 0,01–0,03) avec le score calcique — en risque limite, événements à 10 ans : 1,9 % si le score est nul contre 14,3 % s’il atteint 300 ou plus
Article original ↗

Question clinique

Les équations PREVENT, qui ont remplacé les anciens scores américains, abaissent le risque estimé de la plupart des patients. Le score calcique coronaire ajoute-t-il une information utile à cette estimation, et chez quels patients ?

Méthode

Cohorte observationnelle longitudinale MESA (Multi-Ethnic Study of Atherosclerosis), six centres aux États-Unis, 6 098 participants de 45 à 79 ans sans maladie cardiovasculaire athéromateuse à l’inclusion : âge moyen 61,4 ans, 52 % de femmes, risque moyen à 10 ans estimé par PREVENT de 6,4 %, score calcique supérieur à zéro chez 49 %. Pendant 10 ans de suivi, 366 participants (6 %) ont présenté un événement athéromateux fatal ou non. Les performances de PREVENT ont été comparées sans et avec le score calcique : statistique C de Harrell, calibration et reclassification nette (NRI) selon quatre catégories de risque à 10 ans — faible (< 3 %), limite (3 à < 5 %), intermédiaire (5 à < 10 %), élevé (≥ 10 %).

Résultats clés

  • Statistique C de PREVENT seul : 0,73 (IC95 % 0,70–0,75) ; l’ajout du score calcique la fait varier de +0,02 (0,01–0,03).
  • Reclassification nette catégorielle : 0,095 (0,053–0,137), soit un apport modeste sur l’ensemble de la cohorte ; les auteurs précisent que la discrimination et la reclassification ne changent pas dans certaines catégories de risque.
  • Calibration : pente 1,09 (0,93–1,25) pour PREVENT seul, 0,92 (0,81–1,03) après ajout du score calcique.
  • Chez les participants à risque limite (3 à < 5 %), un événement athéromateux est survenu en 10 ans chez 1,9 % de ceux dont le score calcique était nul, 3,9 % de ceux dont le score était supérieur à 0 et inférieur à 100, 7,4 % de ceux dont le score allait de 100 à moins de 300, et 14,3 % de ceux dont le score atteignait 300 ou plus.

Limites

  • Étude observationnelle : elle mesure l’apport pronostique du score, pas l’effet sur les événements d’une stratégie de prévention guidée par lui.
  • Cohorte américaine multi-ethnique et équations PREVENT : la transposition aux populations européennes évaluées par SCORE2 n’est pas établie.
  • Le détail des événements par strate de score n’est rapporté que pour la catégorie à risque limite.
En pratique : pris sur l’ensemble de la population, le score calcique n’améliore que peu la prédiction obtenue avec les équations PREVENT. Les auteurs concluent que la reclassification observée étaye un usage sélectif chez les patients dont le risque estimé est limite ou intermédiaire, ce qui rejoint la stratégie des recommandations américaines 2026. C’est dans la seule catégorie à risque limite que le gradient est rapporté : la fréquence des événements à 10 ans y va de 1,9 % en l’absence de calcifications à 14,3 % au-delà d’un score de 300. L’étude ne montre pas qu’une décision de traitement fondée sur le score réduit les événements.
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▲ À connaître Consensus d’experts · parcours de soins

Tricuspid regurgitation: standardized stepwise work-up from referral to expert heart valve centre

European Heart Journal · août 2026 · 47(30):4055–4085

Longtemps négligée, l’insuffisance tricuspide bénéficie aujourd’hui de traitements chirurgicaux et percutanés, dont le choix dépend de l’étiologie, du stade de la maladie, des comorbidités, du risque opératoire et de la faisabilité anatomique. Ce consensus d’experts propose un bilan standardisé, étape par étape, du centre qui adresse jusqu’au centre valvulaire expert : évaluation clinique et biologique, imagerie multimodale (échocardiographie, scanner, IRM) et exploration hémodynamique invasive. Il s’inscrit dans les recommandations ESC/EACTS 2025 sur les valvulopathies.

Article original ↗

Question clinique

Devant une insuffisance tricuspide, quel bilan réaliser avant d’adresser le patient, et selon quelle séquence, pour que le centre valvulaire expert dispose d’une évaluation complète et homogène ?

Méthode

Revue d’experts publiée dans l’European Heart Journal, sans données originales. Elle décrit un parcours diagnostique standardisé, du centre adresseur au centre valvulaire expert, sous forme d’algorithmes pratiques et de protocoles structurés, en cohérence avec les recommandations ESC/EACTS 2025 sur la prise en charge des valvulopathies.

Résultats clés

  • Le bilan progresse par étapes : évaluation clinique et biologique, puis imagerie multimodale (échocardiographie, scanner, IRM cardiaque), puis évaluation hémodynamique invasive.
  • Le choix du traitement intègre l’étiologie de la fuite, le stade de la maladie, les comorbidités, le risque opératoire et la faisabilité anatomique, d’où l’intérêt d’un bilan homogène avant la décision.
  • La décision est multidisciplinaire : imageurs, spécialistes de l’insuffisance cardiaque, cardiologues interventionnels, rythmologues et chirurgiens.

Limites

  • Document d’experts : il harmonise les pratiques et facilite un adressage au bon moment, mais ne démontre pas par lui-même un bénéfice clinique.
En pratique : ce parcours donne une trame pour savoir quels examens réaliser avant d’adresser une insuffisance tricuspide significative, et à quel moment la question relève d’un centre valvulaire expert. Un dossier complet à l’arrivée — imagerie multimodale et, si besoin, hémodynamique invasive — permet une évaluation homogène et une discussion multidisciplinaire conforme aux recommandations 2025. Les indications d’intervention elles-mêmes restent celles des recommandations ESC/EACTS.
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◎ Veille — à suivre Méta-analyse · 15 études, 11 350 patients

Comparison of Photon-Counting and Energy-Integrating Computed Coronary Tomography Angiography for Coronary Artery Disease

JACC: Cardiovascular Imaging · juillet 2026 · en ligne avant impression

Les scanners à détecteurs à comptage de photons offrent une résolution spatiale supérieure à celle des scanners conventionnels à intégration d’énergie, ce qui devrait limiter l’artefact d’épanouissement des calcifications (« blooming ») et la surestimation des sténoses. Dans cette méta-analyse de 15 études (11 350 adultes coronariens stables), le comptage de photons reclasse à la baisse la sévérité de la sténose pour 34,2 % des vaisseaux (IC95 % 27,3–41,9) ; il s’accompagne de moins de coronarographies d’aval (OR 0,71 ; 0,63–0,79) et d’un taux de revascularisation plus élevé parmi les patients effectivement cathétérisés (OR 1,43 ; 1,14–1,79). Cette baisse des coronarographies n’est statistiquement significative que lorsque le score calcique est inférieur à 400 ; au-delà, elle n’est qu’une tendance.

Sévérité de la sténose revue à la baisse pour 34,2 % des vaisseaux (IC95 % 27,3–41,9) ; coronarographies d’aval : OR 0,71 (0,63–0,79)

Question clinique

Par rapport au coroscanner conventionnel à intégration d’énergie, le coroscanner à comptage de photons modifie-t-il la quantification des sténoses coronaires et le recours à la coronarographie invasive ?

Méthode

Revue systématique avec méta-analyse à effets aléatoires, protocole préenregistré, méthodologie PRISMA 2020. Quinze études totalisant 11 350 adultes avec maladie coronaire stable explorés par coroscanner. Critères principaux : reclassement de la sévérité des sténoses à l’échelle du vaisseau, recours à la coronarographie invasive et taux de revascularisation parmi les patients cathétérisés. Lorsque les définitions n’étaient pas compatibles entre études, les résultats ont été décrits sans mise en commun.

Résultats clés

  • Le comptage de photons reclasse la sténose à la baisse pour 34,2 % des vaisseaux par rapport au scanner conventionnel (IC95 % 27,3–41,9 ; p < 0,0001).
  • Ce reclassement s’accompagne de moins de coronarographies d’aval (OR 0,71 ; IC95 % 0,63–0,79 ; p < 0,0001) et d’un taux de revascularisation plus élevé parmi les patients cathétérisés (OR 1,43 ; 1,14–1,79 ; p = 0,0017).
  • Selon le score calcique : moins de coronarographies lorsqu’il est inférieur à 400 (OR 0,62 ; 0,52–0,75 ; p < 0,0001) ; à 400 ou plus, simple tendance (OR 0,42 ; 0,16–1,11 ; p = 0,08).

Limites

  • Études hétérogènes dans leurs définitions ; une partie des résultats n’a pu être que décrite, sans méta-analyse.
  • La méta-analyse mesure un reclassement et des taux d’adressage, pas l’exactitude diagnostique face à une référence, ni le devenir des patients.
En pratique : lorsqu’un scanner à comptage de photons est disponible, le coroscanner classe les sténoses comme moins sévères qu’avec un appareil conventionnel, ce qui se traduit par moins de coronarographies d’aval et un meilleur rendement de celles qui sont réalisées. Cette moindre orientation vers la coronarographie n’est significative que pour les scores calciques inférieurs à 400 et reste une simple tendance au-delà ; l’effet sur le pronostic des patients n’est pas connu. Là où seul un scanner conventionnel est disponible, rien ne change.
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▲ À connaître Consensus clinique EACVI

Role of multi-modality cardiac imaging in the management of patients with hypertrophic cardiomyopathy

European Heart Journal – Cardiovascular Imaging · février 2026 · 27(3):369–399

Après les recommandations ESC 2014 sur la cardiomyopathie hypertrophique, l’EACVI avait publié en 2015 un consensus sur l’imagerie multimodale dans cette maladie. Les données accumulées depuis et les recommandations ESC 2023 sur les cardiomyopathies appelaient une refonte : ce nouveau consensus clinique décrit, technique par technique, ce qu’apportent l’échocardiographie, l’IRM et le scanner au diagnostic, à l’évaluation de l’obstruction, à la stratification du risque et au suivi, en insistant sur leur complémentarité.

Article original ↗

Question clinique

Chez un patient suivi pour cardiomyopathie hypertrophique, quel examen d’imagerie demander, à quel moment, et qu’en attendre au-delà de l’échocardiographie ?

Méthode

Consensus clinique de l’European Association of Cardiovascular Imaging (EACVI) de l’ESC, publié dans l’European Heart Journal – Cardiovascular Imaging. Il actualise le consensus EACVI de 2015, rédigé après les recommandations ESC 2014, à la lumière des données publiées depuis et des recommandations ESC 2023 sur les cardiomyopathies. Il s’agit d’un document didactique et exhaustif, sans données originales.

Résultats clés

  • L’approche est explicitement multimodale : les techniques (échocardiographie, IRM cardiaque, scanner) sont présentées comme complémentaires, chacune ayant sa place dans le diagnostic, l’évaluation de l’obstruction, la stratification du risque et le suivi.
  • Le document intègre les acquis publiés depuis 2015 sur le diagnostic, la prise en charge et le pronostic, et se veut cohérent avec les recommandations ESC 2023.
  • Il expose aussi les perspectives d’avenir de l’imagerie multimodale dans cette maladie.
  • C’est un document long, conçu comme une référence à consulter plutôt qu’à lire d’un trait.

Limites

  • Consensus d’experts : il décrit l’état de l’art et ne se substitue pas aux recommandations formelles.
En pratique : ce document sert de référence pour préciser ce que l’on attend de chaque technique d’imagerie chez un patient atteint de cardiomyopathie hypertrophique, à chaque étape de la prise en charge. Les décisions thérapeutiques restent guidées par les recommandations ESC 2023, dont ce consensus est le complément pour l’imagerie.
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2025
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · SCOT-HEART à 10 ans

Coronary CT angiography-guided management of patients with stable chest pain: 10-year outcomes from the SCOT-HEART randomised controlled trial in Scotland

The Lancet · janvier 2025 · 405(10475):329–337

Dans cet essai, 4 146 patients adressés en consultation pour douleur thoracique stable ont été randomisés entre la prise en charge habituelle seule et la même prise en charge complétée d’un coroscanner. Le suivi à 10 ans, assuré par chaînage aux registres nationaux, montre que le bénéfice observé à 5 ans persiste : un décès coronaire ou un infarctus non fatal est survenu chez 6,6 % des patients du groupe coroscanner, contre 8,2 % dans l’autre groupe (HR 0,79 ; IC95 % 0,63–0,99). Les revascularisations sont aussi nombreuses dans les deux groupes, alors que les traitements préventifs restent plus souvent prescrits après coroscanner : c’est le mécanisme que retiennent les investigateurs pour expliquer le bénéfice.

Décès coronaire ou IDM non fatal : 6,6 % contre 8,2 % — HR 0,79 (IC95 % 0,63–0,99)

Question clinique

Chez un patient exploré pour douleur thoracique stable, ajouter un coroscanner à la prise en charge habituelle modifie-t-il le pronostic à long terme ?

Méthode

Essai randomisé ouvert, multicentrique, en groupes parallèles, dans 12 consultations de cardiologie pour douleur thoracique en Écosse. Entre novembre 2010 et septembre 2014, 4 146 patients de 18 à 75 ans présentant des symptômes évoquant un angor stable (âge moyen 57 ans, 43,9 % de femmes) ont été randomisés 1:1 entre prise en charge habituelle plus coroscanner (2 073) et prise en charge habituelle seule (2 073). Analyse préspécifiée à 10 ans, en intention de traiter, à partir des registres nationaux (prescriptions, procédures coronaires, événements cliniques). Critère principal : décès d’origine coronaire ou infarctus du myocarde (IDM) non fatal.

Résultats clés

  • Suivi médian de 10,0 ans. Critère principal : 137 patients (6,6 %) dans le groupe coroscanner contre 171 (8,2 %) — HR 0,79 (IC95 % 0,63–0,99), p = 0,044.
  • IDM non fatal : 4,3 % contre 6,0 % (HR 0,72 ; 0,55–0,94 ; p = 0,017). Événements cardiovasculaires majeurs : 8,3 % contre 10,3 % (HR 0,80 ; 0,65–0,97 ; p = 0,026).
  • Pas de différence entre les groupes pour la mortalité toutes causes, cardiovasculaire et coronaire, ni pour les AVC non fatals.
  • Revascularisations coronaires identiques : 15,2 % contre 15,3 % (HR 1,00 ; 0,86–1,17). Traitement préventif prescrit chez 55,9 % des patients contre 49,0 %, parmi ceux dont les données étaient disponibles (OR 1,17 ; 1,01–1,36 ; p = 0,034).

Limites

  • Essai ouvert ; le résultat du critère principal est à la limite de la significativité (p = 0,044).
  • Recrutement de 2010 à 2014 : la prise en charge habituelle servant de comparateur a évolué depuis, et l’essai ne compare pas le coroscanner aux tests fonctionnels.
  • Population écossaise adressée en consultation spécialisée ; événements recueillis par chaînage aux registres.
En pratique : à dix ans, la prise en charge guidée par le coroscanner reste associée à moins de décès coronaires et d’infarctus, sans augmentation des revascularisations. Le coroscanner ne sert donc pas seulement à écarter une coronaropathie : en révélant l’athérome, il conduit à prescrire davantage de traitements préventifs, et c’est ce mécanisme que les investigateurs retiennent pour expliquer le bénéfice. L’essai conforte le coroscanner en complément de l’évaluation d’une douleur thoracique stable, à condition de traiter ce qu’il montre ; il ne le compare pas aux tests d’ischémie.
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Insuffisance cardiaque

13 sorties
2026
◎ Veille Essai randomisé · SUBCUT-HF II

Early Discharge Strategy Including Subcutaneous Furosemide in Hospitalized Heart Failure.

JACC · 13 octobre 2026 · Essai randomisé ouvert de phase II, 172 patients, Royaume-Uni

Chez 172 patients hospitalisés pour insuffisance cardiaque et encore dépendants de diurétiques par voie parentérale, cet essai ouvert a comparé une sortie précoce, avec furosémide sous-cutané délivré par une mini-pompe portable, à la prise en charge habituelle. À 30 jours, la sortie précoce a fait gagner 4,0 jours vécus hors de l’hôpital (IC95 % 2,1–5,8). Le gain persistait à 60 jours, malgré une tendance à davantage de réhospitalisations pour insuffisance cardiaque (14 % contre 6 %, différence non significative), avec une fréquence comparable d’événements indésirables graves (25 % contre 23 %).

Jours vécus hors de l’hôpital à 30 jours : + 4,0 jours avec la sortie précoce (IC95 % 2,1–5,8 ; p < 0,001) · hospitalisation initiale raccourcie de 5,5 jours en moyenne
Article original ↗

Question clinique

Chez un patient hospitalisé pour insuffisance cardiaque qui a encore besoin de diurétiques par voie parentérale, une sortie précoce avec du furosémide sous-cutané auto-administré par mini-pompe augmente-t-elle le nombre de jours vécus hors de l’hôpital, par rapport à la poursuite du traitement intraveineux en hospitalisation ?

Méthode

Essai multicentrique ouvert de phase II, randomisé avec comparateur actif, conduit au Royaume-Uni. Au total, 172 patients hospitalisés pour insuffisance cardiaque et nécessitant encore des diurétiques parentéraux ont été répartis entre une stratégie de sortie précoce (92 patients) et la prise en charge habituelle (80 patients). Dans le groupe sortie précoce, le furosémide sous-cutané à pH neutre était délivré par une mini-pompe portable actionnée par le patient, avec une réévaluation tous les 3 jours pendant toute la durée du traitement. Les deux groupes avaient une consultation à 2 semaines. Le critère de jugement principal était le nombre de jours vécus hors de l’hôpital à 30 jours de la randomisation.

Résultats clés

  • Critère principal : 4,0 jours supplémentaires vécus hors de l’hôpital à 30 jours avec la sortie précoce (IC95 % 2,1–5,8 ; p < 0,001).
  • Hospitalisation initiale plus courte de 5,5 jours en moyenne (IC95 % 3,6–7,4 ; p < 0,001).
  • À 60 jours, le gain se maintenait : 4,2 jours de plus hors de l’hôpital (IC95 % 0,9–7,6), malgré plus de réhospitalisations pour insuffisance cardiaque dans le groupe sortie précoce (13 patients, soit 14 %, contre 5, soit 6 % ; OR 2,45 ; IC95 % 0,81–7,43).
  • Événements indésirables graves chez 25 % des patients du groupe sortie précoce et 23 % du groupe habituel. Des problèmes liés au dispositif sont survenus pour 3 % des poses de mini-pompe, aucun grave.

Limites

  • Essai ouvert de phase II, 172 patients, un seul pays : les résultats demandent confirmation à plus grande échelle.
  • Le critère principal, les jours vécus hors de l’hôpital, reflète pour une large part le raccourcissement du séjour initial, qui découle de la stratégie elle-même ; un essai de 172 patients ne peut pas juger la mortalité ni les événements cliniques majeurs.
  • La tendance à plus de réhospitalisations pour insuffisance cardiaque n’atteint pas la significativité, mais l’effectif est trop faible pour exclure un excès réel.
  • Suivi limité à 60 jours.
En pratique : cet essai de phase II montre qu’une sortie précoce avec furosémide sous-cutané par mini-pompe est faisable, augmente les jours vécus hors de l’hôpital à 30 jours et raccourcit le séjour initial de cinq jours et demi en moyenne, au prix d’une tendance à plus de réhospitalisations pour insuffisance cardiaque. Il ne permet pas encore de recommander cette stratégie en routine : un essai de plus grande taille, avec des critères cliniques durs, reste nécessaire avant d’en faire une alternative à la poursuite des diurétiques intraveineux à l’hôpital.
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▲ À connaître Essai randomisé · Dig-RHD

Digoxin in Patients With Symptomatic Rheumatic Heart Disease: A Randomized Clinical Trial.

JAMA · 16 juin 2026 · Essai randomisé contre placebo, 1 759 patients analysés, Inde

Cet essai randomisé a comparé la digoxine à faible dose (0,125 à 0,25 mg par jour) à un placebo chez des patients de 12 hôpitaux indiens atteints de cardiopathie rhumatismale symptomatique, qu’ils aient une insuffisance cardiaque, une fibrillation atriale ou un traitement par digoxine déjà en cours. Après un suivi médian de 2,1 ans, le critère composite associant décès et insuffisance cardiaque nouvelle ou aggravée est survenu chez 31,4 % des patients sous digoxine contre 35,5 % sous placebo (HR 0,82 ; IC95 % 0,70–0,97). La mortalité seule n’était pas différente et les arrêts pour suspicion de toxicité digitalique sont restés rares (1,1 %).

Décès ou insuffisance cardiaque nouvelle ou aggravée : 31,4 % sous digoxine contre 35,5 % sous placebo (HR 0,82 ; IC95 % 0,70–0,97 ; p = 0,02) · décès toutes causes 10 % contre 10,4 %
Article original ↗

Question clinique

Chez le patient atteint de cardiopathie rhumatismale symptomatique, population où son efficacité et sa sécurité n’étaient pas connues, la digoxine réduit-elle les décès et les épisodes d’insuffisance cardiaque par rapport au placebo ?

Méthode

Essai multicentrique randomisé contre placebo mené dans 12 hôpitaux de recours en Inde, avec des inclusions de février 2022 à août 2024. Les patients avaient une cardiopathie rhumatismale et, par ailleurs, une insuffisance cardiaque, une fibrillation atriale ou un traitement par digoxine déjà en cours. Ils ont été répartis 1:1, avec stratification sur le rythme de base, entre digoxine orale 0,125 à 0,25 mg une fois par jour (885 patients) et placebo (884 patients) ; 1 759 des 1 769 inclus ont pris au moins une dose et constituent la population de l’analyse principale. L’âge moyen était de 46 ans, avec 72 % de femmes ; 81,5 % des patients avaient une atteinte plurivalvulaire, 85 % une sténose mitrale modérée à serrée, 70 % une fibrillation atriale, et 90 % étaient en classe NYHA II à IV. Le critère principal associait décès toutes causes et insuffisance cardiaque nouvelle ou aggravée dans les 36 mois ; le suivi médian a été de 2,1 ans.

Résultats clés

  • Critère principal : 276 patients (31,4 %) sous digoxine contre 312 (35,5 %) sous placebo (HR 0,82 ; IC95 % 0,70–0,97 ; p = 0,02).
  • Insuffisance cardiaque nouvelle ou aggravée : 25,8 % contre 29,2 % (HR 0,82 ; IC95 % 0,69–0,98). La plupart des aggravations ont été traitées par une majoration des diurétiques, oraux ou intraveineux, sans hospitalisation.
  • Décès toutes causes : 88 patients (10 %) sous digoxine contre 91 (10,4 %) sous placebo (HR 0,94 ; IC95 % 0,70–1,26).
  • Arrêt définitif du traitement pour suspicion de toxicité digitalique : 10 patients sous digoxine (1,1 %) contre 1 sous placebo.

Limites

  • Population jeune, en grande majorité féminine et porteuse d’une sténose mitrale rhumatismale, suivie dans un seul pays : les résultats ne s’extrapolent pas d’emblée aux valvulopathies dégénératives ni à l’insuffisance cardiaque d’autre origine.
  • Le bénéfice repose sur les épisodes d’insuffisance cardiaque, souvent gérés en ambulatoire, sans effet démontré sur la mortalité.
  • Une partie des patients prenaient déjà de la digoxine à l’inclusion ; une lettre publiée en réponse à l’essai souligne que le bénéfice semblait concentré chez ces patients, ce qui soulève l’hypothèse d’un effet de sevrage dans le groupe placebo plutôt que d’un bénéfice de l’instauration.
  • Suivi médian de 2,1 ans.
En pratique : dans la cardiopathie rhumatismale symptomatique, population où dominaient la sténose mitrale et la fibrillation atriale, la digoxine à faible dose a réduit dans cet essai le risque de décès ou d’insuffisance cardiaque nouvelle ou aggravée, un effet porté par les épisodes d’insuffisance cardiaque, avec peu d’arrêts pour toxicité. L’absence d’effet démontré sur la mortalité et l’hypothèse d’un effet de sevrage chez les patients déjà traités invitent à la prudence avant d’en généraliser l’instauration ; chez un patient qui la prend déjà et la tolère, ces résultats n’incitent pas à l’arrêter.
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▲ À connaître Recommandations iCARDIO Alliance 2026

2026 iCARDIO Alliance Global Implementation Guidelines on Heart Failure.

Journal of Cardiac Failure · 1er octobre 2026 · Recommandations, mise à jour de la version 2025

L’iCARDIO Alliance publie la version 2026 de ses recommandations mondiales de mise en œuvre sur l’insuffisance cardiaque, après une première édition en 2025. Le document couvre l’insuffisance cardiaque aiguë et chronique, à fraction d’éjection réduite, préservée ou améliorée, ainsi que les cardiomyopathies, et intègre les traitements récents dans la prise en charge de référence. Sa particularité est de proposer, à côté des recommandations fondées sur les preuves, des recommandations d’« ajustement économique » pour les situations où les ressources sont limitées ou très limitées, afin de rester applicable dans tous les systèmes de santé.

Article original ↗

Question clinique

Comment traduire les recommandations sur l’insuffisance cardiaque en soins concrets quand l’accès aux soins, les infrastructures et les ressources varient d’un pays et d’un centre à l’autre ?

Méthode

Il s’agit de recommandations de consensus d’un groupe international, qui tiennent compte des textes déjà publiés et formulent des recommandations nouvelles là où des preuves récentes sont apparues. Elles couvrent la prise en charge pharmacologique, non pharmacologique, invasive et interventionnelle de l’insuffisance cardiaque, et évaluent pour chaque traitement les risques, les bénéfices et la valeur globale.

Résultats clés

  • Le document, publié pour la première fois en 2025, est mis à jour en 2026 et intègre les traitements récents dans la prise en charge de référence.
  • Il couvre l’insuffisance cardiaque aiguë et chronique, à fraction d’éjection réduite, préservée ou améliorée, et les cardiomyopathies.
  • Des recommandations d’« ajustement économique » sont données pour deux niveaux de contrainte, ressources « quelque peu limitées » et « très limitées » ; elles disent quoi faire quand tout n’est pas disponible.

Limites

  • Il s’agit d’un consensus d’experts, et non des recommandations d’une société savante nationale ou européenne ; les recommandations nouvelles ne sont pas détaillées ici.
  • Les recommandations ESC et ACC/AHA restent les références dans les systèmes de santé sans contrainte de ressources.
En pratique : pour un cardiologue exerçant dans un système de santé bien doté, ce document ne remplace pas les recommandations européennes, mais il offre une synthèse mondiale actualisée et, surtout, des recommandations explicites pour les situations où tous les traitements ne sont pas disponibles. Il mérite d’être connu de ceux qui enseignent, coopèrent avec des centres moins dotés ou doivent établir des priorités.
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◎ Veille Essai randomisé · phase 2b

Myeloperoxidase inhibition with mitiperstat in heart failure with preserved or mildly reduced ejection fraction: a randomized phase 2b trial.

Nature Medicine · 9 septembre 2026 · Essai randomisé de phase 2b, 711 patients

Chez 711 patients insuffisants cardiaques à FEVG supérieure à 40 % (45 % de femmes), deux doses de mitiperstat, un inhibiteur de la myéloperoxydase, ont été comparées au placebo pendant 48 semaines dans un essai multicentrique en double aveugle. À 16 semaines, il n’a amélioré ni le score de symptômes KCCQ (différence −1,4 point ; IC95 % −3,9 à 1,2) ni la distance de marche en six minutes (+3,8 m ; IC95 % −3,1 à 10,8), ni aucun critère secondaire. La tolérance était comparable à celle du placebo, en dehors d’éruptions maculopapuleuses plus fréquentes.

Score de symptômes KCCQ à 16 semaines : différence de −1,4 point contre placebo (IC95 % −3,9 à 1,2 ; p = 0,29) ; marche de six minutes : +3,8 m (IC95 % −3,1 à 10,8 ; p = 0,28)
Article original ↗

Question clinique

Les oxydants produits par la myéloperoxydase réduisent la disponibilité du monoxyde d’azote et favorisent la dysfonction microvasculaire coronaire, la rigidité des cardiomyocytes et la fibrose interstitielle, mécanismes impliqués dans l’insuffisance cardiaque à FEVG préservée ou modérément réduite. Bloquer cette enzyme améliore-t-il les symptômes et la capacité d’effort de ces patients ?

Méthode

Essai de phase 2b multicentrique, randomisé, en double aveugle, contre placebo, à trois bras parallèles. 711 patients insuffisants cardiaques avec une FEVG supérieure à 40 % (45 % de femmes) ont reçu, en trois groupes de taille égale, du mitiperstat 2,5 mg, du mitiperstat 5 mg ou un placebo pendant 48 semaines. Co-critères principaux à 16 semaines : variation du score total de symptômes du questionnaire de Kansas City (KCCQ-TSS) et de la distance de marche en six minutes. Critères secondaires : peptides natriurétiques et marqueurs inflammatoires jusqu’à 48 semaines, paramètres échocardiographiques jusqu’à 24 semaines.

Résultats clés

  • Les deux doses réunies n’ont pas amélioré le KCCQ-TSS par rapport au placebo : différence ajustée de −1,4 point (IC95 % −3,9 à 1,2 ; p = 0,29).
  • Pas d’amélioration de la distance de marche en six minutes : +3,8 m (IC95 % −3,1 à 10,8 ; p = 0,28), ni d’aucun critère secondaire.
  • Événements indésirables, y compris infections, comparables entre les groupes, sauf les éruptions maculopapuleuses : 3,6 % sous mitiperstat contre 0,4 % sous placebo.

Limites

  • Essai de phase 2b jugé sur des critères fonctionnels à 16 semaines, non sur des événements cliniques.
  • Le résumé ne dit pas dans quelle mesure l’enzyme a été inhibée : l’absence d’effet sur les marqueurs biologiques et échocardiographiques laisse ouverte la question d’une cible insuffisamment atteinte ou d’un mécanisme non pertinent chez ces patients.
En pratique : un essai négatif pour une approche anti-oxydante ciblant la myéloperoxydase dans l’insuffisance cardiaque à FEVG préservée ou modérément réduite. Le mitiperstat n’a apporté aucun bénéfice symptomatique ou fonctionnel à quatre mois, malgré une bonne tolérance. Rien ne change dans la prise en charge de ces patients, qui repose sur les traitements ayant fait leurs preuves.
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▲ À connaître Essai randomisé · PADN-HF-PH

Pulmonary Denervation for Heart Failure-Related Pulmonary Hypertension.

NEJM · 30 août 2026 · 264 patients, essai multicentrique chinois · ESC 2026

Cet essai randomisé multicentrique mené en Chine a comparé la dénervation percutanée de l’artère pulmonaire au traitement médical seul, chez 264 patients atteints d’insuffisance cardiaque avec hypertension pulmonaire liée à une cardiopathie gauche et déjà sous traitement médical recommandé. Après un suivi médian de 338 jours, l’incidence estimée à deux ans de l’aggravation clinique (décès, transplantation, hospitalisation ou aggravation ambulatoire de l’insuffisance cardiaque, baisse de la distance de marche) était de 25,7 % après dénervation contre 51,5 % sous traitement médical seul (HR 0,49 ; IC95 % 0,30–0,82). Les seules complications de la procédure ont été des hématomes au point de ponction. Les effets cliniques de cette technique dans l’hypertension pulmonaire du groupe 2 n’étaient pas connus jusque-là.

Aggravation clinique à 2 ans (estimation de Kaplan-Meier) : 25,7 % après dénervation contre 51,5 % sous traitement médical seul (HR 0,49 ; IC95 % 0,30–0,82 ; p = 0,006)

Question clinique

L’hypertension pulmonaire secondaire à une cardiopathie gauche, dite du groupe 2, aggrave le pronostic de l’insuffisance cardiaque et ne dispose d’aucun traitement spécifique validé. Une hyperactivité sympathique pourrait y contribuer, en augmentant les résistances vasculaires pulmonaires et en altérant la fonction ventriculaire droite. La dénervation de l’artère pulmonaire par cathéter, censée réduire cette activité sympathique, améliore-t-elle l’évolution clinique de ces patients ?

Méthode

Essai randomisé multicentrique mené en Chine chez des patients atteints d’insuffisance cardiaque avec hypertension pulmonaire associée à une cardiopathie gauche. Les 264 patients inclus ont été répartis 1:1 entre dénervation de l’artère pulmonaire ajoutée au traitement médical recommandé (134 patients) et traitement médical seul (130 patients). Le critère de jugement principal était l’aggravation clinique, critère composite associant le décès, la transplantation cardiaque ou pulmonaire, l’hospitalisation pour insuffisance cardiaque, l’aggravation ambulatoire de l’insuffisance cardiaque et la baisse de la distance parcourue au test de marche de six minutes, évalué jusqu’au dernier suivi disponible. Le suivi médian a été de 338 jours. L’essai a été financé par Pulnovo Medical, fabricant du dispositif, et par d’autres sources.

Résultats clés

  • Incidence de l’aggravation clinique estimée à deux ans par la méthode de Kaplan-Meier : 25,7 % après dénervation contre 51,5 % sous traitement médical seul ; HR 0,49 ; IC95 % 0,30–0,82 ; p = 0,006. Sur ces estimations, la différence absolue atteint environ 26 points, soit environ 4 patients à traiter pour éviter une aggravation.
  • Test de marche de six minutes : amélioration nette de 24,8 m à 12 mois en faveur de la dénervation, d’après le communiqué du promoteur.
  • Sécurité : des hématomes au point de ponction sont survenus chez 2 patients du groupe dénervation et 1 patient du groupe traitement médical, sans autre complication liée à la procédure ; la fréquence des événements indésirables pendant le suivi était comparable dans les deux groupes.

Limites

  • Le groupe témoin a reçu le traitement médical seul, sans procédure simulée : les composantes les moins objectives du critère principal, aggravation ambulatoire et test de marche, sont exposées à un biais d’évaluation.
  • L’essai n’a été mené que dans un pays, sur un effectif modeste, avec un suivi médian inférieur à un an alors que le résultat principal est exprimé à deux ans : les estimations à deux ans reposent sur une extrapolation des courbes de survie.
  • L’essai ne démontre pas de bénéfice sur la mortalité ou les hospitalisations prises isolément.
  • Essai financé par le fabricant du dispositif.
  • Le phénotype précis des patients, notamment la FEVG et la part d’hypertension pulmonaire combinée pré- et post-capillaire, n’est pas rapporté dans le résumé de l’essai, ce qui limite la transposition à un patient donné.
En pratique : ces résultats ne modifient pas la prise en charge aujourd’hui : la technique n’est pas disponible en routine et une confirmation avec procédure simulée et critères durs reste nécessaire. Ils montrent en revanche que l’hypertension pulmonaire du groupe 2, jusque-là sans traitement dédié, peut devenir une cible interventionnelle. Repérer, à l’échocardiographie puis au cathétérisme droit, les insuffisants cardiaques dont l’hypertension pulmonaire persiste malgré un traitement optimisé prend ainsi un sens nouveau.
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★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · TRIC-I-HF

Tricuspid-Valve Intervention in Heart Failure.

NEJM · 30 août 2026 · 360 patients, 29 centres allemands, essai ouvert 2:1 · ESC 2026

Cet essai randomisé ouvert, mené dans 29 centres valvulaires allemands, a évalué la réparation percutanée ajoutée au traitement médical, par rapport au traitement médical seul, chez 360 patients âgés de 80 ans en moyenne, atteints d’insuffisance tricuspide sévère symptomatique et exposés à un risque élevé d’événements d’insuffisance cardiaque. À un an, le critère hiérarchique associant décès, hospitalisation pour insuffisance cardiaque et qualité de vie est en faveur de la réparation (win ratio 2,42 ; IC95 % 1,76–3,33). À trois ans, 52,4 % des patients réparés étaient vivants sans hospitalisation pour insuffisance cardiaque, contre 21,0 % sous traitement médical seul (HR 0,40 ; IC95 % 0,29–0,55). C’est le premier essai randomisé qui montre un bénéfice de cette technique sur des événements cliniques durs.

Win ratio à 1 an : 2,42 (IC95 % 1,76–3,33 ; p < 0,001) · vivants sans hospitalisation pour IC à 3 ans : 52,4 % contre 21,0 % (HR 0,40 ; IC95 % 0,29–0,55 ; p < 0,001)
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Dans les essais précédents, la réparation percutanée de la tricuspide améliorait les symptômes et la qualité de vie, mais aucun n’avait montré d’effet sur la mortalité ni sur les hospitalisations pour insuffisance cardiaque. Chez des patients sélectionnés pour leur risque élevé d’événements, la réparation réduit-elle ces événements ?

Méthode

Essai randomisé ouvert à promotion académique, mené dans 29 centres valvulaires allemands à haut volume. Les 360 patients inclus avaient une insuffisance tricuspide sévère symptomatique et un risque accru d’événements d’insuffisance cardiaque ; ils ont été répartis 2:1 entre réparation percutanée associée au traitement médical (237 patients) et traitement médical seul (123 patients). L’âge moyen était de 80,3 ± 6,4 ans et 56,4 % des patients étaient des femmes. D’après la présentation faite au congrès, 75 % étaient en classe NYHA III ou IV et la réparation a été réalisée bord à bord chez 98,3 % des patients, avec le dispositif PASCAL dans 65,6 % des cas et TriClip dans 33 %. Le premier critère de jugement principal était un critère hiérarchique associant le décès toutes causes, l’hospitalisation pour insuffisance cardiaque et l’amélioration de la qualité de vie à un an, analysé par win ratio, c’est-à-dire le rapport des comparaisons par paires gagnées sur les comparaisons perdues. Le second critère principal, testé en cas de succès du premier, associait le décès toutes causes et l’hospitalisation pour insuffisance cardiaque à trois ans. Financement principalement académique : Centre allemand de recherche cardiovasculaire, hôpital universitaire Ludwig-Maximilian de Munich, et une subvention de recherche sans restriction d’Edwards Lifesciences.

Résultats clés

  • Premier critère principal : win ratio 2,42 (IC95 % 1,76–3,33 ; p < 0,001) en faveur de la réparation.
  • Second critère principal : à trois ans, 52,4 % des patients du groupe réparation (IC95 % 43,2–63,6) étaient vivants sans hospitalisation pour insuffisance cardiaque, contre 21,0 % (IC95 % 12,7–34,6) sous traitement médical seul ; HR 0,40 ; IC95 % 0,29–0,55 ; p < 0,001. Sur ces estimations, la différence absolue atteint environ 31 points, soit environ 3 patients à traiter pour éviter un événement.
  • D’après la présentation faite au congrès, la mortalité toutes causes était plus basse après réparation (HR 0,62 ; IC95 % 0,40–0,96), avec une survie à trois ans de 72,3 % contre 53,9 % ; le risque de décès ou d’hospitalisation pour insuffisance cardiaque à un an était également plus faible après réparation (HR 0,35 ; IC95 % 0,25–0,50).
  • Toujours d’après cette présentation, le score de qualité de vie KCCQ s’est amélioré en moyenne de 11,2 points à un an après réparation contre 4,3 points sous traitement médical, et 56,3 % des patients réparés n’avaient plus qu’une insuffisance tricuspide légère à un an, contre 19,2 % sous traitement médical seul.
  • Événements indésirables majeurs dans les 30 jours : 14 patients (5,9 %) dans le groupe réparation.

Limites

  • Essai ouvert : la composante qualité de vie et, à un moindre degré, les hospitalisations sont sensibles à la connaissance du traitement reçu ; la mortalité l’est moins.
  • D’après la présentation faite au congrès, 48 patients du groupe traitement médical ont finalement été traités par réparation après un événement, ce qui complique la lecture des courbes à trois ans.
  • Population très ciblée, âgée et congestive — 81,7 % de syndrome cardiorénal d’après la même présentation —, traitée dans des centres à haut volume : la sélection des patients et l’expérience des opérateurs conditionnent le résultat.
  • Les analyses par composante et les données de qualité de vie proviennent de la présentation au congrès et non du résumé de l’article ; elles sont à lire comme des résultats secondaires.
  • L’essai a bénéficié d’une subvention de recherche sans restriction d’Edwards Lifesciences, fabricant du dispositif PASCAL utilisé chez deux patients réparés sur trois.
En pratique : cet essai apporte la première démonstration randomisée d’un bénéfice de la réparation percutanée de la tricuspide sur un critère associant décès et hospitalisations pour insuffisance cardiaque, chez des patients âgés, symptomatiques et congestifs malgré un traitement médical optimisé. Un patient de ce profil — insuffisance tricuspide sévère, hospitalisation récente pour insuffisance cardiaque, atteinte rénale ou hépatique congestive — gagne à être adressé tôt à une équipe valvulaire pour discuter une réparation bord à bord, avant que la défaillance ventriculaire droite ne compromette le geste. Le bénéfice observé reste celui de centres expérimentés et d’une population sélectionnée.
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★ À la une ● Changement de pratique Méta-analyse · ABYSS + SMART-DECISION

Discontinuation of β-blockers in stable patients with previous myocardial infarction, preserved left ventricular ejection fraction, and no heart failure: a pooled analysis of individual patient data.

Lancet · 30 août 2026 · 6 238 patients, données individuelles de deux essais randomisés

Cette analyse groupée a réuni les données individuelles des essais randomisés ABYSS et SMART-DECISION, soit 6 238 patients stables plus de six mois après un infarctus, avec une FEVG ≥ 40 % et sans insuffisance cardiaque, pour comparer l’arrêt du bêtabloquant à sa poursuite. Après un suivi médian de trois ans, le critère principal (décès toutes causes, infarctus, AVC ou hospitalisation pour cause cardiovasculaire) est survenu chez 17,2 % des patients après arrêt contre 15,9 % sous poursuite (HR 1,09), ce qui remplit le critère de non-infériorité fixé à 1,25. Le critère secondaire clé (décès, infarctus ou hospitalisation pour insuffisance cardiaque) satisfait lui aussi à la non-infériorité, et les résultats restent cohérents quelle que soit la FEVG de départ. Les auteurs soulignent que le critère principal, largement composé d’hospitalisations, doit être interprété avec prudence.

Critère principal après 3 ans de suivi médian : 17,2 % après arrêt contre 15,9 % sous poursuite (HR 1,09 ; IC95 % 0,97–1,24 ; p de non-infériorité = 0,016) · décès, infarctus ou hospitalisation pour IC : 6,5 % contre 6,4 % (HR 1,01 ; IC95 % 0,83–1,23)
Article original ↗

Question clinique

Des années après un infarctus, beaucoup de patients en syndrome coronarien chronique gardent un bêtabloquant sans indication résiduelle claire : FEVG conservée, pas d’insuffisance cardiaque, pas d’angor ni de trouble du rythme. Peut-on l’arrêter sans augmenter les événements cardiovasculaires ? Les essais ABYSS (France) et SMART-DECISION (Corée du Sud) avaient conclu différemment ; cette analyse groupée réunit leurs données individuelles pour tester la non-infériorité de l’arrêt.

Méthode

Analyse groupée des données individuelles des deux essais randomisés, soit 6 238 patients (3 698 venant d’ABYSS et 2 540 de SMART-DECISION), chez des patients stables plus de six mois après l’infarctus, avec une FEVG ≥ 40 % et sans insuffisance cardiaque : 3 092 patients assignés à l’arrêt du bêtabloquant et 3 146 à sa poursuite. Le délai médian entre l’infarctus et la randomisation était de 3,6 ans (intervalle interquartile 1,6–7,5) et le suivi médian de 3,0 ans (2,3–3,8). Les données ont été analysées en une étape par un modèle de Cox à effets mixtes, l’essai étant traité en effet aléatoire. La marge de non-infériorité était de 1,25 pour le critère principal (décès toutes causes, infarctus, AVC ou hospitalisation pour cause cardiovasculaire) et de 1,40 pour le critère secondaire clé (décès toutes causes, infarctus ou hospitalisation pour insuffisance cardiaque). Protocole enregistré sur PROSPERO. Aucun financement.

Résultats clés

  • Critère principal : 532/3 092 (17,2 %) après arrêt contre 500/3 146 (15,9 %) sous poursuite ; HR 1,09 ; IC95 % 0,97–1,24 ; p de non-infériorité = 0,016.
  • Critère secondaire clé (décès, infarctus ou hospitalisation pour insuffisance cardiaque) : 201/3 092 (6,5 %) contre 201/3 146 (6,4 %) ; HR 1,01 ; IC95 % 0,83–1,23 ; p de non-infériorité = 0,0006.
  • Les résultats sont restés cohérents quelle que soit la FEVG de départ.

Limites

  • Le critère principal est dominé par les hospitalisations cardiovasculaires, dont la définition et le poids diffèrent d’un essai à l’autre : les auteurs eux-mêmes invitent à l’interpréter avec prudence.
  • L’analyse ne repose que sur deux essais ouverts, menés dans des populations et des systèmes de soins très différents.
  • La borne supérieure de l’IC95 % du critère principal (1,24) approche la marge de 1,25 : la non-infériorité est établie, mais un léger excès d’événements n’est pas exclu et l’équivalence n’est pas démontrée.
  • Les résultats ne s’appliquent pas aux patients dont la FEVG est < 40 %, ni à ceux qui ont une insuffisance cardiaque, un angor ou une indication rythmique du bêtabloquant.
En pratique : chez un coronarien stable à plus de six mois de son infarctus, avec une FEVG ≥ 40 %, sans insuffisance cardiaque ni autre indication, l’arrêt du bêtabloquant peut se discuter en consultation : cette analyse ne montre pas d’excès de décès, d’infarctus ou d’hospitalisation pour insuffisance cardiaque. Le critère principal reste toutefois un peu plus fréquent après l’arrêt, essentiellement du fait des hospitalisations cardiovasculaires. Avant d’arrêter, il reste utile de vérifier l’absence d’angor, d’arythmie ou d’hypertension qui justifieraient de poursuivre le traitement.
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▲ À connaître Essai randomisé en grappes · TIME-HF

Effectiveness of Nurse-Coordinated, Digital-Supported Collaborative Care Model in Reducing Hospital Stay and Mortality Among Patients With Heart Failure: TIME-HF Cluster RCT India.

Circulation · 30 août 2026 · 1 507 patients, 22 centres en Inde, suivi de 2 ans · ESC 2026

Cet essai randomisé en grappes, mené dans 22 centres d’Inde chez 1 507 patients atteints d’insuffisance cardiaque à FEVG réduite, a comparé pendant deux ans les soins usuels à un parcours coordonné par des infirmiers et appuyé par une application mobile (stratification du risque, optimisation du traitement, éducation, suivi actif). Le critère principal, le nombre de jours vécus hors de l’hôpital, a augmenté avec le parcours coordonné. La mortalité toutes causes, critère secondaire, a été plus basse : 21,6 % contre 26,7 % (HR ajusté 0,78 ; IC95 % 0,63–0,95). Ces résultats suggèrent qu’une organisation des soins mieux structurée peut améliorer la survie là où le traitement recommandé reste sous-utilisé.

Mortalité toutes causes à 2 ans : 21,59 % avec le parcours coordonné contre 26,73 % en soins usuels (risque relatif 0,80 ; IC95 % 0,67–0,97 ; HR ajusté 0,78 ; IC95 % 0,63–0,95 ; p = 0,028) · probabilité de rester vivant sans hospitalisation à 730 jours : 84,0 % contre 79,4 %
Article original ↗

Question clinique

L’insuffisance cardiaque à FEVG réduite reste grevée d’une mortalité et de réhospitalisations élevées, en partie parce que le traitement recommandé y est souvent incomplètement prescrit, titré et suivi. Un modèle de soins collaboratif, coordonné par des infirmiers et soutenu par un outil numérique, augmente-t-il le nombre de jours vécus hors de l’hôpital et améliore-t-il la survie en conditions réelles ?

Méthode

Essai randomisé en grappes, en groupes parallèles, mené dans 22 centres d’Inde tirés au sort 1:1 entre l’intervention et les soins usuels. L’essai a inclus 1 507 adultes atteints d’insuffisance cardiaque à FEVG réduite, 755 dans le groupe intervention et 752 en soins usuels : âge moyen 61,9 ans, 77,6 % d’hommes, cardiopathie ischémique en cause dans 77,4 % des cas, 57,3 % de patients vivant en zone rurale et 70 % de faible niveau d’instruction. L’intervention associait une stratification du risque, une optimisation du mode de vie et du traitement, et un programme de suivi de la maladie coordonné par un infirmier et appuyé par une application mobile (éducation à l’autosoin, rappels actifs, surveillance ambulatoire continue) pendant toute la durée de l’étude. Le critère de jugement principal était le nombre de jours vécus hors de l’hôpital sur deux ans, analysé par un modèle bêta à inflation en 1, adapté à la forte proportion de patients ayant passé la totalité des 730 jours hors de l’hôpital ; la mortalité toutes causes était un critère secondaire, analysée par un modèle de Cox tenant compte de la structure en grappes. Tous les participants sauf un ont achevé les 24 mois de suivi.

Résultats clés

  • Probabilité de rester vivant sans hospitalisation jusqu’à 730 jours : 84,0 % (IC95 % 82,2–85,8) avec l’intervention contre 79,4 % (IC95 % 77,7–81,2) en soins usuels, soit 4,5 points de plus selon les auteurs ; la cote d’avoir passé la totalité des 730 jours hors de l’hôpital était supérieure de 78 % dans le groupe intervention (odds ratio 1,78 ; IC95 % 1,42–2,23).
  • Décès toutes causes : 163 (21,59 %) avec l’intervention contre 201 (26,73 %) en soins usuels ; risque relatif 0,80 (IC95 % 0,67–0,97) et HR ajusté 0,78 (IC95 % 0,63–0,95 ; p = 0,028), soit une réduction relative de 22 % et une différence absolue de 5,1 points, ce qui correspond à environ 20 patients à prendre en charge pendant deux ans pour éviter un décès.

Limites

  • Contexte indien (accès aux soins, niveau d’instruction, prescription initiale souvent incomplète) : l’ampleur du bénéfice dépend de la marge de progression du système de soins, plus étroite là où l’insuffisance cardiaque est déjà suivie en filière structurée.
  • Essai ouvert et randomisé par centre : risque de déséquilibre entre grappes et de biais de prise en charge ; la mortalité n’était qu’un critère secondaire.
  • Intervention composite : l’essai ne permet pas de savoir ce qui compte le plus, l’infirmier coordinateur, l’application mobile ou l’optimisation du traitement.
  • La proportion de patients recevant l’ensemble du traitement recommandé à deux ans n’est pas rapportée, alors que l’optimisation thérapeutique est le mécanisme supposé du bénéfice.
En pratique : dans l’insuffisance cardiaque à FEVG réduite, cet essai montre qu’une organisation des soins — infirmier coordinateur, optimisation du traitement, suivi actif appuyé par une application — augmente le temps vécu hors de l’hôpital et s’accompagne d’une mortalité plus basse à deux ans. Il apporte un argument en faveur des protocoles de coopération et des programmes de suivi structuré autour du patient insuffisant cardiaque. L’intervention étant composite, l’essai ne dit pas quelle en est la partie active, et l’ampleur du bénéfice ne se transpose pas telle quelle à un système où le traitement est déjà mieux optimisé.
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◎ Veille Essai randomisé de phase 2b · LUMINARA

Oral Relaxin Receptor Agonist AZD5462 in Participants With Chronic Heart Failure: Primary Results From the LUMINARA Trial.

Circulation · 30 août 2026 · 375 patients, double aveugle contre placebo, 57 sites dans 10 pays · ESC 2026

Cet essai de recherche de dose, mené en double aveugle contre placebo, a évalué un agoniste oral du récepteur de la relaxine (AZD5462, une prise par jour) chez des patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique déjà bien traités, répartis en deux cohortes selon la FEVG : 235 patients à FEVG ≤ 35 % et 140 patients à FEVG de 41 à 55 %. Le médicament a été bien toléré. Dans la cohorte à FEVG de 41 à 55 %, il a réduit significativement l’index de résistances vasculaires systémiques à toutes les doses ; dans la cohorte à FEVG ≤ 35 %, la baisse du volume télésystolique indexé sous 20 mg (−5,4 mL/m²) n’atteint pas le seuil de signification (p = 0,054). Il s’agit d’un signal hémodynamique, pas encore d’un traitement.

Cohorte FEVG ≤ 35 % (20 mg) : variation du volume télésystolique indexé ajustée sur le placebo −5,4 mL/m² (IC95 % −10,9 à 0,1 ; p = 0,054) · cohorte FEVG 41–55 % : baisse significative de l’index de résistances vasculaires systémiques à toutes les doses (p < 0,05)

Question clinique

La stimulation du récepteur de la relaxine (RXFP1) diminue expérimentalement les résistances vasculaires systémiques et la post-charge, améliore la perfusion des organes et favorise le remodelage inverse du ventricule gauche. Un agoniste oral de ce récepteur, pris une fois par jour, modifie-t-il la structure du ventricule gauche et l’hémodynamique dans l’insuffisance cardiaque chronique ?

Méthode

Essai international multicentrique mené dans 57 sites de 10 pays, en double aveugle contre placebo, conçu pour comparer plusieurs doses. Les adultes atteints d’insuffisance cardiaque chronique ont été répartis en deux cohortes selon la FEVG : cohorte A, FEVG ≤ 35 % (235 patients, âge moyen 65 ans, 88 % d’hommes) et cohorte B, FEVG de 41 à 55 % (140 patients, âge moyen 70 ans, 69 % d’hommes). Dans chaque cohorte, les patients ont été répartis en quatre groupes de taille égale entre AZD5462 20, 80 ou 360 mg une fois par jour et placebo, en plus d’un traitement de fond de l’insuffisance cardiaque que les auteurs qualifient d’excellent. Les critères de jugement principaux étaient la variation du volume télésystolique indexé après 24 semaines de traitement dans la cohorte A et celle de l’index de résistances vasculaires systémiques dans la cohorte B, mesurées à la semaine 25.

Résultats clés

  • Cohorte A (FEVG ≤ 35 %) : à la semaine 25, sous 20 mg, la variation du volume télésystolique indexé ajustée sur le placebo était de −5,4 mL/m² (IC95 % −10,9 à 0,1 ; p = 0,054) : le critère principal de cette cohorte n’est donc pas atteint.
  • Cohorte B (FEVG de 41 à 55 %) : réduction significative de l’index de résistances vasculaires systémiques à toutes les doses (tous p < 0,05) ; d’après le communiqué de l’ESC, d’environ 19 % à 20 mg, 21 % à 80 mg et 15 % à 360 mg.
  • Tolérance comparable à celle du placebo ; d’après le communiqué de l’ESC, légère baisse de la pression artérielle, sans excès d’hypotension significative ni de surcharge volémique.
  • Toujours d’après ce communiqué, les effets les plus nets sur la fonction cardiaque ont été observés à la dose la plus faible, sans la relation dose-effet attendue.

Limites

  • Critères de substitution (volume ventriculaire, résistances vasculaires) : aucune donnée sur les hospitalisations ni sur la mortalité.
  • Le critère principal de la cohorte à FEVG réduite n’atteint pas le seuil conventionnel de signification (p = 0,054), et l’intervalle de confiance inclut l’absence d’effet.
  • Absence de relation dose-réponse, effectifs réduits dans chaque bras, 24 semaines de traitement seulement.
En pratique : il n’y a rien à prescrire, mais un nom à retenir : l’AZD5462, agoniste oral du récepteur de la relaxine pris une fois par jour, modifie des paramètres hémodynamiques dans l’insuffisance cardiaque chronique, y compris dans la cohorte dont la FEVG allait de 41 à 55 %. Ces résultats reposent sur des critères de substitution et ne disent pas si cet effet se traduira par un bénéfice clinique. Les auteurs appellent à des essais plus larges et plus longs sur les événements cliniques ; ce sont eux qui diront si la voie de la relaxine tient ses promesses.
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★ À la une ● Changement de pratique Recommandations ESC 2026

2026 ESC Guidelines for the management of heart failure

European Heart Journal · 28 août 2026 · ESC 2026

Première refonte complète des recommandations européennes sur l’insuffisance cardiaque depuis 2021. La catégorie intermédiaire « FEVG modérément altérée » disparaît : il ne reste que deux phénotypes, FEVG réduite (< 50 %) et FEVG préservée (≥ 50 %). Les antagonistes des récepteurs minéralocorticoïdes passent en classe I quelle que soit la FEVG, et les agonistes du GLP-1 entrent dans le texte pour l’insuffisance cardiaque à FEVG préservée avec obésité.

Question clinique

Cinq ans après le texte de 2021, comment classer et traiter l’insuffisance cardiaque, alors que les iSGLT2 se sont généralisés, que la finérénone et les agonistes du GLP-1 ont été évalués dans l’insuffisance cardiaque et que les digitaliques reviennent dans les essais ?

Méthode

Recommandations de la Société européenne de cardiologie, publiées dans l’European Heart Journal le 28 août 2026 et présentées au congrès de l’ESC à Munich.

Résultats clés

  • Deux phénotypes au lieu de trois : la catégorie FEVG 41–49 % disparaît. Le texte distingue désormais la FEVG réduite (< 50 %) et la FEVG préservée (≥ 50 %), au motif que la physiopathologie et la réponse au traitement sont semblables en deçà de 50 %.
  • Le terme « aiguë » est remplacé par « décompensée » : la dégradation de la fonction cardiaque est le plus souvent progressive, jusqu’au moment où le cœur ne compense plus.
  • Trois classes de traitement remplacent la notion de traitement médical optimal : traitement médical fondamental (pour tous les patients), traitement médical additionnel (pour des sous-groupes) et interventions recommandées (dispositifs et procédures).
  • Antagonistes des récepteurs minéralocorticoïdes : classe I quelle que soit la FEVG dans l’insuffisance cardiaque chronique.
  • Agonistes du GLP-1 (sémaglutide, tirzépatide) : classe IIa dans l’insuffisance cardiaque à FEVG préservée avec obésité.
  • Recommandations renforcées pour la digoxine et la digitoxine, pour l’assistance circulatoire de longue durée et pour la réparation mitrale percutanée dans des situations précises.
  • Approche par stades maintenue, du stade A (prévention) au stade D (insuffisance cardiaque avancée).

Limites

  • La suppression de la catégorie intermédiaire est un choix pragmatique : les essais consacrés à cette tranche de FEVG restent peu nombreux et reposent souvent sur des analyses de sous-groupes.
  • L’accès aux agonistes du GLP-1 et leur remboursement dans l’insuffisance cardiaque ne suivent pas partout la recommandation.
En pratique : deux changements peuvent s’intégrer dès la prochaine consultation. D’abord, la tranche de FEVG 41–49 % n’est plus une zone à part : en deçà de 50 %, le traitement fondamental de l’insuffisance cardiaque à FEVG réduite s’applique dans son ensemble. Ensuite, la spironolactone (ou l’éplérénone) devient un traitement de fond à proposer aussi à FEVG préservée, avec la surveillance habituelle de la kaliémie et de la créatinine. Chez l’insuffisant cardiaque à FEVG préservée et obèse, le sémaglutide ou le tirzépatide entrent dans les options. Enfin, le vocabulaire des courriers change : on parle de décompensation, non plus d’insuffisance cardiaque aiguë.
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▲ À connaître Recommandations ESC 2026 · avec l’European Renal Association

2026 ESC Guidelines for the management of cardiovascular disease and chronic kidney disease

European Heart Journal · 28 août 2026 · ESC 2026

L’ESC publie, avec l’European Renal Association, le premier texte européen consacré aux liens entre maladie cardiovasculaire et maladie rénale chronique. Le message central est simple : dès qu’une maladie cardiovasculaire est diagnostiquée, il faut rechercher une maladie rénale chronique par le débit de filtration glomérulaire estimé et par le rapport albumine/créatinine urinaire, les deux examens étant nécessaires.

Question clinique

Environ 100 millions d’Européens vivent avec une maladie rénale chronique, et chacune des deux maladies, cardiaque et rénale, aggrave l’autre. Comment le cardiologue doit-il organiser le dépistage de l’atteinte rénale et la prise en charge conjointe de ces patients ?

Méthode

Recommandations conjointes de la Société européenne de cardiologie et de l’European Renal Association, publiées le 28 août 2026 dans l’European Heart Journal.

Résultats clés

  • Dépister tout patient cardiovasculaire dès le diagnostic : créatininémie avec débit de filtration glomérulaire estimé et rapport albumine/créatinine sur un échantillon d’urine. L’albuminurie est la partie la plus négligée de ce bilan.
  • Une démarche en cinq temps, résumée par l’acronyme STAMP : dépister (Screen), trier selon un score de risque validé (Triage), traiter le risque rénal (Address), adapter la prise en charge cardiologique à la fonction rénale (Modify) et organiser le parcours cardio-néphrologique (Plan).
  • Trois traitements mis en avant, d’autant plus efficaces qu’ils sont introduits tôt : bloqueur du système rénine-angiotensine, iSGLT2 et statine.
  • Le texte insiste sur la coordination entre cardiologue et néphrologue et sur la décision partagée avec le patient.

Limites

  • Texte de recommandations : le bénéfice d’un dépistage systématique n’a pas été testé dans un essai dédié.
  • La faisabilité dépend de l’accès au dosage de l’albuminurie et de l’organisation locale des parcours de soins.
En pratique : le rapport albumine/créatinine urinaire a sa place sur l’ordonnance de bilan de tout nouveau patient coronarien, insuffisant cardiaque, artéritique ou en fibrillation atriale : c’est un examen simple, sur un échantillon d’urine, qui reste trop peu prescrit. Un débit de filtration glomérulaire normal ne suffit pas à écarter une maladie rénale. En cas d’anomalie, l’association bloqueur du système rénine-angiotensine, iSGLT2 et statine peut être mise en place sans attendre l’avis néphrologique, qui reste indiqué pour les stades avancés ou une albuminurie importante.
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★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · TARTAN-HF

Targeted Assessment in High-Risk Patients With Diabetes to Identify Undiagnosed Heart Failure (TARTAN-HF)

JACC · 11 août 2026

Cet essai randomisé ouvert, mené en Écosse, a comparé un dépistage par dosage du NT-proBNP (suivi d’une échocardiographie si ≥ 125 pg/mL) aux soins courants, chez 706 patients diabétiques suivis en ville, âgés d’au moins 40 ans, porteurs d’au moins un facteur de risque supplémentaire et sans insuffisance cardiaque connue. À six mois, une insuffisance cardiaque a été diagnostiquée chez 24,6 % des patients dépistés contre 1 % en soins courants, presque toujours à FEVG préservée. Il s’agit d’un critère diagnostique : l’essai ne dit pas si ce dépistage améliore le pronostic.

Diagnostic d’insuffisance cardiaque à 6 mois : 24,6 % (87/354) avec le dépistage contre 1 % (2/352) en soins courants (OR 58 ; IC95 % 14–236) · 5 patients à dépister pour un diagnostic
Article original ↗

Question clinique

Les recommandations divergent sur l’intérêt d’un dépistage de l’insuffisance cardiaque chez le diabétique. Un dosage systématique du NT-proBNP chez les diabétiques à risque permet-il de repérer une insuffisance cardiaque passée inaperçue ?

Méthode

Essai randomisé multicentrique ouvert, mené dans l’ouest de l’Écosse de janvier 2023 à mai 2025. 706 participants ont été recrutés en population générale : âge ≥ 40 ans, diabète de type 1 ou 2 avec au moins un facteur de risque supplémentaire d’insuffisance cardiaque, sans insuffisance cardiaque connue. Randomisation 1:1 entre dépistage par NT-proBNP (échocardiographie si ≥ 125 pg/mL) et soins courants. Âge médian 71 ans, 69 % d’hommes, 90 % de diabète de type 2, durée médiane du diabète 12,5 ans. Critère principal : diagnostic d’insuffisance cardiaque à six mois selon la définition des recommandations ESC 2021. Critères secondaires et exploratoires : phénotype, prescription d’iSGLT2, et un critère composite d’hospitalisation pour insuffisance cardiaque ou de décès.

Résultats clés

  • Insuffisance cardiaque diagnostiquée chez 87/354 patients (24,6 %) du groupe dépistage contre 2/352 (1 %) en soins courants ; OR 58 (IC95 % 14–236 ; p < 0,001).
  • Nombre de patients à dépister pour un diagnostic : 5 (IC95 % 4–6).
  • Phénotype : la plupart des cas étaient des insuffisances cardiaques à FEVG préservée, diagnostiquées chez 23 % des patients du groupe dépistage, soit la quasi-totalité des diagnostics.
  • Prescription d’iSGLT2 dans le groupe dépistage : passée de 24 % à 39 %.
  • Ces insuffisances cardiaques méconnues étaient symptomatiques : score KCCQ-12 médian de 65,6 chez les patients diagnostiqués contre 89,6 chez ceux sans insuffisance cardiaque.

Limites

  • Critère de jugement diagnostique et non pronostique : rien ne démontre à ce jour qu’un tel dépistage réduise les hospitalisations ou la mortalité.
  • Essai ouvert ; le groupe soins courants ne recevait aucune incitation au diagnostic, ce qui accentue mécaniquement le contraste.
  • Population écossaise âgée (âge médian 71 ans) et majoritairement masculine ; financement industriel (AstraZeneca).
En pratique : chez un diabétique de plus de 40 ans porteur d’au moins un autre facteur de risque d’insuffisance cardiaque, le NT-proBNP se révèle un examen de débrouillage rentable : cinq patients dépistés pour un diagnostic. Au-delà de 125 pg/mL, l’échocardiographie retrouve le plus souvent une insuffisance cardiaque à FEVG préservée symptomatique passée inaperçue, qui ouvre l’accès aux iSGLT2. Une réserve reste à garder en tête : le bénéfice clinique du dépistage lui-même n’est pas démontré, et cet essai ne le mesurait pas.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations

Management of Heart Failure With Preserved Ejection Fraction: 2026 ACC Expert Consensus Decision Pathway

JACC · juillet 2026

L’American College of Cardiology actualise son parcours décisionnel sur l’insuffisance cardiaque à FEVG préservée (ICFEp). Le document place les inhibiteurs de SGLT2 au centre du traitement, y intègre la finérénone (essai FINEARTS-HF) et les traitements de l’obésité (agonistes du GLP-1) chez les patients au phénotype obèse, et propose un algorithme diagnostique pragmatique comprenant le dépistage de l’amylose cardiaque.

Article original ↗ Analyse ACC ↗

Question clinique

Comment structurer, en consultation comme à l’hôpital, le diagnostic et le traitement de l’ICFEp à la lumière des essais récents sur les inhibiteurs de SGLT2, la finérénone et les traitements de l’obésité ?

Méthode

Document de consensus d’experts de l’ACC (Expert Consensus Decision Pathway), qui actualise la version précédente à partir des essais publiés depuis. Il s’agit d’un parcours décisionnel pratique, et non d’une recommandation graduée par niveaux de preuve.

Résultats clés

  • Algorithme diagnostique pragmatique devant une dyspnée ou des œdèmes, avec dépistage de l’amylose cardiaque.
  • Inhibiteurs de SGLT2 proposés comme traitement de fond de l’ensemble des patients.
  • Finérénone intégrée sur la base de FINEARTS-HF ; traitements de l’obésité (agonistes du GLP-1) chez les patients au phénotype obèse.

Limites

  • Document nord-américain : sa transposition dépend des autorisations de mise sur le marché et des conditions de remboursement en vigueur localement.
En pratique : Ce parcours donne un cadre directement utilisable pour structurer le diagnostic et le traitement de l’ICFEp : inhibiteur de SGLT2 chez tous les patients, perte de poids ciblée chez le patient obèse, dépistage de l’amylose. Il s’agit d’un consensus d’experts ; ses choix thérapeutiques restent à confronter aux autorisations et aux recommandations européennes.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations

AHA/ACC/ESC/WHF Expert Consensus Document: Second Universal Definition of Heart Failure

Circulation (co-publication EHJ, JACC) · juin 2026

Quatre sociétés savantes (AHA, ACC, ESC et World Heart Federation) actualisent la définition universelle de l’insuffisance cardiaque publiée en 2021. Les phénotypes ne sont plus définis par des seuils rigides de FEVG mais regroupés en trois catégories : FEVG réduite, préservée et améliorée. Le document formalise les trajectoires de la maladie (amélioration, rémission, récupération), propose une classification universelle des causes et souligne le poids des déterminants sociaux et des disparités géographiques.

Article original ↗ Analyse ↗

Question clinique

Comment définir et classer l’insuffisance cardiaque de façon homogène entre cliniciens, chercheurs et systèmes de santé, cinq ans après la première définition universelle ?

Méthode

Document de consensus d’experts rédigé conjointement par l’AHA, l’ACC, l’ESC et la World Heart Federation, publié simultanément dans plusieurs revues. Il actualise la définition de 2021 sans apporter de nouvelles données d’essais.

Résultats clés

  • Classification des phénotypes recentrée sur trois catégories — FEVG réduite, préservée et améliorée — sans seuils rigides de FEVG.
  • Trajectoires formalisées : amélioration, rémission et récupération.
  • Classification universelle des causes d’insuffisance cardiaque ; stade pré-IC (stade B, défini en 2021) maintenu comme cadre de la prévention ; prise en compte des déterminants sociaux et des variations géographiques.

Limites

  • Consensus sans nouvelles données d’essais ; sa portée dépendra de sa reprise dans les recommandations ESC et ACC/AHA. Les critères précis de chaque catégorie ne figurent pas dans le résumé de l’article.
En pratique : Le vocabulaire proposé — « IC à FEVG améliorée », « rémission » plutôt que « guérison » — peut être adopté dès maintenant dans les comptes rendus. La notion de rémission rappelle qu’une FEVG redevenue normale ne signifie pas la disparition de la maladie, ce qui plaide pour le maintien du traitement de fond chez ces patients.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse · DIG + DIGIT-HF + DECISION

Efficacy and Safety of Digitalis Glycosides in Heart Failure: A Meta-Analysis

JAMA · 10 mai 2026 · présenté au congrès HFA 2026

Cette méta-analyse réunit trois essais randomisés contre placebo (DIG, DIGIT-HF et DECISION), soit 9 013 patients en insuffisance cardiaque à FEVG réduite ou modérément réduite. Un décès cardiovasculaire ou une première aggravation de l’insuffisance cardiaque est survenu chez 41 % des patients sous digitalique, contre 45 % sous placebo (HR 0,85 ; IC95 % 0,80–0,90). Le bénéfice tient à la baisse des aggravations (HR 0,75 ; IC95 % 0,69–0,81), sans effet démontré sur la mortalité cardiovasculaire ni sur la mortalité toutes causes. Aucune hétérogénéité significative n’a été observée selon l’essai, le digitalique utilisé ou l’intensité du traitement de fond.

Décès cardiovasculaire ou aggravation d’IC : 41 % sous digitalique contre 45 % sous placebo (HR 0,85 ; IC95 % 0,80–0,90)

Question clinique

Les digitaliques gardent-ils une place dans l’insuffisance cardiaque à FEVG réduite ou modérément réduite, chez des patients qui reçoivent déjà le traitement de fond recommandé ?

Méthode

Méta-analyse d’essais randomisés contre placebo de plus de 1 000 patients, recherchés dans PubMed jusqu’au 1er mars 2026 et publiés en anglais. Trois essais répondaient aux critères : DIG (digoxine), DIGIT-HF (digitoxine) et DECISION (digoxine à faible dose), soit 9 013 patients en insuffisance cardiaque à FEVG réduite ou modérément réduite (âge moyen pondéré 64,5 ans, 22 % de femmes). Le traitement de fond diffère selon l’époque de chaque essai : DIG a été conduit avant que les bêtabloquants, les inhibiteurs du récepteur de l’angiotensine et de la néprilysine (ARNI) et les inhibiteurs du SGLT2 ne deviennent le traitement de référence, contrairement à DIGIT-HF et à DECISION. Le critère de jugement principal associait le décès cardiovasculaire et la première aggravation d’insuffisance cardiaque ; les composantes du critère et le décès toutes causes étaient des critères secondaires. Le risque de biais a été évalué avec l’outil Cochrane et les résultats agrégés par un modèle à effets fixes.

Résultats clés

  • Décès cardiovasculaire ou première aggravation d’insuffisance cardiaque : 1 852/4 510 (41 %) sous digitalique contre 2 037/4 503 (45 %) sous placebo, soit HR 0,85 (IC95 % 0,80–0,90 ; p < 0,001) et environ 4 points de différence absolue.
  • Première aggravation d’insuffisance cardiaque : 1 183 patients (26 %) contre 1 474 (33 %), HR 0,75 (IC95 % 0,69–0,81 ; p < 0,001). C’est cette composante qui porte le bénéfice.
  • Décès cardiovasculaires, rapportés sous le terme d’« événements cardiovasculaires » : 1 224 dans chaque groupe, soit 27 % des participants de part et d’autre, HR 0,99 (IC95 % 0,92–1,07 ; p = 0,81).
  • Décès toutes causes : 1 466 (32 %) contre 1 497 (33 %), HR 0,97 (IC95 % 0,90–1,04 ; p = 0,41).
  • Aucune hétérogénéité statistiquement significative selon l’essai, le digitalique utilisé ou l’intensité du traitement de fond.

Limites

  • L’essai DIG, le plus ancien des trois, apporte environ trois patients sur quatre, à une époque où bêtabloquants, ARNI et inhibiteurs du SGLT2 n’étaient pas le traitement de référence : l’absence d’hétérogénéité significative selon l’intensité du traitement de fond ne démontre pas que l’effet soit le même sous traitement moderne.
  • Le bénéfice porte sur les aggravations d’insuffisance cardiaque, sans effet démontré sur la mortalité cardiovasculaire ni sur la mortalité toutes causes.
  • Trois essais seulement, agrégés par un modèle à effets fixes qui suppose un effet commun. Le résumé de l’article ne détaille pas la tolérance, alors que la marge thérapeutique étroite des digitaliques impose des doses faibles et une surveillance des concentrations plasmatiques.
En pratique : chez un patient en insuffisance cardiaque à FEVG réduite ou modérément réduite qui reste symptomatique malgré un traitement de fond optimisé, un digitalique à faible dose peut être envisagé en complément pour réduire les aggravations, sans en attendre de gain de survie. Il ne remplace aucun des piliers du traitement, et la surveillance des concentrations reste nécessaire. Le poids de l’essai DIG, antérieur aux traitements actuels, invite à interpréter la taille de l’effet avec prudence.
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◎ Veille Registre majeur · TIM-HF3

TIM-HF3: voice-based prediction of heart failure hospitalization

Heart Failure 2026 (HFA-ESC) · mai 2026 · présenté à HFA 2026

Cette étude observationnelle allemande a évalué une télésurveillance vocale chez 105 patients insuffisants cardiaques. L’analyse hebdomadaire par intelligence artificielle d’une voyelle tenue, enregistrée sur tablette, a détecté les hospitalisations pour insuffisance cardiaque avec une sensibilité de 84 %, contre 36 % pour la surveillance du poids ; l’alerte précédait l’hospitalisation de 29 jours en médiane. Ces résultats de congrès n’ont pas encore été publiés dans une revue.

Sensibilité de détection : 84,0 % pour la voix contre 36,0 % pour le poids ; alerte médiane 29 jours avant l’hospitalisation

Question clinique

Chez des patients insuffisants cardiaques suivis en ambulatoire, l’analyse hebdomadaire de la voix par intelligence artificielle peut-elle annoncer une hospitalisation pour insuffisance cardiaque plus tôt et plus sûrement que la pesée quotidienne ? L’hypothèse est que la surcharge hydrique modifie la mécanique des cordes vocales.

Méthode

Étude observationnelle menée dans trois centres allemands : 105 patients en classe NYHA II–III, hospitalisés pour insuffisance cardiaque dans les 12 mois précédents, enregistraient chaque semaine sur tablette une voyelle /i/ tenue pendant 5 secondes. Un algorithme d’intelligence artificielle, appliqué rétrospectivement après la fin de l’étude, calculait un score de risque vocal propre à chaque patient (écart à sa propre ligne de base). Ces alertes ont été comparées aux alertes de poids (prise ≥ 2 kg en 3 jours ou ≥ 5 kg en 7 jours). Résultats présentés au congrès Heart Failure 2026 (HFA-ESC).

Résultats clés

  • Chez 92 patients ambulatoires suivis en moyenne 10 mois, 44 hospitalisations pour insuffisance cardiaque sont survenues, dont 25 s’accompagnaient d’assez d’enregistrements pour être analysées.
  • Sensibilité de détection : 84,0 % pour la voix (IC95 % 65,3–93,6) contre 36,0 % pour le poids (IC95 % 20,2–55,5).
  • Délai médian entre l’alerte et l’hospitalisation : 29 jours avec la voix contre 13 jours avec le poids, avec moins de fausses alertes (2,62 contre 6,07 alertes inexpliquées par patient et par an).

Limites

  • Étude observationnelle de petite taille ; analyse vocale faite après coup, sans accès des cliniciens aux alertes ; sensibilité possiblement surestimée par la restriction aux 25 événements analysables ; patients germanophones uniquement ; résultats de congrès non encore publiés dans une revue à comité de lecture.
En pratique : Rien ne change aujourd’hui : aucun outil de télésurveillance vocale n’est disponible, et il s’agit d’une étude observationnelle de petite taille dont l’analyse a été faite a posteriori. Le signal mérite néanmoins attention : dans cette cohorte, la voix a devancé de près d’un mois une surveillance du poids tardive et peu sensible. Un essai interventionnel prospectif est annoncé ; c’est lui qui dira si ce marqueur permet d’éviter des hospitalisations.
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▲ À connaître Essai randomisé · SPIRIT-HF

Spironolactone in the Treatment of Heart Failure (SPIRIT-HF)

NEJM · mars 2026 · présenté à l’ACC.26

Chez 730 patients symptomatiques en insuffisance cardiaque à FEVG légèrement réduite ou préservée (FEVG ≥ 40 %), la spironolactone n’a pas réduit, à 24 mois, le critère composite associant le décès cardiovasculaire et les hospitalisations totales pour insuffisance cardiaque, par rapport au placebo. Le recrutement s’est arrêté à 47 % de l’effectif prévu et les arrêts de traitement ont été fréquents : l’essai manque nettement de puissance et ne tranche pas la question.

Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Chez des patients symptomatiques en insuffisance cardiaque à FEVG ≥ 40 %, la spironolactone, antagoniste stéroïdien des récepteurs minéralocorticoïdes, réduit-elle les décès cardiovasculaires et les hospitalisations pour insuffisance cardiaque ?

Méthode

Essai randomisé en double insu contre placebo, mené chez 730 patients en insuffisance cardiaque à FEVG légèrement réduite ou préservée (FEVG ≥ 40 %), suivis 24 mois. Critère de jugement principal : décès cardiovasculaire ou hospitalisations totales pour insuffisance cardiaque. Le recrutement a été interrompu à 47 % de l’effectif prévu. Présenté à l’ACC.26 et publié dans le NEJM.

Résultats clés

  • Pas de réduction significative du critère principal sous spironolactone par rapport au placebo à 24 mois.
  • Arrêts du traitement fréquents au cours du suivi.

Limites

  • Effectif très inférieur à celui prévu (47 %) et arrêts de traitement fréquents : l’essai manque de puissance et ne permet pas de conclure, ni dans un sens ni dans l’autre. Un résultat non significatif dans ces conditions n’est pas la démonstration d’une absence d’effet.
En pratique : Cet essai ne relance pas la spironolactone dans l’insuffisance cardiaque à FEVG préservée, mais il ne démontre pas non plus son inefficacité : sous-dimensionné, il laisse la question ouverte. Chez ces patients, les classes dont le bénéfice est établi restent les inhibiteurs de SGLT2 et, d’après FINEARTS-HF, la finérénone.
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2025
▲ À connaître Essai randomisé · DAPA ACT HF-TIMI 68

Dapagliflozin in Patients Hospitalized for Heart Failure: the DAPA ACT HF-TIMI 68 Randomized Clinical Trial and Meta-Analysis

Circulation · août 2025 · présenté à l’ESC 2025

Chez 2 401 patients hospitalisés pour insuffisance cardiaque, la dapagliflozine débutée pendant l’hospitalisation n’a pas réduit significativement le critère composite de décès cardiovasculaire ou d’aggravation de l’insuffisance cardiaque à 2 mois par rapport au placebo (10,9 % contre 12,7 % ; HR 0,86). La méta-analyse préspécifiée des essais randomisés ayant testé l’introduction d’un inhibiteur de SGLT2 pendant l’hospitalisation montre en revanche une réduction de ce critère (HR 0,71) et de la mortalité totale (HR 0,57).

Décès cardiovasculaire ou aggravation de l’IC à 2 mois : 10,9 % sous dapagliflozine contre 12,7 % sous placebo — HR 0,86 (IC95 % 0,68–1,08 ; p = 0,20)
Article original ↗ Analyse ACC ↗

Question clinique

Chez des patients hospitalisés pour insuffisance cardiaque, débuter la dapagliflozine avant la sortie réduit-il les décès cardiovasculaires et les aggravations précoces de l’insuffisance cardiaque ? Les inhibiteurs de SGLT2 ont fait leurs preuves en ambulatoire, mais les données sur l’initiation hospitalière restaient limitées.

Méthode

Essai randomisé en double insu contre placebo : 2 401 patients hospitalisés pour insuffisance cardiaque entre septembre 2020 et mars 2025 (âge médian 69 ans, 33,9 % de femmes, FEVG ≤ 40 % chez 71,5 %, insuffisance cardiaque nouvellement diagnostiquée chez 44,7 %), randomisés entre dapagliflozine 10 mg/j débutée à l’hôpital (n = 1 218) et placebo (n = 1 183). Critère principal : décès cardiovasculaire ou aggravation de l’insuffisance cardiaque à 2 mois. Critères de sécurité : hypotension symptomatique et dégradation de la fonction rénale. Une méta-analyse préspécifiée des essais randomisés d’initiation hospitalière des inhibiteurs de SGLT2 complétait l’analyse. Présenté à l’ESC 2025.

Résultats clés

  • Critère principal : 10,9 % sous dapagliflozine contre 12,7 % sous placebo — HR 0,86 (IC95 % 0,68–1,08 ; p = 0,20), différence non significative.
  • Aggravation de l’insuffisance cardiaque : 9,4 % contre 10,3 % (HR 0,91 ; 0,71–1,18) ; décès cardiovasculaire : 2,5 % contre 3,1 % (HR 0,78 ; 0,48–1,27) ; décès toute cause : 3,0 % contre 4,5 % (HR 0,66 ; 0,43–1,00).
  • Tolérance : hypotension symptomatique 3,6 % contre 2,2 %, dégradation de la fonction rénale 5,9 % contre 4,7 %.
  • Méta-analyse des essais d’initiation hospitalière : réduction précoce du décès cardiovasculaire ou de l’aggravation (HR 0,71 ; IC95 % 0,54–0,93 ; p = 0,012) et de la mortalité toute cause (HR 0,57 ; 0,41–0,80 ; p = 0,001).

Limites

  • Essai négatif sur son critère principal : les résultats sur les composantes et la mortalité n’ont qu’une valeur descriptive. Le signal favorable repose sur la méta-analyse, qui regroupe des essais de conception différente. L’horizon est court (2 mois) et ne renseigne pas sur le bénéfice à long terme de l’initiation hospitalière par rapport à une introduction différée.
En pratique : Pris isolément, l’essai ne démontre pas de bénéfice de la dapagliflozine débutée à l’hôpital sur un horizon de 2 mois. L’ensemble des essais randomisés d’initiation hospitalière suggère néanmoins une réduction précoce des décès et des aggravations, avec une tolérance acceptable. Cela conforte l’habitude de débuter l’inhibiteur de SGLT2 avant la sortie ou, à défaut, de l’introduire rapidement au décours de l’hospitalisation.
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▲ À connaître Essai randomisé · VICTOR

Vericiguat in patients with chronic heart failure and reduced ejection fraction (VICTOR): a double-blind, placebo-controlled, randomised, phase 3 trial

The Lancet · août 2025 · présenté à l’ESC 2025

Chez 6 105 patients en insuffisance cardiaque à FEVG réduite sans aggravation récente et sous traitement optimisé, le vériciguat n’a pas réduit le critère principal associant décès cardiovasculaire et hospitalisation pour insuffisance cardiaque, par rapport au placebo : 18,0 % contre 19,1 % (HR 0,93 ; IC95 % 0,83–1,04 ; p = 0,22) après un suivi médian de 18,5 mois. Les décès cardiovasculaires ont été moins nombreux sous vériciguat (HR 0,83 ; IC95 % 0,71–0,97), mais le critère principal n’étant pas atteint, ce résultat secondaire n’a qu’une valeur nominale. L’analyse groupée exploratoire de VICTORIA et VICTOR suggère un bénéfice surtout chez les patients dont le NT-proBNP est inférieur ou égal à 6 000 pg/mL.

Décès cardiovasculaire ou hospitalisation pour IC : 18,0 % sous vériciguat contre 19,1 % sous placebo — HR 0,93 (IC95 % 0,83–1,04 ; p = 0,22)
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Le vériciguat, stimulateur de la guanylate cyclase soluble, est indiqué dans l’insuffisance cardiaque à FEVG réduite après un épisode récent d’aggravation, sur les résultats de l’essai VICTORIA. Apporte-t-il aussi un bénéfice aux patients stables, sans aggravation récente et déjà sous traitement optimisé ?

Méthode

Essai de phase 3 randomisé en double insu contre placebo, mené dans 482 centres de 36 pays. Les 6 105 patients inclus avaient une FEVG ≤ 40 %, sans hospitalisation pour insuffisance cardiaque dans les 6 mois ni diurétique intraveineux ambulatoire dans les 3 mois précédents ; ils ont été répartis 1:1 entre vériciguat (dose cible 10 mg, 3 053 patients) et placebo (3 052 patients). L’âge médian était de 68 ans, 23,6 % des patients étaient des femmes et 47,5 % n’avaient jamais été hospitalisés pour insuffisance cardiaque. Le critère de jugement principal associait le décès cardiovasculaire et l’hospitalisation pour insuffisance cardiaque, analysé en intention de traiter. Le suivi médian a été de 18,5 mois. Le protocole prévoyait que si le critère principal n’était pas atteint, tous les critères secondaires et exploratoires seraient considérés comme nominaux. Essai financé par Merck Sharp & Dohme et Bayer.

Résultats clés

  • Critère principal : 18,0 % sous vériciguat contre 19,1 % sous placebo — HR 0,93 (IC95 % 0,83–1,04 ; p = 0,22) : l’essai est négatif sur son critère principal.
  • Décès cardiovasculaire : 9,6 % contre 11,3 % (HR 0,83 ; IC95 % 0,71–0,97) ; hospitalisation pour insuffisance cardiaque : 11,4 % contre 11,9 % (HR 0,95 ; IC95 % 0,82–1,10) ; décès toutes causes : 12,3 % contre 14,4 % (HR 0,84 ; IC95 % 0,74–0,97). Ces résultats sont nominaux.
  • Tolérance : événements indésirables graves 23,5 % contre 24,6 % ; hypotension symptomatique 11,3 % contre 9,2 %.
  • D’après l’analyse groupée exploratoire de VICTORIA et VICTOR présentée au congrès, le seul sous-groupe montrant une interaction significative et cohérente avec l’effet du traitement était celui des patients dont le NT-proBNP était inférieur ou égal à 6 000 pg/mL.

Limites

  • Critère principal non atteint : la moindre mortalité cardiovasculaire et la moindre mortalité toutes causes sont des résultats secondaires nominaux, générateurs d’hypothèse, et non une démonstration. L’analyse groupée avec VICTORIA et l’analyse selon le NT-proBNP sont exploratoires.
  • Un essai négatif sur son critère principal ne démontre pas non plus l’absence d’effet : l’intervalle de confiance du HR va de 0,83 à 1,04 et reste compatible avec une réduction modeste du risque.
  • La population étudiée était stable et bien traitée : ces résultats ne remettent pas en cause l’indication actuelle du vériciguat, après une aggravation récente.
En pratique : ces résultats ne justifient pas d’élargir le vériciguat aux patients stables sous traitement optimisé, puisque l’essai est négatif sur son critère principal. Le médicament garde sa place dans son indication actuelle, l’insuffisance cardiaque à FEVG réduite après une aggravation récente. La moindre mortalité cardiovasculaire observée, comme le signal selon le NT-proBNP, reste une hypothèse à confirmer par un essai conçu pour cela.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · FAIR-HF2

Intravenous Ferric Carboxymaltose in Heart Failure With Iron Deficiency: The FAIR-HF2 DZHK05 Randomized Clinical Trial

JAMA · mars 2025 · présenté à l’ACC.25

Chez 1 105 patients en insuffisance cardiaque (FEVG ≤ 45 %) avec carence martiale, le carboxymaltose ferrique intraveineux n’a réduit de façon significative ni le critère associant le décès cardiovasculaire et la première hospitalisation pour insuffisance cardiaque (141 événements contre 166 ; HR 0,79 ; p = 0,04), ni les hospitalisations totales pour insuffisance cardiaque : le seuil corrigé pour les tests multiples selon la procédure de Hochberg n’a pas été atteint. La tolérance a été comparable à celle du placebo et la qualité de vie s’est améliorée.

Décès cardiovasculaire ou première hospitalisation pour IC : 141 événements sous carboxymaltose ferrique contre 166 sous placebo — HR 0,79 (IC95 % 0,63–0,99 ; p = 0,04, non significatif après correction pour tests multiples)
Article original ↗ Analyse ACC ↗

Question clinique

Chez des patients en insuffisance cardiaque à FEVG altérée avec carence martiale, le fer intraveineux réduit-il les décès cardiovasculaires et les hospitalisations pour insuffisance cardiaque ? Malgré plusieurs essais, son effet sur ces événements restait incertain.

Méthode

Essai randomisé multicentrique contre placebo, mené dans 70 centres de 6 pays européens de mars 2017 à novembre 2023 : 1 105 patients (âge moyen 70 ans, 33 % de femmes) en insuffisance cardiaque avec FEVG ≤ 45 % et carence martiale (ferritine < 100 ng/ml, ou 100–299 ng/ml avec saturation de la transferrine < 20 %), randomisés entre carboxymaltose ferrique intraveineux (jusqu’à 2 000 mg initialement, puis 500 mg tous les 4 mois ; n = 558) et sérum salé (n = 547). Trois critères principaux, avec un seuil de significativité corrigé pour les tests multiples (procédure de Hochberg) : décès cardiovasculaire ou première hospitalisation pour insuffisance cardiaque ; hospitalisations totales pour insuffisance cardiaque ; le premier critère chez les patients avec saturation de la transferrine < 20 %. Suivi médian 16,6 mois. Présenté à l’ACC.25.

Résultats clés

  • Décès cardiovasculaire ou première hospitalisation pour insuffisance cardiaque : 141 événements sous fer contre 166 sous placebo — HR 0,79 (IC95 % 0,63–0,99 ; p = 0,04), seuil de significativité non atteint après correction pour tests multiples.
  • Hospitalisations totales pour insuffisance cardiaque : 264 contre 320 — rate ratio 0,80 (0,60–1,06 ; p = 0,12). Chez les patients avec saturation de la transferrine < 20 % : 103 contre 128 événements — HR 0,79 (0,61–1,02 ; p = 0,07).
  • Au moins un événement indésirable grave chez 48,2 % des patients sous fer contre 49,9 % sous placebo (p = 0,61) ; amélioration de la qualité de vie sous fer (critère secondaire).

Limites

  • L’effet observé se situe à la limite de la significativité : il va dans le sens des méta-analyses antérieures, mais il n’est pas concluant. Le suivi a été plus court que prévu, ce qui a limité la puissance de l’essai, et aucun des trois critères principaux n’a franchi le seuil statistique fixé.
En pratique : Cet essai ne démontre pas que le fer intraveineux réduise les décès cardiovasculaires ou les hospitalisations pour insuffisance cardiaque, mais son résultat, à la limite de la significativité, va dans le sens des données antérieures. Dépister la carence martiale dans l’insuffisance cardiaque à FEVG altérée reste justifié, et le carboxymaltose ferrique, bien toléré, conserve sa place pour améliorer les symptômes et la qualité de vie.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · FRESH-UP

Liberal fluid intake versus fluid restriction in chronic heart failure: a randomized clinical trial

Nature Medicine · mars 2025 · présenté à l’ACC.25

Chez 504 patients ambulatoires en insuffisance cardiaque chronique stable, un conseil d’apports hydriques libres n’a pas amélioré de façon significative l’état de santé à 3 mois par rapport à une restriction à 1 500 ml par jour (score KCCQ-OSS 74,0 contre 72,2 ; différence ajustée 2,17 ; p = 0,06) : le critère principal n’est pas atteint. Les apports libres n’ont entraîné ni dégradation de l’état de santé ni surcroît d’événements de sécurité, et la sensation de soif a été moindre. Ces résultats mettent en question l’intérêt d’une restriction hydrique systématique.

Score KCCQ-OSS à 3 mois : 74,0 avec apports libres contre 72,2 avec restriction — différence ajustée 2,17 (IC95 % −0,06 à 4,39 ; p = 0,06)
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

La restriction hydrique, souvent conseillée aux patients en insuffisance cardiaque chronique, a été peu évaluée par des essais randomisés. Des apports hydriques libres améliorent-ils l’état de santé par rapport à une restriction à 1 500 ml par jour, sans compromettre la sécurité ?

Méthode

Essai randomisé multicentrique ouvert (FRESH-UP) : 504 patients ambulatoires en insuffisance cardiaque chronique (67,3 % d’hommes, classe NYHA II–III), randomisés entre un conseil d’apports hydriques libres et un conseil de restriction à 1 500 ml par jour au maximum. Critère principal : état de santé à 3 mois mesuré par le score global du Kansas City Cardiomyopathy Questionnaire (KCCQ-OSS). Critères secondaires : gêne liée à la soif et événements de sécurité. Présenté à l’ACC.25.

Résultats clés

  • KCCQ-OSS à 3 mois : 74,0 avec apports libres contre 72,2 avec restriction — différence ajustée sur le score initial 2,17 (IC95 % −0,06 à 4,39 ; p = 0,06) : le critère principal n’est pas atteint.
  • Gêne liée à la soif plus importante dans le groupe restriction.
  • Aucune différence d’événements de sécurité entre les deux groupes.

Limites

  • L’essai était ouvert, de courte durée (3 mois), et jugé sur un critère rapporté par le patient chez des malades ambulatoires stables : ses résultats ne s’extrapolent ni à la décompensation ni à l’hyponatrémie. L’observance réelle des consignes d’apports n’est pas décrite dans le résumé.
En pratique : Cet essai ne démontre pas de bénéfice des apports libres, mais il n’apporte aucun argument en faveur d’une restriction hydrique systématique chez le patient ambulatoire stable : les apports libres n’ont ni dégradé l’état de santé ni entraîné plus d’événements, et ont réduit la soif. Une restriction peut rester discutée au cas par cas, notamment en cas de congestion ou d’hyponatrémie, situations que l’essai ne couvre pas.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · DIGIT-HF

Digitoxin in Patients with Heart Failure and Reduced Ejection Fraction

NEJM · 2025 · présenté à l’ESC 2025 · n = 1 212

Chez 1 212 patients en insuffisance cardiaque à FEVG réduite sous traitement recommandé, la digitoxine a réduit, par rapport au placebo, le critère principal — décès toute cause ou première hospitalisation pour aggravation de l’insuffisance cardiaque — après un suivi médian de 36 mois (39,5 % contre 44,1 % ; HR 0,82). Prise isolément, aucune des deux composantes n’est significative. Ce résultat a nourri le regain d’intérêt pour les digitaliques, que prolonge une méta-analyse publiée en 2026.

Décès ou hospitalisation pour IC : 39,5 % sous digitoxine contre 44,1 % sous placebo — HR 0,82 (IC95 % 0,69–0,98 ; p = 0,03)

Question clinique

Chez des patients en insuffisance cardiaque chronique à FEVG réduite déjà sous traitement médical optimisé, la digitoxine — glycoside cardiaque dont l’efficacité n’avait jamais été établie — améliore-t-elle le pronostic ?

Méthode

Essai international randomisé en double insu contre placebo (DIGIT-HF) : patients avec FEVG ≤ 40 % en classe NYHA III–IV, ou FEVG ≤ 30 % en classe NYHA II, randomisés 1:1 entre digitoxine (dose initiale 0,07 mg une fois par jour) et placebo, en plus du traitement recommandé. Critère principal : décès toute cause ou première hospitalisation pour aggravation de l’insuffisance cardiaque. Sur 1 240 patients randomisés, 1 212 ont constitué la population en intention de traiter modifiée (613 sous digitoxine, 599 sous placebo). Suivi médian de 36 mois. Présenté à l’ESC 2025.

Résultats clés

  • Critère principal : 39,5 % des patients sous digitoxine contre 44,1 % sous placebo — HR 0,82 (IC95 % 0,69–0,98 ; p = 0,03).
  • Composantes prises isolément, non significatives : décès toute cause 27,2 % contre 29,5 % (HR 0,86 ; 0,69–1,07) ; première hospitalisation pour insuffisance cardiaque 28,1 % contre 30,4 % (HR 0,85 ; 0,69–1,05).
  • Au moins un événement indésirable grave chez 4,7 % des patients sous digitoxine contre 2,8 % sous placebo.

Limites

  • Le bénéfice est porté par le critère composite, chaque composante restant non significative. Les événements indésirables graves ont été plus fréquents sous digitoxine, ce qui rappelle la marge thérapeutique étroite des digitaliques. La disponibilité de la digitoxine varie selon les pays, ce qui pose la question de la transposition à la digoxine, non étudiée ici.
En pratique : Il s’agit du premier essai contemporain positif pour un digitalique dans l’insuffisance cardiaque à FEVG réduite : la digitoxine peut se discuter en appoint chez le patient qui reste symptomatique malgré une quadrithérapie optimisée. Le bénéfice porte sur le critère composite, aucune composante n’étant significative à elle seule, et les événements indésirables graves ont été plus fréquents sous digitoxine, ce qui impose de la prudence dans le dosage et une surveillance régulière. Le résultat ne se transpose pas d’emblée à la digoxine.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.

USIC · Réanimation cardiologique

8 sorties
2026
◎ Veille Essai randomisé · DanGer Shock (sous-étude)

Complexity of coronary artery disease in infarct-related cardiogenic shock and multivessel disease: a substudy of the DanGer Shock trial.

EuroIntervention · 5 octobre 2026 · Sous-étude, 256 patients pluritronculaires

Le poids pronostique de l’anatomie coronaire dans le choc cardiogénique compliquant un infarctus restait mal connu : cette sous-étude de l’essai DanGer Shock porte sur les 256 patients pluritronculaires parmi les 355 randomisés, dont 211 avec un score SYNTAX initial disponible. Un score SYNTAX élevé, supérieur à 32, était associé à une mortalité à 180 jours supérieure à celle des scores faibles ou intermédiaires (OR ajusté 3,12 ; IC95 % 1,17–8,69), et le score SYNTAX résiduel prédisait indépendamment la mortalité. L’effet de la pompe à flux microaxial n’était pas modifié par le score SYNTAX (p d’interaction = 0,31). Chez les 35 patients porteurs d’une lésion coupable isolée du tronc commun, la pompe était associée à une mortalité plus faible (OR ajusté 0,17 ; IC95 % 0,03–0,99), signal exploratoire qui ne fait que générer une hypothèse.

Mortalité à 180 jours avec un score SYNTAX initial élevé : OR ajusté 3,12 (IC95 % 1,17–8,69) ; effet de la pompe microaxiale non modifié par le score (p d’interaction = 0,31)
Article original ↗

Question clinique

Dans le choc cardiogénique compliquant un infarctus avec atteinte pluritronculaire, la complexité anatomique des lésions, mesurée par le score SYNTAX initial et résiduel, influence-t-elle la mortalité, et modifie-t-elle le bénéfice de la pompe à flux microaxial démontré dans DanGer Shock ?

Méthode

Analyse secondaire de l’essai randomisé DanGer Shock. L’atteinte pluritronculaire était définie par la présence d’au moins une sténose non coupable de 70 % ou plus, ou d’une lésion coupable isolée du tronc commun. Le score SYNTAX initial était classé faible (22 ou moins), intermédiaire (23 à 32) ou élevé (plus de 32) ; les lésions isolées du tronc commun ont été analysées à part. Critère principal : mortalité toutes causes à 180 jours.

Résultats clés

  • Sur 355 patients de l’essai, 256 étaient pluritronculaires ; 211 avaient un score SYNTAX initial, faible dans 26 % des cas, intermédiaire dans 47 % et élevé dans 27 % ; 35 patients avaient une lésion coupable isolée du tronc commun.
  • Un score SYNTAX initial élevé était associé à une mortalité à 180 jours supérieure à celle des scores faibles ou intermédiaires (OR ajusté 3,12 ; IC95 % 1,17–8,69) ; un score initial plus élevé allait de pair avec un score résiduel plus élevé (p < 0,001), lui-même prédicteur indépendant de la mortalité.
  • L’effet de la pompe à flux microaxial n’était pas modifié par le score SYNTAX initial (p d’interaction = 0,31).
  • Dans le sous-groupe du tronc commun isolé, la pompe était associée à une mortalité plus faible que les soins standard (OR ajusté 0,17 ; IC95 % 0,03–0,99).

Limites

  • Analyse secondaire : le score SYNTAX n’est pas un facteur randomisé, les sous-groupes sont de petite taille et les intervalles de confiance larges.
  • Le signal observé dans le tronc commun isolé repose sur 35 patients et ne génère qu’une hypothèse.
En pratique : dans le choc cardiogénique compliquant un infarctus, la complexité coronaire, initiale et résiduelle, est un marqueur pronostique indépendant, mais elle ne permet pas de sélectionner les patients qui bénéficient de l’assistance microaxiale : l’effet de la pompe observé dans DanGer Shock n’a pas varié de façon significative selon le score SYNTAX. Le signal favorable dans l’atteinte isolée du tronc commun mérite une étude dédiée avant toute application.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Analyse groupée de 6 essais randomisés

Intracranial haemorrhage following tenecteplase fibrinolysis for acute myocardial infarction.

European Heart Journal · 21 septembre 2026 · Données individuelles de 6 essais randomisés, 15 954 patients

Cette analyse groupée sur données individuelles réunit six essais randomisés de fibrinolyse par ténectéplase, à dose ajustée au poids, dans l’infarctus avec sus-décalage de ST, soit 15 954 patients, dont 169 ont présenté une hémorragie intracrânienne. Au-delà de 110 mmHg de pression artérielle systolique, chaque millimètre de mercure supplémentaire s’accompagne d’une augmentation relative de 2 % du risque d’hémorragie (OR ajusté 1,02 ; IC95 % 1,01–1,03), et cette hausse s’accentue nettement au-delà de 160 mmHg. L’effet de l’âge dépend de la dose : le risque croît d’environ 1 % par année d’âge à la dose de 30 mg, et de près de 7 % par année à la dose de 50 mg. Le sexe féminin et un poids plus faible sont aussi associés à un risque plus élevé.

Hémorragie intracrânienne : 169 cas sur 15 954 patients ; OR ajusté 1,02 par mmHg de pression systolique au-delà de 110 mmHg (IC95 % 1,01–1,03) ; sexe féminin : OR ajusté 1,49 (IC95 % 1,06–2,11)
Article original ↗

Question clinique

L’hémorragie intracrânienne est une complication grave de la fibrinolyse dans l’infarctus avec sus-décalage de ST. Quels facteurs en augmentent le risque après une injection de ténectéplase, et lesquels peut-on corriger avant l’injection ?

Méthode

Les auteurs ont réuni les données individuelles de six essais randomisés (ASSENT-2, ASSENT-3, ASSENT-3 PLUS, ASSENT-4 PCI, STREAM et STREAM-2) qui ont utilisé la ténectéplase à dose ajustée au poids et appliqué le même critère d’exclusion tensionnel, une pression artérielle supérieure à 180/110 mmHg. Les facteurs de risque d’hémorragie intracrânienne ont été modélisés par régression logistique, et un nomogramme de prédiction individuelle a été construit.

Résultats clés

  • Sur 15 954 patients, 169 ont présenté une hémorragie intracrânienne.
  • Pression artérielle systolique : au-delà de 110 mmHg, chaque millimètre de mercure supplémentaire est associé à une augmentation relative de 2 % du risque (OR ajusté 1,02 ; IC95 % 1,01–1,03 ; p < 0,0001), et cette hausse s’accentue nettement au-delà de 160 mmHg.
  • L’âge et la dose interagissent : l’augmentation du risque par année d’âge passe d’environ 1 % à la dose de 30 mg à près de 7 % à la dose de 50 mg.
  • Le sexe féminin est associé à un OR ajusté de 1,49 (IC95 % 1,06–2,11 ; p = 0,023), et chaque baisse de 5 kg du poids corporel à un OR ajusté de 1,16 (IC95 % 1,03–1,30 ; p = 0,014).
  • Le modèle qui combine l’âge, le sexe, la pression systolique, le poids et la dose, avec l’interaction entre l’âge et la dose, a une bonne discrimination (indice C 0,718 ; IC95 % 0,68–0,76).

Limites

  • Il s’agit d’une analyse a posteriori d’essais successifs, dont les traitements associés ont pu différer ; les associations décrites ne démontrent pas qu’une réduction de la dose ou de la pression artérielle diminue effectivement les hémorragies.
  • Le nombre d’événements (169) reste limité, ce qui réduit la précision des estimations, en particulier dans les sous-groupes.
En pratique : quand une fibrinolyse par ténectéplase est décidée faute d’angioplastie primaire accessible à temps, deux facteurs modifiables méritent attention avant l’injection : la pression artérielle systolique, dont l’association avec le risque d’hémorragie commence dès 110 mmHg et s’accentue nettement au-delà de 160 mmHg, et la dose chez le sujet âgé, puisqu’une dose pleine amplifie l’effet de l’âge. Les auteurs présentent l’optimisation tensionnelle et la réduction de dose comme des pistes pour diminuer les hémorragies, non comme des conduites démontrées par un essai. Les femmes et les patients de faible poids appellent une vigilance particulière.
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▲ À connaître Recommandations AHA

Infective Endocarditis: Diagnosis, Antibiotic Therapy, and Management: A Scientific Statement From the American Heart Association.

Circulation · 8 septembre 2026 · Déclaration scientifique de l’American Heart Association, mise à jour du document de 2015

Onze ans après sa déclaration de 2015, l’American Heart Association actualise sa position sur l’endocardite infectieuse, dont l’incidence a augmenté et l’épidémiologie a changé. Le document reprend les nouvelles définitions de cas, l’identification des germes par des méthodes sans culture, l’imagerie multimodale et l’essai randomisé de relais oral publié en 2019. Il retient également l’aspiration mécanique percutanée des végétations droites chez des patients sélectionnés dont l’infection n’est pas contrôlée, et souligne l’importance de l’équipe d’endocardite.

Article original ↗

Question clinique

Comment diagnostiquer, traiter et organiser la prise en charge de l’endocardite infectieuse en 2026, alors que les outils diagnostiques, les stratégies antibiotiques et les techniques interventionnelles ont évolué depuis la précédente déclaration américaine ?

Méthode

Déclaration scientifique rédigée par un groupe pluridisciplinaire d’experts des infections cardiovasculaires mandaté par l’American Heart Association. Elle met à jour la déclaration de 2015 sur le diagnostic, l’antibiothérapie et la prise en charge de l’endocardite infectieuse. Le résumé n’en détaille pas les recommandations une à une : il faut se reporter au texte intégral.

Résultats clés

  • Le contexte a changé : incidence en hausse, épidémiologie modifiée, nouvelles définitions de cas.
  • Le diagnostic repose désormais aussi sur l’identification des germes par des méthodes sans culture et sur l’imagerie multimodale avancée.
  • Selon le document, l’essai randomisé de relais oral partiel publié en 2019 pourrait modifier durablement la stratégie antibiotique.
  • L’aspiration mécanique percutanée des végétations du cœur droit est utilisée chez des patients sélectionnés dont l’infection n’est pas contrôlée malgré une antibiothérapie adaptée.
  • L’importance d’une équipe d’endocardite est de plus en plus reconnue dans la prise en charge de cette affection qui met en jeu le pronostic vital.

Limites

  • Il s’agit d’un document nord-américain : en Europe, les recommandations ESC de 2023 sur l’endocardite restent la référence, et les deux textes peuvent différer sur des points de détail.
  • Le résumé disponible ne précise ni le niveau de preuve des propositions ni leur contenu exact.
En pratique : Cette mise à jour fait référence et mérite d’être gardée pour les situations d’endocardite où la conduite n’est pas évidente : place du relais oral partiel, apport de l’imagerie multimodale, recours à l’aspiration percutanée des végétations droites quand l’infection n’est pas contrôlée. Elle complète, sans les remplacer, les recommandations européennes de 2023, et rappelle l’importance d’une équipe d’endocardite.
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★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · PRAGUE-26

Catheter-Directed Thrombolysis in Intermediate-High-Risk Pulmonary Embolism.

NEJM · 31 août 2026 · 558 patients, 11 centres tchèques, essai ouvert académique · ESC 2026

L’essai PRAGUE-26 a inclus 558 patients atteints d’une embolie pulmonaire aiguë à risque intermédiaire-élevé (hémodynamique stable, score sPESI ≥ 1, dysfonction ventriculaire droite avec élévation de la troponine ou du peptide natriurétique). Ils ont été répartis par tirage au sort entre une thrombolyse dirigée par cathéter à l’altéplase, ajoutée à l’anticoagulation, et l’anticoagulation seule. Dans les 7 jours suivant la randomisation, un décès, une récidive d’embolie pulmonaire ou une décompensation cardiorespiratoire est survenu chez 0,7 % des patients du groupe thrombolyse contre 6,8 % du groupe anticoagulation seule (risque relatif 0,10 ; IC95 % 0,02–0,44). Cette différence tient surtout aux décompensations. Les saignements cliniquement significatifs ont été aussi fréquents dans les deux groupes (4,6 % contre 5,0 %), mais deux hémorragies intracrâniennes sont survenues dans le groupe thrombolyse et aucune dans le groupe témoin.

Décès, récidive d’embolie pulmonaire ou décompensation cardiorespiratoire à 7 jours : 0,7 % avec la thrombolyse par cathéter contre 6,8 % sous anticoagulation seule (risque relatif 0,10 ; IC95 % 0,02–0,44 ; p < 0,001) · saignements cliniquement significatifs 4,6 % contre 5,0 %

Question clinique

Dans l’embolie pulmonaire à risque intermédiaire-élevé, l’anticoagulation seule laisse persister un risque de décompensation précoce. La thrombolyse locale par cathéter, ajoutée à l’anticoagulation, améliore-t-elle le devenir clinique à court terme ?

Méthode

Essai randomisé multicentrique ouvert (PRAGUE-26), à l’initiative des investigateurs et financé par le ministère de la Santé de la République tchèque, conduit dans 11 centres. 558 patients présentant une embolie pulmonaire aiguë à risque intermédiaire-élevé (hémodynamique stable, score sPESI ≥ 1, dysfonction ventriculaire droite et élévation de la troponine ou du peptide natriurétique) ont été randomisés selon un rapport 1:1 entre thrombolyse dirigée par cathéter à l’altéplase associée à l’anticoagulation (280 patients) et anticoagulation seule (278 patients). L’âge médian était de 64 ans et 40,9 % des patients étaient des femmes. La thrombolyse utilisait des cathéters d’infusion classiques, sans assistance échographique ; le protocole publié de l’essai prévoyait un bolus de 1 mg d’altéplase par cathéter puis 1 mg par heure et par cathéter, soit une dose totale de 20 mg en cas d’embolie bilatérale et de 10 mg en cas d’embolie unilatérale. Le critère de jugement principal associait décès toutes causes, récidive d’embolie pulmonaire et décompensation ou collapsus cardiorespiratoire dans les 7 jours suivant la randomisation. Les critères secondaires comprenaient les saignements cliniquement significatifs (classification BARC), les saignements majeurs (classification GUSTO) et l’hémorragie intracrânienne.

Résultats clés

  • Un événement du critère principal est survenu dans les 7 jours chez 2 patients (0,7 %) du groupe thrombolyse et chez 19 patients (6,8 %) du groupe anticoagulation seule : risque relatif 0,10 (IC95 % 0,02–0,44 ; p < 0,001), soit 6,1 points de moins en valeur absolue et un événement évité pour environ 16 patients traités. Cette différence tient principalement à la moindre fréquence des décompensations ou collapsus cardiorespiratoires dans le groupe thrombolyse.
  • Un patient du groupe thrombolyse est décédé dans les 30 jours ; 4 patients du groupe anticoagulation seule sont décédés dans les 7 jours.
  • Un saignement cliniquement significatif est survenu à J7 chez 13 patients (4,6 %) du groupe thrombolyse et chez 14 (5,0 %) du groupe anticoagulation seule (p = 0,85) ; un saignement majeur chez 4 patients (1,4 %) et 6 patients (2,2 %) respectivement (p = 0,54).
  • Une hémorragie intracrânienne est survenue chez 2 patients (0,7 %) du groupe thrombolyse et chez aucun patient du groupe anticoagulation seule.

Limites

  • L’essai est ouvert, et la décompensation cardiorespiratoire, composante dominante du critère principal, comporte une part d’appréciation clinique.
  • Le critère de jugement s’arrête à 7 jours : l’essai ne renseigne ni la mortalité à distance, ni l’hypertension pulmonaire post-embolique, ni la capacité fonctionnelle.
  • Deux hémorragies intracrâniennes contre aucune : l’effectif est trop faible pour quantifier ce risque, mais le signal doit peser dans la sélection des patients.
  • L’essai n’a été conduit que dans un pays, dans des centres disposant d’une équipe interventionnelle : ces résultats valent d’abord pour les structures où une filière d’embolie pulmonaire est déjà organisée.
En pratique : Chez les patients répondant à la définition stricte du risque intermédiaire-élevé (score sPESI ≥ 1, dysfonction ventriculaire droite, biomarqueurs élevés), la thrombolyse par cathéter à faible dose d’altéplase ajoutée à l’anticoagulation a réduit les décompensations précoces, sans différence sur les saignements cliniquement significatifs. Ces résultats invitent à repérer ces patients dès l’admission et à solliciter tôt l’équipe interventionnelle là où une filière existe, plutôt qu’à attendre la dégradation. Le risque d’hémorragie intracrânienne, faible mais non nul, impose de respecter les contre-indications, et l’effet sur la mortalité et les séquelles à distance reste à établir.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · POET-II

Response-tailored antibiotic treatment duration in left-sided infective endocarditis (POET-II)

NEJM · 28 août 2026 · ESC 2026

Chez 508 patients cliniquement stables traités pour une endocardite infectieuse du cœur gauche à staphylocoque doré, entérocoque ou streptocoque, l’essai POET-II a comparé deux stratégies : une antibiothérapie de durée adaptée à la réponse clinique et biologique, et le traitement standard de six semaines. La durée médiane d’antibiothérapie est passée de 41 à 26 jours. Le critère de sécurité (décès, chirurgie valvulaire non programmée ou embolie symptomatique à six mois) est survenu chez 8,2 % des patients du groupe adapté contre 10,7 % du groupe standard : la non-infériorité est atteinte. En contrepartie, les rechutes ont été plus fréquentes dans le groupe adapté (5,1 % contre 1,6 %).

Durée médiane d’antibiothérapie : 26 jours contre 41 jours (p < 0,001) — décès, chirurgie valvulaire non programmée ou embolie à six mois : 8,2 % contre 10,7 % (non-infériorité atteinte)

Question clinique

L’endocardite infectieuse du cœur gauche est classiquement traitée par six semaines d’antibiotiques. Peut-on raccourcir cette durée chez les patients qui répondent bien au traitement, sans compromettre leur sécurité ?

Méthode

Essai randomisé ouvert, à l’initiative des investigateurs, mené dans 13 centres au Danemark, en Suède et aux États-Unis. 508 patients cliniquement stables, atteints d’une endocardite du cœur gauche à Staphylococcus aureus, Enterococcus faecalis ou streptocoque (âge moyen 70 ans, 75 % d’hommes), ont été randomisés entre une antibiothérapie de durée adaptée à la réponse clinique et biologique (avec un minimum de deux à quatre semaines selon le germe) et le traitement standard poursuivi jusqu’à six semaines. Critère de jugement principal : nombre de jours vivants sans antibiotique dans les six mois suivant la randomisation.

Résultats clés

  • Durée médiane d’antibiothérapie : 26 jours dans le groupe adapté contre 41 jours dans le groupe standard, soit 15 jours de moins (p < 0,001).
  • Jours vivants sans antibiotique à six mois : 183 contre 169 (p < 0,001).
  • Critère de sécurité (mortalité toutes causes, chirurgie valvulaire non programmée ou événement embolique symptomatique à six mois) : 8,2 % contre 10,7 % ; la non-infériorité est atteinte.
  • Rechutes plus fréquentes dans le groupe adapté : 5,1 % contre 1,6 %.
  • Selon les investigateurs, environ la moitié des patients atteints d’endocardite du cœur gauche pourraient relever de cette stratégie.

Limites

  • Essai ouvert. Le taux de rechute est environ trois fois plus élevé dans le groupe adapté, même si les effectifs concernés sont faibles : ce risque doit être expliqué au patient et suivi de près.
  • Seuls des patients cliniquement stables ont été inclus : les résultats ne s’appliquent pas aux formes compliquées, abcédées ou sur matériel.
  • Trois germes seulement ont été étudiés, et la stratégie suppose un suivi clinique et biologique rapproché en milieu spécialisé.
En pratique : La décision de raccourcir le traitement se prend à l’hôpital, mais elle modifie le suivi ambulatoire : un patient sortant d’endocardite après quatre semaines d’antibiotiques n’a pas nécessairement été sous-traité. En contrepartie, le risque de rechute, environ trois fois plus élevé, impose une surveillance rapprochée après la sortie : fièvre, sueurs, asthénie, souffle nouveau ou syndrome inflammatoire justifient des hémocultures et un avis spécialisé rapide.
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▲ À connaître Essai randomisé · LOGICAL

Conservative Oxygen for Unresponsive Patients after Cardiac Arrest

NEJM · 6 août 2026 · 395(6):571–581

Dans l’essai LOGICAL, 1 840 adultes restés comateux et ventilés en réanimation après un arrêt cardiaque ont été répartis entre une oxygénation conservatrice (alarme haute de SpO₂ réglée à 95 %, FiO₂ ramenée à 0,21 tant que la SpO₂ dépassait la limite basse) et une oxygénation libérale (FiO₂ minimale de 0,3, sans plafond de SpO₂). À 180 jours, 38,2 % des patients du groupe conservateur étaient vivants avec un devenir fonctionnel favorable, contre 39,7 % du groupe libéral (risque relatif 0,97 ; IC95 % 0,87–1,09 ; p = 0,65). Cet essai de supériorité est négatif : restreindre l’oxygène n’améliore pas le devenir de ces patients.

Survie avec devenir fonctionnel favorable à 180 jours : 38,2 % avec l’oxygénation conservatrice contre 39,7 % avec l’oxygénation libérale (risque relatif 0,97 ; IC95 % 0,87–1,09)
Article original ↗

Question clinique

Chez le patient qui reste comateux après un arrêt cardiaque, limiter l’apport d’oxygène au strict nécessaire augmente-t-il les chances de survie avec un bon devenir fonctionnel ?

Méthode

Essai randomisé (LOGICAL) mené dans 53 réanimations d’Australie, de Nouvelle-Zélande et d’Irlande. 1 840 adultes ventilés et non réveillés après un arrêt cardiaque ont été répartis entre une oxygénation conservatrice (882 patients) et une oxygénation libérale (958 patients). Dans les deux groupes, la limite basse de SpO₂ était fixée par défaut à 90 %. Dans le groupe conservateur, l’alarme de limite haute de SpO₂ était réglée à 95 % et la FiO₂ ramenée à 0,21 dès lors que la SpO₂ restait au-dessus de la limite basse ; dans le groupe libéral, aucune mesure ne limitait la SpO₂ haute et la FiO₂ minimale autorisée sous ventilation mécanique était de 0,3. Le critère de jugement principal était la survie avec devenir fonctionnel favorable à 180 jours, mesurée par l’échelle de devenir de Glasgow étendue (GOS-E, graduée de 1 pour le décès à 8 pour le meilleur niveau de récupération) et définie par un score d’au moins 5, c’est-à-dire un handicap au plus modéré.

Résultats clés

  • Un devenir fonctionnel favorable à 180 jours a été observé chez 313 des 819 patients évalués du groupe conservateur (38,2 %) et chez 353 des 890 patients évalués du groupe libéral (39,7 %) : risque relatif 0,97 (IC95 % 0,87–1,09 ; p = 0,65).
  • Aucun événement indésirable n’a été rapporté.

Limites

  • Les deux stratégies partagent la même limite basse de SpO₂ (90 %) : l’essai compare deux plafonds d’oxygénation et ne dit rien de l’oxygénothérapie elle-même.
  • La population se limite aux patients ventilés et non réveillés en réanimation ; le critère principal n’a pu être évalué que chez 819 des 882 patients du groupe conservateur et 890 des 958 du groupe libéral.
  • Il s’agit d’un essai de supériorité négatif : il n’établit pas l’équivalence des deux stratégies, mais l’intervalle de confiance rend improbable un bénéfice important de la restriction d’oxygène.
En pratique : Après un arrêt cardiaque récupéré, viser une SpO₂ juste au-dessus de 90 % en réduisant la FiO₂ au minimum n’a pas amélioré la survie avec bon devenir fonctionnel par rapport à une oxygénation plus libérale. Ces résultats ne justifient pas de restreindre activement l’oxygène chez le patient comateux ventilé, ni d’ailleurs de viser délibérément des saturations élevées : éviter l’hypoxémie reste l’objectif, sans qu’un plafond strict de saturation ait fait la preuve de son utilité.
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▲ À connaître Essai randomisé adaptatif · ICECAP

Duration of Therapeutic Hypothermia After Out-of-Hospital Cardiac Arrest: The ICECAP Randomized Clinical Trial

JAMA · 5 août 2026 · 71 hôpitaux américains

Au total, 1 158 adultes restés comateux après un arrêt cardiaque extrahospitalier, refroidis à 33 °C, ont été randomisés de façon adaptative entre dix durées d’hypothermie allant de 6 à 72 heures. Prolonger le refroidissement n’a pas amélioré la fonction neurologique à 90 jours, ni en rythme non choquable ni en rythme choquable, et la mortalité n’a pas différé selon la durée. L’essai a été arrêté à l’analyse intermédiaire selon une règle prédéfinie.

Probabilité que 6 heures soit la durée la plus courte donnant le meilleur résultat neurologique (rythme non choquable) : 0,51 · aucune différence de mortalité entre les durées
Article original ↗

Question clinique

L’hypothermie thérapeutique est largement utilisée après un arrêt cardiaque, mais les essais n’ont pas montré de façon constante un bénéfice neurologique, et sa durée optimale reste inconnue. Combien de temps faut-il maintenir l’hypothermie chez le patient qui reste comateux ?

Méthode

Essai multicentrique randomisé à allocation adaptative, mené dans 71 hôpitaux américains entre juin 2020 et juin 2025. Les patients inclus étaient des adultes victimes d’un arrêt cardiaque extrahospitalier, restés inconscients, dont la température était descendue sous 34 °C dans les 4 heures suivant l’arrêt et qui disposaient d’un dispositif de contrôle thermique. Au total, 1 158 patients ont été randomisés (883 en rythme non choquable, 275 en rythme choquable), d’âge médian 61 ans, dont 39,6 % de femmes. Tous étaient refroidis à 33 °C, selon l’une des dix durées possibles (6, 12, 18, 24, 30, 36, 42, 48, 60 et 72 heures) : les 200 premiers patients ont été répartis à parts égales entre 12, 24 et 48 heures, puis un algorithme de randomisation adaptative a orienté les suivants de préférence vers les durées jugées les plus prometteuses, séparément pour chaque type de rythme. Le critère de jugement principal était la fonction neurologique à 90 jours, mesurée par un score de Rankin modifié pondéré et analysée par un modèle bayésien durée–réponse ; pour chaque durée, l’analyse estime la probabilité d’être « optimale », c’est-à-dire d’être la durée la plus courte donnant le meilleur résultat observé.

Résultats clés

  • L’essai a atteint une règle d’arrêt prédéfinie à l’analyse intermédiaire.
  • En rythme non choquable, la probabilité a posteriori que 6 heures soit la durée la plus courte donnant le meilleur score de Rankin pondéré moyen était de 0,51.
  • En rythme choquable, les résultats étaient similaires.
  • Aucune différence n’a été observée sur les critères secondaires ni sur la mortalité entre les durées de refroidissement.

Limites

  • Tous les patients ont été refroidis à 33 °C : l’essai compare des durées d’hypothermie, il ne dit pas si l’hypothermie elle-même est utile.
  • Une probabilité de 0,51 laisse une incertitude réelle sur la durée optimale ; le résultat solide est l’absence de bénéfice d’un refroidissement prolongé.
  • La cohorte en rythme choquable est plus petite (275 patients), et ses résultats sont décrits comme similaires, sans détail chiffré dans le résumé.
En pratique : Chez le patient comateux après un arrêt cardiaque extrahospitalier traité par hypothermie à 33 °C, prolonger le refroidissement au-delà de quelques heures n’a pas amélioré la récupération neurologique à 90 jours. Ce résultat n’incite pas à allonger la durée du contrôle thermique ; il ne tranche pas la question de l’intérêt de l’hypothermie elle-même. Les recommandations AHA 2025 restent le cadre de référence.
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▲ À connaître Essai randomisé · STEMI-DTU

Left Ventricular Unloading in Anterior ST-Segment Elevation Myocardial Infarction Without Shock: The STEMI Door to Unload Randomized Controlled Trial

JACC · 7 juillet 2026 · 88(1):76–90

L’essai a inclus 527 patients admis pour un infarctus antérieur avec sus-décalage du ST, sans choc cardiogénique, dans les 1 à 6 heures suivant le début des symptômes. Ils ont été randomisés entre une décharge du ventricule gauche par pompe micro-axiale transvalvulaire pendant 30 minutes avant l’angioplastie et une angioplastie immédiate. La taille de l’infarctus rapportée à la masse ventriculaire gauche, mesurée en IRM à 3–5 jours, était de 30,8 % dans le groupe décharge contre 31,9 % dans le groupe témoin (différence −1,1 % ; IC95 % −4,2 à 2,0). Les hémorragies majeures et les complications vasculaires à 30 jours ont été plus fréquentes dans le groupe décharge.

Taille de l’infarctus rapportée à la masse ventriculaire gauche : 30,8 % avec décharge contre 31,9 % avec angioplastie immédiate — différence −1,1 % (IC95 % −4,2 à 2,0)
Article original ↗

Question clinique

Malgré une angioplastie rapide, les infarctus étendus restent une cause d’insuffisance cardiaque et de décès. Des données précliniques suggèrent que décharger le ventricule gauche par une pompe micro-axiale transvalvulaire, en retardant volontairement la reperfusion, réduit la taille de l’infarctus. Cette stratégie est-elle efficace dans l’infarctus antérieur sans choc cardiogénique ?

Méthode

Essai randomisé ouvert mené dans 55 hôpitaux aux États-Unis, en Allemagne, en Italie, au Royaume-Uni, en Suisse et au Canada, entre décembre 2019 et septembre 2024. Adultes de 18 à 85 ans sans antécédent d’infarctus, admis pour un infarctus antérieur avec sus-décalage du ST évoluant depuis 1 à 6 heures, sans choc cardiogénique. Randomisation 1:1 entre décharge ventriculaire gauche par pompe micro-axiale transvalvulaire pendant 30 minutes avant l’angioplastie (262 patients) et angioplastie immédiate seule (265). Âge moyen 61 ans, 79,1 % d’hommes. Critère de jugement principal : taille de l’infarctus rapportée à la masse ventriculaire gauche, mesurée en IRM cardiaque 3 à 5 jours après l’angioplastie, évaluée chez tous les patients randomisés.

Résultats clés

  • Taille de l’infarctus rapportée à la masse ventriculaire gauche : 30,8 % ± 16,2 dans le groupe décharge contre 31,9 % ± 16,9 dans le groupe témoin ; différence moyenne −1,1 % ; IC95 % −4,2 à 2,0 ; p = 0,50.
  • Le temps d’ischémie total a été plus long dans le groupe décharge.
  • Hémorragies majeures ou complications vasculaires à 30 jours : plus fréquentes dans le groupe décharge, que la comparaison porte sur le groupe témoin ou sur un objectif de performance prédéfini.

Limites

  • Essai ouvert, dont le critère de jugement repose sur l’imagerie et non sur un événement clinique.
  • Population limitée à l’infarctus antérieur sans choc cardiogénique : les résultats ne préjugent pas de la place de l’assistance micro-axiale dans le choc cardiogénique constitué.
  • Les taux d’hémorragies majeures et de complications vasculaires ne sont pas chiffrés dans le résumé.
En pratique : Dans l’infarctus antérieur sans choc, décharger le ventricule gauche pendant 30 minutes avant l’angioplastie n’a pas réduit la taille de l’infarctus et a exposé à davantage d’hémorragies et de complications vasculaires. En dehors du choc cardiogénique, la reperfusion la plus rapide possible reste la règle ; rien ne justifie de la retarder pour mettre en place une assistance.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Suivi à long terme · COACT

Immediate vs Delayed Coronary Angiography After Cardiac Arrest Without ST-Segment Elevation: 5-Year Outcomes From the COACT Randomized Trial

JACC · 28 avril 2026 · 87(16):2134–2143

L’essai COACT, qui comparait une coronarographie immédiate à une coronarographie différée chez des patients réanimés d’un arrêt cardiaque extrahospitalier avec rythme initial choquable et sans sus-décalage du segment ST, livre son suivi à 5 ans. Parmi les 514 patients dont le devenir a pu être recueilli, 54,8 % du groupe immédiat étaient vivants à 5 ans contre 51,8 % du groupe différé (HR 0,95 ; IC95 % 0,74–1,23) : la stratégie immédiate n’apporte pas de bénéfice de survie, ni de préjudice manifeste. Une analyse exploratoire non préspécifiée, qui sépare le suivi en deux périodes, fait apparaître un avantage au-delà du 90e jour ; les auteurs en jugent l’interprétation incertaine et l’attribuent le plus probablement au hasard.

Survie à 5 ans : 54,8 % après coronarographie immédiate contre 51,8 % après stratégie différée (HR 0,95 ; IC95 % 0,74–1,23)

Question clinique

Après un arrêt cardiaque extrahospitalier récupéré, avec rythme initial choquable et sans sus-décalage du segment ST, l’essai COACT n’avait montré aucune différence de survie à 90 jours entre coronarographie immédiate et différée. La stratégie immédiate apporte-t-elle un bénéfice de survie à 5 ans ?

Méthode

Suivi à 5 ans de l’essai randomisé multicentrique ouvert COACT, conduit dans 19 centres néerlandais, qui comparait la coronarographie immédiate à la coronarographie différée, avec angioplastie si nécessaire. Le devenir à long terme a été recueilli par entretiens téléphoniques structurés : les données étaient disponibles pour 514 des 552 patients (93,1 %), dont 261 avaient été assignés à la stratégie immédiate et 253 à la stratégie différée, avec des caractéristiques initiales comparables. Les critères secondaires comprenaient l’infarctus du myocarde, une nouvelle revascularisation, l’hospitalisation pour insuffisance cardiaque et les chocs de défibrillateur implantable.

Résultats clés

  • Cinq ans après l’hospitalisation initiale, 143 patients (54,8 %) étaient vivants dans le groupe coronarographie immédiate et 131 (51,8 %) dans le groupe stratégie différée : HR 0,95 (IC95 % 0,74–1,23).
  • Dans une analyse landmark exploratoire et non préspécifiée, qui sépare le suivi en deux périodes, le risque de décès ne différait pas jusqu’au 90e jour (HR 1,11 ; IC95 % 0,84–1,49) et paraissait moindre après le 90e jour dans le groupe immédiat (HR 0,56 ; IC95 % 0,32–0,97 ; p = 0,04). Les auteurs jugent la portée clinique de ce signal tardif incertaine et l’attribuent le plus probablement au hasard.
  • Les infarctus du myocarde, les revascularisations répétées et les hospitalisations pour insuffisance cardiaque ont été peu fréquents et ne différaient pas entre les groupes.

Limites

  • L’essai est ouvert et le suivi à long terme a été recueilli par téléphone, chez 514 des 552 patients randomisés.
  • L’effectif reste limité pour une analyse de survie à 5 ans ; le signal tardif provient d’une analyse exploratoire non préspécifiée et ne permet aucune conclusion.
  • La population se limite aux rythmes initiaux choquables sans sus-décalage du segment ST : ces résultats ne valent pas pour les autres présentations d’arrêt cardiaque.
En pratique : Le suivi à 5 ans va dans le même sens que le résultat principal : après un arrêt cardiaque récupéré sans sus-décalage du segment ST, la coronarographie immédiate n’améliore pas la survie par rapport à une stratégie différée. L’examen peut donc être différé le temps de stabiliser le patient et de compléter le bilan étiologique, sans qu’un tel délai se soit traduit par une surmortalité à long terme. Le bénéfice tardif observé dans une analyse exploratoire ne suffit pas à revenir sur cette attitude.
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▲ À connaître Essai randomisé · LEVOECMO

Levosimendan to Facilitate Weaning From ECMO in Patients With Severe Cardiogenic Shock: The LEVOECMO Randomized Clinical Trial

JAMA · 6 janvier 2026 · 335(1):60–69 · essai français

Dans onze réanimations françaises, 205 patients en choc cardiogénique sévère mais potentiellement réversible, placés sous ECMO veino-artérielle depuis moins de 48 heures, ont été randomisés en double aveugle entre lévosimendan précoce et placebo. À 30 jours, le sevrage de l’ECMO a été réussi chez 68,3 % des patients dans chaque groupe (HR de sous-distribution 1,02 ; IC95 % 0,74–1,39), sans différence de durée d’assistance ni de mortalité à 60 jours. Les arythmies ventriculaires ont été plus fréquentes sous lévosimendan (17,8 % contre 8,7 %).

Sevrage réussi de l’ECMO à 30 jours : 68,3 % sous lévosimendan contre 68,3 % sous placebo · arythmies ventriculaires 17,8 % contre 8,7 %
Article original ↗

Question clinique

Le lévosimendan pourrait faciliter le sevrage de l’ECMO veino-artérielle et améliorer la survie, mais les données sont limitées. Administré tôt, raccourcit-il le délai jusqu’au sevrage réussi chez le patient en choc cardiogénique sévère mais potentiellement réversible ?

Méthode

Essai randomisé en double aveugle contre placebo mené dans onze réanimations françaises entre août 2021 et septembre 2024. 205 adultes en choc cardiogénique aigu, sous ECMO veino-artérielle depuis moins de 48 heures, ont reçu du lévosimendan (0,15 µg/kg/min, augmenté à 0,20 µg/kg/min après 2 heures ; 101 patients) ou un placebo (104). Âge médian 58 ans, 72,7 % d’hommes. Causes du choc : post-cardiotomie 38,5 %, infarctus du myocarde 27,3 %, myocardite 13,7 %. Critère de jugement principal : délai jusqu’au sevrage réussi de l’ECMO dans les 30 jours suivant la randomisation. Critères secondaires : jours sans ECMO, sans ventilation mécanique et sans défaillance d’organe, durées de séjour en réanimation et à l’hôpital, événements indésirables graves, mortalité à 30 et 60 jours.

Résultats clés

  • Sevrage réussi de l’ECMO à 30 jours : 69 des 101 patients (68,3 %) sous lévosimendan contre 71 des 104 (68,3 %) sous placebo ; différence de risque 0,0 % (IC95 % −12,8 à 12,7) ; HR de sous-distribution 1,02 (IC95 % 0,74–1,39 ; p = 0,92).
  • Aucune différence significative sur les autres critères : durée médiane d’ECMO 5 contre 6 jours (p = 0,53), séjour moyen en réanimation 18 contre 19 jours (p = 0,42), mortalité à 60 jours 27,7 % contre 25,0 % (différence 2,7 % ; IC95 % −9,0 à 15,3 ; p = 0,78).
  • Arythmies ventriculaires : 18 patients (17,8 %) sous lévosimendan contre 9 (8,7 %) sous placebo ; différence absolue 9,2 % (IC95 % 0,4–18,1).

Limites

  • Effectif modéré et causes de choc hétérogènes.
  • Taux de sevrage déjà élevé dans le groupe placebo, ce qui laisse peu de marge pour démontrer un bénéfice.
  • L’essai ne porte que sur une administration précoce et systématique ; il ne renseigne pas sur un usage ciblé au moment de l’épreuve de sevrage.
En pratique : Chez le patient en choc cardiogénique sévère sous ECMO veino-artérielle, l’administration précoce et systématique de lévosimendan n’a pas accéléré le sevrage de l’assistance ni réduit la mortalité, et s’est accompagnée d’un excès d’arythmies ventriculaires. Ces résultats ne plaident pas pour son usage en routine dans cette indication ; ils ne concernent pas son emploi ciblé lors d’une épreuve de sevrage, qui n’a pas été évalué ici.
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2025
★ À la une ● Changement de pratique Recommandations AHA

2025 American Heart Association Guidelines for Cardiopulmonary Resuscitation and Emergency Cardiovascular Care

Circulation · 21 octobre 2025 · 152(16 suppl. 2)

L’American Heart Association publie la refonte complète de ses recommandations de réanimation cardiopulmonaire et de soins cardiovasculaires d’urgence. Le volet de réanimation avancée de l’adulte traite de la défibrillation et de la cardioversion, de la gestion des voies aériennes, des médicaments et des abords vasculaires, et prend position sur la double défibrillation séquentielle, la réanimation tête surélevée et l’échographie au lit du patient. Le volet des soins après arrêt cardiaque fixe les objectifs initiaux de pression artérielle, d’oxygénation, de ventilation et de glycémie, et actualise le contrôle thermique, la place de la coronarographie et de l’assistance circulatoire, la détection des crises convulsives et le neuropronostic.

Question clinique

Qu’est-ce qui change dans la prise en charge de l’arrêt cardiaque de l’adulte, de la réanimation avancée jusqu’aux soins après arrêt et au pronostic neurologique ?

Méthode

Recommandations de l’American Heart Association, publiées dans un supplément de Circulation et fondées sur des revues structurées des preuves. Deux volets intéressent directement le cardiologue : la réanimation avancée de l’adulte (partie 9) et les soins après arrêt cardiaque (partie 11).

Résultats clés

  • Pour la réanimation avancée, le texte actualise les recommandations sur la fibrillation ventriculaire, la tachycardie ventriculaire sans pouls, l’asystolie et l’activité électrique sans pouls, ainsi que sur la fibrillation et le flutter atriaux à réponse ventriculaire rapide en situation de péri-arrêt ; il traite aussi de la défibrillation, de la cardioversion électrique, de la gestion avancée des voies aériennes, des médicaments et de l’abord vasculaire.
  • Trois techniques font l’objet de recommandations explicites : double défibrillation séquentielle, réanimation cardiopulmonaire tête surélevée et échographie au lit du patient.
  • Les règles d’arrêt de la réanimation sont précisées en fonction du champ d’exercice de l’équipe préhospitalière, et le texte insiste sur la distinction entre arythmie causale et arythmie secondaire pour choisir le moment des traitements.
  • Pour les soins après arrêt cardiaque, le texte fixe les objectifs initiaux de pression artérielle, d’oxygénation, de ventilation et de glycémie, puis revoit l’antibiothérapie systématique après reprise d’une activité circulatoire, la cible et la durée du contrôle thermique, ainsi que la place de l’angioplastie et de l’assistance circulatoire mécanique chez le patient réanimé.
  • La détection et le traitement des crises convulsives intègrent les données récentes ; le neuropronostic distingue désormais la prédiction d’une évolution favorable de celle d’une évolution défavorable, avec de nouvelles sections sur le neuromonitorage avancé et sur la définition et le traitement des myoclonies.
  • Les recommandations sur l’accompagnement des survivants, des proches et des sauveteurs sont élargies, et le rôle possible du don d’organes chez le patient réanimé est revu.

Limites

  • Recommandations américaines : elles ne se substituent pas aux recommandations européennes de l’ERC, dont le calendrier de mise à jour est distinct.
  • Ces documents sont volumineux, et les classes et niveaux de preuve de chaque recommandation ne sont pas repris ici.
En pratique : Ces deux volets constituent le texte de référence actualisé pour la prise en charge de l’arrêt cardiaque en unité de soins intensifs cardiologiques, de la réanimation avancée au neuropronostic. Ils servent de base à la formation des équipes et à la rédaction des protocoles de service, à condition de les confronter aux recommandations européennes de l’ERC, qui peuvent en différer sur certains points.
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◎ Veille Consensus d’experts ACC

2025 Concise Clinical Guidance: An ACC Expert Consensus Statement on the Evaluation and Management of Cardiogenic Shock

JACC · 29 avril 2025 · 85(16):1618–1641

L’American College of Cardiology publie un consensus d’experts sur l’évaluation et la prise en charge du choc cardiogénique, premier document du nouveau format court « Concise Clinical Guidance », centré sur la décision au lit du patient. Il propose un moyen mnémotechnique de reconnaissance précoce (SUSPECT CS), une feuille de route à 1 heure et à 24 heures, l’activation d’une équipe de choc multidisciplinaire et le recours à l’hémodynamique invasive par cathéter artériel pulmonaire pour le diagnostic et la conduite du traitement.

Question clinique

Comment reconnaître précocement un choc cardiogénique, en évaluer la gravité et organiser sa prise en charge, du diagnostic initial jusqu’à l’escalade éventuelle vers une assistance circulatoire mécanique temporaire ?

Méthode

Consensus d’experts de l’American College of Cardiology (Solution Set Oversight Committee), premier document du nouveau format « Concise Clinical Guidance » : un texte court, volontairement limité dans son périmètre, qui illustre le raisonnement clinique par des figures, des tableaux et des listes de vérification, dans des situations où les preuves ne permettent pas encore de formuler des recommandations formelles. Le format a été présenté lors d’une session du congrès ACC 2025.

Résultats clés

  • La reconnaissance précoce s’appuie sur le moyen mnémotechnique « SUSPECT CS », qui associe les marqueurs biologiques aux signes cliniques de congestion (œdème pulmonaire, turgescence jugulaire, œdèmes périphériques) et d’hypoperfusion.
  • Une feuille de route fixe les étapes à 1 heure et à 24 heures : évaluation initiale, activation de l’équipe de choc, puis stabilisation avec des réévaluations répétées de la trajectoire du choc, afin d’assurer la stabilité hémodynamique, de restaurer la perfusion tissulaire et de limiter les complications ; l’assistance circulatoire temporaire est ensuite renforcée ou reconfigurée si nécessaire.
  • La prise en charge repose sur une équipe de choc multidisciplinaire ; les centres aux ressources limitées sont invités à désigner un référent sur place et à nouer, pour les cas complexes, un partenariat avec un centre proposant les traitements de l’insuffisance cardiaque avancée.
  • La surveillance hémodynamique invasive par cathéter artériel pulmonaire est recommandée pour le diagnostic comme pour la conduite du traitement, afin de préciser le phénotype et la gravité du choc et de guider le choix de l’assistance ; le texte compare les dispositifs disponibles et détaille le traitement pharmacologique et les aspects de réanimation.

Limites

  • Consensus d’experts à faible niveau de preuve, sans nouvelle donnée randomisée.
  • Format volontairement restreint, qui ne remplace ni les recommandations formelles ni les parcours décisionnels complets.
En pratique : Ce guide court fournit une trame opérationnelle pour l’unité de soins intensifs cardiologiques : dépister tôt le choc en associant signes de congestion et d’hypoperfusion, structurer la première heure et les 24 premières heures, recourir sans tarder au cathétérisme droit pour caractériser le choc, et formaliser à l’avance le circuit d’appel vers un centre d’assistance. Il s’agit d’un avis d’experts : il oriente l’organisation des soins plus qu’il ne tranche les choix thérapeutiques.
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Cardiomyopathies & myocardites

14 sorties
2026
◎ Veille Consensus d’experts · ClinGen

An Updated Evidence Assessment of the Genetic Causes of Dilated Cardiomyopathy.

Circulation · 8 septembre 2026 · Réévaluation par le groupe d’experts ClinGen (Clinical Genome Resource), 68 gènes

Le groupe d’experts du Clinical Genome Resource (ClinGen) consacré à la cardiomyopathie dilatée a réévalué en 2024–2025 la validité clinique de 68 gènes, soit 72 relations gène–maladie–mode de transmission. Trente-cinq relations atteignent un niveau de preuve élevé (16 définitives, 10 fortes, 9 modérées), contre 19 lors de l’évaluation de 2019–2020. Parmi elles, neuf portent sur des gènes nouvellement établis et douze sur une transmission autosomique récessive. Vingt-neuf relations restent à preuve limitée, et quatre gènes sont sans lien démontré avec la maladie.

35 relations gène–maladie à niveau de preuve élevé (16 définitives, 10 fortes, 9 modérées), contre 19 lors de l’évaluation de 2019–2020 ; 29 relations à preuve limitée
Article original ↗

Question clinique

Quels gènes ont un lien démontré avec la cardiomyopathie dilatée, et méritent donc leur place dans un panel de test génétique et dans l’interprétation d’un variant chez un patient et sa famille ? L’architecture génétique de la maladie s’étant élargie depuis 2019, la classification demandait une mise à jour.

Méthode

Le groupe d’experts du Clinical Genome Resource chargé de la curation des gènes de la cardiomyopathie dilatée s’est réuni à nouveau en 2024–2025. Il a appliqué le cadre semi-quantitatif de ClinGen, avec des spécifications propres à la cardiomyopathie dilatée, pour classer chaque relation gène–maladie–mode de transmission selon la force des preuves publiées. Les gènes examinés en 2019–2020 ont été repris et les relations nouvellement rapportées ont été évaluées à leur tour : 68 gènes au total, soit 72 relations, dont 51 gènes déjà évalués et 17 nouveaux.

Résultats clés

  • On compte 35 relations classées à un niveau de preuve élevé (16 définitives, 10 fortes, 9 modérées), soit 16 de plus qu’en 2019–2020.
  • Neuf gènes nouvellement évalués atteignent d’emblée un niveau élevé : BAG5, FLII, LMOD2, MYLK3, MYZAP, NRAP, PPA2, PPP1R13L et RPL3L. Douze relations à niveau élevé concernent une transmission autosomique récessive, dont onze évaluées pour la première fois.
  • Cinq gènes réévalués changent de catégorie de façon cliniquement significative : JPH2 (curation scindée entre transmission dominante et récessive) et quatre gènes rehaussés d’un niveau faible à un niveau élevé (PLEKHM2, PRDM16, TBX20, TNNI3K).
  • Il reste 29 relations à preuve limitée (dont MYBPC3 en transmission récessive), et 4 gènes sont classés sans relation connue avec la maladie, leur implication restant contestée.
  • Quatre gènes ont fait l’objet d’une curation pour les deux modes de transmission : JPH2 (dominant fort, récessif limité), LDB3 (dominant limité, récessif fort), MYBPC3 (limité dans les deux cas) et TNNI3 (fort dans les deux cas).

Limites

  • Ce travail classe la validité des relations gène–maladie, non la pathogénicité d’un variant donné : il guide la composition des panels et l’interprétation, sans remplacer l’analyse de chaque variant.
  • Les relations à preuve limitée peuvent évoluer avec les publications à venir, comme le montrent les rehaussements de cette réévaluation.
En pratique : Ce référentiel actualisé sert à lire un compte rendu de test génétique dans la cardiomyopathie dilatée : un variant dans l’une des 35 relations gène–maladie à preuve élevée n’a pas le même poids qu’un variant dans un gène à preuve limitée, qui appelle beaucoup plus de réserve. Il peut aussi inviter à relire d’anciens résultats négatifs ou incertains, puisque plusieurs gènes ont changé de statut depuis 2019–2020. L’interprétation reste l’affaire d’une consultation de génétique cardiovasculaire.
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▲ À connaître Étude diagnostique prospective · REVEAL

124I-Evuzamitide Positron Emission Tomography/Computed Tomography for Diagnosing Cardiac Amyloidosis: The REVEAL Nonrandomized Clinical Trial.

JAMA · 30 août 2026 · 170 patients suspects d’amylose cardiaque, 18 centres américains, phase 3 · ESC 2026

L’évuzamitide marqué à l’iode 124 est un traceur qui se fixe sur les dépôts amyloïdes quel que soit leur type. Chez 170 patients adressés pour suspicion d’amylose cardiaque, sans diagnostic déjà posé, la TEP-TDM utilisant ce traceur a été confrontée à un diagnostic de référence porté en aveugle par des experts : sa sensibilité atteint 94 % (IC95 % 85–98) et sa spécificité 86 % (IC95 % 77–92). À la différence de la scintigraphie osseuse, limitée à l’amylose à transthyrétine, l’examen repère aussi l’amylose AL.

Sensibilité 94 % (IC95 % 85–98) · spécificité 86 % (IC95 % 77–92) · valeur prédictive positive 85 %, négative 94 %
Article original ↗

Question clinique

Le diagnostic non invasif de l’amylose cardiaque repose sur la scintigraphie osseuse, qui ne détecte que l’amylose à transthyrétine : l’amylose AL impose d’écarter une gammapathie et exige souvent une biopsie. Un traceur TEP capable d’imager directement les dépôts amyloïdes dans plusieurs organes, quel que soit leur type, est-il assez sensible et spécifique pour servir de test diagnostique ?

Méthode

Étude prospective multicentrique à groupe unique, menée dans 18 centres américains de janvier 2025 à mars 2026, avec un suivi de 60 jours. Les 195 adultes inclus étaient adressés pour suspicion d’amylose cardiaque, sans qu’un diagnostic d’amylose, cardiaque ou systémique, ait déjà été posé ; 170 ont été analysés (âge médian 72 ans, 75,3 % d’hommes, NT-proBNP médian 471 pg/mL, 61,7 % en classe NYHA II ou III). La TEP-TDM était réalisée 3 à 5 heures après l’injection de 1 mCi d’évuzamitide marqué à l’iode 124, sous protection thyroïdienne par 130 mg d’iodure de potassium pendant 3 jours. Trois médecins ont lu les images sans connaître les données cliniques ; trois experts de l’amylose, qui n’avaient pas connaissance du résultat de la TEP, ont porté le diagnostic de référence selon l’algorithme habituel. Les co-critères de jugement principaux étaient la sensibilité et la spécificité.

Résultats clés

  • Sensibilité 94 % (IC95 % 85–98 ; p < 0,001) et spécificité 86 % (IC95 % 77–92 ; p < 0,001), d’après l’avis majoritaire des trois lecteurs.
  • Valeur prédictive positive 85 % (IC95 % 75–92), valeur prédictive négative 94 % (IC95 % 87–98).
  • Selon le type d’amylose, la sensibilité (avis majoritaire) était de 96 % (IC95 % 87–100) dans l’amylose à transthyrétine et de 95 % (IC95 % 76–100) dans l’amylose AL, où l’intervalle de confiance très large traduit un petit effectif.
  • Tolérance : dans les 30 jours suivant l’injection, 32,4 % des patients ont présenté au moins un événement indésirable et 6,5 % un événement indésirable grave. Aucun événement grave n’a été rattaché au traceur et un seul événement, une asthénie, lui a été attribué. Aucun décès n’est survenu pendant la période d’étude.

Limites

  • Pas de comparaison directe avec la stratégie actuelle (scintigraphie osseuse et recherche de gammapathie), qui constitue justement la référence diagnostique : la TEP est évaluée par rapport à l’algorithme auquel elle voudrait se substituer.
  • L’étude, à groupe unique, a été menée dans des centres experts américains, et 25 des 195 patients inclus n’ont pas été analysés. Une spécificité de 86 % correspond à environ un faux positif pour sept patients sans amylose.
  • Le traceur n’est pas encore commercialisé : sa disponibilité dépendra de son enregistrement et de la logistique propre à l’iode 124.
En pratique : Ces résultats ne modifient pas encore le bilan d’une suspicion d’amylose cardiaque : scintigraphie osseuse, électrophorèse, immunofixation et dosage des chaînes légères libres restent la démarche de référence. Ils annoncent toutefois un examen unique capable de repérer l’amylose AL sans biopsie et d’imager les dépôts dans le cœur comme dans les autres organes, à condition que ces performances se confirment hors des centres experts. Son intérêt se discutera surtout lorsque la scintigraphie est douteuse ou négative malgré une forte suspicion.
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★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé de phase 3 · ACACIA-HCM

Aficamten for Symptomatic Nonobstructive Hypertrophic Cardiomyopathy

NEJM · 28 août 2026 · ESC 2026

Chez 517 adultes atteints d’une cardiomyopathie hypertrophique non obstructive symptomatique, forme qui ne dispose d’aucun traitement médicamenteux validé, l’aficamten a été comparé au placebo pendant une durée allant jusqu’à 72 semaines. À 36 semaines, il améliore la capacité d’effort davantage que le placebo (VO₂ pic : différence de 0,67 mL/kg/min), ainsi que l’état de santé rapporté par le patient (KCCQ : différence de 3,0 points). Le gain est statistiquement significatif mais modeste, et 10,5 % des patients traités ont présenté une baisse réversible de la FEVG sous 50 %.

À 36 semaines : VO₂ pic +0,67 mL/kg/min (IC95 % 0,22–1,11 ; p = 0,003) et KCCQ +3,0 points (IC95 % 0,5–5,5 ; p = 0,02) contre placebo
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Les inhibiteurs de la myosine cardiaque ont fait leurs preuves dans la CMH obstructive. Apportent-ils un bénéfice aux patients symptomatiques sans obstruction, pour lesquels aucun traitement médicamenteux n’a démontré son efficacité ?

Méthode

Essai de phase 3 multinational, randomisé en double aveugle. Des adultes atteints de CMH non obstructive symptomatique ont été répartis 1:1 entre aficamten (dose initiale 5 mg, maximum 20 mg) et placebo pour une durée allant jusqu’à 72 semaines : 258 sous aficamten, 259 sous placebo. Âge moyen 55,1 ans, 53,6 % de femmes. Les deux critères de jugement principaux, mesurés à 36 semaines, étaient la variation du pic de consommation d’oxygène (VO₂ pic) à l’épreuve d’effort cardiopulmonaire et la variation du score clinique résumé du questionnaire KCCQ (de 0 à 100, un score plus élevé traduisant un meilleur état de santé).

Résultats clés

  • KCCQ : +11,4 points sous aficamten contre +8,4 sous placebo, soit une différence de 3,0 points (IC95 % 0,5–5,5 ; p = 0,02).
  • VO₂ pic : +0,64 mL/kg/min sous aficamten contre −0,03 sous placebo, soit une différence de 0,67 mL/kg/min (IC95 % 0,22–1,11 ; p = 0,003).
  • La classe NYHA et le NT-proBNP se sont également améliorés sous aficamten ; ce sont des critères secondaires.
  • Tolérance : une baisse réversible de la FEVG sous 50 % est survenue chez 27 patients (10,5 %) sous aficamten, contre 2 (0,8 %) sous placebo. Des événements indésirables graves ont touché 52 patients (20,2 %) sous aficamten et 38 (14,7 %) sous placebo.

Limites

  • Les effets sont de taille modeste : une différence de 3 points de KCCQ reste en deçà du seuil de 5 points habituellement retenu comme perceptible par le patient, et le gain de VO₂ pic est inférieur à 1 mL/kg/min.
  • Le groupe placebo s’est lui aussi nettement amélioré (+8,4 points de KCCQ) : une part importante de l’amélioration ressentie ne tient pas au médicament.
  • La FEVG est passée sous 50 % chez environ un patient traité sur dix : le traitement impose une surveillance échocardiographique régulière.
  • Les deux critères de jugement principaux sont fonctionnels : l’essai ne permet pas de conclure sur les événements cliniques (décès, insuffisance cardiaque, arythmies) ni sur le devenir au-delà de 72 semaines.
En pratique : C’est le premier essai de phase 3 à démontrer un bénéfice médicamenteux dans la CMH non obstructive symptomatique, où l’on ne disposait jusqu’ici d’aucun traitement de fond validé. Le bénéfice moyen reste modeste et doit être présenté comme tel au patient : celui qui reste gêné malgré un traitement bien conduit peut être adressé à un centre expert pour discuter d’un inhibiteur de la myosine. La surveillance échocardiographique programmée fait partie du traitement, puisqu’un patient sur dix a vu sa FEVG passer sous 50 %.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé de phase 3 · CARDIO-TTRansform

Eplontersen for Transthyretin Amyloid Cardiomyopathy

NEJM · 28 août 2026 · ESC 2026

Chez 1 432 patients atteints d’amylose cardiaque à transthyrétine, l’eplontersen, oligonucléotide antisens qui réduit la production hépatique de transthyrétine, a été comparé au placebo pendant 140 semaines, en plus du traitement habituel. Il n’a pas réduit le critère principal, qui associait décès cardiovasculaires et événements cardiovasculaires récurrents : 29,4 % des patients ont présenté au moins un événement sous eplontersen contre 32,2 % sous placebo (rapport de taux 0,89 ; IC95 % 0,73–1,09 ; p = 0,28). Ce résultat contraste avec celui du vutrisiran dans HELIOS-B et invite à ne pas considérer comme interchangeables les traitements qui abaissent la transthyrétine.

Critère principal à 140 semaines : 29,4 % contre 32,2 % de patients avec événement — rapport de taux 0,89 (IC95 % 0,73–1,09 ; p = 0,28)

Question clinique

Réduire la production hépatique de transthyrétine améliore-t-il le pronostic de l’amylose cardiaque à transthyrétine, en plus du traitement habituel, qui comprend désormais souvent un stabilisateur de la transthyrétine ?

Méthode

Essai de phase 3 international, randomisé en double aveugle, mené dans 130 centres de 20 pays. Au total, 1 432 patients atteints d’amylose cardiaque à transthyrétine, sauvage ou héréditaire, ont reçu, en plus du traitement habituel, l’eplontersen 45 mg par voie sous-cutanée toutes les 4 semaines (715 patients) ou un placebo (717) pendant 140 semaines. Âge moyen 76,4 ans, 90,6 % d’hommes ; 57 % recevaient déjà un stabilisateur de la transthyrétine à l’inclusion. Le critère de jugement principal était le composite cumulé des décès cardiovasculaires et des événements cliniques cardiovasculaires récurrents jusqu’à la semaine 140.

Résultats clés

  • Au total, 381 événements du critère principal sont survenus chez 210 patients (29,4 %) sous eplontersen, contre 392 événements chez 231 patients (32,2 %) sous placebo : rapport de taux 0,89 (IC95 % 0,73–1,09 ; p = 0,28).
  • Les décès cardiovasculaires, composante du critère principal, ont touché 74 patients sous eplontersen contre 70 sous placebo ; on a compté 307 événements cliniques cardiovasculaires contre 322.
  • Pour le composite des décès toutes causes et des événements cardiovasculaires, le rapport de taux est de 0,86 (IC95 % 0,71–1,04).
  • Dans l’analyse en sous-groupes préspécifiée selon la prise d’un stabilisateur à l’inclusion, les patients traités par eplontersen seul, sans stabilisateur, ont présenté moins d’événements du critère principal que sous placebo, avec une significativité seulement nominale ; aucun bénéfice supplémentaire n’a été observé chez ceux qui recevaient déjà un stabilisateur.
  • La tolérance est comparable : des événements indésirables graves sont survenus chez 413 patients (57,8 %) sous eplontersen contre 426 (59,4 %) sous placebo.

Limites

  • L’essai a débuté avant la généralisation des stabilisateurs, mais 57 % des patients en recevaient un à l’inclusion : la marge de bénéfice attendue en était réduite.
  • L’analyse selon le stabilisateur est une analyse en sous-groupes, nominalement significative dans un seul sous-groupe : elle soulève une hypothèse, elle ne la démontre pas.
  • La population est très majoritairement masculine (90,6 %) et âgée ; les résultats s’extrapolent mal aux femmes et aux patients plus jeunes.
En pratique : L’essai ne modifie pas la prise en charge : il n’apporte pas d’argument pour ajouter l’eplontersen au traitement habituel de l’amylose cardiaque à transthyrétine. Il rappelle que les traitements qui réduisent la transthyrétine ne se comportent pas de façon homogène — le vutrisiran a démontré un bénéfice dans HELIOS-B, l’eplontersen non — sans que cette différence soit expliquée. Un éventuel bénéfice chez les patients ne recevant pas de stabilisateur reste une hypothèse issue d’une analyse en sous-groupes, qui demande à être confirmée.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Analyse secondaire · HELIOS-B

Left Atrial Structure and Function, Clinical Outcomes, and Efficacy of Vutrisiran in Transthyretin Amyloidosis With Cardiomyopathy: A Secondary Analysis of the HELIOS-B Randomized Clinical Trial

JAMA Cardiology · 19 août 2026

Dans cette analyse post hoc de l’essai HELIOS-B, portant sur 644 patients atteints d’amylose cardiaque à transthyrétine, la déformation (strain) de l’oreillette gauche est associée au critère qui réunit mortalité toutes causes et événements cardiovasculaires récurrents (HR 1,37 par 5 % de dégradation du strain réservoir ; IC95 % 1,13–1,68), ainsi qu’aux réhospitalisations pour insuffisance cardiaque et à la fibrillation atriale incidente ; le volume atrial indexé, lui, ne l’est pas. Le vutrisiran freine la dégradation du strain à 30 mois, et le strain initial ne modifie pas l’effet du traitement : ce paramètre ne permet donc pas de sélectionner les patients à traiter.

Dégradation du strain réservoir de l’oreillette gauche : HR 1,37 par 5 % (IC95 % 1,13–1,68) pour la mortalité toutes causes et les événements cardiovasculaires récurrents.

Question clinique

Dans l’amylose cardiaque à transthyrétine (ATTR-CM), la structure et la fonction de l’oreillette gauche ont-elles une valeur pronostique, et le vutrisiran freine-t-il leur dégradation ?

Méthode

Analyse post hoc de l’essai de phase 3 HELIOS-B, qui a comparé le vutrisiran (25 mg par voie sous-cutanée tous les 3 mois) au placebo dans l’ATTR-CM, dans 87 centres de 26 pays, avec un suivi médian de 36 mois. Sur les 655 patients inclus, 644 avaient un strain de l’oreillette gauche mesurable (âge médian 77 ans, 48 femmes soit 7,5 %, 88,4 % de formes sauvages). Le volume atrial gauche indexé (LAVi) et les trois composantes du strain — réservoir, conduit et contractile — ont été confrontés au critère principal associant mortalité toutes causes et événements cardiovasculaires récurrents, aux réhospitalisations pour insuffisance cardiaque et à la fibrillation atriale incidente ; l’effet du vutrisiran sur ces mesures a été évalué à 30 mois.

Résultats clés

  • La fonction atriale était déjà très altérée à l’inclusion : strain réservoir moyen 9,5 %, strain contractile 4,2 %. Les patients au strain réservoir le plus bas avaient une maladie plus avancée, plus de fibrillation atriale et une dysfonction ventriculaire gauche plus marquée.
  • Le strain réservoir et le strain contractile sont associés, indépendamment des autres facteurs, à la mortalité toutes causes et aux événements cardiovasculaires récurrents (par 5 % de dégradation : HR 1,37, IC95 % 1,13–1,68 pour le strain réservoir ; HR 1,53, IC95 % 1,08–2,17 pour le strain contractile), aux réhospitalisations pour insuffisance cardiaque (strain réservoir : HR 1,66, IC95 % 1,22–2,25) et à la fibrillation atriale incidente (HR 1,30, IC95 % 1,03–1,63). Le volume atrial indexé, lui, n’est associé à aucun de ces événements.
  • Le vutrisiran freine la dégradation du strain réservoir à 30 mois par rapport au placebo (différence +1,2 % ; IC95 % +0,4 à +1,9).
  • Le strain initial ne modifie pas l’effet du vutrisiran sur le critère principal (p d’interaction 0,60 pour le strain réservoir).

Limites

  • Il s’agit d’une analyse post hoc, non prévue au protocole : ses résultats font naître des hypothèses, ils ne les démontrent pas.
  • La population est âgée, très majoritairement masculine (48 femmes, soit 7,5 %) et atteinte pour l’essentiel de formes sauvages : la transposition aux formes héréditaires et aux patients plus jeunes reste incertaine.
  • Le gain de strain sous traitement est modeste, et rien ne démontre qu’agir sur ce paramètre améliore en soi le pronostic ; la mesure du strain atrial dépend en outre de la qualité de l’image et du logiciel utilisé.
En pratique : Dans l’amylose cardiaque à transthyrétine, la mesure du strain de l’oreillette gauche à l’échocardiographie apporte une information pronostique que le volume atrial indexé ne donne pas, et identifie les patients les plus exposés à la fibrillation atriale. Cette valeur pronostique repose sur une analyse post hoc et ne fonde pas de conduite à tenir particulière. Ce paramètre ne doit pas servir à choisir qui traiter : l’effet du vutrisiran est le même quel que soit le strain de départ.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Essai randomisé phase II · LCZ in nHCM

Effect of Sacubitril/Valsartan on Functional and Structural Cardiac Parameters in Adults With Nonobstructive Hypertrophic Cardiomyopathy: A Randomized Controlled Trial

JACC: Heart Failure · 18 août 2026

Dans cet essai de phase II, 40 adultes atteints d’une cardiomyopathie hypertrophique non obstructive, dont la capacité d’effort était réduite (VO₂ pic ≤ 80 % de la valeur théorique), ont reçu du sacubitril/valsartan ou un placebo pendant 50 semaines. Le VO₂ pic, critère de jugement principal, n’a pas été modifié (p = 0,55), alors que l’épaisseur septale (−4,7 mm ; p = 0,0001) et la masse ventriculaire gauche indexée (−22,5 g/m² ; p = 0,02) ont diminué par rapport au placebo. Ce signal de remodelage, sans traduction fonctionnelle et obtenu sur un très petit effectif, est à rapprocher des résultats des inhibiteurs de la myosine (ACACIA-HCM).

Aucun gain de VO₂ pic à 50 semaines (p = 0,55), mais épaisseur septale −4,7 mm (p = 0,0001) et masse ventriculaire gauche indexée −22,5 g/m² (p = 0,02).

Question clinique

Le sacubitril/valsartan améliore-t-il la capacité d’effort des adultes atteints de cardiomyopathie hypertrophique non obstructive symptomatique, situation où aucun traitement médicamenteux n’a fait ses preuves ?

Méthode

Essai de phase II multicentrique, randomisé en double aveugle contre placebo. Quarante adultes atteints de cardiomyopathie hypertrophique non obstructive avec capacité d’effort réduite (VO₂ pic ≤ 80 % de la valeur théorique) ont été répartis 1:1 entre placebo et sacubitril/valsartan titré jusqu’à 200 mg deux fois par jour. Le critère de jugement principal était la variation du VO₂ pic à 50 semaines, mesurée par épreuve d’effort cardiopulmonaire. Les analyses complémentaires portaient sur les paramètres échocardiographiques, les biomarqueurs sériques d’insuffisance cardiaque et un score composite standardisé (z-score) des paramètres cliniquement importants de la maladie.

Résultats clés

  • Population : âge médian 57,5 ans, 80 % en classe NYHA II, VO₂ pic moyen à 67,7 % de la valeur théorique.
  • Critère principal non atteint : aucune différence de variation du VO₂ pic entre sacubitril/valsartan et placebo (p = 0,55).
  • Remodelage à 50 semaines par rapport au placebo : épaisseur du septum interventriculaire −4,7 mm (p = 0,0001), masse ventriculaire gauche indexée −22,5 g/m² (p = 0,02) ; le score composite s’est également amélioré (p = 0,015), porté par l’épaisseur pariétale, la masse ventriculaire et la troponine.
  • Tolérance : les hypotensions, légères à modérées, et les altérations rénales légères sont survenues à des fréquences comparables à celles observées dans les essais du sacubitril/valsartan au cours de l’insuffisance cardiaque.

Limites

  • L’effectif est très réduit (40 patients) : la puissance est insuffisante pour conclure sur un critère fonctionnel, et les résultats structuraux doivent être tenus pour exploratoires.
  • La durée est limitée à 50 semaines ; aucun critère clinique (arythmies, insuffisance cardiaque, mortalité) n’a été évalué, et la régression de l’hypertrophie n’est pas en soi un bénéfice démontré pour le patient.
En pratique : Cet essai ne donne pas de place au sacubitril/valsartan dans la cardiomyopathie hypertrophique non obstructive en dehors de la recherche clinique : il n’a pas amélioré la capacité d’effort, seul critère principal. Il mérite d’être connu parce qu’il montre qu’un traitement peut faire régresser l’hypertrophie sans que le patient marche mieux ; c’est le bénéfice fonctionnel ou clinique, et non l’image, qui devra emporter la décision dans les essais à venir.
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◎ Veille Registre majeur · EXCALIBUR

Exploration of Arrhythmia Burden in Cardiac Amyloidosis Using Implantable Loop Recorders: The EXCALIBUR Study

JACC · mai 2026 · présenté à HFA 2026

Dans cette étude prospective monocentrique, 110 patients chez qui une amylose cardiaque à transthyrétine ou à chaînes légères venait d’être diagnostiquée, et qui n’étaient pas encore traités, ont reçu un moniteur cardiaque implantable après un bilan complet comprenant une IRM cardiaque. Une bradyarythmie justifiant un stimulateur (indication de classe I) est survenue chez 17,3 % des patients (23,8 % dans l’amylose à transthyrétine contre 8,5 % dans l’amylose AL) et une fibrillation atriale nouvelle chez 28,2 % de ceux qui n’en avaient pas ; ces arythmies étaient souvent asymptomatiques. Les troubles de conduction initiaux et la charge amyloïde myocardique sont associés à la survenue de ces événements.

Bradyarythmies justifiant un stimulateur (classe I) chez 17,3 % des patients et fibrillation atriale nouvelle chez 28,2 %, souvent sans symptôme.

Question clinique

Quelle est la fréquence réelle des arythmies au cours de l’amylose cardiaque, alors que leur dépistage repose habituellement sur des enregistrements de courte durée et sur les symptômes rapportés par le patient ?

Méthode

Étude observationnelle prospective monocentrique. Cent dix patients non encore traités, avec un diagnostic récent d’amylose cardiaque à transthyrétine (43 formes sauvages, 20 héréditaires) ou à chaînes légères (47 patients), ont bénéficié d’un bilan complet comprenant une IRM cardiaque, puis de la pose d’un moniteur cardiaque implantable, ou Holter implantable ; les événements rythmiques ont ensuite été recueillis en continu.

Résultats clés

  • Une bradyarythmie justifiant un stimulateur (indication de classe I) est survenue chez 17,3 % des patients, plus souvent dans l’amylose à transthyrétine que dans l’amylose AL (15 patients, soit 23,8 %, contre 4, soit 8,5 % ; p = 0,036).
  • Une fibrillation atriale nouvelle est apparue chez 28,2 % des patients qui n’en avaient pas (50,0 % dans l’amylose à transthyrétine contre 12,2 % dans l’amylose AL ; p < 0,001).
  • Les troubles de conduction initiaux et la charge amyloïde myocardique sont associés à la survenue des bradyarythmies (durée du QRS : sHR 1,03, IC95 % 1,01–1,04 ; volume extracellulaire à l’IRM : sHR 1,06, IC95 % 1,02–1,10), et la charge amyloïde à celle de la fibrillation atriale (volume extracellulaire : sHR 1,04, IC95 % 1,00–1,08).
  • Vingt et un patients sont décédés pendant le suivi (19,1 %) : 10 dans l’amylose à transthyrétine (15,9 %) et 11 dans l’amylose AL (23,4 %). Chez les 10 patients décédés d’amylose à transthyrétine, le rythme terminal enregistré était dans tous les cas une activité électrique sans pouls (AESP) ; chez les 11 patients décédés d’amylose AL, il s’agissait d’une AESP chez 9 (81,8 %) et d’une arythmie ventriculaire soutenue chez 2 (18,2 %).

Limites

  • Il s’agit d’une cohorte monocentrique de 110 patients suivis dans un centre de référence de l’amylose : les patients y sont probablement plus graves que ceux vus en consultation courante.
  • L’étude est descriptive : elle ne montre pas qu’un dépistage rythmique systématique ou une stimulation plus précoce améliorent le pronostic.
  • La durée de suivi n’est pas précisée dans le résumé, ce qui empêche de rapporter ces pourcentages à une période donnée ; le nombre de décès analysés est faible.
En pratique : Dans l’amylose cardiaque, l’absence de plainte ne signifie pas l’absence d’arythmie : dans cette cohorte, près d’un patient sur six a développé une bradyarythmie justifiant un stimulateur et plus d’un sur quatre une fibrillation atriale, surtout dans les formes à transthyrétine. L’étude identifie les patients les plus exposés (QRS large, charge amyloïde élevée à l’IRM), mais ne démontre pas qu’un monitorage prolongé systématique améliore leur devenir. Quant au défibrillateur, l’étude n’a pas été conçue pour en évaluer l’intérêt : parmi les 21 décès observés, le rythme terminal enregistré était une activité électrique sans pouls dans les 10 décès d’amylose à transthyrétine et dans 9 des 11 décès d’amylose AL, les 2 autres étant liés à une arythmie ventriculaire soutenue. Sur un nombre de décès aussi faible, ces observations ne permettent pas de trancher la question de l’implantation d’un défibrillateur.
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▲ À connaître Essai randomisé · ATTRibute-CM OLE

Long-Term Durability of Acoramidis Efficacy in Transthyretin Amyloid Cardiomyopathy: Open-Label Extension of the ATTRibute-CM Trial

JAMA Cardiology · mars 2026 · présenté à l’ACC.26

L’essai pivot ATTRibute-CM avait comparé l’acoramidis au placebo pendant 30 mois dans l’amylose cardiaque à transthyrétine. Dans son extension ouverte, tous les patients ont ensuite reçu l’acoramidis, avec un suivi médian de 53 mois. À 54 mois, la mortalité toutes causes est de 26,2 % chez les patients traités par acoramidis depuis le début, contre 43,6 % chez ceux passés du placebo à l’acoramidis après 30 mois (HR 0,55 ; IC95 % 0,42–0,74). Cette comparaison entre traitement continu et traitement différé plaide pour un diagnostic et un traitement précoces, avec les réserves propres à une extension ouverte.

Mortalité toutes causes à 54 mois : 26,2 % sous acoramidis continu contre 43,6 % après passage du placebo à l’acoramidis à 30 mois (HR 0,55 ; IC95 % 0,42–0,74)
Article original ↗

Question clinique

Le bénéfice de l’acoramidis, stabilisateur de la transthyrétine, démontré à 30 mois dans l’essai ATTRibute-CM, se maintient-il à long terme, et un traitement commencé plus tard rattrape-t-il le retard pris sous placebo ?

Méthode

Extension ouverte de l’essai randomisé ATTRibute-CM, dans laquelle les patients ayant terminé la phase randomisée de 30 mois (acoramidis ou placebo) ont tous reçu l’acoramidis en ouvert. Deux groupes sont comparés selon le bras d’origine : acoramidis continu depuis la randomisation, ou passage du placebo à l’acoramidis à 30 mois. L’analyse porte sur 409 patients traités en continu et 202 passés du placebo à l’acoramidis, avec un suivi médian de 53 mois ; critères évalués à 54 mois : mortalité toutes causes, mortalité cardiovasculaire et première hospitalisation cardiovasculaire.

Résultats clés

  • Mortalité toutes causes à 54 mois : 26,2 % sous acoramidis continu contre 43,6 % chez les patients passés du placebo à l’acoramidis à 30 mois (HR 0,55 ; IC95 % 0,42–0,74).
  • Même sens pour les autres critères : mortalité cardiovasculaire 18,6 % contre 33,7 %, première hospitalisation cardiovasculaire 35,2 % contre 56,9 %, toujours en faveur du traitement continu.
  • Aucun nouveau problème de tolérance n’a été identifié dans l’extension jusqu’au 54e mois.

Limites

  • Extension ouverte sans bras placebo maintenu : la comparaison entre traitement continu et traitement différé ne bénéficie plus de la protection de la randomisation initiale et reste exposée à des biais (patients survivants à 30 mois, déséquilibres à l’entrée dans l’extension).
  • À partir du douzième mois, le protocole autorisait l’ajout de tafamidis dans les deux bras ; il a été utilisé plus souvent dans le bras placebo (22,8 % contre 14,9 %). La comparaison n’oppose donc pas un groupe traité à un groupe non traité, mais un traitement d’emblée à un traitement différé.
En pratique : Dans l’amylose cardiaque à transthyrétine, un traitement commencé plus tôt s’accompagne, à quatre ans et demi, d’une mortalité nettement plus faible qu’un traitement différé de 30 mois : le retard pris ne semble pas se rattraper. Ces données, issues d’une extension ouverte, ne remplacent pas un essai randomisé, mais elles renforcent l’intérêt d’un diagnostic précoce : une scintigraphie osseuse se justifie au moindre doute devant une insuffisance cardiaque à FEVG préservée avec parois épaissies.
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◎ Veille Recommandations

Genetic counselling implementation in dilated cardiomyopathy: A clinical consensus statement of the HFA/ESC

European Heart Journal · mars 2026

Cette prise de position clinique de la HFA et de l’ESC prolonge les recommandations ESC 2023 sur les cardiomyopathies en détaillant la mise en œuvre du test et du conseil génétiques dans la cardiomyopathie dilatée. Elle précise qui tester, avec quel panel et comment interpréter le résultat au regard du phénotype, puis comment organiser le parcours avant et après le test, pour le patient comme pour sa famille. Le rendement du test varie de 8 % à 36 % selon l’étiologie et l’histoire familiale.

Question clinique

Comment intégrer concrètement le test génétique et le conseil génétique au parcours d’un patient atteint de cardiomyopathie dilatée : qui tester, avec quel panel, comment interpréter le résultat et qu’en faire pour le patient et sa famille ?

Méthode

Ce texte est une prise de position clinique commune de l’Association d’insuffisance cardiaque (HFA) de la Société européenne de cardiologie, du groupe de travail sur les maladies myocardiques et péricardiques et du Conseil de génomique cardiovasculaire de l’ESC. Il s’agit d’un document d’experts, sans gradation en classes et niveaux de preuve : il complète les recommandations ESC 2023 sur les cardiomyopathies en décrivant l’architecture génétique de la maladie, les stratégies de séquençage et la lecture des résultats dans le contexte du phénotype et des autres facteurs en cause.

Résultats clés

  • Le rendement du test génétique varie de 8 % à 36 % selon l’étiologie et l’histoire familiale : un variant pathogène ou probablement pathogène est retrouvé chez 19 % des patients atteints de cardiomyopathie dilatée, et chez 55 % de ceux qui ont une forme familiale.
  • Une cause acquise n’exclut pas une cause génétique : en cas de consommation excessive d’alcool, de chimiothérapie cardiotoxique, de myocardite, de cardiomyopathie du péripartum ou de maladie immunitaire systémique, la probabilité de trouver un substrat génétique reste de 8 % à 18 % ; ces patients ne doivent donc pas être écartés du test.
  • Un panel ciblé est préférable à un panel large : 20 gènes constituent le noyau conseillé en routine, alors que l’ajout des gènes associés à l’ensemble des maladies cardiaques n’augmente pratiquement pas le rendement diagnostique et multiplie les variants de signification incertaine, source d’examens familiaux inutiles et d’inquiétude.
  • Le conseil avant et après le test fait partie de l’examen : il prépare aux résultats incertains ou fortuits, prévoit un soutien psychologique et expose les conséquences concrètes d’un résultat positif — décision de défibrillateur, dépistage familial en cascade, options de procréation.

Limites

  • C’est un consensus d’experts, sans niveau de preuve attribué : il propose un cadre de bonne pratique, non des recommandations graduées.
  • Les outils qui aident à choisir les patients à tester quand les ressources sont limitées restent imparfaits, et le rendement du test demeure mal connu dans plusieurs situations courantes (certaines tranches d’âge, phénotypes limites).
  • Les scores de risque polygénique n’ont pas d’implication clinique à ce jour, et les variants de signification incertaine imposent une réévaluation régulière au fil du temps.
En pratique : Le document propose d’offrir un test génétique à tout patient atteint de cardiomyopathie dilatée dès lors que le résultat peut modifier la stratification du risque, le pronostic, le traitement ou le dépistage des proches — y compris lorsqu’une cause acquise paraît évidente. Il conseille de demander un panel ciblé plutôt que le plus large possible, et de prévoir une consultation dédiée avant le prélèvement puis au rendu du résultat, en lien avec un centre de cardiogénétique.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai clinique

Mavacamten in Adolescents with Obstructive Hypertrophic Cardiomyopathy

NEJM · 2026 · essai SCOUT-HCM · présenté à l’ACC.26 · extension pédiatrique d’une classe déjà validée chez l’adulte

L’essai SCOUT-HCM, de phase 3, a comparé le mavacamten au placebo, en double aveugle après randomisation, chez 44 adolescents de 12 à 17 ans atteints d’une cardiomyopathie hypertrophique obstructive symptomatique. À 28 semaines, le gradient de chambre de chasse sous Valsalva a diminué de 48,5 mm Hg sous mavacamten contre 0,5 mm Hg sous placebo, soit une différence de −48,0 mm Hg (IC95 % −67,7 à −28,3 ; p < 0,001). Les effets indésirables ont été aussi fréquents dans un groupe que dans l’autre et aucun patient n’a vu sa FEVG descendre sous 50 %. Le recul se limite toutefois à 28 semaines.

Gradient sous Valsalva à 28 semaines : −48,0 mm Hg par rapport au placebo (IC95 % −67,7 à −28,3 ; p < 0,001)

Question clinique

Le mavacamten, inhibiteur de la myosine cardiaque disponible chez l’adulte, réduit-il l’obstruction de la chambre de chasse et reste-t-il sûr chez l’adolescent atteint d’une cardiomyopathie hypertrophique obstructive symptomatique, alors qu’aucun traitement médicamenteux n’est approuvé à cet âge ?

Méthode

Essai SCOUT-HCM, de phase 3, randomisé 1:1 en double aveugle contre placebo, chez des adolescents de 12 à moins de 18 ans, en classe NYHA II ou III, présentant une obstruction de la chambre de chasse du ventricule gauche. Le critère de jugement principal était la variation, entre l’inclusion et la semaine 28, du gradient de chambre de chasse provoqué par la manœuvre de Valsalva.

Résultats clés

  • 44 adolescents randomisés (23 sous mavacamten, 21 sous placebo), d’âge moyen 14,7 ± 1,7 ans et 14,6 ± 1,7 ans respectivement, avec un gradient sous Valsalva comparable à l’inclusion (78,4 et 80,8 mm Hg).
  • À 28 semaines, le gradient sous Valsalva a varié en moyenne de −48,5 mm Hg sous mavacamten et de −0,5 mm Hg sous placebo, soit une différence de −48,0 mm Hg (IC95 % −67,7 à −28,3 ; p < 0,001).
  • La fréquence des effets indésirables a été comparable dans les deux groupes, avec 2 événements graves par groupe : sous mavacamten, deux syncopes chez un même patient et un choc inapproprié de défibrillateur implantable chez un autre ; sous placebo, une douleur thoracique et un épisode dépressif avec idées suicidaires. Aucun patient n’a vu sa FEVG descendre sous 50 % et aucun décès n’est survenu.

Limites

  • Effectif réduit et suivi limité à 28 semaines : la durabilité de l’effet et la sécurité au long cours, en particulier sur un cœur en croissance, restent inconnues.
  • Le critère principal est hémodynamique : l’essai n’établit pas de gain sur la capacité d’effort mesurée, la charge en arythmies, le recours ultérieur à la réduction septale ni le pronostic à long terme.
  • Essai financé par le fabricant, plusieurs auteurs étant employés par le laboratoire.
En pratique : Chez l’adolescent symptomatique dont l’obstruction persiste malgré le traitement habituel, cet essai randomisé montre une réduction marquée du gradient sous inhibiteur de myosine, sans signal de sécurité à court terme. Il ne démontre ni bénéfice fonctionnel ni sécurité au long cours, et le médicament n’a pas d’autorisation à cet âge : la décision relève d’un centre expert de cardiomyopathies, avec la surveillance échocardiographique régulière de la FEVG déjà exigée chez l’adulte et une information claire des familles sur le recul limité.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
2025
▲ À connaître Recommandations

Clinical care of family members of patients with dilated cardiomyopathy: A clinical consensus statement of the HFA/ESC

European Heart Journal · septembre 2025

Ce document de consensus de la Heart Failure Association de l’ESC organise le dépistage familial dans la cardiomyopathie dilatée. Tout apparenté du premier degré reçoit un bilan initial comprenant au moins un ECG et une imagerie cardiaque ; la suite dépend du statut génétique, de l’âge et des premiers résultats. Chez les porteurs d’un variant dans un gène à haut risque rythmique (LMNA, FLNC tronqué, PLN, DSP…), une surveillance annuelle peut être envisagée et une IRM cardiaque est conseillée à l’évaluation initiale.

Article original ↗

Question clinique

Chez les apparentés d’un patient atteint de cardiomyopathie dilatée, qui faut-il examiner, avec quel bilan initial, et à quel rythme les revoir selon qu’un variant génétique a été identifié ou non ?

Méthode

Cette déclaration de consensus clinique émane de la Heart Failure Association (HFA) de la Société européenne de cardiologie, du groupe de travail Maladies myocardiques et péricardiques et du Conseil de génomique cardiovasculaire ; elle a été rédigée par un groupe d’experts. Il s’agit d’un avis structuré, sans gradation formelle en classes et niveaux de preuve, fondé sur les données observationnelles disponibles et sur la pratique des centres spécialisés.

Résultats clés

  • Un bilan clinique de base, comprenant au moins un ECG et une imagerie cardiaque (échocardiographie ou IRM), est conseillé chez tout apparenté du premier degré, quel que soit le résultat de l’enquête génétique.
  • Lorsqu’un variant pathogène ou probablement pathogène est identifié chez le cas index, un test génétique ciblé est proposé aux apparentés, précédé et suivi d’un conseil génétique ; les apparentés qui ne portent pas le variant et n’ont aucune anomalie peuvent être libérés du suivi. En l’absence de variant identifié mais avec plusieurs cas dans la famille, le dépistage clinique reste recommandé.
  • Le rythme de surveillance est individualisé : tous les 5 ans à l’âge adulte pour les apparentés d’un cas sporadique sans variant, tous les 2 à 3 ans avant 60 ans puis tous les 5 ans dans les formes familiales sans variant identifié, et jusqu’à un contrôle annuel chez les porteurs d’un variant, selon le gène, l’âge et les anomalies initiales.
  • Chez les porteurs asymptomatiques d’un variant dans un gène à haut risque rythmique (LMNA, TMEM43, PLN, DSP, FLNC en variants tronquants, RBM20), le texte propose d’envisager une surveillance annuelle par ECG, échocardiographie et enregistrement ambulatoire, même en l’absence d’anomalie structurelle. Une IRM cardiaque est conseillée à l’évaluation initiale chez les porteurs symptomatiques d’un de ces variants, un rehaussement tardif sous-épicardique pouvant précéder la baisse de la fraction d’éjection et échapper à la seule échocardiographie.
  • L’âge de début du dépistage se fonde sur l’âge d’apparition attendu dans la famille et le gène en cause (avec certains gènes, comme MYH7, la maladie débute souvent dans l’enfance) ; la décision est partagée avec la famille.

Limites

  • Il s’agit d’un consensus d’experts, sans niveau de preuve issu d’essais randomisés : les intervalles proposés reposent sur des données observationnelles et sur l’expérience des centres.
  • Sa mise en œuvre dépend de l’accès au conseil génétique, au séquençage et à l’IRM cardiaque, inégal selon les territoires.
En pratique : Ce texte donne un cadre pour organiser le dépistage en cascade des apparentés d’un patient atteint de cardiomyopathie dilatée : qui convoquer, quel bilan initial demander et à quel rythme revoir chacun selon son statut génétique. Il aide surtout à repérer les familles porteuses d’un gène à haut risque rythmique, chez qui une surveillance rapprochée, jusqu’au rythme annuel, et le recours à l’IRM cardiaque méritent d’être discutés même en l’absence d’anomalie structurelle. Il s’agit d’un avis d’experts, à adapter aux ressources locales et à discuter avec un centre de référence des cardiomyopathies.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Recommandations ESC 2025

2025 ESC Guidelines for the Management of Myocarditis and Pericarditis

European Heart Journal · août 2025 · ESC Congress 2025

La Société européenne de cardiologie publie ses premières recommandations consacrées à la myocardite, traitée conjointement avec la péricardite sous le terme de « syndrome myopéricardique inflammatoire ». Le texte organise le parcours diagnostique autour de l’IRM cardiaque, précise les critères d’hospitalisation, encadre la reprise du sport et le suivi à long terme. Il repose en grande partie sur des avis d’experts, faute d’essais randomisés.

Question clinique

Comment reconnaître, traiter et suivre les atteintes inflammatoires du myocarde et du péricarde, de la douleur thoracique bénigne au choc cardiogénique ? Quels patients hospitaliser, et quand autoriser la reprise du sport et du travail ?

Méthode

Ces recommandations de la Société européenne de cardiologie ont été rédigées par un groupe de travail dédié, avec la gradation habituelle en classes et en niveaux de preuve. C’est le premier texte européen consacré à la myocardite, et le premier à la traiter conjointement avec la péricardite, sous le terme de « syndrome myopéricardique inflammatoire », qui reconnaît le chevauchement fréquent des deux atteintes.

Résultats clés

  • L’IRM cardiaque devient le pivot du diagnostic non invasif devant une suspicion de myocardite ou de péricardite (classe I, niveau B). Une IRM de contrôle dans les six mois est recommandée pour distinguer une guérison d’un processus persistant et autoriser la reprise de l’exercice (I C). La biopsie endomyocardique est réservée aux myocardites à haut risque, aux formes avec instabilité hémodynamique et aux formes de risque intermédiaire qui ne répondent pas au traitement (I C).
  • L’hospitalisation est recommandée pour les péricardites à haut risque (I B) et pour les myocardites de risque modéré à élevé (I C) ; les formes sans critère de gravité peuvent être suivies en ambulatoire.
  • Reprise du sport : les délais forfaitaires de trois à six mois laissent place à une approche individualisée. L’effort est restreint jusqu’à la rémission et pendant au moins un mois (I C), la rémission étant définie par la normalisation des symptômes, des biomarqueurs et de l’imagerie, chez le sportif comme chez le sédentaire.
  • Traitement de la péricardite : la colchicine vient en première ligne, en complément de l’aspirine ou d’un anti-inflammatoire non stéroïdien (I A) ; les corticoïdes ne sont pas recommandés en première intention en l’absence d’indication spécifique (III C) ; les anti-interleukine-1 (anakinra ou rilonacept) sont recommandés dans les péricardites récidivantes résistantes à la colchicine et cortico-dépendantes (I A).

Limites

  • La grande majorité des recommandations reposent sur un niveau de preuve C, c’est-à-dire sur un avis d’experts : les essais randomisés multicentriques manquent, en particulier pour le traitement de la myocardite.
  • Les critères de reprise de l’activité physique restent incertains, et le texte l’assume : il plaide pour des restrictions moins longues tout en reconnaissant l’absence de données solides.
  • Les données manquent chez l’enfant, la femme enceinte ou allaitante et le sujet âgé ; les scores de risque de péricardite compliquée ne sont pas validés et restent du domaine de la recherche.
En pratique : Devant une douleur thoracique avec élévation de la troponine et coronaires saines, le texte invite à demander une IRM cardiaque plutôt qu’à s’en tenir à l’échocardiographie, puis une IRM de contrôle dans les six mois avant d’autoriser la reprise du sport. Les péricardites à haut risque et les myocardites de risque modéré à élevé relèvent de l’hospitalisation. Enfin, l’arrêt forfaitaire de trois à six mois n’a plus cours : la restriction dure au moins un mois, puis la reprise est guidée par la rémission clinique, biologique et à l’imagerie.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · MAPLE-HCM

Aficamten or Metoprolol Monotherapy for Obstructive Hypertrophic Cardiomyopathy

NEJM · août 2025 · présenté à l’ESC 2025

MAPLE-HCM a comparé, en double aveugle avec double placebo, l’aficamten seul au métoprolol seul chez 175 adultes atteints d’une cardiomyopathie hypertrophique obstructive symptomatique. À 24 semaines, le pic de VO₂ a augmenté de 1,1 mL/kg/min sous aficamten et diminué de 1,2 mL/kg/min sous métoprolol, soit une différence de 2,3 mL/kg/min (IC95 % 1,5–3,1 ; p < 0,001). La classe NYHA s’est améliorée chez 51 % des patients sous aficamten contre 26 % sous métoprolol, avec un meilleur score KCCQ et un gradient de la chambre de chasse plus bas. Les événements indésirables ont été de fréquence comparable dans les deux groupes.

Pic de VO₂ à 24 semaines : +1,1 contre −1,2 mL/kg/min (différence 2,3 ; IC95 % 1,5–3,1 ; p < 0,001) · classe NYHA améliorée chez 51 % contre 26 %
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Chez l’adulte atteint d’une cardiomyopathie hypertrophique obstructive symptomatique, l’aficamten en monothérapie apporte-t-il un bénéfice fonctionnel supérieur à celui du métoprolol en monothérapie, alors que le bêtabloquant est le traitement initial habituel malgré des preuves limitées de son efficacité ?

Méthode

Essai international randomisé 1:1, en double aveugle avec double placebo : aficamten de 5 à 20 mg par jour contre métoprolol de 50 à 200 mg par jour. Le critère de jugement principal était la variation du pic de consommation d’oxygène (VO₂) à 24 semaines. Les critères secondaires comprenaient l’amélioration de la classe NYHA, le score clinique résumé du questionnaire KCCQ (KCCQ-CSS), le gradient de la chambre de chasse du ventricule gauche après manœuvre de Valsalva, le NT-proBNP, le volume de l’oreillette gauche indexé et la masse ventriculaire gauche indexée.

Résultats clés

  • 88 patients ont reçu l’aficamten et 87 le métoprolol ; âge moyen 58 ans, 58,3 % d’hommes, gradient moyen de 47 mm Hg au repos et 74 mm Hg après Valsalva à l’inclusion.
  • À 24 semaines, le pic de VO₂ a varié de +1,1 mL/kg/min sous aficamten (IC95 % 0,5–1,7) et de −1,2 mL/kg/min sous métoprolol (IC95 % −1,7 à −0,8), soit une différence de 2,3 mL/kg/min (IC95 % 1,5–3,1 ; p < 0,001) en faveur de l’aficamten.
  • La classe NYHA s’est améliorée d’au moins un niveau chez 51 % des patients sous aficamten contre 26 % sous métoprolol, soit 25 points d’écart (IC95 % 11–39 ; p < 0,001).
  • Le score KCCQ-CSS, le gradient de la chambre de chasse, le NT-proBNP et le volume de l’oreillette gauche indexé se sont davantage améliorés sous aficamten. La masse ventriculaire gauche indexée n’a pas différé de façon significative entre les groupes.
  • Les événements indésirables ont été de fréquence comparable dans les deux groupes.

Limites

  • Le seul comparateur est le métoprolol, à dose titrée : l’essai ne renseigne ni sur les autres bêtabloquants ni sur les inhibiteurs calciques.
  • Le suivi s’arrête à 24 semaines et les critères sont fonctionnels et hémodynamiques : aucune donnée sur la morbi-mortalité ni sur la durabilité de l’effet.
  • L’effectif est modeste pour juger de la tolérance, en particulier de la baisse de FEVG propre aux inhibiteurs de la myosine ; l’essai est financé par le fabricant.
En pratique : Chez le patient symptomatique avec obstruction, l’aficamten en monothérapie fait mieux que le métoprolol en monothérapie sur la capacité d’effort, les symptômes et le gradient à 24 semaines. Cela ouvre la discussion d’un inhibiteur de la myosine dès la première ligne, en lien avec un centre habitué à cette classe. L’essai ne dit rien du pronostic à plus long terme, et la surveillance de la FEVG reste la règle avec ces molécules.
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▲ À connaître Essai randomisé · ODYSSEY-HCM

Mavacamten in Symptomatic Nonobstructive Hypertrophic Cardiomyopathy

NEJM · août 2025 · présenté à l’ESC 2025

ODYSSEY-HCM a comparé, en double aveugle, le mavacamten au placebo pendant 48 semaines chez 580 adultes atteints d’une cardiomyopathie hypertrophique non obstructive symptomatique. Aucun des deux critères de jugement principaux n’a été atteint : la différence de pic de VO₂ est de 0,47 mL/kg/min (p = 0,07) et celle du score KCCQ-CSS de 2,7 points (p = 0,06). Une FEVG inférieure à 50 % a été observée chez 21,5 % des patients sous mavacamten, contre 1,7 % sous placebo. L’essai ne soutient donc pas l’extension du traitement aux formes non obstructives.

Critères principaux non atteints — pic de VO₂ à 48 semaines : +0,47 mL/kg/min par rapport au placebo (IC95 % −0,03 à 0,98 ; p = 0,07) · FEVG < 50 % chez 21,5 % contre 1,7 %
Article original ↗ Analyse ACC ↗

Question clinique

Le mavacamten, approuvé dans la cardiomyopathie hypertrophique obstructive, améliore-t-il la capacité fonctionnelle et l’état de santé ressenti des adultes atteints d’une forme non obstructive symptomatique ?

Méthode

Essai ODYSSEY-HCM, de phase 3, international, randomisé 1:1 en double aveugle contre placebo : mavacamten débuté à 5 mg par jour et ajusté jusqu’à 15 mg selon la FEVG (ajustement simulé dans le groupe placebo), pendant 48 semaines. Deux critères de jugement principaux : la variation du pic de VO₂ et celle du score clinique résumé du questionnaire de Kansas City (KCCQ-CSS, de 0 à 100, un score élevé traduisant un meilleur état de santé), entre l’inclusion et la semaine 48.

Résultats clés

  • 289 patients ont reçu le mavacamten et 291 le placebo ; l’âge moyen était de 56 ± 15 ans et 46 % des participants étaient des femmes.
  • Pic de VO₂ à 48 semaines : variation de 0,52 mL/kg/min sous mavacamten (IC95 % 0,09–0,95) contre 0,05 mL/kg/min sous placebo (IC95 % −0,38 à 0,47), soit une différence de 0,47 mL/kg/min (IC95 % −0,03 à 0,98 ; p = 0,07).
  • Score KCCQ-CSS : gain de 13,1 points sous mavacamten (IC95 % 10,7–15,5) contre 10,4 points sous placebo (IC95 % 8,0–12,8), soit une différence de 2,7 points (IC95 % −0,1 à 5,6 ; p = 0,06).
  • Les baisses de fraction d’éjection et les interruptions de traitement ont été plus fréquentes sous mavacamten : une FEVG inférieure à 50 % a été observée chez 21,5 % des patients traités contre 1,7 % sous placebo, et le traitement a été arrêté définitivement chez 10,7 % contre 5,8 %.

Limites

  • Le score KCCQ-CSS s’est nettement amélioré dans le groupe placebo (+10,4 points), ce qui a pu réduire la marge de bénéfice attribuable au traitement.
  • La population des cardiomyopathies non obstructives est hétérogène, ce qui a pu diluer un bénéfice qui n’existerait que dans certains sous-groupes.
  • Les deux critères principaux sont fonctionnels et déclaratifs : l’essai ne renseigne pas sur les événements cliniques.
En pratique : Dans la cardiomyopathie hypertrophique non obstructive symptomatique, le mavacamten n’a pas démontré de bénéfice sur la capacité d’effort ni sur les symptômes, alors qu’une FEVG sous 50 % est survenue chez plus d’un patient traité sur cinq. Ces résultats ne soutiennent pas son emploi en dehors de l’indication obstructive. Ils rappellent aussi l’importance de la surveillance échocardiographique de la FEVG chez les patients traités pour une forme obstructive.
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▲ À connaître Essai randomisé · SAFE-HCM

High intensity exercise programme in patients with hypertrophic cardiomyopathy: a randomized trial (SAFE-HCM)

European Heart Journal · mai 2025

Chez 80 patients de 16 à 60 ans atteints d’une cardiomyopathie hypertrophique, cet essai randomisé de faisabilité a comparé les soins usuels seuls aux mêmes soins complétés par un programme supervisé d’exercice d’intensité élevée, conduit pendant 12 semaines. Le critère exploratoire de sécurité, composite d’événements liés à une arythmie, n’a pas différé entre les groupes (p = 0,99). À 12 semaines, le pic de VO₂ a augmenté de 4,1 mL/kg/min de plus dans le groupe exercice que sous soins usuels (IC95 % 1,1–7,1), avec une pression artérielle systolique plus basse et des scores d’anxiété et de dépression améliorés. La plupart de ces gains s’étaient estompés six mois après la fin du programme.

Pic de VO₂ à 12 semaines : +4,1 mL/kg/min par rapport aux soins usuels (IC95 % 1,1–7,1) · événements rythmiques : pas de différence (p = 0,99)
Article original ↗

Question clinique

Un programme d’exercice d’intensité élevée est-il réalisable chez des patients atteints de cardiomyopathie hypertrophique, et quels sont ses effets sur la sécurité rythmique, la capacité cardiorespiratoire et le bien-être psychologique ?

Méthode

L’essai randomisé SAFE-HCM a été mené dans trois centres tertiaires londoniens chez des patients de 16 à 60 ans, en classe NYHA I ou II et capables de faire un effort : un programme supervisé de 12 semaines venant s’ajouter aux soins usuels (n = 40) a été comparé aux soins usuels seuls (n = 40). La faisabilité constituait le critère principal (recrutement, adhésion, maintien dans l’étude, encadrement, acceptabilité). Le critère exploratoire de sécurité était un composite d’événements liés à une arythmie ; les critères exploratoires secondaires portaient sur la capacité cardiorespiratoire, les facteurs de risque cardiovasculaire, la qualité de vie, l’anxiété et la dépression. Le groupe exercice a été réévalué six mois après la fin du programme.

Résultats clés

  • Au total, 67 participants (84 %) ont terminé l’étude, 34 dans le groupe exercice et 33 dans le groupe soins usuels ; les abandons tenaient aux déplacements, au travail et aux contraintes familiales. L’encadrement a respecté les normes nationales de réadaptation cardiaque.
  • Le critère exploratoire de sécurité n’a pas différé entre les groupes (p = 0,99) : un participant du groupe exercice a présenté une syncope à l’effort, après une asystolie ventriculaire survenue pendant l’exercice, et un participant du groupe soins usuels une tachycardie ventriculaire soutenue.
  • À 12 semaines, par rapport aux soins usuels, le pic de VO₂ (+4,1 mL/kg/min ; IC95 % 1,1–7,1) et la VO₂ au seuil anaérobie (+2,3 mL/kg/min ; IC95 % 0,4–4,1) ont davantage augmenté dans le groupe exercice, avec une pression artérielle systolique plus basse (−7,3 mm Hg ; IC95 % −11,7 à −2,8) et un indice de masse corporelle plus bas (−0,8 kg/m² ; IC95 % −1,1 à −0,4).
  • À l’échelle hospitalière d’anxiété et de dépression, les scores d’anxiété (−3 ; IC95 % −4,3 à −1,7) et de dépression (−1,7 ; IC95 % −2,9 à −0,5) se sont davantage améliorés dans le groupe exercice. La plupart des gains s’étaient estompés six mois après la fin du programme.

Limites

  • C’est un essai de faisabilité à effectif réduit : la puissance est insuffisante pour conclure sur des événements rythmiques rares, et la sécurité à long terme de l’exercice intense reste à établir.
  • Le programme était supervisé en centre spécialisé, chez des patients de 16 à 60 ans peu symptomatiques : les résultats ne se transposent pas d’emblée à un exercice non encadré ni aux patients plus âgés ou plus gênés.
  • Les critères d’efficacité étaient exploratoires, et les gains ne se sont pas maintenus six mois après la fin du programme.
En pratique : Cet essai apporte un argument contre l’interdiction systématique de l’exercice intense chez le patient stable atteint de cardiomyopathie hypertrophique : le programme a été suivi sans qu’un excès d’arythmies soit observé et a amélioré la capacité d’effort comme les scores d’anxiété et de dépression. Il n’est toutefois pas dimensionné pour établir la sécurité rythmique, et ses bénéfices s’estompent à l’arrêt. Un programme structuré, y compris d’intensité élevée, peut donc se discuter au cas par cas après évaluation spécialisée, sans que l’étude autorise une levée générale des restrictions.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · HELIOS-B

Vutrisiran in Patients with Transthyretin Amyloidosis with Cardiomyopathy

NEJM · janvier 2025 · présenté à l’ESC 2024

L’essai HELIOS-B, de phase 3, a comparé en double aveugle le vutrisiran au placebo chez 655 patients atteints de cardiomyopathie amyloïde à transthyrétine, pendant une durée pouvant atteindre 36 mois. Le vutrisiran est un ARN interférent qui bloque la production hépatique de transthyrétine, administré à la dose de 25 mg par voie sous-cutanée toutes les 12 semaines. Le traitement a réduit le critère composite de décès toutes causes et d’événements cardiovasculaires récurrents (HR 0,72 ; IC95 % 0,56–0,93 ; p = 0,01), y compris chez les patients qui ne recevaient pas de tafamidis à l’inclusion (HR 0,67), ainsi que la mortalité toutes causes à 42 mois (HR 0,65). Il a aussi ralenti le déclin de la distance parcourue au test de marche de six minutes et celui de la qualité de vie.

Décès toutes causes et événements cardiovasculaires récurrents : HR 0,72 (IC95 % 0,56–0,93 ; p = 0,01) · sans tafamidis : HR 0,67 · mortalité toutes causes à 42 mois : HR 0,65
Article original ↗ Analyse ACC ↗

Question clinique

Chez le patient atteint de cardiomyopathie amyloïde à transthyrétine (ATTR-CM), maladie progressive et mortelle, le vutrisiran, ARN interférent qui inhibe la production hépatique de transthyrétine, réduit-il la mortalité et les événements cardiovasculaires, avec ou sans tafamidis en traitement de fond ?

Méthode

Essai HELIOS-B, randomisé 1:1 en double aveugle : vutrisiran 25 mg par voie sous-cutanée ou placebo toutes les 12 semaines pendant jusqu’à 36 mois. Critère de jugement principal : composite de décès toutes causes et d’événements cardiovasculaires récurrents. Critères secondaires : mortalité toutes causes, variation de la distance au test de marche de six minutes et du score KCCQ-OS. Les critères d’efficacité ont été analysés de façon hiérarchique dans la population totale et dans la population « en monothérapie », c’est-à-dire sans tafamidis à l’inclusion.

Résultats clés

  • 655 patients randomisés (326 sous vutrisiran, 329 sous placebo) ; environ 40 % recevaient déjà du tafamidis à l’inclusion.
  • Critère principal : 125 patients sous vutrisiran contre 159 sous placebo ont présenté au moins un événement ; HR 0,72 (IC95 % 0,56–0,93 ; p = 0,01) dans la population totale et HR 0,67 (IC95 % 0,49–0,93 ; p = 0,02) dans la population sans tafamidis.
  • Mortalité toutes causes à 42 mois : HR 0,65 (IC95 % 0,46–0,90 ; p = 0,01) dans la population totale.
  • Déclin fonctionnel freiné : différence de 26,5 m au test de marche de six minutes (IC95 % 13,4–39,6 ; p < 0,001) et de 5,8 points au KCCQ-OS (IC95 % 2,4–9,2 ; p < 0,001) en faveur du vutrisiran, avec des résultats du même ordre dans la population sans tafamidis.
  • Tolérance : effets indésirables chez 99 % des patients sous vutrisiran et 98 % sous placebo, effets indésirables graves chez 62 % et 67 % respectivement.

Limites

  • Environ 40 % des patients recevaient déjà du tafamidis, ce qui complique la comparaison entre stabilisateur et ARN interférent ; l’essai ne compare d’ailleurs pas directement les deux classes.
  • Le critère principal est composite : le bénéfice propre aux événements cardiovasculaires récurrents n’est pas rapporté séparément, même si la mortalité toutes causes est réduite à 42 mois.
  • Essai financé par le fabricant.
En pratique : Devant toute cardiomyopathie amyloïde à transthyrétine confirmée, cet essai justifie une orientation précoce vers un centre spécialisé dans l’amylose : une deuxième classe de traitement modifiant la maladie, l’ARN interférent, réduit la mortalité et les événements cardiovasculaires, seule ou en plus du tafamidis. La place respective des deux classes, et leur association, restent à préciser, l’essai n’ayant pas été conçu pour les comparer.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.

Prévention

16 sorties
2026
▲ À connaître Méta-analyse

Intensive vs Standard Blood Pressure Lowering in People With and Without Chronic Kidney Disease: A Systematic Review and Meta-Analysis.

JAMA Cardiology · 7 octobre 2026 · Méta-analyse de 27 essais randomisés, 88 830 participants

L’effet d’une baisse intensive de la pression artérielle sur les événements cardiovasculaires et sur le rein restait discuté chez le patient atteint de maladie rénale chronique. Cette méta-analyse de 27 essais randomisés, soit 88 830 participants, a standardisé les résultats selon l’écart de pression systolique obtenu entre les groupes. La baisse intensive réduit les événements cardiovasculaires majeurs de 15 % par 10 mmHg de systolique en moins (RR 0,85 ; IC95 % 0,81–0,89), sans différence selon la présence d’une maladie rénale chronique, et sans augmentation significative du risque d’insuffisance rénale terminale (RR 0,97 ; IC95 % 0,84–1,11). Elle augmente en revanche la fréquence des déclins soutenus d’au moins 30 % ou 40 % du débit de filtration glomérulaire.

Événements cardiovasculaires majeurs par 10 mmHg de systolique en moins : RR 0,85 (IC95 % 0,81–0,89), sans hétérogénéité selon la maladie rénale chronique ; insuffisance rénale terminale : RR 0,97 (IC95 % 0,84–1,11)
Article original ↗

Question clinique

Une baisse intensive de la pression artérielle réduit-elle autant les événements cardiovasculaires chez le patient atteint de maladie rénale chronique que chez les autres, et à quel prix pour la fonction rénale ?

Méthode

Revue systématique de MEDLINE et Embase jusqu’au 16 janvier 2026, limitée aux essais randomisés comparant une baisse intensive et une baisse standard de la pression artérielle chez l’adulte, avec ou sans maladie rénale chronique, et suivis pendant au moins un an. Les résultats de chaque essai ont été standardisés selon l’écart de pression systolique obtenu entre les groupes, puis combinés en les pondérant par l’inverse de la variance. Critère principal : événements cardiovasculaires majeurs ; critères secondaires : insuffisance rénale terminale et critères de substitution fondés sur le déclin du débit de filtration glomérulaire. Les différences d’effet relatif entre populations avec et sans maladie rénale chronique ont été évaluées par un test d’hétérogénéité.

Résultats clés

  • 27 essais, 88 830 participants.
  • La baisse intensive réduit les événements cardiovasculaires de 15 % par 10 mmHg de systolique en moins (RR 0,85 ; IC95 % 0,81–0,89), sans hétérogénéité selon le statut rénal. En valeur absolue, cela correspond à une réduction estimée de 4,3 événements pour 1 000 personnes-années en présence d’une maladie rénale chronique, et de 2,7 en son absence.
  • Pas d’effet significatif sur l’insuffisance rénale terminale (RR 0,97 par 10 mmHg ; IC95 % 0,84–1,11) ni sur les déclins soutenus du débit de filtration de 57 % (RR 0,97 ; IC95 % 0,83–1,14) ou de 50 % (RR 1,29 ; IC95 % 0,94–1,76), sans hétérogénéité selon le statut rénal.
  • La baisse intensive augmente les déclins soutenus d’au moins 30 % (RR 1,42 ; IC95 % 1,28–1,58) et d’au moins 40 % (RR 1,47 ; IC95 % 1,30–1,66) du débit de filtration.

Limites

  • Méta-analyse sur données agrégées, à partir d’essais qui différaient par leurs cibles tensionnelles, leurs populations et leur définition de la maladie rénale chronique ; la standardisation par 10 mmHg suppose un effet proportionnel.
  • Les déclins modérés du débit de filtration sont des critères de substitution dont la signification clinique à long terme reste discutée.
En pratique : la maladie rénale chronique n’est pas une raison de renoncer à une cible tensionnelle basse : le bénéfice cardiovasculaire relatif est le même, et le bénéfice absolu est au moins aussi grand parce que le risque de départ est plus élevé. La baisse intensive s’accompagne plus souvent d’un déclin soutenu du débit de filtration, sans excès significatif d’insuffisance rénale terminale dans ces essais : il faut s’y attendre et le surveiller, en gardant à l’esprit qu’il s’agit d’un critère de substitution.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations ACC (parcours de décision par consensus d’experts)

Optimizing Blood Pressure Care in Patients With Resistant Hypertension: 2026 ACC Expert Consensus Decision Pathway: A Report of the American College of Cardiology Solution Set Oversight Committee.

JACC · 5 octobre 2026 · Parcours de décision par consensus d’experts de l’ACC

L’American College of Cardiology publie un parcours de décision par consensus d’experts consacré à l’hypertension résistante, pour combler les lacunes de mise en œuvre laissées par les recommandations 2025 sur l’hypertension. Il s’organise autour de cinq questions : la mesure fiable et reproductible de la pression artérielle, la définition de l’hypertension résistante et sa distinction des autres formes de pression difficile à contrôler, l’approche par étapes (mesures non médicamenteuses, médicaments, dispositifs), l’organisation des équipes de soins pour les patients complexes, et la place des nouvelles technologies. La non-observance est désignée comme un obstacle majeur au contrôle tensionnel, et le document insiste sur une intensification du traitement sans retard, selon les seuils de pression et la réponse du patient.

Article original ↗

Question clinique

Devant une pression artérielle qui reste au-dessus de la cible malgré plusieurs traitements, comment s’assurer qu’il s’agit d’une vraie hypertension résistante, et dans quel ordre mobiliser les mesures non médicamenteuses, les médicaments, les dispositifs et l’organisation des soins ?

Méthode

Parcours de décision par consensus d’experts de l’ACC, publié dans le JACC le 5 octobre 2026. Il ne remplace pas les recommandations : il traduit en démarche pratique les recommandations 2025 de l’AHA, de l’ACC et des sociétés associées sur l’hypertension artérielle, en ciblant les lacunes de leur mise en œuvre.

Résultats clés

  • Cinq questions structurent le parcours : la mesure fiable et reproductible de la pression artérielle, la définition et le diagnostic différentiel de l’hypertension résistante, l’approche par étapes des stratégies non médicamenteuses, médicamenteuses et par dispositif, l’organisation des équipes de soins pour les patients complexes, et le rôle des nouvelles technologies dans la prise en charge et l’évaluation de la réponse.
  • La non-observance médicamenteuse est identifiée comme un obstacle majeur au contrôle tensionnel.
  • Le document met en avant les schémas simplifiés, les associations en un seul comprimé, les soins en équipe et une intensification du traitement sans retard, selon les seuils de pression et la réponse du patient.
  • La dénervation rénale, les objets connectés et les outils de suivi à distance y ont leur place ; leurs critères de recours ne sont pas détaillés dans cette fiche.

Limites

  • Consensus d’experts nord-américain, adossé aux recommandations américaines de 2025 ; les seuils, les molécules et les critères de recours aux dispositifs ne figurent pas dans cette fiche et sont à lire dans le texte intégral.
  • Pas de donnée d’essai nouvelle : la valeur du document tient à sa démarche, pas à des résultats.
En pratique : avant de conclure à une hypertension résistante, le parcours fait vérifier la mesure et distinguer la résistance vraie des autres formes de pression difficile à contrôler ; la non-observance y est désignée comme un obstacle majeur. Il propose ensuite une progression ordonnée, des mesures non médicamenteuses aux associations en un seul comprimé et aux dispositifs, avec des soins en équipe et un suivi à distance. C’est un canevas utile pour structurer la consultation du patient dont la pression ne baisse pas, à mettre en regard des recommandations européennes.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · ACHIEVE-4

Cardiovascular safety of orforglipron versus insulin glargine in adults with type 2 diabetes at increased cardiovascular risk (ACHIEVE-4): a phase 3, event-driven, randomised, open-label, non-inferiority, active comparator trial.

The Lancet · 30 septembre 2026 · Essai de phase 3, 2 749 patients

L’orforglipron est un agoniste oral non peptidique du récepteur du GLP-1 ; à la différence des agonistes peptidiques, la sécurité cardiovasculaire des agonistes non peptidiques n’avait pas encore été étudiée. Dans cet essai de phase 3 ouvert, piloté par les événements, 2 749 adultes diabétiques de type 2 en surpoids ou obèses, tous atteints d’une maladie cardiovasculaire établie ou d’une maladie rénale chronique, ont été randomisés entre orforglipron oral et insuline glargine, en une prise quotidienne. Après un suivi médian de 2 ans, le critère principal MACE-4 est survenu chez 4,2 % des patients sous orforglipron et 5,0 % sous glargine (HR 0,84 ; IC95 % 0,59–1,20), ce qui démontre la non-infériorité. Les effets indésirables digestifs ont été plus fréquents sous orforglipron, les hypoglycémies cliniquement significatives nettement moins. Les résultats annoncés par communiqué en avril 2026 sont ainsi publiés dans leur version définitive.

MACE-4 après 2 ans de suivi médian : 4,2 % sous orforglipron contre 5,0 % sous insuline glargine (HR 0,84 ; IC95 % 0,59–1,20 ; non-infériorité démontrée, borne 1,8)
Article original ↗ Analyse ↗

Question clinique

Chez l’adulte diabétique de type 2 à risque cardiovasculaire accru, l’orforglipron, agoniste oral non peptidique du récepteur du GLP-1 en une prise quotidienne, est-il non inférieur à l’insuline glargine sur les événements cardiovasculaires majeurs ?

Méthode

ACHIEVE-4 est un essai de phase 3 multicentrique (317 centres dans 16 pays et territoires), randomisé, ouvert, contre comparateur actif et piloté par les événements. Les participants étaient des diabétiques de type 2 avec une HbA1c de 7,0 à 10,5 % et un IMC d’au moins 25 kg/m², traités par au plus trois antidiabétiques (metformine, sulfamide hypoglycémiant et/ou inhibiteur du SGLT2), et tous atteints d’une maladie cardiovasculaire établie ou d’une maladie rénale chronique. Ils ont été randomisés entre orforglipron oral à la dose maximale tolérée (jusqu’à 36 mg en gélule) et insuline glargine titrée, en une prise quotidienne. Le critère principal était le délai de survenue du MACE-4 (décès cardiovasculaire, infarctus non fatal, AVC non fatal, hospitalisation pour angor instable). La non-infériorité était déclarée si la borne supérieure de l’IC95 % du HR restait inférieure à 1,8.

Résultats clés

  • 2 749 participants ont été randomisés (1 371 sous orforglipron, 1 378 sous glargine) ; l’âge moyen était de 63,1 ans, l’HbA1c de 8,2 % et l’IMC de 33 kg/m² ; 85,9 % avaient une maladie cardiovasculaire établie et 37,6 % une maladie rénale chronique.
  • Après un suivi médian de 2 ans, un MACE-4 est survenu chez 57 patients sur 1 358 (4,2 %) sous orforglipron contre 67 sur 1 343 (5,0 %) sous glargine (HR 0,84 ; IC95 % 0,59–1,20 ; p < 0,0001 pour la non-infériorité).
  • Des effets indésirables digestifs sont survenus chez 62,1 % des patients sous orforglipron contre 14,2 % sous glargine ; des hypoglycémies cliniquement significatives ou sévères (glycémie inférieure à 3 mmol/L) chez 6,8 % contre 19,2 %.
  • 62 décès sont survenus au cours de l’étude : 19 (1,4 %) sous orforglipron et 43 (3,2 %) sous glargine ; tous ont été jugés sans lien avec le traitement, sauf un dans le groupe glargine.

Limites

  • L’essai est ouvert, sans insu, et mené contre un comparateur actif : la non-infériorité à l’insuline glargine ne démontre aucun bénéfice cardiovasculaire propre de l’orforglipron.
  • Le nombre d’événements est faible et la marge de non-infériorité large (1,8) ; l’écart de mortalité toutes causes (19 contre 43 décès) n’était pas le critère principal et appelle confirmation.
En pratique : la publication confirme ce qu’annonçait le communiqué : chez le diabétique de type 2 à haut risque cardiovasculaire, l’orforglipron oral se montre non inférieur à l’insuline glargine sur les événements cardiovasculaires majeurs, avec moins d’hypoglycémies mais nettement plus d’effets digestifs. Ces résultats en font une option orale en une prise quotidienne dont la sécurité cardiovasculaire est jugée acceptable chez ces patients, dans les limites d’un essai à peu d’événements et à marge de non-infériorité large. Cet essai mené contre un comparateur actif ne démontre pas de protection cardiovasculaire propre, comme celle acquise pour certains agonistes peptidiques.
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▲ À connaître Recommandations ACC (déclaration scientifique 2026)

Food and Health: Nutrition for Prevention and Management of Cardiovascular Disease: 2026 ACC Scientific Statement: A Report of the American College of Cardiology.

JACC · 30 septembre 2026 · Déclaration scientifique de l’ACC

L’American College of Cardiology publie une déclaration scientifique qui fait le point sur la nutrition dans la prévention et la prise en charge des maladies cardiovasculaires, du diabète de type 2, de l’obésité, de la maladie rénale chronique et du syndrome cardio-rénal-métabolique. Le document acte le passage d’une approche par nutriments isolés à une approche par aliments entiers et par régimes alimentaires, en tenant compte du degré de transformation. Les preuves disponibles vont dans le même sens : remplacer les graisses saturées par des graisses insaturées, consommer davantage de fibres et de céréales complètes, réduire le sodium et les aliments ultratransformés, en particulier les boissons sucrées et les viandes transformées, et suivre un régime de type méditerranéen, DASH, végétarien ou riche en végétaux.

Article original ↗

Question clinique

Que dire à un patient, en consultation, de ce qu’il mange ? Quels aliments et quels régimes réduisent le risque cardiovasculaire selon les preuves actuelles, et comment faire passer ces messages dans la pratique ?

Méthode

Cette déclaration scientifique de l’ACC passe en revue les preuves issues des essais randomisés, des cohortes prospectives et des études mécanistiques sur les macronutriments, les micronutriments, les régimes alimentaires, les aliments ultratransformés et les interventions nutritionnelles émergentes.

Résultats clés

  • Les régimes alimentaires de mauvaise qualité restent parmi les premières causes modifiables de morbidité et de mortalité dans le monde.
  • Les preuves convergent vers le remplacement des graisses saturées par des graisses insaturées, une consommation accrue de fibres et de céréales complètes, et la réduction du sodium et des aliments ultratransformés, en particulier les boissons sucrées et les viandes transformées.
  • Les régimes méditerranéen, DASH, végétarien et autres régimes riches en végétaux ont des effets favorables sur la pression artérielle, les lipides, l’équilibre glycémique et le poids, et sont régulièrement associés à moins d’événements cardiovasculaires et de décès.
  • La mise en pratique passe par le conseil diététique, la nutrition thérapeutique, les programmes « Food Is Medicine », les politiques publiques et la formation des cliniciens.

Limites

  • Une partie des preuves vient d’études observationnelles : les associations entre régimes et événements ne valent pas démonstration causale.
  • Il s’agit d’une déclaration scientifique, et non de recommandations avec classes et niveaux de preuve ; les programmes et les politiques publiques cités sont ceux du système de santé où le document a été écrit.
En pratique : le message à transmettre tient en une phrase : privilégier une alimentation centrée sur des végétaux peu transformés, pauvre en aliments ultratransformés, en sucres ajoutés, en sel et en graisses saturées, avec des sources saines de graisses et de protéines. Le document donne au cardiologue une base argumentée pour en parler en consultation, en raisonnant par aliments et par régime plutôt que par nutriment isolé.
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◎ Veille Essai randomisé · TRIUMPH-1

Retatrutide, a Triple Hormone Receptor Agonist, for Treatment of Obesity.

NEJM · 29 septembre 2026 · Essai de phase 3, 2 339 patients

Dans cet essai de phase 3 en double insu, 2 339 adultes obèses non diabétiques ont reçu pendant 80 semaines du rétatrutide, agoniste des récepteurs du GIP, du GLP-1 et du glucagon en injection hebdomadaire, à 4, 9 ou 12 mg, ou un placebo. La variation moyenne du poids a été de −17,6 %, −23,7 % et −25,0 % selon la dose, contre −3,9 % sous placebo. Chez les participants souffrant d’arthrose du genou, la douleur a diminué davantage sous rétatrutide, et chez ceux atteints d’apnée obstructive du sommeil, l’index d’apnées-hypopnées a baissé davantage. Les effets indésirables les plus fréquents sont digestifs, et l’essai ne porte sur aucun critère cardiovasculaire.

Variation du poids à 80 semaines : −23,7 % à 9 mg et −25,0 % à 12 mg de rétatrutide contre −3,9 % sous placebo (différences −19,8 et −21,0 points ; p < 0,001)
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte obèse non diabétique, un agoniste des trois récepteurs GIP, GLP-1 et glucagon fait-il perdre du poids, et améliore-t-il la douleur de l’arthrose du genou et l’apnée obstructive du sommeil, deux comorbidités fréquentes de l’obésité ?

Méthode

Cet essai de phase 3, randomisé en double insu, a inclus 2 339 adultes obèses sans diabète, qui ont reçu une injection sous-cutanée hebdomadaire de rétatrutide (4, 9 ou 12 mg) ou de placebo pendant 80 semaines. Les critères principaux, évalués pour les doses de 9 et 12 mg contre placebo, étaient la variation du poids en pourcentage, la variation du score de douleur WOMAC (de 1 à 10) dans le sous-groupe de 574 participants atteints d’arthrose du genou, et la variation de l’index d’apnées-hypopnées chez les 243 participants atteints d’apnée obstructive du sommeil. Pour le poids, l’analyse est faite en intention de traiter, quels que soient les événements survenus en cours d’essai. Pour les deux sous-groupes, l’analyse principale est dite « hybride » : les événements intercurrents qui évoquent un échec du traitement y sont traités selon une stratégie hypothétique, et l’analyse en intention de traiter est rapportée en complément.

Résultats clés

  • Poids : −17,6 % à 4 mg, −23,7 % à 9 mg et −25,0 % à 12 mg, contre −3,9 % sous placebo (différences de −19,8 et −21,0 points pour 9 et 12 mg ; p < 0,001 pour les deux).
  • Arthrose du genou, analyse hybride : score de douleur −3,2, −3,5 et −3,6 selon la dose contre −1,9 sous placebo (différences −1,6 et −1,8 points ; p < 0,001) ; en intention de traiter, −3,4, −3,9 et −4,1 contre −2,5 (différences −1,4 et −1,6).
  • Apnée du sommeil, analyse hybride : −22,9, −34,3 et −31,7 événements par heure contre −9,9 sous placebo (différences −24,4 et −21,9 ; p < 0,001) ; en intention de traiter, −22,8, −34,3 et −32,1 contre −9,6.
  • Les effets indésirables les plus fréquents ont été digestifs.

Limites

  • L’essai n’a aucun critère cardiovasculaire : il montre une perte de poids et des effets sur deux comorbidités, pas une réduction des événements.
  • L’essai dure 80 semaines : le maintien du poids après l’arrêt et la tolérance à long terme ne sont pas rapportés.
En pratique : aux doses les plus fortes, le rétatrutide fait perdre près d’un quart du poids initial, avec des effets mesurables sur l’arthrose du genou et l’apnée du sommeil. Pour le cardiologue, c’est une molécule à suivre, pas encore à prescrire : la démonstration d’un bénéfice sur les événements cardiovasculaires, comme l’a apportée le sémaglutide dans SELECT, reste à faire.
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▲ À connaître Recommandations AHA/ACC 2026

2026 AHA/ACC/ACS/ASNC/HRS/SCA/SCCT/SCMR/SVM Guideline for Perioperative Cardiovascular Management for Noncardiac Surgery: A Report of the American College of Cardiology/American Heart Association Joint Committee on Clinical Practice Guidelines.

Circulation · 28 septembre 2026 · Recommandations, publiées conjointement dans le JACC

Les sociétés américaines de cardiologie, de chirurgie, d’anesthésie cardiovasculaire, de rythmologie, d’imagerie et de médecine vasculaire publient la version 2026 de leurs recommandations sur l’évaluation et la prise en charge cardiovasculaires de l’adulte avant, pendant et après une chirurgie non cardiaque. Le document met à jour les recommandations de 2014, qu’il déclare caduques, et y ajoute des stratégies de prise en charge fondées sur les preuves pour les maladies cardiovasculaires et les affections associées : traitements médicamenteux, surveillance périopératoire et dispositifs. Il repose sur la même recherche bibliographique, menée d’août 2022 à mars 2023, que la recommandation de 2024 au titre identique ; l’ACC présente celle-ci comme réaffirmée par le texte de 2026.

Article original ↗

Question clinique

Comment évaluer le risque cardiovasculaire d’un adulte avant une chirurgie non cardiaque, et comment le prendre en charge pendant et après l’intervention, à la lumière des données parues depuis les recommandations de 2014 ?

Méthode

Les recommandations ont été élaborées par le comité conjoint ACC/AHA avec sept autres sociétés savantes nord-américaines (chirurgie, imagerie nucléaire, rythmologie, anesthésie cardiovasculaire, scanner et IRM cardiaques, médecine vasculaire). La recherche bibliographique a couvert les études cliniques, les revues et d’autres sources publiées en anglais (MEDLINE, EMBASE, Cochrane, AHRQ et autres bases), d’août 2022 à mars 2023.

Résultats clés

  • Les recommandations de 2014 sur l’évaluation et la prise en charge cardiovasculaires périopératoires sont mises à jour et consolidées à partir des données nouvelles ; le document de 2026 les remplace.
  • Le document y ajoute des stratégies de prise en charge fondées sur les preuves pour les maladies cardiovasculaires et les affections associées : traitements médicamenteux, surveillance périopératoire et dispositifs.
  • Une recommandation de 2024, portant le même titre et issue de la même recherche bibliographique, existe déjà ; le site de l’ACC classe le texte de 2026 comme « réaffirmé ». Les recommandations elles-mêmes et leurs classes ne sont pas reprises ici : le texte intégral fait foi.

Limites

  • La recherche bibliographique s’arrête en mars 2023 : les essais parus depuis ne sont pas tous intégrés.
  • Le document est nord-américain ; il est à mettre en regard des recommandations européennes de 2022 sur le même sujet.
En pratique : c’est le texte de référence outre-Atlantique pour toute consultation préopératoire avant une chirurgie non cardiaque, et il remplace celui de 2014. Avant de modifier une habitude, il faut lire les recommandations elles-mêmes, vérifier ce qui a changé par rapport à la version de 2024, et les confronter aux recommandations européennes de 2022.
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◎ Veille Analyse post hoc · SELECT

Efficacy and Safety of Semaglutide According to Frailty Status: A Post Hoc Analysis of the SELECT Randomized Clinical Trial.

JAMA Cardiology · 16 septembre 2026 · Analyse post hoc de l’essai SELECT, 17 604 patients

L’essai SELECT a comparé le sémaglutide 2,4 mg hebdomadaire et le placebo chez 17 604 adultes en surpoids ou obèses (IMC ≥ 27), sans diabète, ayant une maladie cardiovasculaire établie. Cette analyse post hoc classe ses participants selon un index de fragilité à 31 items : 31 % ne sont pas fragiles, 47 % ont une fragilité intermédiaire et 22 % sont les plus fragiles. L’effet du sémaglutide sur le critère principal (décès cardiovasculaire, infarctus ou AVC non fatals) ne diffère pas de façon détectable entre les trois catégories (p d’interaction = 0,09) ; il en va de même de la réduction de l’insuffisance cardiaque, des hospitalisations et de la mortalité. Le gain de qualité de vie est plus important chez les plus fragiles, et l’excès d’arrêts pour effets indésirables, par rapport au placebo, diminue à mesure que la fragilité augmente.

Décès cardiovasculaire, infarctus ou AVC : HR 0,84 (IC95 % 0,65–1,07) chez les non fragiles (index ≤ 0,210), 0,70 (0,59–0,82) en fragilité intermédiaire (0,211–0,310), 0,92 (0,76–1,10) chez les plus fragiles (≥ 0,311) ; p d’interaction = 0,09
Article original ↗

Question clinique

Le bénéfice cardiovasculaire des agonistes du récepteur du GLP-1 est établi chez le patient en surpoids ou obèse avec maladie cardiovasculaire, mais on ignorait si la fragilité en modifie la balance bénéfice-risque. La fragilité change-t-elle l’efficacité ou la tolérance du sémaglutide ?

Méthode

Cette analyse secondaire, post hoc, porte sur l’essai randomisé SELECT, dans lequel des adultes ayant un IMC de 27 ou plus et une maladie cardiovasculaire établie, sans diabète, ont été randomisés entre sémaglutide 2,4 mg une fois par semaine et placebo. Un index de fragilité à 31 items, construit selon l’approche des déficits cumulés de Rockwood, a réparti les 17 604 participants (âge moyen 61,6 ans, 72,3 % d’hommes) en trois groupes : non fragiles (index ≤ 0,210 ; 5 432 patients, 31 %), fragilité intermédiaire (0,211–0,310 ; 8 349, 47 %) et les plus fragiles (≥ 0,311 ; 3 823, 22 %). Le critère principal associe décès cardiovasculaire, infarctus non fatal et AVC non fatal ; s’y ajoutent des critères secondaires cliniques, la qualité de vie (EQ-5D-5L) et la tolérance.

Résultats clés

  • L’incidence du critère principal augmente avec l’index de fragilité initial.
  • Effet du sémaglutide sur le critère principal : HR 0,84 (IC95 % 0,65–1,07) chez les non fragiles, 0,70 (0,59–0,82) en fragilité intermédiaire, 0,92 (0,76–1,10) chez les plus fragiles ; p d’interaction = 0,09, et 0,30 avec l’index en variable continue.
  • Le sémaglutide réduit, sans hétérogénéité détectable entre les groupes, le critère composite d’insuffisance cardiaque (p d’interaction = 0,82), les hospitalisations toutes causes (p = 0,71) et la mortalité toutes causes (p = 0,28).
  • Le gain de qualité de vie (EQ-5D-5L) est d’autant plus grand que la fragilité initiale est élevée (p d’interaction = 0,02). Entre l’inclusion et la semaine 104, la catégorie de fragilité s’améliore plus souvent (OR 2,46 ; IC95 % 1,80–3,37) et s’aggrave moins souvent (OR 0,47 ; IC95 % 0,34–0,65) sous sémaglutide que sous placebo.
  • Le rapport de risque d’arrêt définitif pour effet indésirable entre sémaglutide et placebo est d’autant plus bas que l’index de fragilité initial est élevé (p d’interaction < 0,001).

Limites

  • Il s’agit d’une analyse post hoc : la fragilité n’était pas un critère de stratification, et un index construit a posteriori à partir des données de l’essai ne remplace pas une évaluation gériatrique.
  • Les participants restent ceux d’un essai (âge moyen 61,6 ans) : les résultats ne s’étendent pas d’eux-mêmes aux patients très âgés ou dépendants.
En pratique : chez le patient en surpoids ou obèse avec maladie cardiovasculaire, la fragilité ne semble pas réduire le bénéfice du sémaglutide ni en dégrader la tolérance, et la qualité de vie s’améliore davantage chez les plus fragiles. Ces données plaident pour ne pas écarter un patient de ce traitement au seul motif de sa fragilité, en gardant à l’esprit qu’il s’agit d’une analyse post hoc, qui ne permet pas de conclure pour les patients les plus dépendants.
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◎ Veille Méta-analyse

Whole-grain consumption and cardiometabolic risk: a meta-analysis of randomized trials.

European Heart Journal · 15 septembre 2026 · Méta-analyse de 87 essais randomisés sur des facteurs de risque

Cette méta-analyse de 87 essais randomisés (101 publications) estime l’effet des céréales complètes sur les facteurs de risque cardiométabolique, par tranche de 48 g par jour en poids sec, soit environ 90 g en poids frais ou trois portions. Chaque tranche s’accompagne d’une baisse du poids (−0,20 kg), du tour de taille, du cholestérol total (−0,10 mmol/L) et de l’interleukine-6, avec un niveau de preuve élevé. Elle abaisse aussi, avec un niveau de preuve modéré, le LDL-cholestérol, les triglycérides, la glycémie à jeun et la pression artérielle systolique (−0,82 mmHg). Les effets les plus marqués sont observés autour de 60 à 100 g par jour. Il s’agit d’effets sur des marqueurs, pas sur des événements cliniques.

Par 48 g/jour de céréales complètes : cholestérol total −0,10 mmol/L (IC95 % −0,13 à −0,07), LDL −0,07 mmol/L (−0,10 à −0,05), pression systolique −0,82 mmHg (−1,49 à −0,15), poids −0,20 kg (−0,31 à −0,09)
Article original ↗

Question clinique

Les études observationnelles associent une consommation élevée de céréales complètes à un moindre risque cardiométabolique, mais les mécanismes restent mal compris. Que montrent les essais randomisés sur les facteurs de risque mesurables, et à partir de quelle quantité ?

Méthode

Les auteurs ont conduit une méta-analyse à effets aléatoires des essais randomisés ayant évalué l’effet des céréales complètes sur des facteurs de risque cardiométabolique. Les différences moyennes sont exprimées par tranche de 48 g par jour de céréales complètes en poids sec, ce qui correspond à environ 90 g en poids frais, soit trois portions. Au total, 87 essais (101 publications) ont été inclus, et des analyses non linéaires ont exploré la relation dose-effet. Le nombre de comparaisons disponibles (n) varie selon le critère.

Résultats clés

  • Niveau de preuve élevé : poids −0,20 kg (IC95 % −0,31 à −0,09 ; n = 41), tour de taille −0,22 cm (−0,39 à −0,06 ; n = 27), cholestérol total −0,10 mmol/L (−0,13 à −0,07 ; n = 54), interleukine-6 −0,12 pg/mL (−0,23 à −0,00 ; n = 12).
  • Niveau de preuve modéré : LDL-cholestérol −0,07 mmol/L (−0,10 à −0,05 ; n = 52), triglycérides −0,04 mmol/L (−0,06 à −0,02 ; n = 52), glycémie à jeun −0,03 mmol/L (−0,06 à −0,00 ; n = 44), pression artérielle systolique −0,82 mmHg (−1,49 à −0,15 ; n = 32).
  • Les analyses non linéaires situent les effets les plus importants entre 60 et 100 g par jour pour la plupart des critères, et à des apports plus élevés (jusqu’à 180 à 220 g par jour) pour quelques-uns.

Limites

  • La méta-analyse ne porte que sur des critères intermédiaires, des facteurs de risque et non des événements cardiovasculaires, et l’ampleur des effets est modeste.
  • Le niveau de preuve varie selon les critères, et les données aux apports élevés sont rares, ce qui empêche de fixer un seuil de dose ferme.
En pratique : les essais randomisés montrent que les céréales complètes améliorent, modestement mais de façon constante, le poids, les lipides et la pression artérielle, avec les effets les plus marqués vers 60 à 100 g par jour, sans qu’un seuil ferme puisse être fixé. C’est un argument mesuré pour les recommander dans le conseil nutritionnel, sans en attendre plus qu’un effet modeste sur les marqueurs, et sans preuve directe, à ce jour, d’un effet sur les événements cliniques.
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▲ À connaître Essai randomisé · TARGET-D

Targeted vitamin D supplementation and major adverse cardiovascular events after myocardial infarction: the TARGET-D trial.

European Heart Journal · 7 septembre 2026 · Essai randomisé pragmatique, 630 patients

Chez 630 patients ayant présenté un infarctus du myocarde, une supplémentation en vitamine D3 ajustée pour maintenir un taux de 25-hydroxyvitamine D entre 40 et 80 ng/mL a été comparée aux soins habituels, avec un suivi moyen de 4,2 ans. Le critère principal (décès, infarctus, hospitalisation pour insuffisance cardiaque ou AVC) est survenu chez 15,7 % des patients supplémentés contre 18,4 % dans le groupe témoin, sans différence significative. La baisse des infarctus observée parmi les critères secondaires reste un signal exploratoire.

Décès, infarctus, hospitalisation pour insuffisance cardiaque ou AVC : 15,7 % sous vitamine D ciblée contre 18,4 % avec les soins habituels (HR 0,85 ; IC95 % 0,58–1,24 ; p = 0,40)
Article original ↗

Question clinique

Les études observationnelles associent un taux bas de vitamine D à un pronostic cardiovasculaire défavorable, mais les essais randomisés de supplémentation à dose fixe n’ont pas réduit les événements. Une stratégie ciblée, qui dose puis ajuste la vitamine D3 jusqu’à atteindre un taux cible, fait-elle mieux après un infarctus ?

Méthode

Essai randomisé pragmatique ayant inclus, entre avril 2017 et mai 2023, 630 patients après infarctus du myocarde (âge médian 63 ans, 78,1 % d’hommes). Le groupe intervention recevait de la vitamine D3 avec un algorithme de titration visant un taux de 25-hydroxyvitamine D supérieur à 40 et jusqu’à 80 ng/mL ; le groupe témoin recevait les soins habituels. À l’inclusion, le taux médian était de 25 ng/mL, 87,0 % des patients étaient à 40 ng/mL ou moins et 52,4 % ont débuté à 5 000 UI par jour. Critère principal : composite de décès, infarctus, hospitalisation pour insuffisance cardiaque et AVC. Le suivi a été arrêté le 17 mars 2025 après au moins 104 événements, pour une durée moyenne de 4,2 ± 2,0 ans.

Résultats clés

  • Critère principal : 15,7 % sous vitamine D ciblée contre 18,4 % avec les soins habituels (HR 0,85 ; IC95 % 0,58–1,24 ; p = 0,40), différence non significative.
  • Critères secondaires : décès 8,9 % contre 9,2 % (HR 0,98 ; p = 0,95) ; infarctus 3,8 % contre 7,9 % (HR 0,48 ; p = 0,03) ; hospitalisation pour insuffisance cardiaque 4,2 % contre 3,5 % (HR 1,21 ; p = 0,65) ; AVC 1,6 % contre 0,9 % (HR 1,69 ; p = 0,47).
  • L’insuffisance en vitamine D était très fréquente dans cette population après infarctus.

Limites

  • Effectif modeste et nombre d’événements limité (un peu plus d’une centaine) : l’essai ne peut pas exclure un effet réel de taille moyenne. L’intervalle de confiance du critère principal (IC95 % 0,58–1,24) reste compatible avec une réduction comme avec une augmentation du risque.
  • Comparateur « soins habituels » sans placebo : les participants connaissaient leur groupe.
  • La réduction des infarctus est un critère secondaire parmi plusieurs, dans un essai dont le critère principal est négatif : elle appelle une confirmation, pas une conclusion.
En pratique : même ajustée à un taux cible, la supplémentation en vitamine D n’a pas démontré de réduction des événements cardiovasculaires après infarctus. Cet essai ne justifie donc pas de prescrire de la vitamine D dans un but de prévention cardiovasculaire. Le signal observé sur les infarctus mérite d’être testé dans un essai plus large avant d’en tirer la moindre conclusion.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · Lp(a)HORIZON

Novartis announces Lp(a)HORIZON Phase III topline results for pelacarsen in patients with elevated Lp(a) and established cardiovascular disease (CVD)

Communiqué Novartis · 4 septembre 2026 · Essai randomisé de phase 3, résultats principaux annoncés avant présentation en congrès

Chez 8 323 patients ayant une maladie cardiovasculaire établie et une lipoprotéine(a) élevée, d’au moins 70 mg/dL, le pelacarsen, oligonucléotide antisens qui bloque la production de la Lp(a), a été comparé au placebo en double insu. Le laboratoire annonce que le critère principal composite (décès cardiovasculaire, infarctus non fatal, AVC non fatal, revascularisation coronaire urgente avec hospitalisation) n’a pas été atteint, alors que le traitement abaissait bien la Lp(a). Aucun taux d’événements ni rapport de risques n’a été communiqué : les résultats complets seront présentés lors d’un prochain congrès.

Critère principal composite (décès cardiovasculaire, infarctus, AVC, revascularisation urgente) : non atteint chez 8 323 patients, malgré la baisse de la Lp(a) obtenue sous pelacarsen

Question clinique

La lipoprotéine(a) élevée est un facteur de risque cardiovasculaire d’origine génétique, sans traitement ciblé approuvé. Abaisser fortement son taux chez des patients déjà atteints d’une maladie cardiovasculaire réduit-il les événements ischémiques ? Lp(a)HORIZON est le premier grand essai de morbi-mortalité conçu pour répondre à cette question.

Méthode

Essai de phase 3 randomisé, en double insu, contre placebo, multicentrique et international, chez 8 323 patients ayant une maladie cardiovasculaire établie et une Lp(a) d’au moins 70 mg/dL, avec une analyse prévue dans le sous-groupe à Lp(a) d’au moins 90 mg/dL. Les patients recevaient un traitement de fond conforme aux recommandations (hypolipémiants, antihypertenseurs). Le critère principal associait décès cardiovasculaire, infarctus non fatal, AVC non fatal et revascularisation coronaire urgente nécessitant une hospitalisation.

Résultats clés

  • Selon le communiqué du 4 septembre 2026, l’essai n’a pas atteint son critère principal : le pelacarsen n’a pas réduit le risque d’événements cardiovasculaires par rapport au placebo dans l’ensemble de la population.
  • Le traitement a bien abaissé la Lp(a) dans cette population, mais cette baisse ne s’est pas traduite par une réduction démontrée du risque.
  • Aucun chiffre n’est encore public : ni taux d’événements, ni rapport de risques, ni résultat du sous-groupe à Lp(a) d’au moins 90 mg/dL, ni données de tolérance. Les résultats complets seront présentés lors d’un prochain congrès.

Limites

  • Il s’agit d’un communiqué de l’industriel, non d’une publication évaluée par les pairs : l’ampleur de la baisse de Lp(a), l’effet dans le sous-groupe à taux très élevé et les événements par composante restent inconnus.
  • Le résultat porte sur le pelacarsen et cette population en prévention secondaire ; il ne préjuge pas des autres molécules en développement (petits ARN interférents, inhibiteurs oraux) ni d’un effet chez des patients à Lp(a) beaucoup plus élevée.
En pratique : ce premier essai de morbi-mortalité ciblant la Lp(a) est négatif sur son critère principal, ce qui fragilise l’hypothèse selon laquelle abaisser la Lp(a) suffirait à réduire les événements chez le patient en prévention secondaire bien traité par ailleurs. Rien ne change pour l’instant dans la prise en charge : la Lp(a) reste un marqueur de risque (les recommandations européennes en conseillent un dosage au moins une fois dans la vie), et les décisions se prennent sur les facteurs de risque modifiables. Les résultats détaillés et les autres essais en cours diront si une population ou un degré de baisse particuliers en tirent bénéfice.
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★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · STAREE

Atorvastatin, Cardiovascular Events, and Disability-free Survival in Older Adults.

NEJM · 29 août 2026 · Essai randomisé en double insu, 9 971 participants, Australie · ESC 2026

Chez 9 971 adultes de 70 ans ou plus vivant à domicile, sans maladie cardiovasculaire, diabète ni démence, l’atorvastatine 40 mg a réduit les événements cardiovasculaires majeurs d’environ 30 % par rapport au placebo, après un suivi médian de 5,9 ans (HR 0,70 ; IC95 % 0,61–0,82). Le second critère principal, qui associait décès toutes causes, démence et incapacité physique persistante, n’a pas différé entre les deux groupes (HR 0,94 ; IC95 % 0,84–1,05). Chez le sujet âgé en bonne santé, la statine prévient donc des événements cardiovasculaires, mais aucun gain n’est démontré sur la survie sans incapacité.

Événements cardiovasculaires majeurs à 5,9 ans : 10,9 contre 15,5 pour 1 000 personnes-années (HR 0,70 ; IC95 % 0,61–0,82) · décès, démence ou incapacité : HR 0,94 ; IC95 % 0,84–1,05 (non significatif)

Question clinique

Chez une personne de 70 ans ou plus sans antécédent cardiovasculaire, sans diabète ni démence, débuter une statine en prévention primaire réduit-il les événements cardiovasculaires majeurs ? Et cela prolonge-t-il la survie sans démence ni incapacité physique, ce qui compte le plus à cet âge ? L’efficacité et la sécurité des statines restaient incertaines dans cette tranche d’âge, peu représentée dans les essais antérieurs.

Méthode

Essai randomisé en double insu contre placebo, mené dans des cabinets de médecine générale en Australie. 9 971 adultes de 70 ans ou plus vivant à domicile, sans maladie cardiovasculaire, diabète ni démence, ont reçu de l’atorvastatine 40 mg/j (n = 4 984) ou un placebo identique (n = 4 987). L’âge moyen était de 74,7 ans et 51,9 % des participants étaient des femmes. Deux critères principaux ont été testés selon un plan hiérarchique : d’abord le composite décès cardiovasculaire, infarctus ou AVC non fatal, ou revascularisation coronaire ; ensuite le composite décès toutes causes, démence ou incapacité physique persistante, qui mesure la survie sans incapacité. Le suivi médian a été de 5,9 ans.

Résultats clés

  • Événements cardiovasculaires majeurs : 297 participants sous atorvastatine, soit 10,9 événements pour 1 000 personnes-années, contre 412 sous placebo, soit 15,5 pour 1 000 personnes-années (HR 0,70 ; IC95 % 0,61–0,82 ; p < 0,001). Rapportés aux effectifs randomisés, ces chiffres correspondent à environ 6,0 % des participants traités contre 8,3 % sous placebo sur la durée de l’essai, soit une différence absolue proche de 2,3 points et un nombre de sujets à traiter d’environ 43 pendant 5,9 ans pour éviter un événement.
  • Survie sans incapacité, mesurée par le composite décès toutes causes, démence ou incapacité physique persistante : 637 participants sous atorvastatine (21,6 pour 1 000 personnes-années) contre 676 sous placebo (23,0 pour 1 000 personnes-années) ; HR 0,94 ; IC95 % 0,84–1,05 ; p = 0,25. La différence n’est pas significative.
  • Tolérance : des événements indésirables graves sont survenus chez 2,7 % des participants dans chaque groupe (131 sous atorvastatine, 129 sous placebo). Les événements musculo-squelettiques, hépatobiliaires et liés au diabète ont été plus fréquents sous atorvastatine.

Limites

  • Population sélectionnée : sujets autonomes vivant à domicile, sans diabète ni maladie cardiovasculaire, recrutés en médecine générale dans un seul pays. Les résultats ne s’extrapolent pas aux patients fragiles, polypathologiques ou vivant en institution.
  • Le bénéfice porte sur un critère composite qui inclut la revascularisation coronaire ; le poids respectif de chaque composante, décès cardiovasculaire, infarctus et AVC, n’est pas détaillé.
  • Aucun effet démontré sur le composite décès, démence et incapacité : le gain se mesure en événements cardiovasculaires évités, non en années de vie sans dépendance. La mortalité toutes causes prise isolément n’est pas rapportée.
  • L’essai n’a testé qu’une statine à une seule dose, l’atorvastatine 40 mg, sans comparaison avec une dose plus faible ; le suivi médian de 5,9 ans reste court à l’échelle de la démence.
En pratique : STAREE apporte une preuve randomisée qu’une statine débutée après 70 ans, chez un sujet en bonne santé, réduit d’environ 30 % le risque relatif de décès cardiovasculaire, d’infarctus, d’AVC ou de revascularisation, avec une fréquence d’événements indésirables graves identique à celle du placebo. Proposer l’atorvastatine 40 mg à ces patients devient défendable, à condition d’expliquer ce que l’essai ne montre pas : aucun allongement de la survie sans démence ni incapacité. La décision se prend avec le patient, en tenant compte des effets musculaires, hépatiques et glycémiques plus fréquents, et ne s’applique pas aux personnes fragiles.
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▲ À connaître Essai randomisé · VESALIUS-CV · analyse préspécifiée

Effects of Evolocumab on Mortality Outcomes in Patients Without Previous Myocardial Infarction or Stroke: A Prespecified Analysis of the VESALIUS-CV Randomized Clinical Trial.

Circulation · 31 août 2026 · 12 257 patients, double insu contre placebo · ESC 2026

Chez 12 257 patients à haut risque n’ayant jamais fait d’infarctus ni d’AVC (athérosclérose établie ou diabète à haut risque, LDL-cholestérol d’au moins 0,90 g/L), l’évolocumab a réduit la mortalité toutes causes de 20 % par rapport au placebo sur un suivi médian de 4,6 ans (HR 0,80 ; IC95 % 0,70–0,91), avec une baisse cohérente des décès cardiovasculaires. Un modèle multi-états suggère que l’effet observé sur les décès non cardiovasculaires tient pour l’essentiel à la prévention des infarctus, AVC et revascularisations qui les précèdent. Il s’agit d’une analyse préspécifiée : la mortalité n’était pas le critère principal de l’essai.

Mortalité toutes causes à 5 ans : 7,9 % sous évolocumab contre 9,7 % sous placebo (HR 0,80 ; IC95 % 0,70–0,91) · décès cardiovasculaires HR 0,79 ; IC95 % 0,64–0,98
Article original ↗

Question clinique

L’essai VESALIUS-CV a montré que l’évolocumab, inhibiteur de PCSK9, réduit les événements cardiovasculaires chez des patients à haut risque n’ayant jamais fait d’infarctus ni d’AVC. Modifie-t-il aussi la mortalité, et par quel enchaînement ?

Méthode

Analyse préspécifiée de l’essai randomisé en double insu VESALIUS-CV. 12 257 patients (âge médian 66 ans, 43 % de femmes) avaient été répartis entre évolocumab et placebo. Tous avaient une athérosclérose répondant aux critères d’inclusion ou un diabète à haut risque, sans antécédent d’infarctus ni d’AVC, et un LDL-cholestérol d’au moins 90 mg/dL (0,90 g/L), un cholestérol non-HDL d’au moins 120 mg/dL ou une apolipoprotéine B d’au moins 80 mg/dL. Les critères de mortalité préspécifiés étaient la mortalité toutes causes, les décès cardiovasculaires, non cardiovasculaires et de cause indéterminée, ainsi que leur chronologie. Un modèle multi-états a estimé quelle part de l’effet observé sur les décès non cardiovasculaires revenait à la prévention des événements non fatals survenus auparavant (infarctus, AVC ischémique, revascularisation artérielle pour ischémie). Le suivi médian a été de 4,6 ans.

Résultats clés

  • Au total, 973 patients (7,9 %) sont décédés : 36 % de cause cardiovasculaire, 51 % de cause non cardiovasculaire et 13 % de cause indéterminée.
  • Mortalité toutes causes : 434 décès sous évolocumab, soit un taux de Kaplan-Meier à 5 ans de 7,9 %, contre 539 décès sous placebo, soit 9,7 % (HR 0,80 ; IC95 % 0,70–0,91 ; p = 0,0005). Sur la base de ces deux taux à 5 ans, il faudrait traiter environ 56 patients pendant 5 ans pour éviter un décès.
  • Décès cardiovasculaires : 2,8 % contre 3,6 % (HR 0,79 ; IC95 % 0,64–0,98). Décès non cardiovasculaires : 4,2 % contre 5,0 % (HR 0,85 ; IC95 % 0,71–1,01). Décès de cause indéterminée : 1,1 % contre 1,4 % (HR 0,64 ; IC95 % 0,45–0,92).
  • Le résultat était cohérent quels que soient l’âge, le sexe, la région, l’origine, le motif d’inclusion (athérosclérose ou diabète à haut risque), le LDL-cholestérol de départ et le traitement hypolipémiant de fond.
  • Un infarctus, un AVC ischémique ou une revascularisation survenus pendant l’essai étaient associés à un risque accru de décès non cardiovasculaire dans les 4 ans suivants, la plupart de ces décès étant observés dans la première année. Le modèle multi-états attribue 78 % (intervalle interquartile par bootstrap 71–92 %) de l’effet observé sur les décès non cardiovasculaires à la prévention de ces événements.

Limites

  • L’analyse est préspécifiée mais secondaire : la mortalité n’était pas le critère principal de l’essai et ce résultat conforte l’effet global sans constituer une démonstration indépendante.
  • Prise isolément, la baisse des décès non cardiovasculaires n’atteint pas le seuil de significativité statistique. Le modèle multi-états reste par ailleurs une reconstruction statistique : il suggère un enchaînement, il ne l’établit pas.
  • La population est sélectionnée et à haut risque, avec un LDL-cholestérol d’au moins 0,90 g/L : les résultats ne s’extrapolent pas à la prévention primaire à bas risque.
En pratique : Chez le patient à haut risque qui n’a jamais fait d’infarctus ni d’AVC — coronarien stable, artéritique ou diabétique à haut risque dont le LDL-cholestérol reste au-dessus de 0,90 g/L —, l’argument en faveur d’un inhibiteur de PCSK9 ne se limite plus aux événements non fatals : cette analyse préspécifiée y ajoute une baisse de la mortalité toutes causes. Elle suggère que les infarctus, AVC et revascularisations évités pèsent sur la survie des années suivantes, sans que l’essai ait comparé une intensification précoce à une intensification plus tardive. Le résultat porte sur un critère secondaire, dans une population sélectionnée : il conforte l’essai principal sans élargir ses indications.
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▲ À connaître Essai randomisé · VICTORION-Challenge

Inclisiran vs bempedoic acid for low-density lipoprotein cholesterol lowering in high-risk patients: the VICTORION-Challenge trial.

European Heart Journal · 31 août 2026 · 402 patients, phase 4 en ouvert · ESC 2026

Chez 402 patients athéroscléreux dont le LDL-cholestérol restait d’au moins 0,70 g/L sous statine, avec ou sans ézétimibe, l’inclisiran a été comparé directement à l’acide bempédoïque. À 150 jours, le LDL a baissé de 56,3 % sous inclisiran contre 15,4 % sous acide bempédoïque, et 78,2 % des patients ont atteint leur objectif de LDL contre 20,3 %. La tolérance a été comparable dans les deux groupes. L’essai porte sur un critère biologique et ne renseigne pas sur les événements cardiovasculaires.

Baisse du LDL à 150 jours : −56,3 % sous inclisiran contre −15,4 % sous acide bempédoïque (différence −41,0 % ; IC95 % −45,7 à −36,2) · objectif de LDL atteint chez 78,2 % contre 20,3 %
Article original ↗

Question clinique

Beaucoup de patients athéroscléreux n’atteignent pas leur objectif de LDL-cholestérol sous statine, avec ou sans ézétimibe. Entre deux traitements disponibles en complément, l’inclisiran (ARN interférent dirigé contre PCSK9, administré par injection) et l’acide bempédoïque (comprimé quotidien), lequel abaisse le plus le LDL-cholestérol ?

Méthode

Essai de phase 4, randomisé, en ouvert. Des patients porteurs d’une maladie athéroscléreuse, avec un LDL-cholestérol d’au moins 70 mg/dL (0,70 g/L) sous statine, avec ou sans ézétimibe, ont été randomisés entre inclisiran et acide bempédoïque. Le critère principal était la variation en pourcentage du LDL-cholestérol au jour 150. Les principaux critères secondaires, au jour 150, comprenaient la variation du LDL selon la prise d’ézétimibe ; les autres critères secondaires étaient l’atteinte de l’objectif de LDL et la variation absolue. Les effets indésirables apparus sous traitement ont été relevés.

Résultats clés

  • 402 patients randomisés : âge moyen 63,1 ans, 64,2 % d’hommes, LDL-cholestérol initial 94,4 ± 28,3 mg/dL.
  • Critère principal : au jour 150, le LDL-cholestérol a baissé de 56,3 % sous inclisiran contre 15,4 % sous acide bempédoïque (différence −41,0 % ; IC95 % −45,7 à −36,2 ; p < 0,0001).
  • Baisse absolue : −53,4 contre −17,5 mg/dL, quelle que soit la prise d’ézétimibe.
  • Objectif de LDL atteint chez 78,2 % des patients sous inclisiran contre 20,3 % sous acide bempédoïque (odds ratio ajusté 16,36 ; IC95 % 9,72–27,54).
  • Tolérance : effets indésirables chez 63,1 % contre 59,8 % des patients, effets indésirables graves chez 5,9 % contre 7,5 % ; rhinopharyngite 10,3 % contre 7,5 %, hypertension 4,9 % contre 4,5 %, myalgies 3,4 % contre 5,5 %. Un décès est survenu sous inclisiran, jugé sans lien avec le traitement.

Limites

  • Essai en ouvert, jugé sur un critère biologique : il ne fournit aucun résultat sur les événements cardiovasculaires.
  • Effectif limité (402 patients) et suivi court (150 jours) : la tolérance à long terme n’est pas évaluée.
  • L’ampleur de la baisse du LDL sous chaque molécule était déjà connue ; l’apport de l’essai est la comparaison directe, non la découverte d’un effet.
En pratique : lorsque le LDL-cholestérol reste loin de l’objectif sous statine et ézétimibe, une baisse d’environ 15 % sous acide bempédoïque ne suffit pas à combler un écart important, alors que l’inclisiran a amené près de quatre patients sur cinq à la cible dans cet essai. L’acide bempédoïque garde sa place lorsque l’écart à la cible est modeste, ou en cas d’intolérance aux statines — situation que cet essai n’a pas étudiée, puisque tous les participants recevaient une statine. Chez le patient à très haut risque qui doit réduire son LDL de moitié, l’inclisiran est l’option la plus à même d’y parvenir. L’essai compare des taux de LDL, non des événements : le choix entre les deux molécules ne repose pas ici sur un bénéfice clinique démontré.
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◎ Veille Étude de cohorte · Copenhagen General Population Study

Lipoprotein(a) and Atherosclerotic Cardiovascular Disease Among Adults Aged 20 to 100 Years.

Circulation · 30 août 2026 · 103 341 adultes, cohorte prospective, suivi médian 12,5 ans

Dans une cohorte en population générale de 57 899 femmes et 45 442 hommes de 20 à 100 ans, dont 18 % âgés de 70 ans ou plus, l’augmentation relative du risque de maladie athéroscléreuse par tranche de 50 mg/dL de Lp(a) supplémentaire est semblable à tout âge et dans les deux sexes (HR de 1,12 à 1,18). Le risque de base s’élevant avec l’âge, l’excès absolu d’événements associé à une Lp(a) élevée est le plus important après 70 ans. Il s’agit d’une étude observationnelle, qui ne renseigne pas sur l’effet d’un traitement.

HR par 50 mg/dL de Lp(a) en plus : de 1,12 à 1,18 selon l’âge (p d’interaction = 0,48) · excès d’incidence pour une Lp(a) de 90 à 426 mg/dL : 3,2 pour 1 000 personnes-années à 20–49 ans contre 48 à 80–100 ans
Article original ↗

Question clinique

Une Lp(a) élevée est considérée comme un facteur de risque causal de maladie athéroscléreuse. Son poids est-il le même chez les personnes de 70 à 100 ans que chez les plus jeunes, en risque relatif comme en risque absolu, et diffère-t-il entre femmes et hommes ?

Méthode

Cohorte prospective en population générale (Copenhagen General Population Study) ayant inclus 57 899 femmes et 45 442 hommes de 20 à 100 ans, dont 18 322 (18 %) âgés de 70 à 100 ans. Les taux d’incidence et les hazard ratios de maladie athéroscléreuse ont été estimés par tranche d’âge, puis par sexe en analyse secondaire. Le suivi médian a été de 12,5 ans (maximum 19,1).

Résultats clés

  • 9 091 personnes ont reçu un diagnostic de maladie athéroscléreuse pendant le suivi.
  • Excès d’incidence par 50 mg/dL (105 nmol/L) de Lp(a) supplémentaire : 0,3 pour 1 000 personnes-années (IC95 % 0,2–0,4) entre 20 et 49 ans, 0,8 (0,6–0,9) entre 50 et 59 ans, 1,5 (1,2–1,7) entre 60 et 69 ans, 2,7 (2,2–3,2) entre 70 et 79 ans et 4,5 (3,7–5,4) entre 80 et 100 ans.
  • Pour une Lp(a) de 70 à 89 mg/dL (148–190 nmol/L), l’excès d’incidence atteint 2,7, 7,1, 13,3, 24,4 et 40,9 pour 1 000 personnes-années dans les mêmes tranches d’âge ; pour une Lp(a) de 90 à 426 mg/dL (191–924 nmol/L), il atteint 3,2, 8,3, 15,6, 28,7 et 48.
  • Les résultats sont semblables chez les femmes et chez les hommes, les excès absolus les plus élevés étant observés chez les hommes.
  • Les hazard ratios par 50 mg/dL de Lp(a) sont semblables dans toutes les tranches d’âge et dans les deux sexes, de 1,12 à 1,18 (p d’interaction : 0,48 pour l’âge, 0,74 pour le sexe).

Limites

  • Étude observationnelle : elle mesure une association entre Lp(a) et événements, et ne renseigne pas sur l’effet d’un traitement abaissant la Lp(a).
  • La population provient d’un seul pays d’Europe du Nord : la distribution de la Lp(a) varie selon les origines, et la transposition à d’autres populations n’est pas acquise.
  • Les effectifs sont plus restreints aux âges les plus avancés, ce qui élargit les intervalles de confiance dans ces tranches.
En pratique : l’âge avancé n’efface pas le poids de la Lp(a) : à risque relatif égal, une personne de 80 ans avec une Lp(a) très élevée cumule un risque de base déjà important, d’où un nombre plus élevé d’événements attribuables. Le dosage de la Lp(a) au moins une fois dans la vie garde donc son intérêt chez le sujet âgé, pour préciser le niveau de risque et renforcer, le cas échéant, le contrôle du LDL-cholestérol et des autres facteurs. L’étude ne permet pas de conclure sur le bénéfice d’un traitement spécifique de la Lp(a), qui reste à établir par des essais randomisés.
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▲ À connaître Essai randomisé · ADHERE-ASCVD

Digital Outreach to Improve Statin Refills in Patients With Low Statin Adherence: The ADHERE-ASCVD Randomized Clinical Trial.

JAMA · 29 août 2026 · 20 604 patients, essai pragmatique en deux étapes · ESC 2026

Chez 20 604 adultes atteints d’une maladie athéroscléreuse ou à haut risque, en défaut récent de renouvellement de leur statine, une relance numérique — message sur portail sécurisé, SMS ou courriel — a porté le taux de renouvellement à 14 jours à 14,4 %, contre 12,0 % avec la communication habituelle. Chez ceux qui n’avaient pas réagi, une seconde relance a fait gagner 2,5 points supplémentaires, mais changer de canal n’a rien apporté de plus qu’une nouvelle relance par le même canal. Le critère mesuré est le renouvellement de l’ordonnance en pharmacie, non la prise réelle du traitement ni les événements cardiovasculaires.

Renouvellement de statine à 14 jours : 14,4 % avec relance numérique contre 12,0 % (différence ajustée 2,3 points ; IC95 % 1,3–3,4) · à 28 jours 24,9 % contre 21,2 % (HR ajusté 1,21 ; IC95 % 1,13–1,30)
Article original ↗

Question clinique

La non-observance des statines est l’une des premières causes évitables d’événements cardiovasculaires. Une relance numérique adaptative, envoyée par le système de soins lui-même, augmente-t-elle le renouvellement de l’ordonnance à court terme par rapport à la communication habituelle ? Et faut-il changer de canal lorsque la première relance reste sans effet ?

Méthode

Essai pragmatique randomisé, mené en ouvert avec évaluation du critère en insu dans un système de soins couvrant plus de 4,6 millions de personnes, selon un plan séquentiel à deux étapes. Les participants étaient des adultes de 18 ans ou plus, atteints d’une maladie athéroscléreuse établie ou à risque élevé, en défaut récent de renouvellement de leur statine et joignables par tous les canaux étudiés. Ils ont été répartis à parts égales entre message sur portail sécurisé, SMS, courriel non sécurisé et communication habituelle. Les participants n’ayant pas renouvelé leur traitement à 14 jours ont été randomisés de nouveau entre répéter le même canal, changer de canal ou recevoir la communication habituelle. Le critère principal était le renouvellement de la statine dans les 14 jours suivant chaque randomisation, avec un suivi de 28 jours.

Résultats clés

  • 20 604 participants : âge moyen 54,8 ans, 40,9 % de femmes, 15,3 % avec une maladie athéroscléreuse établie.
  • Première relance : renouvellement à 14 jours chez 14,4 % des participants contre 12,0 % avec la communication habituelle (différence de risque ajustée 2,3 points ; IC95 % 1,3–3,4 ; risque relatif ajusté 1,20 ; IC95 % 1,10–1,30). Autrement dit, il faut relancer environ 43 patients pour obtenir un renouvellement supplémentaire.
  • Seconde relance chez ceux qui n’avaient pas réagi : 13,0 % contre 10,4 % (différence ajustée 2,5 points ; IC95 % 1,3–3,7 ; risque relatif ajusté 1,25 ; IC95 % 1,11–1,39).
  • Changer de canal n’a pas fait mieux que répéter le même : 13,2 % contre 12,5 % (risque relatif ajusté 1,06 ; IC95 % 0,94–1,17).
  • Renouvellement cumulé à 28 jours : 24,9 % chez les participants ayant reçu une relance numérique, quel que soit le canal, contre 21,2 % (HR ajusté 1,21 ; IC95 % 1,13–1,30). Les résultats étaient homogènes dans les sous-groupes préspécifiés.

Limites

  • Le critère est intermédiaire : il mesure le renouvellement de l’ordonnance à 14 et 28 jours, non la prise réelle du traitement, le LDL-cholestérol atteint ou les événements cardiovasculaires.
  • Le gain absolu reste modeste : à 28 jours, trois patients relancés sur quatre n’avaient toujours pas renouvelé leur statine.
  • L’essai a été mené dans un seul système de soins intégré, avec dossier médical et pharmacie unifiés : la transposition à d’autres organisations reste à démontrer.
En pratique : Une relance simple, automatisée et répétée fait renouveler la statine un peu plus souvent, sans qu’il soit utile de multiplier les canaux. Dans une organisation capable de repérer les renouvellements en retard, cela justifie un rappel systématique par SMS ou messagerie, puis un second si le patient ne réagit pas. L’effet reste modeste et ne porte que sur le renouvellement de l’ordonnance : l’étude ne dit rien des raisons de l’arrêt, qui restent à explorer en consultation.
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▲ À connaître Essai randomisé en grappes · CRHCP · suivi à 7 ans

Long-Term Effectiveness of Intensive Blood Pressure Management Led by Nonphysician Community Healthcare Providers on Cardiovascular Events: 7-Year Follow-Up of a Cluster Randomized Trial.

Circulation · 28 août 2026 · 326 villages, 33 995 participants · ESC 2026

Dans l’essai CRHCP, un programme de contrôle tensionnel intensif (cible < 130/80 mmHg) mené par des soignants non médecins en zone rurale de Chine avait réduit les événements cardiovasculaires pendant les 4 ans d’intervention. Trois ans après l’arrêt des médicaments gratuits, des formations et des primes, l’écart de pression artérielle persiste (−13,5/−5,4 mmHg) et le risque cardiovasculaire reste réduit d’environ un cinquième (HR 0,79 ; IC95 % 0,73–0,85), au prix d’un surcroît d’hypotensions et d’hypokaliémies légères.

Événements cardiovasculaires sur 7 ans : 2,4 % contre 3,0 % par personne-année (HR 0,76 ; IC95 % 0,72–0,81) · sur les 3 ans après l’essai, 3,4 % contre 4,2 % (HR 0,79 ; IC95 % 0,73–0,85)
Article original ↗

Question clinique

Les programmes de contrôle de la pression artérielle délégués à des soignants non médecins améliorent le contrôle tensionnel et réduisent le risque cardiovasculaire. Leur bénéfice se maintient-il une fois retirés les moyens propres à l’essai (médicaments gratuits ou à prix réduit, formations supplémentaires, primes), en particulier lorsque la cible visée est intensive ?

Méthode

L’essai randomisé en grappes CRHCP, mené en zone rurale de Chine, a été prolongé de 3 ans. Les participants avaient 40 ans ou plus, avec une pression artérielle d’au moins 140/90 mmHg, ou d’au moins 130/80 mmHg en cas de haut risque cardiovasculaire ou de traitement antihypertenseur en cours. 326 villages ont été randomisés 1:1 entre un programme intensif mené par des soignants non médecins et les soins habituels. Pendant les 4 ans d’intervention, ces soignants formés instauraient et ajustaient les antihypertenseurs selon un protocole standardisé, sous supervision d’un médecin de premier recours, et accompagnaient l’automesure, l’hygiène de vie et l’observance ; le programme fournissait aussi des médicaments gratuits ou à prix réduit, des formations et des primes à la performance. Pendant les 3 ans suivants, les participants ont gardé leur soignant, avec recours possible au médecin et au spécialiste de l’hypertension, mais sans médicaments gratuits, formations ni primes. Le critère principal associait infarctus, AVC, hospitalisation pour insuffisance cardiaque et décès cardiovasculaire ; il a été analysé sur les 7 ans, puis sur les 3 ans suivant l’essai.

Résultats clés

  • 33 995 participants inclus en 2018 ; 31 334 sont entrés dans le suivi après l’essai.
  • Pression artérielle à 7 ans : 138,8/80,7 mmHg dans le groupe intervention contre 152,3/86,1 mmHg sous soins habituels (différence −13,5/−5,4 mmHg ; p < 0,0001) ; pression < 130/80 mmHg chez 33,9 % contre 10,5 % des participants.
  • Événements cardiovasculaires sur les 7 ans : 2,4 % contre 3,0 % par personne-année (HR 0,76 ; IC95 % 0,72–0,81 ; p < 0,0001).
  • Sur les 3 ans suivant l’essai : 3,4 % contre 4,2 % par personne-année (HR 0,79 ; IC95 % 0,73–0,85 ; p < 0,0001), avec un effet homogène selon l’âge, le sexe, le niveau d’éducation et le traitement antihypertenseur initial.
  • Tolérance sur 7 ans : davantage d’hypotensions (risque relatif 1,58 ; IC95 % 1,39–1,79) et d’hypokaliémies légères (risque relatif 1,38 ; IC95 % 1,23–1,56) dans le groupe intervention.

Limites

  • L’essai s’est déroulé en milieu rural, dans un seul pays, où l’hypertension était initialement très mal contrôlée (10,5 % des témoins sous la cible à 7 ans) : l’ampleur du gain ne se transpose pas telle quelle à un système où le contrôle de base est meilleur.
  • L’intervention comportait plusieurs composantes : il est impossible d’isoler la part de la cible intensive, de la délégation aux soignants non médecins et de la gratuité des médicaments.
  • Après l’essai, les participants ont conservé leur soignant formé : la période de suivi n’équivaut pas à un arrêt complet de l’intervention.
En pratique : peu d’essais avaient mesuré ce qu’il reste d’un programme de contrôle tensionnel intensif une fois son soutien retiré ; ici, la réduction d’environ un cinquième des événements cardiovasculaires se maintient trois ans après. Le résultat conforte l’intérêt d’une cible < 130/80 mmHg et d’une titration confiée à un soignant formé travaillant sur protocole, à condition de surveiller la pression artérielle et la kaliémie. Il ne permet pas de dire laquelle des composantes du programme porte le bénéfice, ni de garantir le même gain dans un système où l’hypertension est déjà mieux contrôlée.
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▲ À connaître Recommandations ESC 2026 · première édition

2026 ESC Guidelines on cardiac rehabilitation

European Heart Journal · 28 août 2026 · ESC 2026

La réadaptation cardiaque n’avait jamais fait l’objet d’un texte européen dédié. Cette première recommandation élargit nettement ses indications au-delà du post-infarctus : insuffisance cardiaque, fibrillation atriale, suites de chirurgie ou de remplacement valvulaire, cardiopathie congénitale et atteinte cardiaque liée aux traitements anticancéreux. Elle reconnaît aussi les programmes à domicile encadrés par des outils numériques.

Question clinique

La réadaptation cardiaque améliore la qualité de vie, la capacité physique et le pronostic, mais reste très sous-utilisée en Europe. À quels patients la proposer, sous quelle forme, et comment lever les obstacles à sa mise en œuvre ?

Méthode

Premières recommandations de la Société européenne de cardiologie entièrement consacrées à la réadaptation cardiaque, publiées le 28 août 2026 dans l’European Heart Journal à l’occasion du congrès ESC 2026.

Résultats clés

  • Indications élargies : après un infarctus, mais aussi dans l’insuffisance cardiaque, la fibrillation atriale, après remplacement ou réparation valvulaire, dans les cardiopathies congénitales et chez les patients présentant une atteinte cardiaque liée aux traitements anticancéreux.
  • Un programme efficace associe réentraînement à l’effort, soutien psychologique et éducation personnalisée (hygiène de vie, observance médicamenteuse), le tout porté par une équipe pluridisciplinaire.
  • Les programmes à domicile assistés par des outils numériques sont reconnus : moins coûteux et plus accessibles, ils lèvent une partie des obstacles pratiques.
  • Le texte insiste sur la décision partagée et sur les priorités exprimées par les patients : retrouver leur autonomie et leur confiance.

Limites

  • Le principal frein reste organisationnel et financier : la couverture des programmes varie fortement d’un pays à l’autre.
  • Le niveau de preuve est inégal selon les indications : solide après un infarctus et dans l’insuffisance cardiaque, plus mince en cardio-oncologie.
En pratique : ces recommandations invitent à proposer la réadaptation au-delà du seul post-infarctus : après un remplacement valvulaire, chez l’insuffisant cardiaque stabilisé ou chez le patient déconditionné en fibrillation atriale. Pour celui qui refuse le déplacement quotidien ou vit loin d’un centre, la réadaptation à domicile encadrée à distance devient une option recommandée, et non un pis-aller.
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◎ Veille — à suivre Essai randomisé · DANCODE

Vitamin K₂ and D₃ Supplementation in Patients With Severe Coronary Artery Calcification: The DANCODE Trial

Circulation · 28 août 2026

Chez 400 patients dont le score calcique coronaire atteignait au moins 400 unités Agatston, une supplémentation associant 720 µg/j de vitamine K2 et 25 µg/j de vitamine D3 a été comparée à un placebo pendant 24 mois. La progression du score calcique a été moindre sous supplémentation : +196 contre +248 unités Agatston, soit une différence de −52 (IC95 % −79 à −24), sans augmentation du volume de plaque non calcifiée dans la sous-étude par coroscanner. Le critère de jugement reste un marqueur d’imagerie : aucun événement clinique n’a été mesuré et la portée pronostique d’un écart de 52 unités n’est pas connue. Ce résultat ne justifie pas de prescription.

Progression du score calcique à 24 mois : +196 contre +248 unités Agatston — différence −52 (IC95 % −79 à −24)

Question clinique

Chez un patient dont les coronaires sont déjà lourdement calcifiées, une supplémentation en vitamines K2 et D3 freine-t-elle la progression de la calcification coronaire ?

Méthode

Essai multicentrique danois, randomisé en double insu contre placebo. Il a inclus 400 patients dont le score calcique coronaire était d’au moins 400 unités Agatston (médiane 903), qui ont reçu pendant 24 mois soit 720 µg/j de vitamine K2 et 25 µg/j de vitamine D3, soit un placebo. L’analyse a porté sur 398 d’entre eux, d’âge médian 71 ans, dont 30 % de femmes. Un scanner cardiaque sans injection a été réalisé à l’inclusion, à 12 et à 24 mois. Le critère de jugement principal était la variation du score calcique à 24 mois.

Résultats clés

  • Progression moyenne du score calcique à 24 mois : +196 unités Agatston (IC95 % 178–214) sous supplémentation contre +248 (IC95 % 225–271) sous placebo, soit une différence entre les groupes de −52 unités (IC95 % −79 à −24).
  • L’effet du traitement était cohérent selon le sexe et selon le score calcique initial (400 à 999 puis 1 000 unités Agatston ou plus).
  • Chez les 143 participants dont le score calcique initial était inférieur à 1 000 unités Agatston et qui ont eu un coroscanner, l’augmentation du volume total de plaque a été semblable dans les deux groupes et le volume de plaque non calcifiée n’a pas changé ; la progression du volume de plaque calcifiée a été freinée sous supplémentation (différence −8 mm³ ; IC95 % −13 à −2).

Limites

  • Critère d’imagerie intermédiaire : aucun événement clinique n’a été mesuré, et la portée pronostique d’un écart de 52 unités Agatston n’est pas établie.
  • Suivi de 24 mois seulement, dans une population danoise homogène.
  • La signification d’un ralentissement de la calcification reste débattue : la calcification dense est plutôt considérée comme un marqueur de stabilité de la plaque.
En pratique : ces résultats n’appellent aucune prescription : ni supplémentation systématique chez le coronarien calcifié, ni relâchement des traitements dont le bénéfice sur les événements est démontré. L’essai établit qu’une supplémentation en vitamines K2 et D3 ralentit la progression du score calcique sur deux ans, sans déplacer la plaque vers sa forme non calcifiée ; il ne dit rien de ce que cela change pour le patient. C’est un signal à retenir en attendant un essai jugé sur les événements cliniques.
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◎ Veille — à suivre Essai de phase 1 · Kylo-11

Safety and lipoprotein(a)-lowering effects of Kylo-11, a non-canonical, long-duration small interfering RNA targeting lipoprotein(a)

The Lancet · 28 août 2026 · premier essai chez l’homme

Chez 70 volontaires adultes à Lp(a) élevée, par ailleurs en bonne santé, une injection sous-cutanée unique de Kylo-11, ARN interférent de très longue durée d’action, a été comparée au placebo dans un essai de phase 1. Aucun effet indésirable lié au produit ni réaction au point d’injection n’a été observé. À 48 semaines, la réduction médiane de la Lp(a) était de −53 % avec la dose de 9 mg et atteignait −97 % avec 600 mg. Ce sont des données de tolérance et de pharmacodynamie : le bénéfice cardiovasculaire reste entièrement à démontrer.

Lp(a) à 48 semaines après une injection unique de 600 mg : −97 % (IQR −98 à −97), sans effet indésirable lié au traitement

Question clinique

Un ARN interférent de très longue durée d’action dirigé contre la lipoprotéine(a) peut-il, en une seule injection, abaisser durablement la Lp(a) avec une tolérance acceptable ? Une Lp(a) élevée est associée à la maladie athéroscléreuse et ne dispose pas aujourd’hui de traitement spécifique.

Méthode

Essai de phase 1, première administration chez l’homme, randomisé en double insu contre placebo, dans un seul centre hospitalier en Chine. 71 adultes de 18 à 55 ans à Lp(a) élevée, par ailleurs en bonne santé, ont été randomisés entre Kylo-11 et placebo (8 pour 2) sur sept paliers ; 70 ont reçu une dose. Six paliers de dose sous-cutanée unique (9, 30, 75, 225, 450 et 600 mg) ont été étudiés chez des participants dont la Lp(a) était comprise entre 75 et 200 nmol/L ; un septième groupe, dont la Lp(a) dépassait 200 nmol/L, a reçu 225 mg. Le critère de jugement principal était l’incidence des effets indésirables dans les 24 semaines. Les participants sous Kylo-11 pouvaient être suivis jusqu’au jour 337, ceux sous placebo jusqu’au jour 169 ; le suivi médian a été de 337 jours et l’âge médian de 27,5 ans.

Résultats clés

  • 37 des 70 participants (53 %) ont présenté un effet indésirable dans les 24 semaines, pour la plupart de grade 1–2 et jugés sans lien avec le produit. Aucune réaction au point d’injection, aucun effet indésirable grave ou lié au traitement et aucun décès n’ont été rapportés.
  • Réduction médiane de la Lp(a) à 48 semaines (critère secondaire pharmacodynamique) : −53 % avec la dose de 9 mg (intervalle interquartile, IQR, −71 à −41), soit −71 nmol/L, et jusqu’à −97 % avec 600 mg (IQR −98 à −97), soit −129 nmol/L.
  • Dans le groupe dont la Lp(a) dépassait 200 nmol/L, traité par 225 mg : −96 % (IQR −98 à −91), soit −208 nmol/L.
  • Selon les auteurs, la baisse se maintient jusqu’à 48 semaines à partir de la dose de 225 mg.

Limites

  • Il s’agit d’un essai de phase 1 mené dans un seul centre chez 70 volontaires jeunes (âge médian 27,5 ans) et en bonne santé ; la réduction de la Lp(a) n’y est qu’un critère secondaire.
  • Le groupe placebo n’a été suivi que 169 jours : les valeurs à 48 semaines ne sont pas comparées au placebo.
  • L’essai n’apporte aucune donnée sur les événements cardiovasculaires, et n’évalue ni les injections répétées ni le maintien de l’effet au-delà d’un an.
En pratique : Rien ne change aujourd’hui dans la prise en charge. Cet essai montre qu’une injection unique de Kylo-11 est bien tolérée et abaisse la Lp(a) de plus de 95 % pendant près d’un an aux doses les plus fortes, chez des volontaires jeunes. Il ne dit rien du bénéfice clinique : ce sont les essais d’événements en cours avec les ARN interférents anti-Lp(a) (olpasiran, lepodisiran) qui diront si abaisser la Lp(a) réduit les événements cardiovasculaires.
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▲ À connaître Analyse d’essai randomisé · CLEAR Outcomes

Bempedoic Acid and First and Recurrent Limb Outcomes in Statin-Intolerant Patients With Peripheral Artery Disease: Insights From the CLEAR Outcomes Trial

Circulation · 18 août 2026

Parmi les 13 970 patients intolérants aux statines de l’essai CLEAR Outcomes, 1 624 avaient une artériopathie des membres inférieurs à l’inclusion. Dans ce sous-groupe, sur un suivi médian de 40,6 mois, l’acide bempédoïque a réduit de 36 % le risque d’un premier événement grave du membre par rapport au placebo (5,8 % contre 8,3 % ; HR 0,64 ; IC95 % 0,44–0,93 ; p = 0,018) et de 45 % le nombre total d’événements, récidives comprises. Ce résultat provient d’une analyse de sous-groupe portant sur un critère secondaire : il génère une hypothèse plus qu’il n’apporte une démonstration indépendante.

Premier événement grave du membre : 5,8 % contre 8,3 %, HR 0,64 (IC95 % 0,44–0,93 ; p = 0,018) ; événements totaux : risque relatif 0,55 (IC95 % 0,35–0,85)
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Chez le patient artéritique qui ne tolère pas les statines, abaisser le LDL-cholestérol par l’acide bempédoïque réduit-il les événements graves du membre inférieur, et pas seulement les événements cardiovasculaires ?

Méthode

Analyse du sous-groupe artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI) de CLEAR Outcomes, essai randomisé en double insu comparant l’acide bempédoïque 180 mg au placebo chez 13 970 patients intolérants aux statines. 1 624 patients avaient une AOMI rapportée par l’investigateur à l’inclusion (âge moyen 63,9 ans, 56,3 % de femmes) ; le suivi médian a été de 40,6 mois. Les événements graves du membre (MALE, pour major adverse limb events) — aggravation des symptômes conduisant à une revascularisation, ischémie chronique menaçant le membre, ischémie aiguë — ont été validés en insu par deux spécialistes de médecine vasculaire indépendants. Ils ont été analysés en délai jusqu’au premier événement et en nombre total d’événements, récidives comprises (modèle binomial négatif). Le critère principal de l’essai était le MACE-4 : décès cardiovasculaire, infarctus non fatal, AVC non fatal ou revascularisation coronaire.

Résultats clés

  • Premier événement grave du membre : 5,8 % des patients sous acide bempédoïque contre 8,3 % sous placebo, soit 69 patients dans le groupe placebo ; HR 0,64 (IC95 % 0,44–0,93 ; p = 0,018), c’est-à-dire une réduction relative de 36 %. La différence absolue est de 2,5 points sur un suivi médian de 40,6 mois, soit un nombre de patients à traiter d’environ 40.
  • Événements graves du membre au total, récidives comprises : risque relatif 0,55 (IC95 % 0,35–0,85 ; p = 0,007), soit une baisse de 45 % ; sous placebo, le taux d’événements récurrents atteignait 4,0 % par an.
  • Premier MACE-4 ou événement grave du membre : réduction de 13 % dans l’ensemble de l’essai (HR 0,87 ; IC95 % 0,80–0,95). Dans le sous-groupe AOMI, le résultat va dans le même sens sans atteindre la significativité (HR 0,82 ; IC95 % 0,64–1,04), sans interaction significative avec la présence d’une AOMI. En nombre total d’événements dans ce sous-groupe : risque relatif 0,71 (IC95 % 0,54–0,95).
  • L’écart entre les deux groupes apparaît dès le sixième mois de traitement et se maintient ensuite.

Limites

  • Il s’agit d’une analyse dans un sous-groupe d’un essai dont le critère principal était cardiovasculaire : les événements du membre sont un critère secondaire, et ce résultat génère une hypothèse plus qu’il ne la démontre.
  • La population est particulière (intolérance aux statines documentée), l’AOMI était rapportée par l’investigateur à l’inclusion et le nombre d’événements reste modeste : 69 sous placebo.
  • Le critère retenu inclut la revascularisation pour aggravation des symptômes, décision qui dépend en partie de l’opérateur.
En pratique : Chez l’artéritique intolérant aux statines, situation fréquente où le traitement hypolipémiant fait défaut, cette analyse apporte un signal cohérent : l’acide bempédoïque, dont le bénéfice sur les événements cardiovasculaires a été établi dans l’essai principal, s’accompagne ici d’une baisse des événements graves du membre. Le résultat conforte l’intérêt d’abaisser le LDL-cholestérol chez ces patients, sans démontrer à lui seul un effet propre sur le membre, et ne dispense pas de la prise en charge habituelle de l’AOMI.
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◎ Veille Essai randomisé · ZEUS

ZEUS: ziltivekimab in people with ASCVD, CKD and inflammation (topline)

Communiqué topline (non publié) · juillet 2026

Chez plus de 6 300 patients cumulant maladie athéroscléreuse, maladie rénale chronique et inflammation résiduelle (hsCRP ≥ 2 mg/L), le ziltivekimab, anticorps dirigé contre l’IL-6, a été comparé au placebo. D’après les résultats topline annoncés par le laboratoire, il n’a pas réduit le critère MACE-3 (HR 0,99 ; IC95 % 0,88–1,11), alors que l’IL-6 libre et la hsCRP avaient bien baissé. Ce résultat négatif fragilise l’hypothèse d’une prévention cardiovasculaire par l’inhibition de l’IL-6 ; la publication complète est attendue.

MACE-3 : HR 0,99 (IC95 % 0,88–1,11), aucune réduction des événements malgré la baisse de l’IL-6 libre et de la hsCRP

Question clinique

Chez des patients cumulant maladie athéroscléreuse établie, maladie rénale chronique et inflammation résiduelle (hsCRP ≥ 2 mg/L), l’inhibition de la voie de l’interleukine-6 (IL-6) par le ziltivekimab réduit-elle les événements cardiovasculaires majeurs ?

Méthode

Essai de phase 3 randomisé, en double insu, contrôlé contre placebo et piloté par les événements : plus de 6 300 patients ont reçu, en plus du traitement standard, le ziltivekimab 15 mg par voie sous-cutanée une fois par mois ou un placebo. Critère de jugement principal : MACE-3 (décès cardiovasculaire, infarctus non fatal, AVC non fatal). Résultats topline annoncés par communiqué du laboratoire le 31 juillet 2026, non encore publiés.

Résultats clés

  • Pas de réduction du MACE-3 : HR 0,99 (IC95 % 0,88–1,11), alors que la cible biologique était atteinte, avec la baisse attendue de l’IL-6 libre et de la hsCRP.
  • Effets indésirables, graves ou non, globalement comparables au placebo, mais proportion plus élevée d’infections graves sous ziltivekimab.
  • Aucune différence de mortalité totale.
  • Les deux autres essais d’événements du ziltivekimab se poursuivent : HERMES (insuffisance cardiaque) et ARTEMIS (après infarctus), résultats attendus au premier semestre 2027.

Limites

  • Résultats topline issus d’un communiqué de presse : non publiés, non relus par les pairs, sans détail des événements par groupe ni des sous-groupes.
  • Population très ciblée (athérosclérose, insuffisance rénale chronique et inflammation) : ce résultat ne préjuge pas de ceux attendus dans l’insuffisance cardiaque ou après infarctus.
En pratique : ces résultats vont à l’encontre de l’hypothèse selon laquelle inhiber l’IL-6 et faire baisser la hsCRP suffirait à prévenir les événements cardiovasculaires chez ces patients. Ils ne modifient aucune prescription actuelle. La publication complète et les résultats d’HERMES et d’ARTEMIS diront si la piste conserve un intérêt dans l’insuffisance cardiaque ou après un infarctus.
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★ À la une ● Changement de pratique Recommandations

2026 ACC/AHA Guideline on the Management of Dyslipidemia

Circulation / JACC · mars 2026

Les nouvelles recommandations américaines sur les dyslipidémies remplacent celles de 2018. Elles fixent des objectifs de LDL-cholestérol chiffrés selon le niveau de risque (< 70 mg/dL à haut risque, < 55 mg/dL à très haut risque en prévention secondaire). Elles demandent aussi un dosage de la Lp(a) au moins une fois dans la vie adulte, adoptent le calculateur de risque PREVENT et codifient la place des traitements non statiniques (ézétimibe, acide bempédoïque, anti-PCSK9, inclisiran).

Cibles de LDL-cholestérol : < 70 mg/dL à haut risque · < 55 mg/dL à très haut risque
Article original ↗ Analyse ACC ↗

Question clinique

Comment évaluer et traiter les dyslipidémies de l’adulte selon l’ACC et l’AHA en 2026, et qu’est-ce qui change par rapport aux recommandations de 2018 sur le cholestérol ?

Méthode

Recommandations conjointes de l’American College of Cardiology (ACC) et de l’American Heart Association (AHA), publiées dans Circulation et le JACC en mars 2026 ; elles remplacent le document de 2018.

Résultats clés

  • Objectifs de LDL-cholestérol chiffrés par niveau de risque : < 70 mg/dL à haut risque, < 55 mg/dL à très haut risque en prévention secondaire.
  • Dosage de la Lp(a) au moins une fois dans la vie adulte.
  • Estimation du risque cardiovasculaire par le calculateur PREVENT.
  • Place codifiée des traitements non statiniques lorsque les statines ne suffisent pas : ézétimibe, acide bempédoïque, anticorps anti-PCSK9, inclisiran.

Limites

  • Recommandations américaines : le calculateur PREVENT n’est pas validé en Europe, où SCORE2 est utilisé, et les catégories de risque ne se superposent pas exactement à celles de l’ESC/EAS.
En pratique : Ces recommandations retiennent un dosage unique de la Lp(a) chez tout adulte et des objectifs stricts de LDL-cholestérol, avec une intensification précoce au-delà des statines lorsque la cible n’est pas atteinte. Pour le lecteur européen, les recommandations ESC/EAS restent la référence.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
2025
▲ À connaître Essai randomisé · SURPASS-CVOT

Cardiovascular Outcomes with Tirzepatide versus Dulaglutide in Type 2 Diabetes

NEJM · décembre 2025 · présenté à l’EASD 2025

Chez 13 299 patients diabétiques de type 2 atteints d’une maladie athéroscléreuse, le tirzépatide hebdomadaire (jusqu’à 15 mg) a été comparé en double insu au dulaglutide 1,5 mg, dont l’effet protecteur cardiovasculaire est établi. Le critère principal, associant décès cardiovasculaire, infarctus et AVC, est survenu chez 12,2 % des patients sous tirzépatide contre 13,1 % sous dulaglutide (HR 0,92 ; IC 95,3 % 0,83–1,01) : la non-infériorité est démontrée (p = 0,003), la supériorité ne l’est pas (p = 0,09). Les effets métaboliques sont en revanche nettement plus marqués sous tirzépatide, avec une baisse du poids de 11,6 % contre 4,5 % et une réduction de l’HbA1c de 1,66 point contre 0,88 point.

Décès cardiovasculaire, infarctus ou AVC : 12,2 % contre 13,1 %, HR 0,92 (IC 95,3 % 0,83–1,01) ; non-infériorité p = 0,003, supériorité p = 0,09
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Chez le diabétique de type 2 atteint d’une maladie athéroscléreuse, le tirzépatide, double agoniste des récepteurs du GIP et du GLP-1, protège-t-il au moins autant des événements cardiovasculaires que le dulaglutide, agoniste du GLP-1 dont le bénéfice cardiovasculaire est démontré ?

Méthode

Essai randomisé en double insu, de non-infériorité, contre comparateur actif. 13 299 patients diabétiques de type 2 atteints d’une maladie athéroscléreuse ont été répartis à parts égales entre tirzépatide sous-cutané hebdomadaire (jusqu’à 15 mg) et dulaglutide 1,5 mg ; 134 patients ont été exclus secondairement faute de remplir les critères d’inclusion, ce qui laisse 6 586 et 6 579 patients dans l’analyse en intention de traiter modifiée. L’âge moyen était de 64,1 ans, l’indice de masse corporelle moyen de 32,6 et l’HbA1c moyenne de 8,4 % ; 29,0 % des participants étaient des femmes et le diabète évoluait depuis 14,7 ans en moyenne. Le critère de jugement principal associait décès cardiovasculaire, infarctus et AVC ; la non-infériorité était retenue si la borne supérieure de l’IC 95,3 % du rapport de risque restait sous 1,05, la supériorité si elle restait sous 1,00.

Résultats clés

  • Critère principal : 801 patients (12,2 %) sous tirzépatide contre 862 (13,1 %) sous dulaglutide ; HR 0,92 (IC 95,3 % 0,83–1,01) ; p = 0,003 pour la non-infériorité, p = 0,09 pour la supériorité.
  • Effets métaboliques : le poids a baissé de 11,6 % sous tirzépatide contre 4,5 % sous dulaglutide, et l’HbA1c de 1,66 point contre 0,88 point.
  • Tolérance : la fréquence des effets indésirables est apparue comparable dans les deux groupes, avec davantage de troubles digestifs sous tirzépatide.

Limites

  • Le comparateur est un traitement déjà cardioprotecteur et il n’y a pas de groupe placebo : l’effet propre du tirzépatide sur les événements n’est pas mesuré directement.
  • La supériorité n’est pas démontrée, la borne supérieure de l’intervalle de confiance atteignant 1,01 : l’essai établit que le tirzépatide fait au moins aussi bien, pas qu’il fait mieux.
  • Les participants avaient tous une maladie athéroscléreuse établie ; les résultats ne se transposent pas au diabétique sans atteinte athéroscléreuse.
  • L’ampleur des effets métaboliques ne préjuge pas d’un bénéfice cardiovasculaire supplémentaire : sur les événements, l’intervalle de confiance franchit encore 1 et ne permet pas de départager les deux traitements.
En pratique : Chez le diabétique de type 2 atteint d’une maladie athéroscléreuse, le tirzépatide offre une protection cardiovasculaire au moins équivalente à celle du dulaglutide, avec une perte de poids et une baisse de l’HbA1c nettement plus marquées. Sa supériorité sur les événements cardiovasculaires n’est pas établie. Le choix entre les deux peut donc s’appuyer sur l’objectif métabolique recherché et sur la tolérance digestive, plutôt que sur un avantage démontré en matière d’événements.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · VESALIUS-CV

Evolocumab in Patients without a Previous Myocardial Infarction or Stroke

NEJM · novembre 2025 · présenté à l’AHA 2025

Chez 12 257 patients atteints d’athérosclérose ou de diabète, sans antécédent d’infarctus ni d’AVC et dont le LDL-cholestérol était d’au moins 90 mg/dL, l’évolocumab 140 mg toutes les deux semaines a été comparé au placebo pendant un suivi médian de 4,6 ans. Le premier critère principal, qui associe décès coronaire, infarctus et AVC ischémique, est survenu chez 6,2 % des patients sous évolocumab contre 8,0 % sous placebo à cinq ans (HR 0,75 ; IC95 % 0,65–0,86) ; le second, qui y ajoute la revascularisation artérielle pour ischémie, est survenu chez 13,4 % contre 16,2 % (HR 0,81 ; IC95 % 0,73–0,89). Le bénéfice de l’évolocumab, jusque-là établi après un infarctus, un AVC ou dans l’artériopathie symptomatique, s’étend ainsi à des patients qui n’ont présenté ni l’un ni l’autre.

Premier événement cardiovasculaire majeur à cinq ans : 6,2 % sous évolocumab contre 8,0 % sous placebo (HR 0,75 ; IC95 % 0,65–0,86) · revascularisation comprise : 13,4 % contre 16,2 % (HR 0,81 ; IC95 % 0,73–0,89)
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Chez un patient à haut risque — athérosclérose ou diabète — n’ayant jamais présenté d’infarctus ni d’AVC, un inhibiteur de PCSK9 réduit-il la survenue d’un premier événement cardiovasculaire majeur ? Le bénéfice de l’évolocumab était établi après un infarctus, un AVC ou dans l’artériopathie périphérique symptomatique ; son effet dans cette population restait inconnu.

Méthode

Essai international randomisé en double insu contre placebo. 12 257 patients atteints d’athérosclérose ou de diabète, sans antécédent d’infarctus ni d’AVC, dont le LDL-cholestérol était d’au moins 90 mg/dL, ont été répartis par tirage au sort entre évolocumab 140 mg toutes les deux semaines (6 129 patients) et placebo (6 128). L’âge médian était de 66 ans, 43 % étaient des femmes et 93 % étaient blancs. Deux critères de jugement principaux étaient prévus : l’un associant décès d’origine coronaire, infarctus et AVC ischémique, l’autre y ajoutant la revascularisation artérielle pour ischémie. Le suivi médian a été de 4,6 ans.

Résultats clés

  • Premier critère principal : 336 patients sous évolocumab, soit une estimation de Kaplan-Meier à cinq ans de 6,2 %, contre 443 sous placebo (8,0 %) ; HR 0,75 (IC95 % 0,65–0,86 ; p < 0,001). L’écart absolu à cinq ans est de 1,8 point, soit environ 56 patients à traiter cinq ans pour éviter un événement.
  • Second critère principal, revascularisation comprise : 747 patients (13,4 %) contre 907 (16,2 %) ; HR 0,81 (IC95 % 0,73–0,89 ; p < 0,001), soit un écart absolu de 2,8 points et environ 36 patients à traiter cinq ans.
  • Aucune différence n’a été mise en évidence entre les groupes sur la fréquence des événements de tolérance.

Limites

  • Il ne s’agit pas d’une prévention primaire au sens strict : les participants avaient une athérosclérose établie ou un diabète, seuls l’infarctus et l’AVC étant absents de leurs antécédents.
  • La population est peu diversifiée : 93 % des patients étaient blancs.
  • Le résumé de l’article ne rapporte ni la mortalité totale ni le détail des composantes des critères composites.
  • Le coût et les conditions d’accès des anti-PCSK9 limitent la portée pratique du résultat.
En pratique : chez le patient atteint d’athérosclérose ou de diabète dont le LDL-cholestérol reste à 90 mg/dL ou plus, sans infarctus ni AVC, l’évolocumab a réduit d’un quart le risque relatif d’un premier événement cardiovasculaire majeur : 6,2 % d’événements à cinq ans, contre 8,0 % sous placebo. C’est un argument pour intensifier tôt le traitement hypolipémiant dans ces situations, les anti-PCSK9 compris, en tenant compte de leur coût et de leur accessibilité. L’essai ne renseigne pas sur la mortalité totale ni sur les patients à LDL-cholestérol plus bas.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations

2025 AHA/ACC Guideline for the Prevention, Detection, Evaluation and Management of High Blood Pressure in Adults

Circulation / JACC · août 2025

Les nouvelles recommandations américaines sur l’hypertension artérielle remplacent celles de 2017. Elles confirment la cible < 130/80 mmHg pour la plupart des adultes, stratifient le risque avec le score PREVENT, insistent sur la mesure hors cabinet et sur la prévention du déclin cognitif, et élargissent le dépistage de l’hyperaldostéronisme primaire.

Article original ↗ Analyse ACC ↗

Question clinique

Comment prévenir, dépister, évaluer et traiter l’hypertension artérielle de l’adulte selon l’AHA et l’ACC en 2025, et qu’est-ce qui change par rapport aux recommandations de 2017 ?

Méthode

Recommandations conjointes de l’American Heart Association (AHA) et de l’American College of Cardiology (ACC), publiées dans Circulation et le JACC en août 2025 ; elles remplacent le document de 2017.

Résultats clés

  • Cible tensionnelle < 130/80 mmHg confirmée pour la plupart des adultes.
  • Stratification du risque cardiovasculaire par le score PREVENT.
  • Place renforcée de la mesure de la pression artérielle hors cabinet (automesure, mesure ambulatoire).
  • Prévention du déclin cognitif intégrée aux objectifs du traitement.
  • Dépistage élargi de l’hyperaldostéronisme primaire, en particulier chez l’hypertendu résistant.

Limites

  • Ce texte est américain : en Europe, les recommandations ESC 2024 restent la référence.
En pratique : Ces recommandations confirment la cible < 130/80 mmHg et donnent plus de place à l’automesure systématique et au dépistage de l’hyperaldostéronisme primaire chez l’hypertendu résistant. Pour le lecteur européen, les recommandations ESC 2024 restent la référence.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · BaxHTN

Efficacy and Safety of Baxdrostat in Uncontrolled and Resistant Hypertension

NEJM · août 2025 · présenté à l’ESC 2025

Cet essai de phase 3 en double insu a inclus 796 patients dont la pression systolique restait entre 140 et moins de 170 mmHg malgré deux antihypertenseurs (HTA non contrôlée) ou au moins trois dont un diurétique (HTA résistante). Le baxdrostat, inhibiteur de l’aldostérone synthase, a abaissé la pression systolique assise de 8,7 mmHg (1 mg) et de 9,8 mmHg (2 mg) de plus que le placebo à 12 semaines (p < 0,001 pour les deux doses). Une kaliémie supérieure à 6,0 mmol/L a été rapportée chez 2,3 % et 3,0 % des patients sous baxdrostat, contre 0,4 % sous placebo. Le critère de jugement est tensionnel et le suivi court : cet essai ne renseigne pas sur les événements cardiovasculaires.

Pression systolique assise à 12 semaines, différence contre placebo : −8,7 mmHg avec 1 mg (IC95 % −11,5 à −5,8) et −9,8 mmHg avec 2 mg (IC95 % −12,6 à −7,0) ; p < 0,001.
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Chez des patients dont l’hypertension reste non contrôlée sous deux antihypertenseurs, ou résistante sous trois ou plus dont un diurétique, l’ajout de baxdrostat, inhibiteur de l’aldostérone synthase, abaisse-t-il la pression artérielle systolique, et avec quel risque d’hyperkaliémie ?

Méthode

Essai de phase 3, multinational, randomisé en double insu contre placebo (BaxHTN). Étaient admissibles les patients dont la pression systolique assise se situait entre 140 et moins de 170 mmHg malgré un traitement stable par deux antihypertenseurs (HTA non contrôlée) ou par au moins trois dont un diurétique (HTA résistante). Après deux semaines de placebo en période de pré-inclusion, les patients gardant une pression systolique d’au moins 135 mmHg ont été randomisés en trois groupes égaux : baxdrostat 1 mg, baxdrostat 2 mg ou placebo, une fois par jour pendant 12 semaines, en plus du traitement de fond. Sur 796 patients randomisés, 794 ont été traités (264, 266 et 264 respectivement). Critère de jugement principal : variation de la pression systolique assise entre l’inclusion et la semaine 12.

Résultats clés

  • À 12 semaines, la pression systolique assise a baissé de 14,5 mmHg (IC95 % −16,5 à −12,5) sous baxdrostat 1 mg, de 15,7 mmHg (IC95 % −17,6 à −13,7) sous 2 mg et de 5,8 mmHg (IC95 % −7,9 à −3,8) sous placebo.
  • Différence corrigée du placebo : −8,7 mmHg (IC95 % −11,5 à −5,8) avec 1 mg et −9,8 mmHg (IC95 % −12,6 à −7,0) avec 2 mg ; p < 0,001 pour les deux comparaisons.
  • Kaliémie supérieure à 6,0 mmol/L : 6 patients (2,3 %) sous 1 mg, 8 patients (3,0 %) sous 2 mg et 1 patient (0,4 %) sous placebo.

Limites

  • Le critère de jugement est intermédiaire — la pression artérielle à 12 semaines — et l’essai n’apporte aucune donnée de morbi-mortalité.
  • L’hyperkaliémie est plus fréquente sous baxdrostat, et la tolérance au long cours comme les modalités de surveillance de la kaliémie restent à préciser.
  • La comparaison ne porte que sur le placebo : le baxdrostat n’a pas été comparé directement à la spironolactone, traitement de référence de l’HTA résistante.
En pratique : Chez des patients non contrôlés ou résistants, le baxdrostat apporte une baisse tensionnelle supplémentaire d’environ 9 mmHg, au prix d’une kaliémie supérieure à 6 mmol/L chez 2 à 3 % d’entre eux. C’est une nouvelle classe à connaître, en alternative ou en complément possible de la spironolactone, mais l’essai n’a pas comparé les deux et ne dit rien des événements cardiovasculaires. Le baxdrostat n’est pas encore commercialisé.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Essai randomisé · BROADWAY

Safety and Efficacy of Obicetrapib in Patients at High Cardiovascular Risk

NEJM · mai 2025 · présenté à l’EAS 2025

Chez 2 530 patients à haut risque cardiovasculaire (maladie athéroscléreuse ou hypercholestérolémie familiale hétérozygote) déjà sous traitement hypolipémiant à la dose maximale tolérée, l’obicetrapib 10 mg par jour, inhibiteur oral du CETP, a été comparé au placebo pendant un an. À J84, le LDL-cholestérol a baissé de 29,9 % sous obicetrapib et augmenté de 2,7 % sous placebo, soit une différence de −32,6 points (IC95 % −35,8 à −29,5 ; p < 0,001). La fréquence des effets indésirables paraissait comparable dans les deux groupes. Le bénéfice sur les événements cardiovasculaires reste à démontrer.

LDL-C à J84 : −29,9 % sous obicetrapib contre +2,7 % sous placebo, soit −32,6 points (IC95 % −35,8 à −29,5 ; p < 0,001).

Question clinique

Chez des patients à haut risque cardiovasculaire — hypercholestérolémie familiale hétérozygote ou maladie athéroscléreuse avérée — déjà sous traitement hypolipémiant à la dose maximale tolérée, l’obicetrapib, inhibiteur oral très sélectif de la protéine de transfert des esters de cholestérol (CETP), abaisse-t-il davantage le LDL-cholestérol, et avec quelle tolérance ?

Méthode

Essai multinational randomisé contre placebo, en rapport 2:1 (BROADWAY) : 2 530 patients (1 686 sous obicetrapib, 844 sous placebo) ont reçu 10 mg d’obicetrapib ou un placebo une fois par jour pendant 365 jours, en plus de leur traitement. Étaient admissibles les patients dont le LDL-C était d’au moins 100 mg/dL (ou le non-HDL-C d’au moins 130 mg/dL), ou compris entre 55 et 100 mg/dL (non-HDL-C de 85 à 130 mg/dL) s’ils avaient au moins un facteur de risque cardiovasculaire supplémentaire. L’âge moyen était de 65 ans, 34 % des participants étaient des femmes et le LDL-C initial moyen de 98 mg/dL. Le critère de jugement principal était la variation en pourcentage du LDL-C entre l’inclusion et le jour 84.

Résultats clés

  • LDL-C à J84 : −29,9 % (IC95 % −32,1 à −27,8) sous obicetrapib contre +2,7 % (IC95 % −0,4 à +5,8) sous placebo, soit une différence de −32,6 points (IC95 % −35,8 à −29,5 ; p < 0,001).
  • Sur un an de traitement, la fréquence des effets indésirables paraissait comparable dans les deux groupes.

Limites

  • Le critère principal est biologique (LDL-C) : l’essai n’était pas dimensionné pour montrer une réduction des événements cardiovasculaires.
  • Aucun inhibiteur du CETP développé auparavant n’a trouvé sa place en pratique clinique : l’effet de l’obicetrapib sur la morbi-mortalité reste entièrement à démontrer.
  • Le suivi est limité à un an.
En pratique : Chez des patients déjà traités à la dose maximale tolérée, un comprimé quotidien d’obicetrapib abaisse le LDL-cholestérol d’environ 30 % supplémentaires, avec une tolérance comparable au placebo sur un an. Ce résultat biologique ne permet pas de conclure à un bénéfice clinique : il n’y a rien à prescrire aujourd’hui, et la place éventuelle de l’obicetrapib dans la stratégie hypolipémiante dépendra de l’essai d’événements cardiovasculaires attendu.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · SOUL

Oral Semaglutide and Cardiovascular Outcomes in High-Risk Type 2 Diabetes

NEJM · mars 2025 · présenté à l’ACC.25

Cet essai en double insu contre placebo a inclus 9 650 patients d’au moins 50 ans, diabétiques de type 2 avec une maladie athéroscléreuse, une maladie rénale chronique ou les deux, suivis en moyenne 47,5 mois. Le sémaglutide par voie orale (jusqu’à 14 mg par jour) a réduit la fréquence du critère principal — décès cardiovasculaire, infarctus ou AVC non mortels — à 12,0 %, contre 13,8 % sous placebo (HR 0,86 ; IC95 % 0,77–0,96 ; p = 0,006). Les critères secondaires confirmatoires, dont les événements rénaux majeurs, n’ont pas différé significativement entre les groupes. Le bénéfice cardiovasculaire des agonistes du récepteur du GLP-1 s’étend ainsi à la voie orale.

Décès cardiovasculaire, infarctus ou AVC non mortels : 12,0 % sous sémaglutide oral contre 13,8 % sous placebo (HR 0,86 ; IC95 % 0,77–0,96 ; p = 0,006).
Article original ↗ Analyse ACC ↗

Question clinique

Chez le diabétique de type 2 à haut risque — maladie athéroscléreuse, maladie rénale chronique ou les deux —, le sémaglutide par voie orale réduit-il les événements cardiovasculaires majeurs ? Seule sa sécurité cardiovasculaire avait été établie jusque-là pour cette forme orale.

Méthode

Essai de supériorité en double insu contre placebo, conduit jusqu’à l’obtention du nombre d’événements prévu (SOUL). Les participants, âgés d’au moins 50 ans, diabétiques de type 2 avec une hémoglobine glyquée de 6,5 à 10,0 % et une maladie athéroscléreuse connue, une maladie rénale chronique ou les deux, ont été répartis par tirage au sort entre sémaglutide oral une fois par jour (dose maximale 14 mg) et placebo, en plus du traitement habituel. Le critère de jugement principal associait décès cardiovasculaire, infarctus non mortel et AVC non mortel, l’analyse portant sur le délai jusqu’au premier événement. Les critères secondaires confirmatoires comprenaient les événements rénaux majeurs (critère composite à cinq éléments). 9 650 patients ont été randomisés ; le suivi a été de 47,5 mois en moyenne et de 49,5 mois en médiane.

Résultats clés

  • Critère principal : 579 des 4 825 patients sous sémaglutide oral (12,0 % ; 3,1 événements pour 100 patients-années) contre 668 des 4 825 sous placebo (13,8 % ; 3,7 pour 100 patients-années) ; HR 0,86 (IC95 % 0,77–0,96 ; p = 0,006), soit un écart absolu de 1,8 point entre les 13,8 % du placebo et les 12,0 % du sémaglutide oral.
  • Les critères secondaires confirmatoires, dont les événements rénaux majeurs, n’ont pas différé significativement entre les deux groupes.
  • Effets indésirables graves : 47,9 % sous sémaglutide contre 50,3 % sous placebo ; troubles gastro-intestinaux : 5,0 % contre 4,4 %.

Limites

  • Population diabétique à très haut risque : le résultat ne s’étend pas d’emblée aux diabétiques à risque plus faible.
  • Aucun bénéfice n’a été mis en évidence sur les événements rénaux majeurs, qui étaient un critère secondaire confirmatoire.
  • Le comparateur est un placebo : l’essai ne compare pas la voie orale à la voie injectable.
En pratique : chez le diabétique de type 2 avec maladie athéroscléreuse ou maladie rénale chronique, le sémaglutide oral dispose désormais d’une démonstration de bénéfice sur les événements cardiovasculaires majeurs : le risque relatif d’événement est réduit (HR 0,86 ; IC95 % 0,77–0,96) et l’écart absolu est de 1,8 point sur près de quatre ans, sans excès d’effets indésirables graves. C’est une option à considérer chez le patient réticent aux injections, étant entendu que l’essai n’a pas comparé les deux voies d’administration. Il n’a en revanche pas mis en évidence de bénéfice rénal et ne renseigne pas sur les diabétiques à risque plus faible.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Essai randomisé · ALPACA

Lepodisiran — A Long-Duration Small Interfering RNA Targeting Lipoprotein(a)

NEJM · mars 2025 · présenté à l’ACC.25

Cet essai de phase 2 randomisé contre placebo a inclus 320 participants dont la lipoprotéine(a) était élevée (médiane 253,9 nmol/L). Le lépodisiran, ARN interférent de longue durée d’action dirigé contre la synthèse hépatique de l’apolipoprotéine(a), a abaissé la Lp(a), à la dose de 400 mg, de 93,9 points de pourcentage par rapport au placebo entre J60 et J180, et de 94,8 points entre J30 et J360 après deux injections espacées de six mois. Des événements indésirables graves sont survenus chez 35 des 320 participants ; les investigateurs n’en ont jugé aucun lié au traitement. Un schéma d’injection semestriel, voire annuel, devient ainsi envisageable, mais aucun bénéfice clinique n’est démontré à ce stade.

Lp(a) de J60 à J180 : −93,9 points contre placebo (IC95 % −95,1 à −92,5) avec la dose de 400 mg.

Question clinique

Le lépodisiran, ARN interférent de longue durée d’action dirigé contre la synthèse hépatique de l’apolipoprotéine(a), abaisse-t-il durablement la lipoprotéine(a), à quelle dose et avec quelle tolérance ?

Méthode

Essai de phase 2 randomisé contre placebo (ALPACA), selon un rapport de randomisation 1:2:2:2:2. 320 participants dont la Lp(a) était élevée (médiane initiale 253,9 nmol/L) ont reçu par voie sous-cutanée 16, 96 ou 400 mg de lépodisiran à J0 puis à J180, ou 400 mg à J0 puis un placebo à J180, ou un placebo aux deux temps. Le critère de jugement principal était la variation de la Lp(a) par rapport à sa valeur initiale, exprimée en pourcentage, moyennée sur la période allant de J60 à J180 et ajustée sur le placebo ; les deux groupes ayant reçu 400 mg à J0 ont été regroupés pour cette analyse.

Résultats clés

  • Variation de la Lp(a) de J60 à J180 par rapport au placebo : −93,9 points (IC95 % −95,1 à −92,5) à 400 mg, −75,2 points (IC95 % −80,4 à −68,5) à 96 mg et −40,8 points (IC95 % −55,8 à −20,6) à 16 mg : l’effet dépend de la dose.
  • De J30 à J360 : −94,8 points après deux injections de 400 mg (J0 et J180) et encore −88,5 points après une seule injection de 400 mg suivie d’un placebo ; −77,2 points à 96 mg et −41,2 points à 16 mg.
  • Tolérance : des événements indésirables graves sont survenus chez 35 participants, mais les investigateurs n’en ont jugé aucun lié au lépodisiran ou au placebo. Les réactions au point d’injection, dépendantes de la dose et le plus souvent bénignes, ont touché jusqu’à 12 % des participants (8 sur 69) dans le groupe recevant la dose la plus élevée.

Limites

  • Essai de phase 2 de petite taille, jugé sur un critère purement biologique : aucune donnée d’événements cardiovasculaires.
  • Le bénéfice clinique d’une baisse de la Lp(a) n’est démontré par aucun essai à ce jour, quelle que soit la molécule.
En pratique : aucun traitement spécifique de la Lp(a) n’est disponible et cet essai de phase 2 ne porte que sur un critère biologique : il n’y a rien à prescrire. Il montre qu’une ou deux injections par an abaissent la Lp(a) de 93,9 points de pourcentage par rapport au placebo, du deuxième au sixième mois après l’injection, ce qui rend réalisables des essais jugés sur les événements avec un schéma semestriel. En attendant leurs résultats, le dosage de la Lp(a) une fois dans la vie, déjà recommandé, garde son intérêt pour repérer les patients concernés.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations ESC 2025 (mise à jour ciblée)

2025 Focused Update of the 2019 ESC/EAS Guidelines for the Management of Dyslipidaemias

European Heart Journal · 2025 · ESC Congress 2025

Cette mise à jour ciblée des recommandations ESC/EAS 2019 sur les dyslipidémies a été présentée au congrès ESC 2025. Elle intègre les données publiées depuis 2019 sur l’évaluation du risque cardiovasculaire, les nouveaux hypolipémiants et la stratégie de traitement, en particulier après un syndrome coronarien aigu. Les objectifs de LDL-cholestérol par catégorie de risque restent ceux de 2019 ; ce qui change, c’est la rapidité de l’intensification.

Question clinique

Que change la mise à jour ciblée des recommandations européennes sur les dyslipidémies pour l’évaluation du risque cardiovasculaire, l’emploi des nouveaux hypolipémiants et la stratégie de traitement, notamment après un syndrome coronarien aigu ?

Méthode

Mise à jour ciblée (focused update) des recommandations ESC/EAS 2019, rédigée par le groupe de travail conjoint ESC/EAS et présentée au congrès ESC 2025. Elle intègre les essais randomisés, revues systématiques et méta-analyses publiés de 2019 au 31 mars 2025, dans les seuls domaines où des données nouvelles peuvent modifier immédiatement la pratique ; pour le reste, le texte de 2019 demeure la référence.

Résultats clés

  • Les objectifs de LDL-C par catégorie de risque sont inchangés par rapport à 2019. L’estimation du risque repose désormais sur les algorithmes SCORE2 et SCORE2-OP : en prévention primaire, le risque est très élevé à partir de 20 % à 10 ans, élevé de 10 à 20 % et modéré de 2 à 10 %, cette estimation étant affinée par des facteurs modificateurs (Lp(a), CRP ultrasensible, score calcique…).
  • Après un syndrome coronarien aigu, le traitement hypolipémiant des patients déjà traités est intensifié dès l’hospitalisation initiale (classe I, niveau C) ; chez les patients non traités, l’association d’emblée d’une statine de forte intensité et de l’ézétimibe est à envisager lorsque l’objectif de LDL-C ne sera vraisemblablement pas atteint sous statine seule (classe IIa, niveau B).
  • Le dosage de la Lp(a) reste à envisager au moins une fois dans la vie de chaque adulte. La recommandation nouvelle porte sur son interprétation : une Lp(a) supérieure à 50 mg/dL (105 nmol/L) est à considérer comme un facteur qui majore le risque cardiovasculaire (classe IIa, niveau B), et peut faire passer un patient de risque modéré, ou proche d’un seuil de décision thérapeutique, dans la catégorie de risque supérieure.
  • L’arsenal s’élargit : l’acide bempédoïque est recommandé chez les patients qui ne peuvent pas prendre de statine (classe I) et à envisager en ajout à la statine maximale tolérée, avec ou sans ézétimibe, pour atteindre l’objectif (classe IIa) ; l’évinacumab est à envisager dans l’hypercholestérolémie familiale homozygote dès 5 ans lorsque l’objectif n’est pas atteint sous traitement maximal (classe IIa) ; l’icosapent éthyl à forte dose (2 × 2 g par jour) est à envisager avec la statine chez les patients à haut ou très haut risque dont les triglycérides restent entre 135 et 499 mg/dL (classe IIa) ; le volanesorsen (300 mg par semaine) est à envisager dans le syndrome de chylomicronémie familiale avec triglycérides supérieurs à 750 mg/dL, pour abaisser les triglycérides et réduire le risque de pancréatite (classe IIa).
  • Trois autres recommandations nouvelles : une statine est recommandée en prévention primaire chez les personnes vivant avec le VIH à partir de 40 ans, quels que soient le risque estimé et le LDL-C (classe I) ; une statine est à envisager chez l’adulte à haut ou très haut risque de toxicité cardiovasculaire des chimiothérapies, pour réduire la dysfonction cardiaque liée aux anthracyclines (classe IIa) ; les compléments alimentaires et vitamines dépourvus d’efficacité démontrée sur le LDL-C ne sont pas recommandés (classe III).

Limites

  • Mise à jour ciblée et non refonte complète : les nouveaux tableaux complètent ceux de 2019 sans les remplacer, ce qui oblige à consulter les deux textes.
  • Il n’est pas démontré à ce jour qu’abaisser la Lp(a) réduise les événements ; plusieurs recommandations nouvelles restent de classe IIa avec un niveau de preuve B, dont l’icosapent éthyl après les résultats discordants de REDUCE-IT et de STRENGTH. L’intensification du traitement pendant l’hospitalisation pour syndrome coronarien aigu est de classe I, mais avec un niveau de preuve C, c’est-à-dire un accord d’experts.
En pratique : Les cibles de LDL-C ne changent pas, mais la stratégie s’accélère : après un syndrome coronarien aigu, il n’est plus question d’attendre le contrôle à distance — dès l’hospitalisation, le traitement en cours est intensifié, ou une statine de forte intensité est associée d’emblée à l’ézétimibe. Le dosage de la Lp(a) une fois dans la vie de chaque patient fait aussi partie des gestes à retenir.
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Cardiologie du sport · CFX / VO₂ max

9 sorties
2026
▲ À connaître Recommandations ACC 2026 · déclaration scientifique

Exercise Prescriptions for Cardiovascular Health in Adults: 2026 ACC Scientific Statement: A Report of the American College of Cardiology.

JACC · 15 octobre 2026 · Déclaration scientifique de l’American College of Cardiology

Cette déclaration scientifique de l’American College of Cardiology donne des repères pratiques pour prescrire l’exercice physique à tous les stades de la santé cardiovasculaire, de la prévention à la maladie installée. Elle rappelle que le bénéfice absolu le plus important s’observe quand une personne inactive se met à bouger, et que ce bénéfice continue de croître avec le volume et l’intensité, dans les limites qu’autorise l’état clinique. Elle décrit l’entraînement aérobie, le renforcement musculaire, le travail de l’équilibre et de la souplesse, les modèles de réadaptation cardiaque supervisée, à domicile, hybride ou virtuelle, et l’individualisation de la prescription selon la pathologie. Elle précise quand une épreuve d’effort est utile, tout en rappelant qu’un test systématique avant de commencer n’est pas nécessaire chez la plupart des personnes asymptomatiques.

Article original ↗

Question clinique

Comment faire une place concrète, individualisée et sûre à la prescription d’exercice dans le suivi cardiologique courant, où elle reste inégalement pratiquée ?

Méthode

Déclaration scientifique de l’American College of Cardiology, fondée sur une revue des données qui relient activité physique, entraînement et capacité cardiorespiratoire au pronostic cardiovasculaire. Le document couvre la population générale et les patients atteints de coronaropathie, d’artériopathie périphérique, d’insuffisance cardiaque, de cardiomyopathie, d’hypertension, de surpoids ou d’obésité, de cardiopathie congénitale à l’âge adulte, ainsi que les sujets âgés.

Résultats clés

  • L’activité physique, l’entraînement et la capacité cardiorespiratoire sont présentés comme des déterminants majeurs du pronostic cardiovasculaire. C’est l’inactif qui se met à bouger qui gagne le plus en valeur absolue ; le bénéfice continue ensuite de croître avec le volume et l’intensité, dans les limites qu’autorise l’état clinique.
  • Quatre composantes sont décrites : entraînement aérobie, renforcement musculaire, équilibre et souplesse. Le document souligne le rôle de la réadaptation cardiaque et de ses différents modèles, supervisé, à domicile, hybride ou virtuel.
  • La prescription est individualisée selon la pathologie : coronaropathie, artériopathie périphérique, insuffisance cardiaque, cardiomyopathies, hypertension, surpoids et obésité, cardiopathie congénitale de l’adulte, grand âge.
  • L’épreuve d’effort garde sa place pour évaluer la sécurité, guider l’intensité, établir le niveau de départ et suivre la réponse ; un test systématique avant de commencer n’est pas requis chez la plupart des sujets asymptomatiques.
  • Les objets connectés et les outils numériques viennent en complément, pour l’auto-surveillance, la fixation d’objectifs et le prolongement de la réadaptation ; le document attire l’attention sur l’équité d’accès et sur la maîtrise des outils numériques par les patients.
  • Le document fixe des priorités de mise en œuvre : former les cliniciens, intégrer le conseil en activité physique aux soins cardiologiques, adapter la prescription aux objectifs et à la capacité fonctionnelle du patient, et développer la recherche sur l’adhésion à long terme, les résultats cliniques, la diversité des populations et les modèles de déploiement à grande échelle.

Limites

  • Il s’agit d’une déclaration scientifique, et non de recommandations graduées par classe et niveau de preuve.
  • Le détail des prescriptions propres à chaque situation clinique n’est pas repris ici et relève du texte intégral.
  • Les modèles de réadaptation décrits renvoient à une organisation des soins qui ne se transpose pas partout à l’identique.
En pratique : l’exercice se prescrit comme un traitement à part entière, en prévention comme dans la maladie installée, et c’est le premier pas, chez l’inactif, qui rapporte le plus. Une épreuve d’effort n’est pas un préalable systématique chez la plupart des sujets asymptomatiques ; elle garde sa place quand il faut évaluer la sécurité, fixer l’intensité, mesurer la capacité de départ ou suivre la réponse. La réadaptation cardiaque, supervisée, à domicile, hybride ou virtuelle, est l’un des cadres que le document met en avant pour cette prescription.
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▲ À connaître Recommandations ACC/AHA

Clinical Considerations for the Care of the Tactical Athlete With Cardiovascular Abnormalities: A Scientific Statement From the American College of Cardiology and the American Heart Association.

JACC · 3 septembre 2026 · Déclaration scientifique ACC/AHA

L’American College of Cardiology et l’American Heart Association publient une déclaration scientifique consacrée à l’« athlète tactique », c’est-à-dire le pompier, le policier ou le militaire porteur d’une cardiopathie ou à risque cardiovasculaire. Organisée en onze sections, elle propose des tableaux de « considérations cliniques » pour chaque situation : cardiomyopathies génétiques, myocardite, cardiopathies congénitales, aortopathies, syncope et arythmies, canalopathies, sujet âgé, expositions environnementales. Ces tableaux tiennent compte des exigences du métier et des conséquences qu’un événement cardiaque aurait pour les coéquipiers et la mission.

Article original ↗

Question clinique

Comment évaluer l’aptitude à des fonctions exigeantes et parfois dangereuses (lutte contre l’incendie, maintien de l’ordre, service militaire) chez une personne porteuse d’une anomalie cardiovasculaire, alors que les recommandations existantes visent le sportif de compétition ?

Méthode

Déclaration scientifique conjointe de l’ACC et de l’AHA, rédigée par des groupes de travail réunissant des experts des métiers tactiques, de la cardiologie du sport et de chaque thème traité, à partir de revues de la littérature privilégiant les données propres à ces populations. Le cadre reprend celui de la déclaration récente sur la participation des athlètes porteurs d’anomalies cardiovasculaires au sport de compétition. Le texte compte onze sections : classification des tâches tactiques ; évaluation cardiaque avant l’engagement ; aspects éthiques et juridiques ; cardiomyopathies génétiques ; myocardite et autres affections acquises ; cardiopathies congénitales ; aortopathies, bicuspidie aortique et dissection coronaire spontanée ; syncope, arrêt cardiaque, arythmies et dispositifs ; canalopathies ; athlète tactique âgé ; expositions environnementales, produits dopants et autres situations.

Résultats clés

  • Chaque section expose le raisonnement qui la fonde, puis propose un ou plusieurs tableaux de considérations cliniques directement consultables.
  • Les propositions tiennent compte à la fois des exigences du poste et de l’évaluation de l’aptitude au service complet ; elles intègrent le risque qu’un événement cardiaque ferait courir aux coéquipiers, à la population et à la mission.
  • Le document s’adresse aux cliniciens comme aux organisations chargées de la santé de ces personnels.

Limites

  • Déclaration qui s’appuie sur les données propres à ces populations quand elles existent : ses considérations relèvent pour l’essentiel de l’avis d’experts et ne constituent pas des règles opposables.
  • Cadre nord-américain, dont les aspects réglementaires et médico-légaux ne se transposent pas tels quels à d’autres systèmes.
En pratique : Ce document aide le cardiologue sollicité pour un avis d’aptitude chez un pompier, un policier ou un militaire porteur d’une cardiomyopathie, d’une canalopathie ou d’une aortopathie, ou ayant des antécédents de myocardite ou de syncope. Il fournit un raisonnement structuré, par type de tâche et par pathologie, là où les recommandations sur le sport de compétition ne répondent qu’en partie. Les décisions restent individuelles et s’inscrivent dans le cadre réglementaire propre à chaque corps.
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▲ À connaître Synthèse de congrès · ACC.26

ACC.26 Sports and Exercise Cardiology: Key Takeaways From the 75th Annual Scientific Sessions

ACC.26 · avril 2026 · sessions Sports & Exercise Cardiology

Cette synthèse d’experts reprend les messages des sessions de cardiologie du sport du congrès ACC.26. Les équations de prédiction de la VO₂ établies en population générale sous-estiment le pic de VO₂ des athlètes d’endurance, chez qui les valeurs « supranormales » constituent la référence (registre CHEER) : le risque est de conclure à tort à un examen normal. L’épreuve d’effort cardiorespiratoire (CFX) s’affirme comme une compétence centrale de la discipline, et l’aptitude devient un processus longitudinal et individualisé plutôt qu’une décision binaire. Chez l’athlète vétéran, la coronaropathie reste la première cause de mort subite.

Question clinique

Que retenir des sessions de cardiologie du sport du congrès ACC.26 pour l’évaluation et le suivi des athlètes, de la décision d’aptitude à la prévention du risque cardiovasculaire ?

Méthode

Synthèse d’experts (« Expert Analysis », ACC.org) des sessions Sports & Exercise Cardiology des 75e sessions scientifiques de l’American College of Cardiology (ACC.26). Elle s’appuie sur des tables rondes consacrées à l’aptitude des athlètes porteurs d’une cardiopathie et sur des démonstrations pratiques d’épreuve d’effort cardiorespiratoire (CFX).

Résultats clés

  • L’aptitude n’est plus une décision binaire d’autorisation ou de disqualification. Elle devient un processus longitudinal et multidisciplinaire, fondé sur la décision médicale partagée, en particulier pour les cardiomyopathies génétiques et les dilatations aortiques, où les recommandations doivent être individualisées.
  • La forme physique atténue le risque cardiovasculaire sans le supprimer. Chez l’athlète vétéran (master), la coronaropathie reste la première cause de mort subite et le calcium coronaire est fréquent chez l’homme ; les facteurs de risque (lipides, pression artérielle, alimentation) doivent donc être contrôlés avec rigueur, même chez les sujets très entraînés.
  • Une baisse de performance ou des symptômes d’effort atypiques peuvent révéler une cardiopathie : une grande capacité d’effort ne suffit pas à rassurer.
  • La CFX s’affirme comme une compétence centrale de la spécialité. Chez l’athlète d’endurance, elle doit être interprétée avec des normes issues de cohortes d’athlètes (registre CHEER) : les équations de prédiction de la VO₂ établies en population générale sous-estiment son pic de VO₂, la référence étant les valeurs « supranormales » observées chez ces athlètes, d’où un risque de faux négatifs et de cardiopathies méconnues.

Limites

  • Synthèse de congrès et avis d’experts, sans données originales ni résultats chiffrés : le niveau de preuve est hétérogène et les données d’histoire naturelle restent limitées chez les athlètes qui poursuivent l’entraînement malgré une anomalie.
En pratique : La CFX d’un athlète d’endurance s’interprète avec des normes d’athlètes, faute de quoi un examen anormal peut passer pour normal. Chez l’athlète vétéran, les facteurs de risque se traitent comme chez tout patient, et une baisse de performance mérite d’être explorée. L’aptitude se construit dans la durée, avec l’athlète, plutôt qu’en une décision unique.
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▲ À connaître Recommandations

Masters Athletes With Abnormal Cardiovascular Findings: A Clinical Consensus Statement of the EAPC of the ESC and the ACC

JACC (co-publication EHJ) · avril 2026

Ce consensus clinique conjoint de l’EAPC (ESC) et de l’ACC porte sur les athlètes vétérans (masters, adultes de plus de 35 ans) chez qui une anomalie cardiovasculaire est découverte : fibrillation atriale, bradyarythmies, arythmies ventriculaires, athérosclérose coronaire, dilatation aortique, fibrose myocardique et cardiomyopathie arythmogène induite par l’exercice. Les auteurs rappellent que les recommandations existantes reposent surtout sur des données recueillies chez des patients sédentaires symptomatiques, ce qui limite leur transposition aux sujets très entraînés. Pour chacune de ces sept situations, il décrit la démarche diagnostique, la prise en charge et le pronostic en s’appuyant sur l’avis d’experts, et privilégie une évaluation individualisée du risque et une décision partagée plutôt que des restrictions uniformes.

Article original ↗ Analyse ACC ↗

Question clinique

Comment évaluer, prendre en charge et conseiller un athlète vétéran (master) chez qui une anomalie cardiovasculaire est découverte, alors que les recommandations habituelles ont été établies chez des patients sédentaires et symptomatiques ?

Méthode

Consensus clinique conjoint de l’European Association of Preventive Cardiology (EAPC) de l’ESC et de l’American College of Cardiology, publié simultanément dans le Journal of the American College of Cardiology et l’European Heart Journal. Il fait le point sur les connaissances relatives aux anomalies cardiovasculaires des athlètes vétérans, définis comme des adultes de plus de 35 ans suivant un entraînement soutenu, et propose une démarche fondée sur l’avis d’experts pour sept situations : fibrillation atriale, bradyarythmies, arythmies ventriculaires, athérosclérose coronaire, dilatation aortique, fibrose myocardique et cardiomyopathie arythmogène induite par l’exercice.

Résultats clés

  • Les données disponibles suggèrent que certaines anomalies sont plus fréquentes chez les athlètes vétérans que chez leurs pairs moins actifs : arythmies atriales, athérosclérose coronaire, dilatation aortique et fibrose myocardique.
  • Leur prise en charge est délicate : les recommandations existantes reposent sur des données recueillies chez des patients sédentaires symptomatiques, les symptômes s’expriment différemment chez le sujet entraîné, l’instauration d’un traitement médicamenteux se heurte parfois à des réticences, et les objets connectés apportent des données nouvelles à interpréter.
  • Pour chacune des sept situations, le document détaille l’évaluation diagnostique, la prise en charge et le pronostic ; il discute aussi les difficultés cliniques, les zones de controverse ou d’incertitude et les mécanismes possibles.
  • La démarche proposée repose sur une évaluation individualisée du risque et sur une décision partagée avec l’athlète, plutôt que sur des restrictions uniformes.
  • Les auteurs identifient les besoins de recherche : études de devenir clinique, essais randomisés conduits chez des athlètes et registres internationaux avec suivi longitudinal, afin de connaître l’histoire naturelle de ces anomalies.

Limites

  • Il s’agit d’un consensus d’experts fondé sur des données majoritairement observationnelles, souvent extrapolées de populations sédentaires ; les auteurs signalent eux-mêmes les zones d’incertitude et de controverse.
  • Aucun essai randomisé conduit chez des athlètes vétérans ne vient étayer les conduites proposées, ce que le document présente comme une priorité de recherche.
En pratique : Ce texte donne un cadre commun pour le bilan d’un sportif vétéran chez qui l’on découvre une athérosclérose coronaire, une fibrose myocardique, une fibrillation atriale ou une dilatation aortique. Il invite à apprécier le risque propre à chaque anomalie, à traiter les facteurs de risque et à décider avec l’athlète du maintien ou de l’adaptation de sa pratique, plutôt qu’à appliquer des restrictions génériques. Le niveau de preuve reste celui d’un avis d’experts : les propositions orientent la discussion, elles ne la tranchent pas.
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◎ Veille Grande étude observationnelle

Midlife Cardiorespiratory Fitness and Healthy Aging: An Observational Cohort Study

JACC · avril 2026

Dans la Cooper Center Longitudinal Study, 24 576 adultes restés indemnes de maladie chronique jusqu’à 65 ans ont eu une épreuve d’effort maximale en milieu de vie, puis ont été suivis grâce aux données d’assurance Medicare. Par rapport aux hommes les moins en forme, les plus en forme ont eu une durée de vie sans maladie chronique allongée de 2 %, 9 % de maladies en moins et une durée de vie totale allongée de 3 %, avec un profil comparable chez les femmes. Chacune des 11 maladies chroniques étudiées est survenue en moyenne au moins 1,5 an plus tard chez les plus en forme, ce qui évoque une compression de la morbidité. Il s’agit d’une association observationnelle, non d’une relation de cause à effet démontrée.

Survenue de chacune des 11 maladies chroniques étudiées en moyenne au moins 1,5 an plus tard chez les sujets les plus en forme que chez les moins en forme.

Question clinique

Chez des adultes restés apparemment en bonne santé jusqu’à 65 ans, une meilleure aptitude cardiorespiratoire mesurée en milieu de vie est-elle associée à un vieillissement en meilleure santé : plus d’années sans maladie chronique majeure, moins de maladies et une vie plus longue ?

Méthode

Cohorte observationnelle de 24 576 participants (25 % de femmes) de la Cooper Center Longitudinal Study (1971–2017), appariée aux données d’assurance Medicare (1999–2019). L’aptitude cardiorespiratoire a été estimée par une épreuve d’effort maximale sur tapis lors d’une visite de médecine préventive avant 65 ans, puis classée en trois niveaux (basse, modérée, élevée). Onze maladies chroniques majeures ont été identifiées dans les bases Medicare et analysées de trois façons : la survenue de l’une quelconque des 11 (critère composite), par groupe clinique (cardiovasculaire, cardio-réno-métabolique, cancer), puis maladie par maladie. Des modèles multi-états santé–maladie–décès ajustés ont estimé, selon le niveau d’aptitude, la durée de vie en bonne santé, le nombre de maladies, les années passées malade et la durée de vie totale.

Résultats clés

  • Sur le critère composite, les hommes les plus en forme ont eu, par rapport aux moins en forme, une durée de vie en bonne santé allongée de 2 % (IC95 % 1–2), 9 % de maladies en moins (IC95 % 1–17) et une durée de vie totale allongée de 3 % (IC95 % 2–4) ; le profil est comparable chez les femmes.
  • Par groupe clinique, les hommes et les femmes les plus en forme ont présenté plus tard les maladies cardiovasculaires, cardio-réno-métaboliques et les cancers, et en ont développé moins dans chaque groupe.
  • En moyenne, chacune des 11 maladies chroniques est survenue au moins 1,5 an plus tard chez les sujets les plus en forme que chez les moins en forme.
  • Les résultats sont homogènes quels que soient l’époque de la visite (avant ou après 1990), l’âge (moins ou plus de 45 ans), le tabagisme et la corpulence (poids normal, surpoids ou obésité).

Limites

  • Étude observationnelle : elle établit une association, non une causalité ; des facteurs de confusion résiduels (mode de vie, niveau socio-économique) restent possibles.
  • Cohorte américaine issue d’une clinique de médecine préventive, avec seulement 25 % de femmes ; l’aptitude a été mesurée une seule fois et les maladies ont été identifiées sur des données administratives.
En pratique : Cette cohorte apporte un argument supplémentaire en faveur de la prescription d’activité physique en prévention : une bonne condition physique en milieu de vie est associée non seulement à une vie plus longue, mais à une entrée dans la maladie chronique plus tardive d’environ un an et demi. Le dessin observationnel ne permet pas d’affirmer que l’entraînement en est la cause, mais le message reste utile pour motiver les patients d’âge moyen bien portants à entretenir leur capacité d’effort.
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▲ À connaître Grande étude observationnelle

Cardiac Screening for Conditions Associated With Sudden Cardiac Death: Yield, Interventions, and SCA/SCD Incidence in 104,369 Young Individuals

JACC · février 2026

Entre 2008 et 2018, 104 369 jeunes de 14 à 35 ans, issus de la population générale (9 % de sportifs), ont bénéficié d’un dépistage unique par questionnaire, ECG et échocardiographie sélective. Une affection associée au risque de mort subite a été identifiée chez 0,3 % d’entre eux, dont 41 % ont reçu une intervention modifiant le risque. Après un suivi moyen de 6 ans, 0,08 % des sujets jugés indemnes ont reçu un tel diagnostic ou ont présenté un arrêt cardiaque ou une mort subite, avec une incidence de 5,6 pour 100 000 personnes-années. Les auteurs plaident pour des évaluations répétées, la pénétrance des cardiopathies augmentant avec l’âge.

Affection à risque de mort subite chez 0,3 % des jeunes dépistés ; à 6 ans, 0,08 % des sujets jugés indemnes ont reçu un tel diagnostic ou ont présenté un arrêt cardiaque ou une mort subite, soit une incidence de 5,6 pour 100 000 personnes-années.
Article original ↗ Analyse ↗

Question clinique

Chez le jeune de la population générale, que rapporte un dépistage cardiaque unique ? Quel est son rendement diagnostique, que devient ensuite le sujet jugé indemne, et quelle est l’incidence de l’arrêt cardiaque et de la mort subite après ce dépistage ?

Méthode

Entre 2008 et 2018, 104 369 sujets consécutifs de 14 à 35 ans (62 % d’hommes, 89 % de sujets blancs, 9 % de sportifs) ont bénéficié d’un dépistage unique associant questionnaire, ECG et échocardiographie sélective. Chaque participant a été vu par un cardiologue, qui a prescrit un bilan complémentaire lorsque cela se justifiait. Le devenir a été établi à partir des bases de données nationales et d’un questionnaire de suivi.

Résultats clés

  • 2 619 sujets (2,5 %) ont été adressés pour un bilan complémentaire : 0,9 % pour des symptômes ou des antécédents familiaux préoccupants, 1,3 % pour un ECG anormal et 0,3 % pour les deux.
  • Le dépistage a identifié 280 sujets (0,3 %) porteurs d’une affection associée à l’arrêt cardiaque ou à la mort subite, dont 115 (41 %) ont reçu une intervention modifiant le risque, parmi lesquelles 10 défibrillateurs implantables prophylactiques et 2 transplantations cardiaques.
  • Sur un suivi moyen de 6,0 ± 2,5 ans, 86 sujets supplémentaires (0,08 %) ont reçu un tel diagnostic, dont 35 à l’occasion d’un arrêt cardiaque (15) ou d’une mort subite (20). L’incidence de l’arrêt cardiaque ou de la mort subite a été de 5,6 pour 100 000 personnes-années. Ces situations sont survenues à un âge médian de 23,8 ans et après un délai médian de 3,6 ans depuis le dépistage (extrêmes 0,2–11,7 ans).
  • La sensibilité pour détecter ces affections était de 75,4 % pour l’ECG et de 32,5 % pour le questionnaire.

Limites

  • Étude observationnelle sans groupe témoin non dépisté : elle ne démontre pas que le dépistage réduit la mortalité subite et ne tranche pas la question du coût par diagnostic.
  • La population est majoritairement blanche et non sportive (9 % d’athlètes) ; la surveillance repose sur des bases de données et un questionnaire, avec un risque de sous-déclaration.
En pratique : Cette grande série montre qu’un dépistage unique par ECG identifie une cardiopathie à risque chez 3 jeunes sur 1 000 et conduit à une intervention chez 4 sur 10 d’entre eux, mais qu’un résultat normal ne met pas à l’abri : des diagnostics et des arrêts cardiaques surviennent dans les années qui suivent, du fait de la pénétrance retardée des cardiopathies. Elle plaide pour répéter l’évaluation au fil du temps chez le jeune, sportif ou non, sans démontrer pour autant l’efficacité du dépistage sur la mortalité.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
2025
▲ À connaître Grande étude observationnelle

Outcomes and Burdens to Return-to-Play for Phenotype Negative Athletes With a Genetic Heart Disease

JACC: Clinical Electrophysiology · août 2025

Cette cohorte rétrospective monocentrique a suivi 274 athlètes de tous niveaux, porteurs d’un variant génétique de cardiopathie sans expression clinique (génotype positif, phénotype négatif), pris en charge dans une clinique spécialisée entre 2000 et 2023 : syndrome du QT long dans 84 % des cas, tachycardie ventriculaire catécholergique, cardiomyopathie arythmogène ou cardiomyopathie hypertrophique pour les autres. Un traitement conditionnant la reprise a été instauré chez la majorité (un traitement médicamenteux chez 68 %), tandis qu’une stratégie délibérée sans traitement a été retenue chez 27 %. Sur plus de 1 300 années-patients de suivi cumulé, aucun événement cardiaque ni décès lié à la cardiopathie n’est survenu, ce qui conforte la poursuite du sport chez la plupart de ces athlètes, dans le cadre d’une décision partagée.

Aucun événement cardiaque ni décès lié à la cardiopathie sur plus de 1 300 années-patients de suivi cumulé chez 274 athlètes génotype positif / phénotype négatif.
Article original ↗ Analyse ACC ↗

Question clinique

Chez un athlète porteur d’un variant génétique de cardiopathie héréditaire sans aucune expression clinique (génotype positif, phénotype négatif), la poursuite ou la reprise du sport est-elle sûre, et au prix de quels traitements et de quelles démarches ?

Méthode

Cohorte rétrospective de tous les patients se déclarant sportifs et considérés comme génotype positif / phénotype négatif, pris en charge dans la clinique des maladies génétiques du rythme de la Mayo Clinic entre juillet 2000 et novembre 2023. 274 athlètes de tous niveaux ont été inclus (43 % de femmes, âge moyen au diagnostic 15 ± 12 ans, suivi médian 32 mois). Les diagnostics étaient un syndrome du QT long (231, 84 %), une tachycardie ventriculaire polymorphe catécholergique (19, 7 %), une cardiomyopathie arythmogène (15, 6 %) et une cardiomyopathie hypertrophique (9, 3 %).

Résultats clés

  • Après la première évaluation, la reprise a été conditionnée à un traitement médicamenteux chez 187 athlètes (68 %), à une dénervation sympathique cardiaque gauche chez 11 (4 %) et à la pose d’un défibrillateur implantable chez 6 (2 %).
  • Une stratégie délibérée sans traitement a été retenue chez 76 athlètes (27 %).
  • Un athlète sur cinq (53, 19 %) a consulté pour obtenir une autorisation de reprise après avoir été disqualifié ailleurs.
  • Sur plus de 1 300 années-patients de suivi cumulé, aucun événement cardiaque ni décès lié à la cardiopathie génétique n’est survenu.

Limites

  • Centre expert unique et statut d’athlète déclaré par les participants : biais de sélection probable, et résultats obtenus dans un cadre de prise en charge très spécialisé.
  • Suivi médian de 32 mois, court au regard de la pénétrance retardée de ces cardiopathies ; le syndrome du QT long représente 84 % des cas, les autres diagnostics sont peu nombreux.
En pratique : Chez un athlète porteur d’un variant sans phénotype, ces données ne justifient pas de le disqualifier sur le seul résultat du test génétique, une attitude que les auteurs assimilent à une discrimination génétique. La reprise s’envisage après évaluation dans un centre habitué à ces maladies, avec un traitement lorsqu’il est jugé nécessaire, un suivi structuré et une décision partagée documentée. Le recul reste court et les diagnostics autres que le QT long peu représentés.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Grande étude observationnelle · VENTOUX

Ventricular Arrhythmia and Cardiac Fibrosis in Endurance Experienced Athletes (VENTOUX)

Circulation: Cardiovascular Imaging · juillet 2025

Cette cohorte prospective a exploré par IRM cardiaque 106 cyclistes et triathlètes masculins asymptomatiques de 50 ans ou plus, entraînés au moins 10 heures par semaine depuis au moins 15 ans, puis les a surveillés par un moniteur cardiaque implantable pendant 2 ans en médiane. Une fibrose myocardique focale, toujours de distribution non ischémique et surtout inférolatérale basale, a été trouvée chez 47,2 % d’entre eux. Une arythmie ventriculaire est survenue chez 21,7 %, le plus souvent une tachycardie ventriculaire non soutenue (18,9 % de la cohorte) ; la forme soutenue n’a concerné que 2,8 % des athlètes. La fibrose était associée à un risque d’arythmie ventriculaire multiplié par 4,7 (IC95 % 1,8–12,8), indépendamment de la dilatation ventriculaire gauche.

Fibrose myocardique chez 47,2 % des athlètes, arythmie ventriculaire chez 21,7 % ; HR 4,7 (IC95 % 1,8–12,8) pour la fibrose.
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Chez l’athlète d’endurance vétéran, asymptomatique et sans cardiopathie connue, la fibrose myocardique détectée à l’IRM est-elle associée à la survenue d’arythmies ventriculaires lors d’une surveillance rythmique prolongée ?

Méthode

Cohorte prospective observationnelle de 106 cyclistes et triathlètes masculins de compétition, asymptomatiques, âgés de 50 ans ou plus, entraînés au moins 10 heures par semaine depuis au moins 15 ans, sans cardiopathie préexistante. Chacun a eu un bilan clinique, une IRM cardiaque avec perfusion de stress et rehaussement tardif au gadolinium, une épreuve d’effort et l’implantation d’un moniteur cardiaque. Le critère de jugement principal était la survenue d’une arythmie ventriculaire au cours du suivi.

Résultats clés

  • Une fibrose myocardique focale a été observée chez 50 des 106 athlètes (47,2 %), toujours de distribution non ischémique et touchant surtout le segment inférolatéral basal du ventricule gauche.
  • Sur un suivi médian de 720 jours, 23 athlètes (21,7 %) ont présenté au moins un épisode d’arythmie ventriculaire : tachycardie ventriculaire soutenue chez 3 (2,8 %) et non soutenue chez 20 (18,9 %).
  • La fibrose myocardique (HR 4,7 ; IC95 % 1,8–12,8 ; p = 0,002) et un volume télédiastolique ventriculaire gauche indexé plus élevé (HR 1,4 ; IC95 % 1,1–1,9 ; p = 0,02) étaient associés à un risque accru d’arythmie ventriculaire. Le rehaussement tardif des points d’insertion du ventricule droit ne l’était pas (HR 1,7 ; IC95 % 0,6–5,1 ; p = 0,32).
  • L’association avec la fibrose persistait après ajustement sur le volume ventriculaire gauche (HR 4,7 ; IC95 % 1,7–12,7 ; p = 0,002).

Limites

  • Cohorte exclusivement masculine et de petite taille, sans groupe témoin sédentaire ; intervalles de confiance larges.
  • La majorité des arythmies sont des tachycardies ventriculaires non soutenues, dont la signification pronostique chez l’athlète n’est pas établie. L’étude ne dit pas si la fibrose est elle-même arythmogène ou le marqueur d’une cardiomyopathie sous-jacente.
En pratique : Chez l’athlète d’endurance vétéran, une fibrose non ischémique inférolatérale est fréquente et s’accompagne d’un risque accru d’arythmie ventriculaire, principalement non soutenue. Ces données incitent à recourir volontiers à l’IRM avec gadolinium devant des extrasystoles ventriculaires ou des symptômes chez ce type de sportif, puis à renforcer la surveillance rythmique lorsqu’une fibrose est trouvée. Elles ne justifient pas un dépistage systématique par IRM chez l’athlète asymptomatique, et ne disent pas si la fibrose est cause ou marqueur.
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▲ À connaître Grande étude observationnelle · RACER-2

Cardiac Arrest During Long-Distance Running Races

JAMA · mars 2025 · présenté à l’ACC.25

Le registre RACER a recensé 176 arrêts cardiaques parmi plus de 29 millions de coureurs ayant terminé un marathon ou un semi-marathon aux États-Unis entre 2010 et 2023. L’incidence des arrêts est restée stable par rapport à 2000–2009 (0,54 contre 0,60 pour 100 000 participants), mais la létalité a été divisée par deux (34 % contre 71 %) et l’incidence des décès cardiaques a reculé de 0,39 à 0,20 pour 100 000. Les arrêts restent plus fréquents chez les hommes et sur le marathon, et la coronaropathie, plutôt que la cardiomyopathie hypertrophique, est la cause la plus souvent identifiée. Une réanimation plus précoce et un rythme initial ventriculaire étaient associés à la survie.

Létalité de l’arrêt cardiaque en course : 34 % en 2010–2023 contre 71 % en 2000–2009, pour une incidence stable (0,54 contre 0,60 pour 100 000 participants).
Article original ↗ Analyse TCTMD ↗

Question clinique

Alors que le nombre de participants aux marathons et semi-marathons américains a triplé, quelles sont aujourd’hui l’incidence, les causes et l’issue des arrêts cardiaques survenant pendant ces courses, et ont-elles changé depuis la décennie 2000–2009 ?

Méthode

Série de cas observationnelle du registre RACER (Race Associated Cardiac Event Registry) portant sur les coureurs de marathon et de semi-marathon aux États-Unis du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2023. Les cas ont été identifiés par les médias, les organisateurs, les déclarations à USA Track & Field et des entretiens avec les survivants ou leurs proches, puis analysés pour en établir la cause et les facteurs associés à la survie. Incidence et causes ont été comparées à la période de référence 2000–2009.

Résultats clés

  • Parmi 29 311 597 coureurs ayant terminé une course, 176 arrêts cardiaques sont survenus (127 hommes, 19 femmes, 30 de sexe inconnu). L’incidence est restée stable par rapport à 2000–2009 : 0,54 pour 100 000 participants (IC95 % 0,41–0,70) contre 0,60 (IC95 % 0,52–0,70).
  • L’incidence des décès cardiaques a nettement diminué, de 0,39 pour 100 000 (IC95 % 0,28–0,52) à 0,20 (IC95 % 0,15–0,26), et la létalité est passée de 71 % à 34 %.
  • Les arrêts sont restés plus fréquents chez les hommes (1,12 pour 100 000) que chez les femmes (0,19) et sur le marathon (1,04) que sur le semi-marathon (0,47). La plupart sont survenus dans le dernier quart de la course.
  • Une cause certaine a pu être établie dans 67 des 128 cas documentés (52 %) : la coronaropathie, et non la cardiomyopathie hypertrophique, était la cause la plus fréquente. Une durée de réanimation plus courte et un rythme initial de tachyarythmie ventriculaire étaient associés à la survie.

Limites

  • Registre reposant sur des sources déclaratives (médias, organisateurs, entretiens) : des cas ont pu échapper au recensement et la cause reste indéterminée dans près de la moitié des cas.
  • Les auteurs proposent que l’organisation des secours et l’accès immédiat à la défibrillation expliquent l’amélioration de la survie, mais le dessin de l’étude ne permet pas de le démontrer.
En pratique : Ces chiffres permettent de rassurer les coureurs d’endurance : l’arrêt cardiaque en course reste rare et l’on y survit désormais deux fois sur trois, vraisemblablement grâce à la réanimation immédiate et aux défibrillateurs sur le parcours. La coronaropathie étant la cause la plus souvent identifiée, l’évaluation du risque coronaire chez le marathonien d’âge mûr garde tout son sens ; le registre ne précise toutefois pas à partir de quel âge ni selon quelle stratégie ce dépistage serait le plus utile.
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★ À la une ● Changement de pratique Recommandations ACC/AHA 2025

Clinical Considerations for Competitive Sports Participation for Athletes With Cardiovascular Abnormalities: A Scientific Statement From the AHA and ACC

JACC · 2025 · recommandations ACC/AHA sur la participation sportive

La déclaration scientifique AHA/ACC 2025 sur la participation des athlètes porteurs d’une anomalie cardiovasculaire au sport de compétition change de logique : elle ne dresse plus de listes de contre-indications, mais propose un cadre de décision partagée. Les sports y sont décrits sur un continuum entre endurance et force, et le risque est revu à la baisse dans plusieurs situations (cardiomyopathie hypertrophique, QT long, porteurs de défibrillateur). Les athlètes porteurs d’un variant génétique sans phénotype peuvent le plus souvent participer, et l’épreuve d’effort cardiorespiratoire est mise en avant pour stratifier le risque des cardiopathies congénitales.

Analyse ACC ↗

Question clinique

Comment évaluer et accompagner un athlète porteur d’une anomalie cardiovasculaire qui souhaite pratiquer un sport de compétition, à la lumière des données récentes sur le risque réel de ces affections ?

Méthode

Déclaration scientifique de l’American Heart Association et de l’American College of Cardiology (2025), qui actualise les recommandations antérieures sur l’aptitude au sport de compétition. Les auteurs précisent qu’il ne s’agit pas d’un texte de « recommandations de disqualification » mais d’un recueil de considérations cliniques destiné à guider la discussion des risques et des bénéfices avec l’athlète.

Résultats clés

  • Le cadre passe de la liste de contre-indications à la décision partagée : risque lié à la maladie, exigences du sport et objectifs de l’athlète sont discutés ensemble. Les sports ne sont plus rangés en catégories étanches mais décrits sur un continuum entre endurance et force.
  • Myocardite : l’IRM cardiaque est privilégiée pour confirmer la résolution de l’inflammation et évaluer le risque rythmique. La reprise peut être envisagée dès 4 à 6 semaines si les symptômes ont disparu, si l’inflammation est résolue et en l’absence d’arythmie notable.
  • Défibrillateur implantable : la pratique est désormais jugée « raisonnable », et les sports de collision peuvent être envisagés au cas par cas.
  • Cardiomyopathie hypertrophique et QT long : le risque lié au sport est estimé plus faible qu’auparavant, et la pratique peut être envisagée moyennant des précautions adaptées. Les athlètes porteurs d’un variant génétique sans phénotype peuvent le plus souvent pratiquer.
  • Cardiopathies congénitales : l’épreuve d’effort cardiorespiratoire est mise en avant pour stratifier le risque et remplacer les restrictions générales par une approche individualisée.

Limites

  • Document de consensus d’experts, non gradé comme une recommandation classique, établi dans le contexte nord-américain ; les données sur le devenir des athlètes qui poursuivent la compétition avec une cardiopathie restent limitées.
En pratique : Pour les bilans d’aptitude et les épreuves d’effort cardiorespiratoires, la conduite passe d’une logique de certificat binaire à une décision partagée, documentée, sport par sport et patient par patient. Ce texte donne un cadre pour discuter la reprise après myocardite rapidement contrôlée, la pratique avec un défibrillateur ou chez un porteur de variant sans phénotype, sans dispenser d’une évaluation individuelle approfondie.
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◎ Veille Étude observationnelle

Cardiopulmonary Exercise Testing in Elite Athletes: Rethinking Sports Classification

Journal of Clinical Medicine · 2025

Chez 1 033 athlètes de haut niveau explorés par épreuve d’effort cardiorespiratoire (CFX) avant les Jeux européens 2023 et les Jeux olympiques 2024, les paramètres fonctionnels ont été comparés selon les quatre catégories de la classification ESC 2020 (adresse, puissance, mixte, endurance). La VO₂ max s’échelonne de 36,3 mL/min/kg dans les disciplines d’adresse à 52,4 mL/min/kg en endurance, mais elle est plus élevée dans les disciplines de puissance que dans les disciplines mixtes, avec un chevauchement important entre ces deux catégories. Cette classification, fondée sur les adaptations morphologiques du cœur, correspond donc imparfaitement aux profils fonctionnels mesurés.

VO₂ max de 52,4 ± 9,7 mL/min/kg en endurance contre 36,3 ± 7,9 dans les disciplines d’adresse (p < 0,0001).

Question clinique

La classification ESC 2020 des sports, fondée sur les adaptations morphologiques du cœur, correspond-elle aux profils fonctionnels réellement mesurés en épreuve d’effort cardiorespiratoire (CFX) chez les athlètes de haut niveau ?

Méthode

Étude observationnelle menée lors du bilan de pré-participation précédant les Jeux européens 2023 et les Jeux olympiques 2024. 1 033 athlètes de haut niveau (46,8 % de femmes, âge moyen 25,6 ± 5,2 ans) ont été répartis en quatre catégories : adresse (14,1 %), puissance (33,2 %), mixte (33,3 %) et endurance (19,4 %). La CFX a été réalisée sur cyclo-ergomètre selon un protocole en rampe, avec mesure de la VO₂ max, de la fréquence cardiaque, de la puissance et de l’efficience ventilatoire.

Résultats clés

  • La VO₂ max est la plus basse dans les disciplines d’adresse (36,3 ± 7,9 mL/min/kg) et la plus élevée en endurance (52,4 ± 9,7 mL/min/kg) (p < 0,0001). Le pouls d’oxygène croît de même, de 14,9 mL/battement (adresse) à 17,5 (puissance), 19 (mixte) et 22,7 mL/battement (endurance) (p < 0,0001).
  • La hiérarchie attendue s’inverse toutefois entre les disciplines de puissance et les disciplines mixtes : la VO₂ max est plus élevée dans les premières (42 ± 7,7 mL/min/kg) que dans les secondes (40,5 ± 5,8 mL/min/kg, p = 0,005), avec un chevauchement important entre certaines disciplines des deux catégories.
  • La ventilation maximale ne diffère pas significativement entre catégories (p = 0,075).

Limites

  • Cohorte monocentrique de médecine du sport, sans critère clinique de jugement : l’étude décrit des profils physiologiques, elle n’établit pas de pronostic.
  • CFX sur cyclo-ergomètre pour toutes les disciplines, y compris celles pour lesquelles ce mode d’effort n’est pas spécifique.
En pratique : La catégorie « morphologique » de la classification ESC prédit mal le profil fonctionnel d’un athlète donné, surtout entre disciplines mixtes et de puissance. Ces valeurs de référence chez des athlètes de haut niveau invitent à interpréter la CFX en fonction de la discipline précise et de normes adaptées, plutôt que de la seule catégorie de classification. L’étude ne permet pas d’en tirer de conséquence pronostique.
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Onco-cardiologie

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2026
▲ À connaître Essai randomisé · HER-SAFE

Safety of withdrawal of pharmacological treatment after recovery from HER2 therapy-related cardiac dysfunction: the HER-SAFE trial.

Eur Heart J · 30 août 2026 · 90 patientes, essai ouvert multicentrique, suivi de 12 mois

Chez 90 survivantes d’un cancer du sein qui avaient récupéré d’une dysfonction cardiaque liée à un traitement anti-HER2 (asymptomatiques, FEVG ≥ 50 %, biomarqueurs normalisés), cet essai ouvert a comparé l’arrêt et la poursuite du traitement de l’insuffisance cardiaque. À 12 mois, une seule récidive de dysfonction cardiaque, modérée et asymptomatique, est survenue dans le bras arrêt (1/45), aucune dans le bras poursuite (0/44), sans décès cardiovasculaire ni hospitalisation pour insuffisance cardiaque ; la FEVG mesurée en IRM est restée stable dans les deux bras. C’est le premier essai randomisé sur cette question : jusqu’ici, le traitement était poursuivi par habitude, avec peu de données pour étayer cette pratique.

Dysfonction cardiaque modérée ou sévère à 12 mois : 1/45 après arrêt contre 0/44 sous poursuite (différence 2,2 points ; borne supérieure de l’IC90 % 9,4 points) · FEVG en IRM stable dans les deux bras (différence −0,8 %, −2,0 à +0,4 ; p = 0,21)
Article original ↗

Question clinique

Après une dysfonction cardiaque liée au trastuzumab ou à un autre traitement anti-HER2, la fonction ventriculaire récupère le plus souvent une fois l’anticorps interrompu et un traitement de l’insuffisance cardiaque instauré (bloqueur du système rénine-angiotensine, bêtabloquant). Ce traitement est ensuite poursuivi de façon prolongée, avec peu de données pour l’étayer. Peut-on l’arrêter sans risque une fois la fonction cardiaque normalisée ?

Méthode

Essai HER-SAFE, randomisé, contrôlé, ouvert et multicentrique. Les participantes étaient des survivantes d’un cancer du sein ayant récupéré d’une dysfonction cardiaque liée aux anti-HER2 (asymptomatiques, FEVG ≥ 50 %, biomarqueurs normalisés) ; elles ont été randomisées entre arrêt et poursuite du traitement de l’insuffisance cardiaque. La dysfonction initiale avait été légère (baisse relative du strain longitudinal global > 15 % avec FEVG ≥ 50 %), modérée (baisse de la FEVG de plus de 10 points jusqu’à moins de 50 %) ou sévère (FEVG < 40 %). Entre juillet 2023 et juin 2025, 90 patientes ont été incluses (âge médian 50 ans, IQR 43–59 ; délai médian depuis la récupération 17,3 mois, IQR 7,7–33,2 ; bloqueur du système rénine-angiotensine chez 98 %, bêtabloquant chez 88 %) : 46 dans le bras arrêt, dont 1 perdue de vue, et 44 dans le bras poursuite. Critère de jugement principal, analysé en intention de traiter : dysfonction cardiaque modérée ou sévère au cours des 12 mois. Critères secondaires : fonction cardiaque en mesures répétées, biomarqueurs, qualité de vie.

Résultats clés

  • Critère principal : 1 patiente sur 45 après arrêt (dysfonction modérée, asymptomatique) contre 0 sur 44 sous poursuite ; différence 2,2 points, borne supérieure de l’IC90 % 9,4 points.
  • Aucun décès cardiovasculaire, aucune hospitalisation pour insuffisance cardiaque, aucune dysfonction symptomatique dans l’un ou l’autre bras.
  • FEVG mesurée en IRM stable à 12 mois dans les deux bras : différence entre bras −0,8 % (−2,0 à +0,4 ; p = 0,21).

Limites

  • Avec 90 patientes et un seul événement, l’essai écarte un excès de risque important, mais pas un excès modeste : la borne supérieure de l’intervalle atteint 9,4 points.
  • Le suivi est limité à 12 mois et l’essai était ouvert.
  • La population était sélectionnée — asymptomatique, biomarqueurs normalisés, récupération souvent ancienne — et de sévérité initiale hétérogène, une partie des dysfonctions ayant été définies sur le seul strain. Les résultats ne s’étendent pas aux patientes qui gardent des symptômes ou une FEVG abaissée.
En pratique : chez une femme asymptomatique dont la FEVG et les biomarqueurs se sont normalisés après une cardiotoxicité anti-HER2, et qui n’a pas d’autre indication à un bloqueur du système rénine-angiotensine ou à un bêtabloquant, l’arrêt du traitement devient une option à discuter avec elle : sur un an, il n’a entraîné ni événement clinique ni baisse de la FEVG. L’essai est petit et ne suffit pas à exclure un risque modeste ; une surveillance de la fonction cardiaque après l’arrêt reste prudente. Il ne renseigne pas sur les patientes symptomatiques ou dont la FEVG n’est pas revenue à la normale.
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▲ À connaître Méta-analyse

Bruton’s tyrosine kinase inhibitors and cardiovascular risk: a meta-analysis.

European Heart Journal · 8 août 2026 · méta-analyse de 17 essais randomisés de phase 3, 6 799 patients

Les inhibiteurs de la tyrosine kinase de Bruton (BTK) altèrent la fonction plaquettaire et sont associés à l’hypertension artérielle et à la fibrillation atriale. Cette méta-analyse de 17 essais randomisés de phase 3, soit 6 799 adultes traités pour une hémopathie à cellules B, a mesuré le risque d’événement cardiovasculaire ischémique majeur non mortel (syndrome ischémique myocardique, AVC ou AIT ischémique). Ce risque est majoré sous inhibiteur de BTK par rapport aux comparateurs (risque relatif 1,66 ; IC95 % 1,09–2,53 ; p = 0,02), avec une hétérogénéité substantielle entre essais et un échantillon dominé par l’ibrutinib.

Événements ischémiques majeurs non mortels sous inhibiteur de BTK : risque relatif 1,66 (IC95 % 1,09–2,53 ; p = 0,02) par rapport aux comparateurs, sur 17 essais randomisés de phase 3 et 6 799 patients
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte traité pour une hémopathie à cellules B, les inhibiteurs de la tyrosine kinase de Bruton (BTK) — ibrutinib, acalabrutinib, zanubrutinib — augmentent-ils le risque d’événement cardiovasculaire ischémique non mortel ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse d’essais randomisés de phase 3 comparant un inhibiteur de BTK à un comparateur chez l’adulte atteint d’hémopathie à cellules B (ClinicalTrials.gov, EudraCT, MEDLINE et Cochrane CENTRAL, recherche jusqu’au 19 décembre 2024). Critère principal : événements cardiovasculaires majeurs (MACE) ischémiques non mortels, définis comme un composite partiel regroupant les syndromes ischémiques myocardiques et les AVC ou AIT ischémiques. Méta-analyse à effets aléatoires (méthode de Mantel-Haenszel), hétérogénéité entre essais estimée selon la méthode de DerSimonian-Laird. Le protocole était enregistré dans PROSPERO.

Résultats clés

  • Les 17 essais randomisés de phase 3 totalisent 6 799 patients, dont 55,5 % dans un bras inhibiteur de BTK ; parmi les patients exposés, 77,2 % recevaient de l’ibrutinib, 13,5 % de l’acalabrutinib et 9,3 % du zanubrutinib.
  • Le risque de MACE ischémique non mortel est augmenté sous inhibiteur de BTK : risque relatif 1,66 (IC95 % 1,09–2,53 ; p = 0,02).
  • Hétérogénéité substantielle entre essais (I² = 70 %).

Limites

  • Les événements proviennent du recueil des effets indésirables des essais, sans possibilité d’ajuster sur les risques compétitifs ; le résultat n’est disponible qu’en risque relatif, sans risque absolu correspondant.
  • L’hétérogénéité entre essais est substantielle (I² = 70 %).
  • L’ibrutinib représente plus des trois quarts des patients exposés : le risque propre à l’acalabrutinib et au zanubrutinib ne peut pas être isolé.
En pratique : chez un patient sous inhibiteur de BTK, ce surrisque ischémique s’ajoute à l’hypertension artérielle, à la fibrillation atriale et au risque hémorragique déjà connus sous cette classe. Une évaluation cardiovasculaire avant le traitement, puis une surveillance de la pression artérielle et du rythme pendant celui-ci, paraissent justifiées. Deux réserves : le résultat repose sur le recueil des effets indésirables des essais, sans ajustement sur les risques compétitifs, et il reflète surtout l’ibrutinib, sans que le risque des molécules de deuxième génération puisse être distingué.
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◎ Veille Méta-analyse

Cardiovascular risk-prediction models in cancer survivors: a meta-analysis.

European Heart Journal · 28 juillet 2026 · 34 études, 983 438 survivants du cancer, 27 scores de risque évalués

Cette méta-analyse de 34 études, portant sur 983 438 survivants adultes du cancer, a évalué 27 scores de risque cardiovasculaire, issus de la population générale ou conçus pour l’oncologie. Les critères prédits étaient les événements vasculaires, la dysfonction cardiaque liée aux traitements ou l’insuffisance cardiaque, les arythmies et un critère composite. Un tiers environ des évaluations score–critère atteint une discrimination acceptable à bonne (aire sous la courbe ≥ 0,70). La performance est plus régulière dans les cohortes de cancer du sein et nettement moins bonne chez les survivants d’hémopathies malignes.

Discrimination acceptable à bonne (AUC ≥ 0,70) : environ un tiers des évaluations score–critère, sur 27 scores et 34 études (983 438 survivants du cancer)
Article original ↗

Question clinique

Chez un survivant du cancer, les scores de risque cardiovasculaire — ceux de la population générale ou ceux conçus pour l’oncologie — prédisent-ils de façon fiable les événements vasculaires, la dysfonction cardiaque liée aux traitements (CTRCD), l’insuffisance cardiaque et les arythmies ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse de 34 études incluant 983 438 survivants adultes du cancer. Les modèles évalués prédisaient les événements vasculaires, la CTRCD ou l’insuffisance cardiaque, les arythmies et un critère composite d’événements cardiovasculaires ; 27 scores distincts ont été analysés. La discrimination était jugée acceptable à bonne à partir d’une aire sous la courbe (AUC) de 0,70. Une analyse en sous-groupes a comparé les performances selon le type de cancer.

Résultats clés

  • Environ un tiers des évaluations score–critère atteint une discrimination acceptable à bonne (AUC ≥ 0,70).
  • Parmi les scores de population générale, quatre atteignent ce seuil pour les événements vasculaires, trois pour la CTRCD ou l’insuffisance cardiaque et deux pour les arythmies ; pour le critère composite, seul le score néo-zélandais (New Zealand CVD score) y parvient.
  • Les scores propres à l’oncologie (HFA-ICOS, score d’Ezaz) sont très spécifiques pour certains critères et peuvent aider à affirmer un risque élevé, mais leur sensibilité plus faible limite leur usage pour écarter un risque de CTRCD ou d’insuffisance cardiaque.
  • La performance varie selon le cancer : discrimination plus régulière dans les cohortes de cancer du sein, nettement moins bonne chez les survivants d’hémopathies malignes, ce qui traduit une transposabilité limitée d’une population de cancer à l’autre.

Limites

  • L’hétérogénéité est inévitable dans un regroupement de 34 études et de 27 scores : les populations, les traitements reçus et les durées de suivi diffèrent d’une étude à l’autre.
  • Les performances rapportées proviennent d’études distinctes : les scores n’ont pas été comparés les uns aux autres dans une même population.
  • Aucun score n’atteint une discrimination fiable pour l’ensemble des critères cardiovasculaires dans toutes les populations de cancer.
En pratique : chez un patient qui a été traité pour un cancer, aucun score, générique ou spécifique, ne suffit à lui seul à guider la prévention cardiovasculaire. Les scores conçus pour l’oncologie, HFA-ICOS ou score d’Ezaz, peuvent aider à confirmer un risque élevé, mais leur sensibilité limitée ne permet pas de s’en servir pour écarter un risque de dysfonction cardiaque ou d’insuffisance cardiaque. En attendant des modèles validés par type de cancer et tenant compte des traitements reçus, l’évaluation du risque reste clinique.
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▲ À connaître Essai randomisé · Hydra

YEARS Algorithm for Diagnosis of Suspected Pulmonary Embolism in Patients With Cancer: A Randomized Clinical Trial.

JAMA · 12 juillet 2026 · 698 patients, essai européen multicentrique de non-infériorité (21 hôpitaux)

Chez 698 patients porteurs d’un cancer actif et suspects d’embolie pulmonaire, recrutés aux urgences ou en service de médecine dans 21 hôpitaux européens, l’essai Hydra a comparé une stratégie fondée sur l’algorithme YEARS (items cliniques, D-dimères, puis angioscanner selon le niveau de risque) à l’angioscanner d’emblée. Parmi les patients chez qui l’embolie avait été écartée, le critère principal — maladie thromboembolique veineuse symptomatique ou décès lié à une embolie pulmonaire dans les 90 jours — est survenu chez 1,8 % des patients suivis selon la stratégie YEARS, contre 5,5 % avec l’angioscanner seul : la non-infériorité est établie. L’angioscanner a pu être évité chez 22 % des patients du groupe YEARS.

Événement thromboembolique ou décès lié à l’embolie dans les 90 jours, après exclusion du diagnostic : 1,8 % avec l’algorithme YEARS contre 5,5 % avec l’angioscanner seul (différence −3,7 points ; non-infériorité établie) · angioscanner évité chez 22 % des patients du groupe YEARS
Article original ↗

Question clinique

Chez un patient atteint d’un cancer actif et suspect d’embolie pulmonaire, une stratégie diagnostique guidée par l’algorithme YEARS (items cliniques et D-dimères) est-elle aussi sûre que l’angioscanner pulmonaire d’emblée, que les recommandations actuelles privilégient dans cette population, tout en évitant des examens inutiles ?

Méthode

Essai Hydra, randomisé, ouvert, de non-infériorité, conduit à l’initiative des investigateurs, avec adjudication centralisée et en aveugle des événements. Des patients atteints d’un cancer actif et suspects d’embolie pulmonaire aiguë ont été recrutés aux urgences ou en service de médecine, du 22 août 2019 au 21 août 2025, dans 21 hôpitaux des Pays-Bas, d’Italie, de Suisse, de Belgique, de France et d’Espagne. Randomisation 1:1 entre la stratégie YEARS — items YEARS, dosage des D-dimères, angioscanner selon le niveau de risque (n = 352) — et l’angioscanner systématique (n = 346). Critère principal : maladie thromboembolique veineuse (MTEV) symptomatique ou décès lié, ou possiblement lié, à une embolie pulmonaire dans les 90 jours suivant l’exclusion du diagnostic à l’inclusion, en analyse per protocole de non-infériorité (marge de 2,6 % pour la borne supérieure d’un IC unilatéral à 99,9 %). Critère secondaire principal : proportion d’angioscanners négatifs à l’inclusion, en analyse de supériorité.

Résultats clés

  • 698 patients randomisés (âge médian 65 ans, IQR 56–72 ; 60 % de femmes) ; 104 (15 %) avaient une embolie pulmonaire diagnostiquée à l’inclusion ; 1 patient perdu de vue.
  • Parmi les patients chez qui l’embolie avait été écartée, le critère principal est survenu chez 5/282 (1,8 %) dans le groupe YEARS contre 15/273 (5,5 %) dans le groupe angioscanner seul, en analyse per protocole : différence de risque absolue −3,7 % (IC99,9 % −8,8 à 1,4 ; p = 3,4 × 10⁻⁵ pour la non-infériorité).
  • En analyse en intention de diagnostiquer, différence de risque absolue −2,6 % (IC99,9 % −7,5 à 2,4 ; p = 5,9 × 10⁻⁴ pour la non-infériorité).
  • Le diagnostic a été conduit sans angioscanner chez 77 des 352 patients du groupe YEARS (22 %). La proportion d’angioscanners négatifs n’a pas différé entre les groupes (p = 0,93).

Limites

  • La marge de non-infériorité, 2,6 points en valeur absolue, est relativement large.
  • L’essai était ouvert pour la décision d’imagerie, même si l’adjudication des événements se faisait en aveugle.
  • La population de cancers actifs n’est détaillée ni par type ni par stade, et aucun résultat n’est donné par sous-groupe.
  • L’intervalle de confiance de la différence de risque inclut zéro : l’essai établit la non-infériorité, pas une supériorité de la stratégie YEARS.
En pratique : devant une suspicion d’embolie pulmonaire chez un patient dont le cancer est actif, la stratégie YEARS — items cliniques puis D-dimères, angioscanner seulement si le risque le justifie — s’est montrée aussi sûre que l’angioscanner d’emblée et a permis de s’en passer chez un patient sur cinq environ. Ce résultat va à l’encontre des recommandations actuelles, qui orientent directement vers l’imagerie dans cette population ; il donne un argument solide pour appliquer YEARS au patient cancéreux, en attendant que les recommandations l’intègrent. L’essai était ouvert et sa marge de non-infériorité relativement large.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Essai randomisé

Coronary Plaque Progression After Androgen Deprivation Therapy in Men With Prostate Cancer: A Randomized Clinical Trial.

JAMA Cardiology · 18 février 2026 · essai randomisé ouvert, multicentrique, 62 patients analysés

Chez 62 hommes traités par radiothérapie pelvienne et privation androgénique pour un cancer de la prostate non métastatique, cet essai randomisé ouvert a comparé la progression de la plaque coronaire au coroscanner selon la molécule utilisée : le leuprolide, agoniste de la GnRH, ou le relugolix, antagoniste. À 12 mois, le volume total de plaque a augmenté davantage sous leuprolide (différence estimée +68,9 mm³ ; IC95 % 23,2–114,5 ; p = 0,02), une différence portée par la plaque non calcifiée, sans différence significative sur la plaque calcifiée ni sur la plaque de faible atténuation. L’effectif est petit et le critère de jugement anatomique, non clinique.

Progression du volume total de plaque coronaire à 12 mois, leuprolide contre relugolix : différence estimée +68,9 mm³ (IC95 % 23,2–114,5 ; p = 0,02), portée par la plaque non calcifiée (+64,5 mm³ ; IC95 % 31,6–97,3 ; p = 0,004)
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Question clinique

Chez l’homme recevant une privation androgénique pour un cancer de la prostate localisé, la progression de la plaque coronaire diffère-t-elle selon que le traitement repose sur un agoniste (leuprolide) ou sur un antagoniste (relugolix) de la GnRH ?

Méthode

Essai randomisé ouvert mené dans quatre centres rattachés à une même institution universitaire (Atlanta, États-Unis), chez des hommes porteurs d’un cancer de la prostate non métastatique, jamais exposés à la privation androgénique, traités par radiothérapie pelvienne associée à une privation androgénique d’au moins six mois. Randomisation 1:1 entre le leuprolide et le relugolix. Critère principal : variation du volume total de plaque coronaire au coroscanner entre l’inclusion et 12 mois après le début du traitement ; critère secondaire : variation du volume de plaque non calcifiée ; autres critères : volumes de plaque calcifiée et de plaque de faible atténuation. Inclusions de juin 2022 à mars 2024.

Résultats clés

  • 65 hommes ont été inclus et 62 analysés (31 par bras) ; l’âge moyen était de 68,5 ans (écart-type 8,5) et 56 % prenaient une statine.
  • À 12 mois, l’augmentation du volume total de plaque a été plus marquée sous leuprolide que sous relugolix : différence estimée +68,9 mm³ (IC95 % 23,2–114,5 ; p = 0,02), après ajustement sur le volume de plaque initial, l’âge et la prise de statine.
  • Pour la plaque non calcifiée, la différence va dans le même sens : +64,5 mm³ (IC95 % 31,6–97,3 ; p = 0,004). Aucune différence significative n’apparaît pour le volume de plaque calcifiée ni pour celui de plaque de faible atténuation.

Limites

  • L’effectif est restreint (62 patients analysés) et les centres relèvent tous d’une même institution.
  • Le critère de jugement est anatomique — un volume de plaque au coroscanner — et non un critère d’événements cardiovasculaires.
  • Le suivi est limité à 12 mois et l’essai était ouvert.
En pratique : cet essai apporte un argument anatomique à l’hypothèse d’un effet plus défavorable des agonistes de la GnRH que des antagonistes sur l’athérosclérose coronaire, alors que les études cliniques comparant les deux classes ont donné des résultats discordants. Il ne permet pas, à lui seul, de fonder le choix de la molécule sur le risque cardiovasculaire : 62 hommes, 12 mois et un critère intermédiaire. Il s’ajoute aux données qui associent la privation androgénique à une morbidité cardiovasculaire et justifie l’attention portée au risque coronaire chez ces patients pendant le traitement.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations AHA

Coronary Atherosclerosis in Patients With Cancer and Survivors: A Scientific Statement From the American Heart Association

Circulation · 9 février 2026 · statement scientifique de l’American Heart Association

Cancer et athérosclérose coronaire partagent des facteurs de risque — tabac, âge, obésité, hypertension, diabète — et des mécanismes inflammatoires, auxquels s’ajoute l’hématopoïèse clonale de signification indéterminée, qui prédispose aux deux maladies et amplifie le risque de cardiotoxicité des traitements. Plusieurs traitements anticancéreux accélèrent eux-mêmes l’athérogenèse par dysfonction endothéliale et instabilité des plaques : anthracyclines, 5-fluorouracile, inhibiteurs de tyrosine kinase, privation androgénique, inhibiteurs de l’aromatase, inhibiteurs de points de contrôle immunitaire et radiothérapie. Cette déclaration scientifique de l’AHA fait le point sur l’imagerie non invasive de dépistage et de surveillance, sur la place de l’imagerie invasive pour guider la revascularisation, et sur le traitement après angioplastie, à individualiser chez des patients à la fois plus exposés aux hémorragies et aux thromboses.

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Question clinique

Comment évaluer et prendre en charge l’athérosclérose coronaire chez les patients atteints de cancer et chez les survivants, dont le risque cardiovasculaire tient à la fois à des facteurs communs aux deux maladies et à certains traitements oncologiques ?

Méthode

Déclaration scientifique (scientific statement) de l’American Heart Association. Synthèse des données sur les mécanismes communs au cancer et à l’athérosclérose coronaire, sur les traitements anticancéreux en cause, sur les modalités d’imagerie de dépistage, de stratification du risque et de surveillance, et sur la prise en charge de la maladie coronaire, notamment après angioplastie, en contexte oncologique. Le document recense aussi les lacunes des connaissances.

Résultats clés

  • Facteurs de risque communs au cancer et à l’athérosclérose coronaire : tabagisme, âge, obésité, hypertension et diabète, auxquels s’ajoute l’hématopoïèse clonale de signification indéterminée (CHIP), qui prédispose aux deux maladies et amplifie le risque de cardiotoxicité des traitements du cancer.
  • L’inflammation joue un rôle central dans l’athérogenèse, que plusieurs traitements anticancéreux accélèrent par dysfonction endothéliale et instabilité des plaques : chimiothérapies (anthracyclines, 5-fluorouracile), thérapies ciblées et hormonales (inhibiteurs de tyrosine kinase, privation androgénique, inhibiteurs de l’aromatase), inhibiteurs de points de contrôle immunitaire et radiothérapie.
  • L’imagerie non invasive — coroscanner, imagerie nucléaire, IRM cardiaque, échocardiographie — est mise en avant pour le dépistage précoce, la stratification du risque et la surveillance de la maladie coronaire ; l’imagerie invasive est discutée pour guider les décisions de revascularisation.
  • Après angioplastie coronaire, compte tenu du risque hémorragique et thrombotique accru de ces patients, le document insiste sur une prise en charge individualisée des traitements et sur des schémas abrégés de bithérapie antiplaquettaire.
  • Il relève les lacunes des connaissances et le besoin de données supplémentaires pour améliorer la stratification du risque athéroscléreux chez les patients atteints de cancer, et appelle à une prise en charge intégrée et multidisciplinaire.

Limites

  • Il s’agit d’une déclaration scientifique — synthèse de la littérature et position d’experts — et non de recommandations graduées.
  • La déclaration relève elle-même des lacunes de connaissances, en particulier sur la stratification du risque athéroscléreux dans cette population.
En pratique : chez un patient traité pour un cancer comme chez un patient guéri, le risque coronaire tient à la fois aux facteurs de risque communs aux deux maladies et à plusieurs traitements anticancéreux, et l’AHA juge sa stratification encore perfectible. Devant des symptômes ou un profil à risque, l’imagerie non invasive — coroscanner, imagerie nucléaire, IRM cardiaque ou échocardiographie — a toute sa place pour dépister et surveiller la maladie coronaire. Après angioplastie, la durée de la bithérapie antiplaquettaire se discute au cas par cas avec l’oncologue, en tenant compte du risque hémorragique lié au cancer et à ses traitements, le document mettant en avant les schémas abrégés. Ce sont des positions d’experts, et non des recommandations graduées.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
2025
▲ À connaître Recommandations ACC

Diagnosis and Management of Cardiovascular Adverse Effects of Targeted Oncology Therapies: Bruton’s Tyrosine Kinase, Immune Checkpoint, and Vascular Endothelial Growth Factor Inhibitors: 2025 ACC Concise Clinical Guidance: A Report of the American College of Cardiology Solution Set Oversight Committee.

Journal of the American College of Cardiology · 10 décembre 2025 · Concise Clinical Guidance, Solution Set Oversight Committee de l’ACC

L’American College of Cardiology publie des recommandations concises sur les complications cardiovasculaires de trois classes de thérapies ciblées largement utilisées en oncologie : les inhibiteurs de la tyrosine kinase de Bruton (BTK), responsables d’hypertension artérielle, de fibrillation atriale et d’arythmies ventriculaires ; les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire, avec la myocardite, souvent associée à une myosite ; et les inhibiteurs du VEGF, source d’hypertension artérielle. Pour chaque classe, le document suit la même trame — évaluation du risque avant traitement, dépistage, diagnostic, prise en charge —, illustrée par trois scénarios cliniques, avec un objectif constant : traiter la complication sans priver le patient de son traitement anticancéreux.

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Question clinique

Comment dépister, surveiller et prendre en charge les complications cardiovasculaires des trois classes de thérapies ciblées les plus utilisées en oncologie : inhibiteurs de BTK, inhibiteurs de points de contrôle immunitaire et inhibiteurs du VEGF ?

Méthode

Document de recommandations concises (Concise Clinical Guidance) du Solution Set Oversight Committee de l’American College of Cardiology, fondé sur une synthèse de la littérature et sur l’avis d’experts en cardio-oncologie. Il propose, pour chacune des trois classes, des algorithmes pratiques, des scénarios cliniques et des parcours de prise en charge.

Résultats clés

  • Inhibiteurs de BTK (hémopathies B) : les toxicités dominantes sont l’hypertension artérielle et les arythmies (fibrillation atriale, arythmies ventriculaires). Le document détaille l’évaluation du risque avant traitement, la surveillance et la conduite à tenir, en tenant compte des interactions médicamenteuses propres à cette classe.
  • Inhibiteurs de points de contrôle immunitaire : effets indésirables d’origine immunitaire, au premier rang desquels la myocardite, souvent associée à une myosite ; démarche diagnostique, prise en charge, et décision partagée entre oncologue et cardiologue sur la poursuite ou la reprise de l’immunothérapie.
  • Inhibiteurs du VEGF (tumeurs solides) : l’hypertension artérielle est au premier plan ; le document propose un cadre de dépistage et de traitement destiné à permettre la poursuite du traitement anticancéreux.
  • Pour chaque classe : indications approuvées, épidémiologie de la toxicité, facteurs favorisants, évaluation du risque de base, et trois scénarios cliniques illustrant le diagnostic et la prise en charge.

Limites

  • Ce document concis repose sur une synthèse de la littérature et sur un avis d’experts, et non sur des essais randomisés dédiés à chaque stratégie de prise en charge.
  • Portée limitée à trois classes : le document ne couvre ni l’ensemble des thérapies ciblées ni les anticorps conjugués utilisés en oncologie.
En pratique : avant de débuter un inhibiteur de BTK, une immunothérapie ou un anti-VEGF, le cardiologue est invité à évaluer le risque cardiovasculaire de base, puis à surveiller la pression artérielle et le rythme cardiaque pendant toute la durée du traitement ; sous inhibiteur de BTK, il tient compte des interactions médicamenteuses propres à cette classe. Devant des symptômes évocateurs de myocardite sous immunothérapie, l’évaluation cardio-oncologique est urgente : elle conditionne la poursuite ou l’interruption du traitement. Une hypertension induite se traite d’abord pour permettre la poursuite du traitement anticancéreux, et non pour justifier son arrêt.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · SARAH

Sacubitril-Valsartan for the Prevention of Anthracycline Cardiotoxicity in Patients With Elevated Cardiac Troponin I Concentration During Chemotherapy: A Double-Blind Randomized Placebo-Controlled Clinical Trial: The SARAH Trial

Circulation · 13 novembre 2025 · 114 patients (90 % de femmes, 80,7 % de cancers du sein), essai randomisé en double aveugle contre placebo

Chez 114 patients dont la troponine I s’élevait pendant une chimiothérapie par anthracyclines (90 % de femmes, 80,7 % de cancers du sein), six mois de sacubitril-valsartan ont été comparés au placebo en double aveugle. Une baisse de plus de 15 % du strain longitudinal global à six mois, critère principal, est survenue chez 7 % des patients sous sacubitril-valsartan contre 25 % sous placebo (odds ratio 0,23 ; IC95 % 0,07–0,75 ; p = 0,015). Le strain s’est amélioré sous traitement alors qu’il se dégradait sous placebo, sans différence sur la troponine I ni sur le NT-proBNP ; en revanche, les hypotensions ont été plus fréquentes sous sacubitril-valsartan. L’essai avait été conçu comme une étude pilote.

Baisse > 15 % du strain longitudinal global à 6 mois (critère principal) : 7 % sous sacubitril-valsartan contre 25 % sous placebo (odds ratio 0,23 ; IC95 % 0,07–0,75 ; p = 0,015)
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Question clinique

Chez les patients dont la troponine I s’élève pendant une chimiothérapie par anthracyclines — signe précoce d’atteinte myocardique —, le sacubitril-valsartan réduit-il la cardiotoxicité ?

Méthode

Essai SARAH, randomisé, en double aveugle, contre placebo, conçu au départ comme une étude pilote à visée exploratoire. 114 patients chez qui la troponine I cardiaque s’était élevée pendant un traitement par anthracyclines ont été randomisés 1:1 entre sacubitril-valsartan (dose cible 97/103 mg deux fois par jour) et placebo pendant six mois. Critère principal : survenue d’une baisse de plus de 15 % du strain longitudinal global entre l’inclusion et six mois. Critères secondaires : biomarqueurs, paramètres échocardiographiques et d’IRM cardiaque, effets indésirables. Analyse en intention de traiter.

Résultats clés

  • La population comptait 90 % de femmes et 80,7 % de cancers du sein.
  • Le critère principal est survenu chez 4 patients (7 %) sous sacubitril-valsartan contre 14 (25 %) sous placebo : odds ratio 0,23 (IC95 % 0,07–0,75 ; p = 0,015).
  • Strain longitudinal global : amélioration de 2,5 % sous sacubitril-valsartan contre dégradation de 7,6 % sous placebo (p < 0,001).
  • Pas de différence significative sur l’évolution de la troponine I ni du NT-proBNP. Hypotension (pression artérielle systolique < 100 mmHg) : 8 cas sous sacubitril-valsartan contre 1 sous placebo (p = 0,032).

Limites

  • Effectif restreint (114 patients) et essai conçu comme une étude pilote : puissance limitée, en particulier pour les critères secondaires.
  • Critère de jugement intermédiaire — le strain longitudinal global à l’échocardiographie —, et non un critère clinique.
  • Excès d’hypotensions sous traitement.
En pratique : chez les patients dont la troponine s’élève sous anthracyclines, le sacubitril-valsartan a réduit dans cet essai la survenue d’une baisse du strain longitudinal global, critère intermédiaire de dysfonction ventriculaire gauche. PRADA II, mené sans sélection sur la troponine, n’avait pas montré d’effet significatif sur son critère principal, la FEVG mesurée en IRM. Le prix est hémodynamique : huit hypotensions contre une, chez des patients souvent fragiles sur le plan tensionnel pendant la chimiothérapie. Avec 114 patients et un critère fondé sur le strain, ces résultats autorisent une discussion au cas par cas, pas encore une règle de prescription.
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▲ À connaître Recommandations ICOS

Immune Checkpoint Inhibitor-Associated Cardiovascular Toxic Effects: International Cardio-Oncology Society Position Statement.

JAMA Oncology · 13 novembre 2025 · Position statement multidisciplinaire (oncologie, hématologie, cardiologie)

Cette prise de position de l’International Cardio-Oncology Society (ICOS) passe en revue les toxicités cardiovasculaires des inhibiteurs de points de contrôle immunitaire. La myocardite en reste la complication la plus préoccupante, avec un spectre qui va d’une élévation de troponine de signification incertaine jusqu’aux formes graves ou fulminantes, même si sa létalité a diminué au fil du temps. Le texte décrit aussi la péricardite, la vascularite, les complications ischémiques aiguës d’une athérosclérose aggravée, la dysfonction cardiaque sans infiltrat inflammatoire du myocarde, la cardiomyopathie de stress et les arythmies, et gradue la prise en charge selon la gravité, jusqu’à la décision de reprise de l’immunothérapie.

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Question clinique

Quelle est la position de l’International Cardio-Oncology Society (ICOS) sur le diagnostic et la prise en charge des toxicités cardiovasculaires des inhibiteurs de points de contrôle immunitaire (ICI) ?

Méthode

Prise de position multidisciplinaire de l’ICOS, rédigée par des experts d’oncologie, d’hématologie et de cardiologie à partir d’une synthèse de la littérature disponible sur les effets indésirables cardiovasculaires des ICI.

Résultats clés

  • La myocardite reste la toxicité cardiovasculaire la plus préoccupante sous ICI. Son spectre s’est élargi : élévation de troponine de signification incertaine, myocardite à bas bruit (smoldering), formes non graves, formes graves ou fulminantes. Sa létalité a diminué au fil du temps.
  • Les autres atteintes inflammatoires sont la péricardite et la vascularite ; les ICI peuvent aussi aggraver une maladie inflammatoire chronique comme l’athérosclérose, avec des complications ischémiques aiguës (infarctus du myocarde, AVC).
  • Une dysfonction cardiaque, une cardiomyopathie de stress (takotsubo) ou une insuffisance cardiaque peuvent survenir sans infiltrat inflammatoire du myocarde ; des arythmies atriales et ventriculaires peuvent apparaître dans un contexte d’inflammation systémique, de myocardite ou d’ischémie.
  • La prise en charge est graduée selon la gravité. La collaboration multidisciplinaire reste centrale, pour le traitement de l’épisode aigu comme pour les décisions ultérieures, dont la reprise de l’ICI. La maladie coronaire constitue le principal diagnostic différentiel ; une péricardite peut être associée, et des arythmies atriales ou ventriculaires compliquer le tableau.

Limites

  • Prise de position d’experts, qui ne repose pas sur des essais randomisés dédiés.
  • Plusieurs zones d’incertitude persistent, que les auteurs identifient comme des lacunes appelant des travaux complémentaires.
En pratique : chez un patient sous ICI, une dyspnée, une douleur thoracique, des palpitations ou un trouble de conduction doivent faire évoquer une myocardite et la rechercher sans délai, la maladie coronaire restant le principal diagnostic différentiel et une péricardite pouvant coexister. La gravité de l’atteinte guide le traitement, puis la décision de poursuivre, d’arrêter ou de reprendre l’immunothérapie, qui se prend avec l’oncologue. Il s’agit d’une prise de position d’experts, qui laisse plusieurs questions ouvertes, signalées par ses auteurs.
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◎ Veille Recommandations HFA

Heart failure with preserved ejection fraction in cancer patients and survivors. A scientific statement of the Heart Failure Association of the ESC and the ESC Council of Cardio-Oncology

European Journal of Heart Failure · 12 septembre 2025 · statement scientifique HFA et Conseil de cardio-oncologie de l’ESC

Ce document scientifique de la Heart Failure Association et du Conseil de cardio-oncologie de l’ESC demande d’inscrire l’insuffisance cardiaque à FEVG préservée parmi les cardiotoxicités à rechercher pendant et après un traitement anticancéreux : de mieux en mieux reconnue, elle reste sous-diagnostiquée et son épidémiologie est mal connue. Il rappelle qu’une insuffisance cardiaque à FEVG préservée préexistante pèse sur le risque périprocédural comme sur le risque de cardiotoxicité. Il détaille ensuite le rôle des chimiothérapies, des thérapies ciblées, des hormonothérapies et de la radiothérapie dans sa genèse, puis les difficultés de son diagnostic et de son traitement dans cette population.

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Question clinique

Quelle est la place de l’insuffisance cardiaque à FEVG préservée (ICFEp) chez les patients atteints de cancer et chez les survivants, et comment la repérer dans un contexte où le diagnostic est particulièrement difficile ?

Méthode

Document scientifique de la Heart Failure Association (HFA) et du Conseil de cardio-oncologie de l’ESC. Il synthétise les données publiées sur l’épidémiologie, les facteurs de risque, les traitements anticancéreux en cause, le diagnostic et la prise en charge de l’ICFEp dans cette population, et identifie les lacunes de recherche à combler.

Résultats clés

  • Facteurs de risque rapportés : antécédent d’infarctus du myocarde, augmentation du tour de taille et tabagisme, qui s’ajoutent aux facteurs classiques de l’ICFEp (hypertension artérielle, obésité, diabète, fibrillation atriale).
  • Traitements anticancéreux impliqués : chimiothérapies (anthracyclines, agents alkylants, antimétabolites), inhibiteurs du VEGF par l’hypertension qu’ils induisent, inhibiteurs de la tyrosine kinase de Bruton, hormonothérapies (inhibiteurs de l’aromatase, suppression ovarienne, privation androgénique) et surtout radiothérapie thoracique, qui entraîne une dysfonction diastolique proportionnelle à la dose reçue par le cœur, sans baisse obligatoire de la FEVG.
  • Le diagnostic est compliqué par des symptômes d’origine multiple (dyspnée, œdèmes d’origine rénale, hépatique ou lymphatique) et par des peptides natriurétiques parfois normaux malgré une ICFEp avérée ; le strain longitudinal global du ventricule gauche et le strain réservoir de l’oreillette gauche sont proposés en complément de l’échocardiographie.
  • La prise en charge suit dans l’ensemble celle de l’ICFEp en population générale (diurétiques, inhibiteurs du SGLT2), avec des précautions propres au contexte oncologique : risque d’acidocétose euglycémique sous inhibiteur du SGLT2 les jours de vomissements ou de jeûne préopératoire, et surveillance volémique stricte en période périopératoire.

Limites

  • L’épidémiologie de l’ICFEp reste mal cernée dans cette population, faute d’études prospectives dédiées de grande taille.
  • Aucun essai randomisé n’a été mené spécifiquement dans cette population : les stratégies thérapeutiques proposées sont extrapolées de l’ICFEp en population générale.
En pratique : devant une dyspnée chez un patient traité pour un cancer ou chez un survivant, une FEVG normale n’écarte pas une insuffisance cardiaque, surtout après une radiothérapie thoracique, une chimiothérapie cardiotoxique ou une hormonothérapie prolongée. Les peptides natriurétiques peuvent rester normaux ; le strain longitudinal global du ventricule gauche et le strain réservoir de l’oreillette gauche complètent alors l’échocardiographie. Le traitement suit celui de l’ICFEp hors cancer — diurétiques, inhibiteurs du SGLT2 —, avec deux précautions : le risque d’acidocétose euglycémique sous inhibiteur du SGLT2 en cas de vomissements ou de jeûne préopératoire, et une surveillance volémique stricte en période périopératoire.
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▲ À connaître Essai randomisé · PRADA II

Sacubitril/Valsartan and Prevention of Cardiac Dysfunction During Adjuvant Breast Cancer Therapy: The PRADA II Randomized Clinical Trial

Circulation · 29 août 2025 · 138 femmes, 4 centres, Norvège, essai randomisé en double aveugle contre placebo

Chez 138 femmes traitées par anthracyclines pour un cancer du sein au stade précoce, le sacubitril/valsartan, débuté avec la chimiothérapie et poursuivi dix-huit mois, n’a pas limité de façon significative la baisse de la FEVG mesurée en IRM cardiaque, qui était le critère de jugement principal. Cette baisse a été de 1,1 point sous traitement contre 2,2 points sous placebo, soit une différence de 1,1 point (IC95 % -0,4 à 2,7 ; p = 0,16). Sous traitement, le strain longitudinal global est resté stable alors qu’il se dégradait sous placebo, et l’élévation du NT-proBNP et de la troponine I a été plus faible ; il s’agit toutefois de critères secondaires.

Baisse de FEVG à 18 mois : 1,1 point sous sacubitril/valsartan contre 2,2 points sous placebo (différence 1,1 point ; IC95 % -0,4 à 2,7 ; p = 0,16, non significative) · strain longitudinal global stable sous traitement contre dégradation progressive sous placebo (différence -0,9 ; IC95 % -1,5 à -0,2)
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Question clinique

Le sacubitril/valsartan, débuté avec une chimiothérapie adjuvante à base d’anthracyclines pour un cancer du sein, prévient-il la baisse de la fonction ventriculaire gauche ?

Méthode

Essai randomisé PRADA II, en groupes parallèles, en double aveugle contre placebo, mené dans 4 centres universitaires en Norvège. 138 femmes (âge moyen 54,0 ± 9,4 ans) traitées par une chimiothérapie adjuvante contenant une anthracycline ont reçu du sacubitril/valsartan (dose cible 97/103 mg deux fois par jour) ou un placebo, débuté avec la chimiothérapie et poursuivi 18 mois. Critère de jugement principal : variation de la FEVG en IRM cardiaque entre l’inclusion et 18 mois. Critères secondaires : strain longitudinal global en échocardiographie, troponines circulantes et NT-proBNP.

Résultats clés

  • Baisse de FEVG à 18 mois : 2,2 points (IC95 % 1,1 à 3,3) sous placebo contre 1,1 point (IC95 % -0,01 à 2,2) sous sacubitril/valsartan ; différence entre groupes 1,1 point (IC95 % -0,4 à 2,7 ; p = 0,16), non significative.
  • Strain longitudinal global (critère secondaire) : normal et stable sous sacubitril/valsartan (variation -0,3 ; IC95 % -0,80 à 0,2), dégradation progressive sous placebo (variation 0,5 ; IC95 % 0,05 à 1,0) ; différence entre groupes -0,9 (IC95 % -1,5 à -0,2).
  • Biomarqueurs (critères secondaires) : élévation du NT-proBNP et de la troponine I à 18 mois plus marquée sous placebo (différence logarithmique 0,3, IC95 % 0,05 à 0,6, pour le NT-proBNP ; 0,5, IC95 % 0,1 à 1,0, pour la troponine I).

Limites

  • Critère principal non atteint : l’essai ne démontre pas de bénéfice sur la FEVG, seul critère confirmatoire préspécifié.
  • Effectif modéré (138 patientes) pour une baisse moyenne de FEVG restée faible dans les deux groupes, ce qui limite la puissance de l’essai.
  • L’essai a été mené dans un seul pays, dans quatre centres norvégiens : ses résultats sont à généraliser avec prudence.
En pratique : Cet essai ne permet pas de recommander un sacubitril/valsartan systématique pendant la chimiothérapie adjuvante d’un cancer du sein : le critère confirmatoire, la FEVG en IRM, ne montre pas de différence significative, et les signaux favorables sur le strain et les biomarqueurs restent des critères secondaires. L’essai SARAH, lui, était positif chez des patients sélectionnés sur une élévation de la troponine : cette différence suggère qu’un bénéfice, s’il existe, concernerait plutôt les patients dont le risque est identifié que l’ensemble des femmes traitées. Cette hypothèse reste à démontrer. En attendant, la surveillance de la FEVG et des biomarqueurs pendant le traitement reste la conduite à tenir.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations HFA

Prevention of cancer therapy-related cardiac dysfunction and heart failure in cancer patients and survivors. A Clinical Consensus Statement of the Heart Failure Association, the European Association of Preventive Cardiology of the ESC, and the ESC Council of Cardio-Oncology

European Journal of Heart Failure · 18 juillet 2025 · consensus clinique d’experts HFA, EAPC de l’ESC et Conseil de cardio-oncologie de l’ESC

Faute de repères pratiques sur la prévention primaire de la dysfonction cardiaque liée aux traitements du cancer (CTRCD), ce consensus clinique de la Heart Failure Association, de l’European Association of Preventive Cardiology et du Conseil de cardio-oncologie de l’ESC en pose le cadre. Il passe en revue la définition et l’épidémiologie de la CTRCD, les facteurs qui entrent dans la stratification du risque, les parcours de diagnostic précoce, puis les mesures hygiéno-diététiques et médicamenteuses à proposer aux patients à haut risque avant un traitement potentiellement cardiotoxique. Les auteurs plaident pour une prise en charge cardio-oncologique suivie, de la première cure au long cours, tout en rappelant que les données disponibles restent peu concluantes.

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Question clinique

Comment prévenir la dysfonction cardiaque liée aux traitements du cancer (CTRCD, pour cancer therapy-related cardiac dysfunction) chez les patients à risque qui doivent recevoir une chimiothérapie, une thérapie ciblée, une immunothérapie ou une radiothérapie potentiellement cardiotoxiques ?

Méthode

Consensus clinique d’experts de la Heart Failure Association (HFA), de l’European Association of Preventive Cardiology (EAPC) de l’ESC et du Conseil de cardio-oncologie de l’ESC. Il synthétise la littérature sur la définition et l’épidémiologie de la CTRCD, sur les facteurs qui entrent dans la stratification du risque, sur les parcours de diagnostic précoce et sur la prévention primaire, hygiéno-diététique comme médicamenteuse. Les auteurs précisent d’emblée que les données disponibles restent peu concluantes.

Résultats clés

  • Une évaluation cardiovasculaire est proposée avant tout traitement anticancéreux potentiellement cardiotoxique, à l’aide de l’outil de stratification HFA-ICOS, qui combine la FEVG de départ, les biomarqueurs (troponine, peptides natriurétiques) et les facteurs de risque cardiovasculaire.
  • Les éléments qui pèsent dans cette estimation du risque sont la dose cumulée d’anthracyclines prévue, la FEVG de départ, l’hypertension artérielle, le diabète, la maladie rénale chronique, l’obésité, le tabagisme actif et une exposition antérieure à un traitement cardiotoxique. Dans la grille HFA-ICOS, une FEVG inférieure à 50 % compte comme un facteur de haut risque, alors qu’une FEVG de 50 à 54 % ne relève que du risque intermédiaire.
  • Le dexrazoxane est associé à une réduction du risque d’insuffisance cardiaque dans les données regroupées citées par le consensus, sans perte d’efficacité anticancéreuse. Son autorisation de mise sur le marché européenne reste étroite : elle vise l’adulte traité pour un cancer du sein avancé ou métastatique qui a déjà reçu une dose cumulée élevée de doxorubicine ou d’épirubicine et chez qui l’anthracycline doit être poursuivie.
  • Les inhibiteurs de l’enzyme de conversion, les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II et les bêtabloquants n’ont pas montré d’efficacité constante d’un essai de prévention primaire à l’autre. Les inhibiteurs du SGLT2 font l’objet d’essais randomisés en cours et ne donnent pas lieu à une recommandation ferme.
  • Les mesures hygiéno-diététiques mises en avant sont l’activité physique aérobie régulière, le contrôle du poids, l’arrêt du tabac et une alimentation de type méditerranéen, dans le cadre d’une prise en charge associant oncologie, cardiologie, nutrition et activité physique adaptée.

Limites

  • Il s’agit d’un consensus d’experts : les auteurs soulignent eux-mêmes que les données sur la prévention primaire de la CTRCD restent peu concluantes, faute d’essais randomisés en nombre suffisant.
  • L’efficacité des traitements cardioprotecteurs de type inhibiteur de l’enzyme de conversion, antagoniste des récepteurs de l’angiotensine II ou bêtabloquant reste débattue, les essais les plus larges n’ayant pas confirmé les résultats initiaux.
En pratique : devant une chimiothérapie ou une thérapie ciblée potentiellement cardiotoxique, l’évaluation cardiologique se fait avant la première cure : FEVG, troponine, peptides natriurétiques et facteurs de risque cardiovasculaire, l’outil HFA-ICOS servant à classer le risque. Les patients jugés à haut risque relèvent d’une surveillance rapprochée et d’une discussion de cardioprotection avec l’équipe d’oncologie ; le contrôle du poids, l’arrêt du tabac et une activité physique aérobie régulière y ont toute leur place. Une réserve à garder à l’esprit : en dehors du dexrazoxane dans des situations précises, aucun médicament n’a fait la preuve d’un bénéfice constant en prévention primaire, et ces propositions reposent avant tout sur un avis d’experts.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé

Primary cardioprotective effect of sacubitril/valsartan in breast cancer patients receiving adjuvant therapy

European Journal of Heart Failure · 10 juillet 2025 · 100 patientes (98 % de femmes), randomisation 1:4, essai de phase II

Chez 100 patients pris en charge pour un cancer du sein au stade précoce (98 % de femmes), un sacubitril/valsartan à faible dose, débuté trois jours avant le traitement adjuvant, a été comparé à une simple surveillance avec traitement en cas de dysfonction cardiaque, selon une randomisation 1:4. Au cours de la première année, aucune dysfonction cardiaque liée au traitement du cancer (CTRCD) n’est survenue chez les 20 patients traités, contre 21 des 80 patients surveillés (26,3 % ; p = 0,006). Avec seulement 20 patients dans le groupe traité, un comparateur sans placebo et un critère porté entièrement par le strain, ce résultat demande à être confirmé par un essai de phase III.

CTRCD au cours de la première année : 0 patient sur 20 sous sacubitril/valsartan contre 21 sur 80 (26,3 %) sous prise en charge standard (p = 0,006)
Article original ↗

Question clinique

Un sacubitril/valsartan à faible dose, débuté avant le traitement adjuvant, prévient-il la dysfonction cardiaque liée au traitement du cancer (CTRCD) chez des patients traités pour un cancer du sein au stade précoce ?

Méthode

Essai randomisé prospectif, dont le résumé ne précise ni le nombre de centres ni l’existence d’un insu ; le comparateur était une prise en charge standard, et non un placebo. 100 patients jamais traités, atteints d’un cancer du sein au stade précoce (âge moyen 50,4 ± 8,5 ans, 98 % de femmes), inclus entre mai 2021 et juillet 2023, ont été randomisés selon un rapport 1:4 entre sacubitril/valsartan à faible dose (12,25/12,75 mg deux fois par jour, titré jusqu’à 24,5/25,5 mg deux fois par jour), débuté 3 jours avant le traitement anticancéreux (n = 20), et prise en charge standard avec surveillance et instauration d’un traitement en cas de CTRCD (n = 80), pendant 12 mois. Critère de jugement principal : survenue d’une CTRCD, définie par une baisse relative ≥ 15 % du strain longitudinal global ou une baisse de la FEVG ≥ 10 points aboutissant à une valeur inférieure à 50 %. La dose d’équivalent doxorubicine était comparable entre les groupes (276,0 ± 48,5 contre 269,5 ± 57,9 mg/m² ; p = 0,175).

Résultats clés

  • 95 des 100 patients randomisés (95 %) ont terminé l’essai.
  • Aucune CTRCD sous sacubitril/valsartan (0 sur 20), contre 21 patients sur 80 (26,3 %) sous prise en charge standard (p = 0,006).
  • Tous les cas de CTRCD ont été identifiés sur une baisse significative du strain longitudinal global.

Limites

  • Randomisation déséquilibrée (1:4) : seuls 20 patients ont reçu le traitement, ce qui limite la puissance et la précision de l’estimation de l’effet.
  • Essai de petite taille ; les auteurs appellent eux-mêmes à un essai de phase III pour confirmer ces résultats.
  • Comparateur sans placebo (prise en charge standard) et insu non précisé dans le résumé, à la différence de PRADA II et de SARAH, tous deux en double aveugle contre placebo.
  • Critère de jugement d’imagerie, porté ici entièrement par le strain longitudinal global ; aucun événement clinique n’est rapporté dans le résumé.
En pratique : c’est le résultat le plus favorable obtenu avec le sacubitril/valsartan en prévention primaire — aucune CTRCD sous traitement —, mais aussi le plus fragile : vingt patients traités, un comparateur en surveillance simple et un critère porté entièrement par le strain. Il va dans le sens de SARAH, alors que PRADA II, en double aveugle et à dose standard, n’a pas montré de différence significative sur la FEVG. Ces données ne justifient pas de prescrire un sacubitril/valsartan préventif à toute patiente qui débute une chimiothérapie : la surveillance échocardiographique reste la référence dans l’attente d’un essai de phase III.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · API-CAT

Extended Reduced-Dose Apixaban for Cancer-Associated Venous Thromboembolism.

NEJM · 29 mars 2025 · 1 766 patients, essai international de non-infériorité en double aveugle

Chez 1 766 patients atteints d’un cancer actif et d’une thrombose veineuse profonde proximale ou d’une embolie pulmonaire, déjà anticoagulés depuis au moins six mois, l’apixaban à dose réduite (2,5 mg deux fois par jour) poursuivi douze mois de plus a prévenu les récidives thromboemboliques aussi bien que la dose pleine (5 mg deux fois par jour) : 2,1 % contre 2,8 %, non-infériorité démontrée. Les saignements cliniquement pertinents ont été moins fréquents sous dose réduite — 12,1 % contre 15,6 % —, sans différence significative de mortalité.

Récidive thromboembolique veineuse à 12 mois : 2,1 % sous dose réduite contre 2,8 % sous dose pleine (non-infériorité, p = 0,001) · saignements cliniquement pertinents : 12,1 % contre 15,6 % (p = 0,03)
Article original ↗

Question clinique

Chez un patient atteint d’un cancer actif et d’une maladie thromboembolique veineuse (MTEV) déjà traitée par au moins 6 mois d’anticoagulation, la poursuite de l’apixaban à dose réduite prévient-elle la récidive aussi bien que la dose pleine, avec moins de saignements ?

Méthode

Essai randomisé de non-infériorité API-CAT, en double aveugle, avec adjudication centralisée des événements en insu. 1 766 patients atteints d’un cancer actif et d’une thrombose veineuse profonde proximale ou d’une embolie pulmonaire, ayant reçu au moins 6 mois d’anticoagulant (délai médian depuis l’événement index : 8,0 mois), ont été randomisés 1:1 entre apixaban à dose réduite (2,5 mg deux fois par jour ; n = 866) et apixaban à dose pleine (5,0 mg deux fois par jour ; n = 900) pendant 12 mois (durée médiane de traitement : 11,8 mois). Critère de jugement principal : récidive thromboembolique veineuse, fatale ou non, en analyse de non-infériorité (marge de 2,00 pour la borne supérieure de l’IC95 % du sous-hazard ratio). Critère secondaire principal : saignement cliniquement pertinent, en analyse de supériorité.

Résultats clés

  • Récidive de MTEV : 18 patients (incidence cumulée 2,1 %) sous dose réduite contre 24 (2,8 %) sous dose pleine ; sous-hazard ratio ajusté 0,76 (IC95 % 0,41–1,41 ; p = 0,001 pour la non-infériorité).
  • Saignement cliniquement pertinent : 102 patients (12,1 %) sous dose réduite contre 136 (15,6 %) sous dose pleine ; sous-hazard ratio ajusté 0,75 (IC95 % 0,58–0,97 ; p = 0,03).
  • Mortalité : 17,7 % sous dose réduite contre 19,6 % sous dose pleine (hazard ratio ajusté 0,96 ; IC95 % 0,86–1,06).

Limites

  • Durée de traitement limitée à 12 mois (médiane 11,8 mois) : l’essai ne renseigne pas sur l’efficacité et la tolérance au-delà.
  • Population restreinte aux patients ayant déjà reçu au moins 6 mois d’anticoagulation : les résultats ne s’appliquent pas au traitement initial de la MTEV associée au cancer.
  • Essai financé par l’alliance qui commercialise l’apixaban (Bristol-Myers Squibb–Pfizer).
En pratique : chez un patient dont le cancer reste actif et dont l’anticoagulation se poursuit au-delà de six mois, l’apixaban à 2,5 mg deux fois par jour offre une protection contre la récidive non inférieure à celle de la dose pleine, avec moins de saignements cliniquement pertinents ; il peut donc être proposé en première intention dans cette situation. Le résultat a été obtenu dans la population où le dilemme est le plus vif, à la fois à haut risque thrombotique et à haut risque hémorragique. Deux réserves : l’essai ne couvre que douze mois supplémentaires, et il ne concerne pas les six premiers mois de traitement, qui restent à dose pleine.
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◎ Veille Recommandations AHA

Cardiovascular Toxicity in Patients Treated for Childhood Cancer: A Scientific Statement From the American Heart Association

Circulation · 19 mars 2025 · statement scientifique de l’American Heart Association

Ce document scientifique de l’American Heart Association fait le point sur les atteintes cardiovasculaires qui suivent un cancer traité dans l’enfance : les anthracyclines et la radiothérapie thoracique restent les mieux documentées, mais les thérapies ciblées, les immunothérapies et les cellules CAR-T ont chacune leur profil de toxicité. Le rythme de surveillance proposé dépend des doses reçues : une échocardiographie tous les 2 ans chez les survivants à haut risque — au moins 250 mg/m² d’équivalent doxorubicine ou 35 Gy —, tous les 5 ans en cas de risque modéré, et pas de dépistage systématique en dessous. Le texte insiste enfin sur l’organisation du passage à un suivi cardiologique d’adulte, aujourd’hui trop souvent négligée.

Article original ↗

Question clinique

Quels sont les risques cardiovasculaires à long terme après un cancer traité dans l’enfance, et comment organiser leur dépistage puis leur suivi tout au long de la vie ?

Méthode

Document scientifique de l’American Heart Association. Il réunit les données publiées sur la cardiotoxicité des traitements du cancer de l’enfant, sur les stratégies de cardioprotection, sur les modalités de dépistage cardiovasculaire chez les survivants et sur le passage aux soins cardiologiques de l’adulte. Les estimations de risque proviennent notamment de la Childhood Cancer Survivor Study, cohorte de survivants suivis depuis l’enfance.

Résultats clés

  • Une exposition à de fortes doses d’anthracyclines (≥ 250 mg/m² d’équivalent doxorubicine) est associée à une incidence cumulée d’insuffisance cardiaque de 7,2 % à 30 ans, soit un taux sept fois supérieur à celui des survivants n’ayant pas reçu d’anthracyclines. À titre de comparaison, l’incidence estimée chez les frères et sœurs des survivants est de 0,3 % à 45 ans.
  • Pour la radiothérapie thoracique, les analyses fondées sur la dose reçue par chaque structure cardiaque ne retrouvent aucune dose seuil en dessous de laquelle le risque cardiaque tardif cesserait d’augmenter : chaque gray supplémentaire de dose moyenne reçue par l’artère coronaire droite s’accompagne d’une augmentation de 28,7 % du risque de coronaropathie.
  • Le document reprend une stratification du risque fondée sur les doses reçues : risque faible (anthracyclines 1 à 99 mg/m² ou radiothérapie < 15 Gy), modéré (100 à moins de 250 mg/m² ou 15 à moins de 35 Gy) et élevé (≥ 250 mg/m² ou ≥ 35 Gy, ou l’association d’au moins 100 mg/m² et d’au moins 15 Gy).
  • D’après la modélisation médico-économique citée, le dépistage échocardiographique est coût-efficace tous les 2 ans dans le groupe à haut risque et tous les 5 ans dans le groupe à risque modéré ; aucun intervalle ne l’est dans le groupe à faible risque. Ce sont les intervalles retenus par les recommandations de l’International Guideline Harmonization Group et du Children’s Oncology Group.
  • Le dexrazoxane administré en même temps que l’anthracycline réduit de façon constante la cardiotoxicité précoce et tardive, chez l’enfant comme chez l’adulte, sans compromettre les résultats du traitement anticancéreux. Les recommandations internationales de consensus citées par le document préconisent de l’administrer aux enfants devant recevoir au moins 250 mg/m² d’équivalent doxorubicine.
  • Une cardiotoxicité — cardiomyopathie, trouble du rythme, hypotension ou choc, arrêt cardiaque — est rapportée chez jusqu’à un tiers des patients traités par cellules CAR-T, enfants, jeunes adultes et adultes confondus, le plus souvent dans le cadre d’un syndrome de relargage des cytokines.
  • Le passage à un suivi cardiologique d’adulte reste un point faible : moins de la moitié des survivants d’un cancer de l’enfance restent inscrits dans un parcours de suivi dédié, avec des inégalités liées à l’origine, au revenu, à l’âge ou au lieu de vie.

Limites

  • Il s’agit d’un état des connaissances, non d’une recommandation graduée : les propositions reposent sur des données observationnelles et des modélisations, non sur des essais randomisés de dépistage.
  • Les traitements cardioprotecteurs disposent de peu de données propres à l’enfant : le bénéfice des inhibiteurs de l’enzyme de conversion y est de courte durée et discuté, un essai de carvédilol à faible dose n’a pas atteint son critère principal, et le sacubitril/valsartan n’a pas été évalué dans cette population.
  • Les relations entre dose de radiothérapie et risque cardiaque tardif reposent sur des cohortes d’enfants traitées avec des techniques anciennes, moins conformationnelles que celles d’aujourd’hui, et les données pédiatriques restent moins nombreuses que celles de l’adulte.
En pratique : devant un adulte guéri d’un cancer de l’enfance, la première étape consiste à retrouver la dose cumulée d’anthracyclines et la dose de radiothérapie reçue par le cœur : ce sont elles qui fixent le rythme d’échocardiographie retenu par le document, tous les 2 ans au-delà de 250 mg/m² d’équivalent doxorubicine ou de 35 Gy, tous les 5 ans pour les doses intermédiaires. En dessous de ces seuils, aucun intervalle de dépistage systématique n’est retenu, mais la surveillance des facteurs de risque cardiovasculaire garde tout son intérêt : dans les analyses par structure cardiaque, aucune dose de radiothérapie thoracique n’apparaît dénuée de risque tardif. Enfin, le passage au suivi cardio-oncologique d’adulte gagne à être organisé par les soignants : laissé à la seule initiative du patient, il se fait mal.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · ONCO PE

Rivaroxaban for 18 Months Versus 6 Months in Patients With Cancer and Acute Low-Risk Pulmonary Embolism: An Open-Label, Multicenter, Randomized Clinical Trial (ONCO PE Trial).

Circulation · 4 mars 2025 · 178 patients, essai japonais multicentrique ouvert (32 centres)

Chez 178 patients atteints d’un cancer et d’une embolie pulmonaire aiguë à bas risque (score PESI simplifié à 1), la poursuite du rivaroxaban pendant dix-huit mois plutôt que six a réduit les récidives thromboemboliques veineuses à 18 mois : 5,6 % contre 19,1 % (odds ratio 0,25). Les saignements majeurs ont été un peu plus nombreux sous traitement prolongé (7,8 % contre 5,6 %), sans que la différence soit significative sur un effectif aussi restreint ; la plupart des récidives étaient asymptomatiques.

Récidive de MTEV à 18 mois : 5,6 % sous rivaroxaban 18 mois contre 19,1 % sous 6 mois (odds ratio 0,25 ; IC95 % 0,09–0,72 ; p = 0,01)
Article original ↗

Question clinique

Chez un patient atteint d’un cancer et d’une embolie pulmonaire aiguë à bas risque, prolonger le rivaroxaban à 18 mois plutôt que 6 réduit-il les récidives thromboemboliques veineuses, et à quel prix hémorragique ?

Méthode

Essai randomisé ONCO PE, ouvert, multicentrique, avec adjudication des événements en insu, mené dans 32 centres au Japon de février 2021 à mars 2023. 178 patients atteints d’un cancer et d’une embolie pulmonaire aiguë à bas risque (score PESI simplifié à 1) ont été analysés en intention de traiter après randomisation 1:1 entre rivaroxaban pendant 18 mois (n = 89) et pendant 6 mois (n = 89) ; 179 avaient été randomisés, un patient ayant retiré son consentement. Âge moyen 65,7 ans, 47 % d’hommes, 12 % de patients symptomatiques à l’inclusion. Critère de jugement principal : récidive de maladie thromboembolique veineuse (MTEV) à 18 mois, avec une hypothèse de supériorité du traitement prolongé. Critère secondaire principal : saignement majeur à 18 mois selon les critères de l’ISTH.

Résultats clés

  • Récidive de MTEV : 5 patients (5,6 %) sous rivaroxaban 18 mois contre 17 (19,1 %) sous 6 mois ; odds ratio 0,25 (IC95 % 0,09–0,72 ; p = 0,01).
  • Parmi les 22 récidives, 5 seulement étaient symptomatiques ; 11 étaient des embolies pulmonaires (dont 2 tronculaires et 4 lobaires) et 11 des thromboses veineuses profondes (dont 3 proximales).
  • Saignement majeur : 7 patients (7,8 %) sous 18 mois contre 5 (5,6 %) sous 6 mois ; odds ratio 1,43 (IC95 % 0,44–4,70 ; p = 0,55), différence non significative.

Limites

  • Effectif restreint (178 patients) et population exclusivement japonaise : la transposition à d’autres populations reste incertaine.
  • Essai ouvert : l’absence d’insu sur le traitement expose à un biais de détection pour les événements non fatals.
  • La plupart des récidives (17 sur 22) étaient asymptomatiques : le bénéfice clinique ressenti par le patient est plus difficile à apprécier que ne le suggère le critère principal.
  • Résultat limité aux embolies pulmonaires à bas risque (PESI simplifié à 1) : il ne s’extrapole ni aux formes plus graves ni aux thromboses veineuses profondes isolées.
En pratique : chez un patient atteint d’un cancer traité par rivaroxaban pour une embolie pulmonaire à bas risque, l’arrêt du traitement à six mois a exposé, dans cet essai, à près d’une récidive sur cinq à 18 mois, la plupart asymptomatiques : c’est un argument en faveur de la poursuite de l’anticoagulation au-delà de six mois. Le surcroît hémorragique n’est pas écarté pour autant — sept saignements majeurs contre cinq —, et l’essai reste ouvert, limité à 178 patients recrutés dans un seul pays : ce résultat demande confirmation avant d’en faire une règle.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Essai randomisé · ALLO-Active

Preventing Allogeneic Stem Cell Transplant-Related Cardiovascular Dysfunction: ALLO-Active Trial

Circulation · 28 janvier 2025 · 62 adultes candidats à une allogreffe de cellules souches, essai randomisé contrôlé

Chez 62 adultes programmés pour une allogreffe de cellules souches, un programme d’activité physique de quatre mois — entraînement structuré trois jours par semaine et réduction du temps sédentaire — a été débuté pendant l’hospitalisation, puis poursuivi douze semaines après la sortie. Il a nettement atténué la perte de capacité à l’effort observée sous soins usuels : le pic de VO₂ a baissé de 0,9 mL/kg/min contre 3,4 (p d’interaction = 0,029). La fonction cardiaque à l’effort mesurée en IRM a également été préservée ; en revanche, ni les biomarqueurs cardiaques ni les indices échocardiographiques n’ont été modifiés.

Pic de consommation d’oxygène à 12 semaines : baisse de 3,4 mL/kg/min sous soins usuels contre 0,9 mL/kg/min sous programme d’activité (p d’interaction = 0,029)
Article original ↗

Question clinique

Un programme d’activité physique structuré, débuté pendant l’hospitalisation pour une allogreffe de cellules souches, limite-t-il la perte de capacité à l’effort et de fonction cardiaque d’effort qui accompagne la procédure ?

Méthode

Essai randomisé contrôlé ALLO-Active. 62 adultes programmés pour une allogreffe de cellules souches pour hémopathie maligne ont été randomisés entre un programme d’activité de 4 mois (n = 30 ; entraînement multicomposant 3 jours par semaine et réduction du temps sédentaire d’au moins 30 minutes par jour, pendant l’hospitalisation — environ 4 semaines — puis 12 semaines après la sortie) et des soins usuels (n = 32). Critères de jugement co-principaux : pic de consommation d’oxygène (VO₂ pic) à l’épreuve d’effort cardiopulmonaire et fonction cardiaque à l’effort en IRM cardiaque (index cardiaque et index de volume d’éjection systolique au pic), mesurés avant l’admission et 12 semaines après la sortie. Mesures complémentaires : FEVG et strain longitudinal global en échocardiographie, troponine I et BNP.

Résultats clés

  • 52 des 62 participants (84 %) ont terminé le suivi (25 dans le groupe activité, 27 sous soins usuels) ; adhésion médiane au programme : 74 % (IQR 41–96 %).
  • VO₂ pic : baisse de 3,4 mL/kg/min (IC95 % -4,9 à -1,8) sous soins usuels contre 0,9 mL/kg/min (IC95 % -2,5 à 0,8) sous programme d’activité (p d’interaction = 0,029).
  • L’index cardiaque au pic a été préservé sous activité (+0,30 L/min/m² ; IC95 % -0,34 à 0,41) alors qu’il baissait sous soins usuels (-0,68 L/min/m² ; IC95 % -1,3 à -0,32 ; p d’interaction = 0,008) ; même profil pour l’index de volume d’éjection au pic (+0,6 mL/m², IC95 % -1,3 à 2,5, contre -2,7 mL/m², IC95 % -4,6 à -0,9 ; p d’interaction = 0,014).
  • Aucun effet du programme sur les biomarqueurs cardiaques ni sur les indices échocardiographiques.

Limites

  • Effectif restreint (62 patients randomisés, 52 analysés) ; le résumé ne précise pas le nombre de centres.
  • Adhésion variable au programme (médiane 74 %, IQR 41–96 %), qui pourrait être plus faible encore en pratique courante.
  • Aucun effet démontré sur les biomarqueurs ni sur l’échocardiographie : le bénéfice porte sur la capacité à l’effort et la fonction cardiaque d’effort, non sur des marqueurs de lésion ou de dysfonction au repos ; l’essai n’est pas dimensionné pour des événements cliniques.
En pratique : autour d’une allogreffe de cellules souches, un programme d’exercice structuré, débuté dès l’hospitalisation et poursuivi trois mois après la sortie, a préservé le pic de VO₂ et la fonction cardiaque d’effort, deux paramètres que la procédure dégrade nettement sous soins usuels. Ces résultats plaident pour accompagner l’activité physique de ces patients plutôt que la restreindre, lorsque le contexte le permet. À nuancer : 62 patients, une adhésion médiane de 74 %, un bénéfice mesuré sur la capacité à l’effort et non sur les biomarqueurs ou l’échocardiographie, et aucune donnée sur la morbidité ou la mortalité.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.

📡 Radar — les prochaines semaines

  1. Prochain congrèsLp(a)HORIZON — résultats complets du pelacarsen (taux d’événements, sous-groupe à Lp(a) ≥ 90 mg/dL, tolérance) annoncés pour un prochain congrès, après le communiqué négatif du 4 septembre
  2. À la parutionENRICH-AF — edoxaban après hémorragie intracrânienne chez le patient en FA, Hot Line de l’ESC 2026 présentée sans publication simultanée
  3. À la parutionMet-HeFT et H-HeFT (DANHEART) — metformine et hydralazine–isosorbide dinitrate dans l’insuffisance cardiaque à FEVG réduite, Hot Line de l’ESC 2026
  4. Les prochains moisZEUS — ziltivekimab : résultats complets annoncés pour un congrès de 2026, après le topline négatif de juillet
  5. En 2027Recommandations ESC au calendrier officiel : syndromes coronariens aigus, mise à jour ciblée des cardiomyopathies, obésité, embolie pulmonaire, syncope
  6. 31 oct. – 3 nov. · San DiegoTCT 2026 — repris dans la veille du samedi
  7. 6 – 9 novembre · ChicagoAHA Scientific Sessions 2026 — couverture quotidienne, récapitulatif le lendemain

Rythme de mise à jour